



{"id":1418,"date":"2003-09-23T00:00:00","date_gmt":"2003-09-22T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1418"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1418","title":{"rendered":"La f\u00e9e de Madonna est grassouillette"},"content":{"rendered":"<p>Lundi 15 septembre, Paris. Devant un parterre d\u2019\u00e9diteurs internationaux et de journalistes tri\u00e9s sur le volet, Madonna pr\u00e9sentait son premier livre pour enfants,  \u00abLes Roses anglaises\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage raconte l\u2019histoire de Binah, une petite fille si belle, si intelligente et si dou\u00e9e pour les sports que ses copines de classe, Nicole, Amy, Charlotte et Grace, les fameuses Roses anglaises, l\u2019imaginent pr\u00e9tentieuse et ne lui adressent jamais la parole.<\/p>\n<p>Mais sous ses dehors de princesse, Binah vit une existence de Cosette. Depuis qu\u2019elle a perdu sa maman, elle vit seule avec son papa qui travaille toute la journ\u00e9e. Et c\u2019est elle qui doit s\u2019occuper de la maison, pr\u00e9parer \u00e0 manger, r\u00e9curer les sols, faire la lessive et m\u00eame \u00ab\u00e9cailler le poisson\u00bb.<\/p>\n<p>Une conf\u00e9rence de presse au Ritz, suivie d\u2019une garden-party dans les jardins de Gallimard, consacrait le plus grand lancement simultan\u00e9 mondial de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9dition. D\u00e8s le lendemain, \u00abLes Roses anglaises\u00bb, premier tome d\u2019une s\u00e9rie de cinq contes \u00e0 para\u00eetre d\u2019ici la fin 2004, \u00e9tait mis en vente dans cent pays et en trente langues. Au cours de la m\u00eame c\u00e9r\u00e9monie, Madonna annon\u00e7ait que l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices de son livre seraient revers\u00e9s \u00e0 des associations caritatives pour enfants: \u00abPour la premi\u00e8re fois de ma vie, ma cr\u00e9ativit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par mon ego ou par le profit.\u00bb<\/p>\n<p>Comme on pouvait s\u2019y attendre, la presse s\u2019est fait un plaisir de se moquer de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et des d\u00e9clarations de la nouvelle repentie du show-business.     <\/p>\n<p>Mais qui est le plus ridicule? Madonna en Prada pastel jouant les Comtesse de S\u00e9gur du XXIe si\u00e8cle dans les jardins de la maison Gallimard, ou les journalistes qui auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mourir plut\u00f4t que de renoncer \u00e0 leur carton d\u2019invitation pour assister \u00e0 ce \u00abnon-\u00e9v\u00e9nement\u00bb, comme la plupart d\u2019entre eux l\u2019ont \u00e9crit apr\u00e8s-coup? <\/p>\n<p>Qui est le plus path\u00e9tique? L\u2019h\u00e9riti\u00e8re warholienne qui a d\u00e9cid\u00e9 que son anonymat ne durerait jamais plus de cinq minutes ou tous ces Verdurin des m\u00e9dias qui r\u00eavent de redonner un peu de lustre \u00e0 leur signature en bouffant du Madonna? <\/p>\n<p>Qui est le plus vaniteux? Une star plan\u00e9taire qui convoque plusieurs milliers de personnes pour un livre de 46 pages (\u00e9crit gros) ou une vedette germanopratine, Philippe Sollers, qui, du haut de la terrasse de son bureau Gallimard, ne peut s\u2019emp\u00eacher de montrer qu\u2019il en est lui aussi, mais avec une certaine altitude?<\/p>\n<p>Qui est le plus grotesque? Celle qui dit avoir compris gr\u00e2ce \u00e0 la kabbale, courant \u00e9sot\u00e9rique h\u00e9bra\u00efque, que le secret du bonheur \u00ab\u00e9tait de faire passer les autres avant soi\u00bb &#8212; on se demande pourquoi elle a renonc\u00e9 au catholicisme qui pr\u00e9tend la m\u00eame chose &#8212; ou ceux qui pi\u00e9tinent les pieds de leurs confr\u00e8res pour mieux voir la Madonne d\u00e9biter ses nouvelles lubies?<\/p>\n<p>Qui est le plus frivole? La star transformiste de la pop qui change de look \u00e0 chacune de ses apparitions ou ceux qui pensent qu\u2019il suffit de fustiger sa futilit\u00e9 pour acqu\u00e9rir de la profondeur? <\/p>\n<p>Face \u00e0 Madonna, la presse est toujours perdante puisqu\u2019elle est son oblig\u00e9e. Qu\u2019elle le veuille ou non.