



{"id":1408,"date":"2003-09-09T00:00:00","date_gmt":"2003-09-08T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1408"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1408","title":{"rendered":"\u00abDirty Pretty Things\u00bb, un rein pour un passeport"},"content":{"rendered":"<p>Dix-huit ans apr\u00e8s \u00abMy Beautiful Laundrette\u00bb qui le r\u00e9v\u00e9la, Stephen Frears revient \u00e0 la chronique sociale avec \u00abDirty Pretty Things\u00bb, film produit par la BBC qui explore le monde de l\u2019immigration clandestine \u00e0 Londres.<\/p>\n<p>Comme toujours quand il observe les plus d\u00e9munis, son regard est alerte, empathique, g\u00e9n\u00e9reux et souvent dr\u00f4le. Mais contrairement \u00e0 ses coll\u00e8gues Ken Loach ou Mike Leigh, il ne se contente pas d\u2019un regard strictement documentaire. L\u2019homme qui n\u2019a cess\u00e9 de faire des allers et retours entre son pays d\u2019origine et Hollywood entend rattacher cette probl\u00e9matique des sans-papiers \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 sordide, encore peu connue: le trafic d\u2019organes et le juteux march\u00e9 qui lui est associ\u00e9. <\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019en sa seconde partie, \u00ab<a href=http:\/\/us.imdb.com\/title\/tt0301199\/ target=_blank class=std>Dirty Pretty Things<\/a>\u00bb bifurque vers le thriller. Si elle ne manque pas de suspense, l\u2019intrigue, plus proche de la logique du \u00abClub des Cinq\u00bb que d\u2019une v\u00e9ritable enqu\u00eate de police, r\u00e9v\u00e8le toutes ses limites lors du d\u00e9nouement final, lequel a moins valeur morale que th\u00e9rapeutique: r\u00e9parer les dommages subis par les plus faibles en infligeant le m\u00eame sort \u00e0 leurs bourreaux.   <\/p>\n<p>Tout commence par un c\u0153ur humain retrouv\u00e9 au fond des toilettes d\u2019une chambre d\u2019h\u00f4tel de luxe. C\u2019est Okwe (Chiwetel Ejiofor, remarquable), un Nig\u00e9rian en situation ill\u00e9gale, conducteur de taxi le jour, r\u00e9ceptionniste la nuit, qui fait cette macabre d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Un peu plus tard, le m\u00eame r\u00e9alisera que le palace qui l\u2019emploie sert de couverture \u00e0 un trafic d\u2019organes orchestr\u00e9 par le responsable d\u2019\u00e9tage, Monsieur Juan (Sergi Lopez, un rien caricatural dans son registre d\u00e9sormais \u00e9prouv\u00e9 de l\u2019homme sardonique). Le deal est simple: en \u00e9change d\u2019un de leurs reins, des clandestins peuvent obtenir un passeport, un visa ou un permis d\u2019\u00e9tablissement. L\u2019op\u00e9ration s\u2019effectue dans une des suites de l\u2019h\u00f4tel par des m\u00e9decins peu exp\u00e9riment\u00e9s. <\/p>\n<p>Pers\u00e9cut\u00e9 par les services d\u2019immigration, Okwe n\u2019ose pas d\u00e9noncer ce qu\u2019il vient de d\u00e9couvrir. C\u2019est donc par des voies parall\u00e8les qu\u2019il va tenter de d\u00e9manteler ce trafic, aid\u00e9 par une femme de m\u00e9nage turque et vierge (Audrey Tautou, pas mauvaise), une prostitu\u00e9e noire et un gardien de morgue chinois. <\/p>\n<p>D\u00e9nonciation des abus de pouvoirs, \u00abDirty Pretty Things\u00bb montre sans ambigu\u00eft\u00e9 les chantages, pressions, viols et crimes dont sont victimes les sans-papiers. Le titre du film fait d\u2019ailleurs r\u00e9f\u00e9rence au sale boulot des travailleurs au noir, charg\u00e9s de transformer les salet\u00e9s laiss\u00e9es par leurs clients en jolies choses. Pour mieux appuyer sa d\u00e9monstration, Stephen Frears id\u00e9alise les clandestins tandis qu\u2019il charge les nantis.<\/p>\n<p>On aurait peut-\u00eatre souhait\u00e9 que cette enqu\u00eate sordide soit men\u00e9e par un homme plus contrast\u00e9 que le vertueux Okwe, h\u00e9ros positif, sans peurs ni reproches, dont m\u00eame le pass\u00e9 douteux est lav\u00e9 \u00e0 la fin du film. Sa position de \u00absaint\u00bb emp\u00eache qu\u2019apparaissent, par exemple, les diff\u00e9rentes contradictions, postures et conflits pouvant exister au sein des clandestins eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Bref, devant les multiples pistes \u00e9bauch\u00e9es dans \u00abDirty Pretty Things\u00bb, on reste un peu perplexe. Le film a ind\u00e9niablement du charme, de la fantaisie, de l\u2019audace, mais il est verrouill\u00e9 par un sc\u00e9nario trop d\u00e9monstratif que Stephen Frears ne parvient jamais \u00e0 transcender. Et cela en d\u00e9pit de son formidable sens du rythme et de l\u2019espace &#8212; belle alternance des couleurs chaudes et froides pour s\u00e9parer le monde douillet de la bourgeoisie \u00e0 celui, mortif\u00e8re, des rejet\u00e9s de la terre.  <\/p>\n<p>Pour reprendre l\u2019image forte du film &#8212; un organe humain retrouv\u00e9 dans des toilettes &#8211;, on dira que \u00abDirty Pretty Things\u00bb a du c\u0153ur, certes, de l\u2019estomac aussi, mais qu\u2019il lui manque la finesse de jugement et le regard panoramique qui lui auraient permis d\u2019\u00eatre le grand film de d\u00e9nonciation esquiss\u00e9.<\/p>\n<p>En s\u2019amusant \u00e0 greffer plusieurs genres cin\u00e9matographiques sur son propos virulent (thriller, romance amoureuse, chronique sociale et conte pour enfants), Frears affaiblit sa d\u00e9monstration au lieu de le fortifier. Un chirurgien-cin\u00e9aste n\u2019aurait jamais laiss\u00e9 autant de gros fils blancs derri\u00e8re lui!<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n \u00abDirty Pretty Things\u00bb de Stephen Frears, avec Audrey Tautou, Chiwetel Ejiofor, Sergi Lopez, Sophie Okonedo, Benedict Wong.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec ce thriller sur fond de trafic d\u2019organes, Stephen Frears r\u00e9alise une greffe \u00e9trange, parfois r\u00e9ussie, entre la romance, le suspens, le conte pour enfants et la chronique sociale \u00e0 l\u2019anglaise.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1408","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1408","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1408"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1408\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1408"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1408"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1408"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}