



{"id":14048,"date":"2023-06-12T22:36:26","date_gmt":"2023-06-12T20:36:26","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=14048"},"modified":"2023-06-12T17:59:27","modified_gmt":"2023-06-12T15:59:27","slug":"secheresse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=14048","title":{"rendered":"Entre chaleur et p\u00e9nurie d\u2019eau: l\u2019agriculture, bient\u00f4t \u00e0 sec\u2009?"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans le magazine\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/themes\/climat\/dossiers\/magazine-2023-2-dossier.html\">L\u2019Environnement<\/a>. Abonnez vous gratuitement<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/service-lecteurs-du-magazine-l-environnement\/service-d-abonnement-magazine.html\">\u00a0ici.<\/a><\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Othmarsingen (AG), ao\u00fbt 2060. La B\u00fcnz n\u2019est plus qu\u2019un ruisselet, aucun paysan n\u2019aurait l\u2019id\u00e9e d\u2019y pr\u00e9lever de l\u2019eau comme cela se faisait jusque dans les ann\u00e9es 2020. Le mercure fr\u00f4le les 40\u00a0degr\u00e9s et il n\u2019a pas plu depuis des semaines. Par chance, la Reuss, dont le trac\u00e9 est parall\u00e8le \u00e0 celui de la B\u00fcnz, apporte encore assez d\u2019eau. Une importante nappe phr\u00e9atique se trouve par ailleurs au nord de la r\u00e9gion du B\u00fcnztal. Les mara\u00eechers de la vall\u00e9e savent d\u00e9sormais tr\u00e8s bien faire face aux conditions m\u00e9t\u00e9orologiques extr\u00eames, ils se sont adapt\u00e9s. Ils ont investi dans des syst\u00e8mes d\u2019irrigation et cultivent davantage de plantes r\u00e9sistantes \u00e0 la chaleur. Les extr\u00eames sont devenus la norme.<\/p>\n<p>L\u2019agriculture suisse du futur ressemblera-t-elle effectivement \u00e0 cela\u2009? Difficile \u00e0 dire. Mais une chose est s\u00fbre\u2009: m\u00eame en prenant des mesures cons\u00e9quentes de protection du climat, un r\u00e9chauffement moyen de deux degr\u00e9s Celsius par rapport \u00e0 l\u2019\u00e8re pr\u00e9industrielle est attendu pour 2060, en particulier durant les mois d\u2019\u00e9t\u00e9. Il en va de m\u00eame pour le nombre de jours de chaleur qui passera de 11 \u00e0 26 par an. Ce sont en tout cas les conditions climatologiques que pr\u00e9voit un projet men\u00e9 sous l\u2019\u00e9gide du canton d\u2019Argovie. \u00ab\u2009L\u2019adaptation, un atout pour l\u2019agriculture\u2009\u00bb a pour objectif de d\u00e9terminer ce que signifiera un tel changement pour les paysans locaux \u2013 et quels acteurs joueront un r\u00f4le d\u00e9cisif dans le processus d\u2019adaptation.<\/p>\n<p><strong>Les paysans suisses sous pression\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>La Suisse, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme un ch\u00e2teau d\u2019eau, occupe une position privil\u00e9gi\u00e9e face aux bouleversements qui s\u2019annoncent. Car dans l\u2019ensemble, les hydrologues s\u2019attendent \u00e0 ce que la quantit\u00e9 de pr\u00e9cipitations reste \u00e0 peu pr\u00e8s constante m\u00eame si les temp\u00e9ratures augmentent. Ce qui changera, c\u2019est leur r\u00e9partition saisonni\u00e8re. D\u00e8s le milieu du XIXe si\u00e8cle, on a observ\u00e9 une hausse des pr\u00e9cipitations de 20 \u00e0 30\u2009% en hiver \u2013 une tendance qui devrait se poursuivre. \u00c0 l\u2019inverse, pendant les mois d\u2019\u00e9t\u00e9, les quantit\u00e9s moyennes de pr\u00e9cipitations diminueront d\u2019environ 15 millim\u00e8tres par mois. Par rapport aux quelque 100 millim\u00e8tres mensuels enregistr\u00e9s actuellement par mois, il s\u2019agit d\u2019une \u00e9volution mod\u00e9r\u00e9e. Mais comme dans le m\u00eame temps, la chaleur entra\u00eenera un accroissement de l\u2019\u00e9vaporation, les sols s\u2019ass\u00e9cheront, et ce pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 tous les syst\u00e8mes et \u00eatres vivants auront le plus besoin d\u2019eau. L\u2019agri\u00adculture devra donc s\u2019adapter aux nouvelles conditions climatiques. Mais comment\u2009? En irriguant davantage\u2009? Pour Samuel Zahner, collaborateur du bureau de conseil Ecoplan et coordonnateur du projet men\u00e9 en Argovie, \u00ables agriculteurs doivent tester d\u2019autres cultures plus r\u00e9sistantes \u00e0 la chaleur et \u00e0 la s\u00e9cheresse\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des solutions difficiles \u00e0 mettre en \u0153uvre<\/strong><\/p>\n<p>Dans le cadre du projet \u00abL\u2019adaptation, un atout pour l\u2019agriculture\u00bb, des paysans, des repr\u00e9sentants