<\/p>\n<p>C\u2019est la puissance de la m\u00e8re de Lourdes et Rocco que de condamner les m\u00e9dias aux mauvais r\u00f4les, ceux de laquais ou de jaloux, de snob ou de ringard. Dire quelque chose sur Madonna, c\u2019est se r\u00e9v\u00e9ler soi-m\u00eame bien plus que la d\u00e9voiler, elle.<\/p>\n<p>Sa notori\u00e9t\u00e9 et son endurance plan\u00e9taire la prot\u00e8gent d\u00e9sormais de toute critique. Son livre, en revanche, redevient un objet comme un autre quand il se retrouve en librairie, au rayon enfants, sans mention particuli\u00e8re, comme je l\u2019ai trouv\u00e9 chez Payot.   <\/p>\n<p>Alors que dire de ces \u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2070556255\/largeurcom08 target=_blank class=std>Roses anglaises<\/a>\u00bb? D\u2019abord que l\u2019illustration est assez attrayante. Sign\u00e9 Jeffrey Fulvimari, essentiellement connu pour son travail avec les grands magazines de mode tels que Vogue et Harper&rsquo;s Bazaar, le dessin est color\u00e9, pop, gai, tr\u00e8s \u00abgirlie\u00bb, entre Kiraz (des filles en mini jupes aux jambes d\u00e9mesur\u00e9es), Peynet (des d\u00e9cors surcharg\u00e9s de d\u00e9tails po\u00e9tico-na\u00effs) et les mangas japonais (les grands yeux des h\u00e9ro\u00efnes).<\/p>\n<p>Reprenant le concept des albums de Tintin, le livre s\u2019ouvre et se ferme par une s\u00e9rie de dessins que les enfants peuvent colorier. <\/p>\n<p>Le texte maintenant. Dans son d\u00e9sir de rester vivante, Madonna use et abuse des interpellations au petit lecteur: \u00abEt toi, n\u2019as-tu jamais \u00e9t\u00e9 vert d\u2019envie? N\u2019as-tu jamais \u00e9t\u00e9 sur le point d\u2019exploser parce que quelqu\u2019un poss\u00e8de quelque chose que tu voudrais bien avoir aussi? Si tu me r\u00e9ponds non, c\u2019est un \u00e9norme mensonge et je vais le dire \u00e0 ta m\u00e8re. Et maintenant, arr\u00eate de m\u2019interrompre.\u00bb<\/p>\n<p>Pour \u00eatre sympathique, l\u2019effet n\u2019en reste pas moins artificiel. Comme le sont \u00e9galement les dialogues, sauf ceux de la f\u00e9e que la star a eu la bonne id\u00e9e d\u2019imaginer grassouillette et assez peu empathique avec les enfants. Le reste rel\u00e8ve de la litt\u00e9rature \u00abbien \u00e9lev\u00e9e\u00bb, les phrases sont construites avec des relatives, les interrogatives et les n\u00e9gatives respect\u00e9es, le pass\u00e9 simple assez pr\u00e9cieux. <\/p>\n<p>Mais ce qui frappe surtout \u00e0 la lecture de ce conte pour enfants, c\u2019est la trace autobiographique. Binah, orpheline de m\u00e8re, subvenant aux besoins de la famille, assistante d\u2019un p\u00e8re bienveillant, et si seule malgr\u00e9 ses immenses qualit\u00e9s, c\u2019est elle, la Ciccone!<\/p>\n<p>Le message est clair: il ne faut pas se fier aux apparences. On savait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019un crapaud pouvait cacher un prince charmant, on ignorait encore qu\u2019une fille sublime pouvait l\u2019\u00eatre r\u00e9ellement. Et souffrir d\u2019une immense solitude.<\/p>\n<p>Morale de cette histoire de riches pour enfants pauvres:\u00abR\u00e9fl\u00e9chissez \u00e0 deux fois avant de vous plaindre que les autres ont une meilleure vie que vous.\u00bb  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abQuatre roses anglaises\u00bb raconte l\u2019histoire d\u2019une fille tellement belle et intelligente que les autres enfants la mettent en quarantaine. Madonna publie son autobiographie, et c\u2019est un livre pour enfants.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1418","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1418","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1418"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1418\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1418"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1418"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1418"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}