des autorit\u00e9s et des experts ont discut\u00e9 des perspectives futures pour l\u2019agriculture au cours de diff\u00e9rents ateliers. Il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que la partie inf\u00e9rieure du B\u00fcnztal \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9e \u00e0 la s\u00e9cheresse et qu\u2019une infrastructure \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en place, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit pour la plupart de syst\u00e8mes d\u2019arrosage. Il existe \u00e9galement des syst\u00e8mes d\u2019irrigation plus \u00e9conomes en eau, tels que l\u2019arrosage par goutte-\u00e0-goutte. Ces dispositifs sont cependant co\u00fbteux et leur installation et leur retrait demandent beaucoup de travail, ils n\u2019ont donc pratiquement jamais \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s sur des grandes surfaces jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. \u00c0 l\u2019avenir, cela pourrait changer, car il existe maintenant des syst\u00e8mes d\u00e9roulables qui permettent d\u2019irriguer facilement les grandes parcelles mara\u00eech\u00e8res.<\/p>\n<p>Dans le B\u00fcnztal, on a encore peu d\u2019exp\u00e9rience en mati\u00e8re de syst\u00e8mes de production adapt\u00e9s \u00e0 la s\u00e9cheresse. Les agriculteurs locaux s\u2019en sortent avec des mesures d\u2019urgence comme une intensification de l\u2019irrigation, m\u00eame si la plupart sont conscients que cette d\u00e9marche ne peut pas constituer une solution \u00e0 long terme. Il faudrait surtout adapter le calendrier des semis et des plantations et revoir le choix des cultures et des vari\u00e9t\u00e9s plant\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais dans quelle mesure les agriculteurs sont-ils pr\u00eats \u00e0 trouver des solutions durables\u2009? \u00ab\u2009Le paysan type n\u2019existe pas, explique Samuel Zahner, de m\u00eame qu\u2019il n\u2019y a pas qu\u2019une seule agriculture. La mani\u00e8re de faire face au changement climatique d\u00e9pend aussi du contexte.\u2009\u00bb Il faut se demander \u00e0 quel niveau et pour qui il est judicieux de proc\u00e9der \u00e0 telle adaptation ou \u00e0 tel investissement. Il s\u2019agit aussi d\u2019une question politique. \u00ab\u2009Ce processus de n\u00e9gociation est d\u00e9j\u00e0 partiellement engag\u00e9\u2009\u00bb, explique Samuel Zahner. Ainsi, l\u2019Union des paysans d\u2019Argovie a demand\u00e9 que l\u2019agriculture puisse davantage puiser dans les eaux souterraines pendant les p\u00e9riodes de s\u00e9cheresse. Le Conseil d\u2019\u00c9tat s\u2019est ensuite d\u00e9clar\u00e9 pr\u00eat \u00e0 examiner cette possibilit\u00e9 dans le cadre de la r\u00e9vision du plan directeur sur l\u2019approvisionnement en eau. Dans le m\u00eame temps, le projet \u00abWasser 2035\u00bb avance. Ce projet pr\u00e9voit de relier les r\u00e9seaux d\u2019approvisionnement en eau du B\u00fcnztal et du Reusstal et de permettre \u00e0 davantage d\u2019exploitations d\u2019\u00eatre raccord\u00e9es \u00e0 la nappe phr\u00e9atique. D\u2019apr\u00e8s les mod\u00e9lisations, les besoins devraient ainsi \u00eatre couverts m\u00eame les jours de forte consommation.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-14050\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Largeur_120623.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Largeur_120623.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Largeur_120623-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/Largeur_120623-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Des connaissances de base lacunaires<\/strong><\/p>\n<p>Samuel Zahner estime que pour adapter l\u2019agriculture aux conditions locales, il faudra s\u2019appuyer sur trois axes principaux. Il s\u2019agira tout d\u2019abord d\u2019assurer la couverture des besoins en eau dans les r\u00e9gions o\u00f9 sont cultiv\u00e9s essentiellement des fruits et l\u00e9gumes dont la production n\u00e9cessite une irrigation intensive. Ensuite viendra la politique agraire, qui a aussi un r\u00f4le \u00e0 jouer\u2009: les conditions-cadres du march\u00e9 agricole doivent \u00eatre adapt\u00e9es. Sur ce point, l\u2019expert d\u00e9plore l\u2019absence \u00abd\u2019orientations strat\u00e9giques plus claires\u00bb, que ce soit au niveau national ou cantonal. Enfin, il faudra \u00e9galement solliciter la recherche. Samuel Zahner pense que la num\u00e9risation en particulier rec\u00e8le un grand potentiel. Elle permettrait par exemple de g\u00e9rer l\u2019irrigation de fa\u00e7on \u00ab\u2009plus intelligente\u2009\u00bb\u2009: des capteurs plac\u00e9s dans le sol mesureraient l\u2019humidit\u00e9 en continu et des mod\u00e8les de pr\u00e9visions calculeraient les besoins de fa\u00e7on pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Le projet a cependant \u00e9galement montr\u00e9 que dans l\u2019ensemble, les connaissances de base disponibles ne suffisaient pas encore \u00e0 \u00e9valuer les risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019accroissement de la s\u00e9cheresse estivale \u2013 et \u00e0 d\u00e9finir les strat\u00e9gies d\u2019adaptation les plus efficaces. Pour ce faire, il est n\u00e9cessaire d\u2019optimiser la surveillance afin de mieux comprendre les corr\u00e9lations entre politique agraire et politique environnementale. D\u2019apr\u00e8s Samuel Zahner, les enseignements tir\u00e9s seront pr\u00e9cieux pour l\u2019ensemble du pays. \u00abLa situation du B\u00fcnztal est tr\u00e8s repr\u00e9sentative de celle du Plateau. \u00c0 d\u2019autres endroits, certains petits ou moyens cours d\u2019eau ne pourront plus \u00eatre utilis\u00e9s pour l\u2019irrigation.\u00bb Samuel Zahner estime que m\u00eame si pour une exploitation agricole individuelle, la s\u00e9cheresse ne repr\u00e9sente pas le d\u00e9fi le plus urgent par rapport \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et \u00e0 la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9, elle n\u2019en fait pas moins partie d\u2019un tout. \u00abR\u00e9ussirons-nous \u00e0 rendre l\u2019agriculture r\u00e9siliente aux changements climatiques \u00e0 temps\u2009?\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Un projet pour l\u2019avenir de l\u2019agriculture<\/strong><\/p>\n<p>Dans le cadre du projet \u00abL\u2019adapta\u00adtion, un atout pour l\u2019agriculture\u00bb men\u00e9 dans le B\u00fcnztal (AG), l\u2019instrument de la planification agricole est appliqu\u00e9 syst\u00e9matiquement dans le domaine de la s\u00e9cheresse pour la premi\u00e8re fois. Le canton d\u2019Argovie est l\u2019un des cinq principaux cantons agricoles de Suisse et le B\u00fcnztal est une importante r\u00e9gion agricole. Depuis 2003, l\u2019agriculture y souffre r\u00e9guli\u00e8rement du manque d\u2019eau. Lors de la canicule de l\u2019\u00e9t\u00e9 2018, le Canton a men\u00e9 un dialogue entre l\u2019administration et les associations sur le th\u00e8me de la gestion de la s\u00e9cheresse. Le projet pilote mis en \u0153uvre de janvier 2019 \u00e0 juin 2021 a permis de rassembler des connaissances approfondies et d\u2019\u00e9tablir une strat\u00e9gie pour l\u2019avenir.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9alit\u00e9 du mara\u00eechage<\/strong><\/p>\n<p>En cette journ\u00e9e grise et pluvieuse de d\u00e9cembre, on pourrait difficilement \u00eatre plus \u00e9loign\u00e9 de l\u2019\u00e9t\u00e9 caniculaire. Et le long des pr\u00e9s d\u00e9tremp\u00e9s qui s\u00e9parent la gare d\u2019Othmarsingen (AG) de la ferme d\u2019Urs Bryner, situ\u00e9e au centre du village, l\u2019id\u00e9e de parler de s\u00e9cheresse et d\u2019irrigation semble aussi un peu absurde. Le changement climatique n\u2019est pourtant pas une vague perspective future, mais bien une r\u00e9alit\u00e9 avec laquelle les agriculteurs doivent composer. On le remarque rapidement en faisant le tour de la ferme d\u2019Urs Bryner. Son quotidien est celui d\u2019un mara\u00eecher pour qui la question de l\u2019eau a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente.<\/p>\n<p><strong>Produire sous la pression des co\u00fbts<\/strong><\/p>\n<p>\u00abOn a toujours arros\u00e9 les cultures de l\u00e9gumes\u2009\u00bb, clarifie Urs Bryner d\u00e8s le d\u00e9part. L\u2019image que l\u2019on se fait de l\u2019agriculture doit-elle \u00eatre rectifi\u00e9e\u2009? \u00ab\u2009On associe surtout l\u2019irrigation \u00e0 grande \u00e9chelle \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 la France par exemple avec les cultures situ\u00e9es le long de l\u2019autoroute en Alsace, mais en Suisse aussi, cela fait d\u00e9j\u00e0 longtemps que l\u2019on arrose les pommes de terre, les carottes et les oignons\u00bb, explique Urs Bryner.<\/p>\n<p>L\u2019agriculteur cultive non seulement des petits pois destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre mis en conserve et des haricots nains pour la consommation, mais aussi du ma\u00efs et des asperges. Bien souvent, la d\u00e9cision d\u2019irriguer ou non ne lui revient absolument pas. Dans le cas des petits pois, qu\u2019il produit comme bon nombre de ses coll\u00e8gues de la r\u00e9gion pour l\u2019entreprise Frigemo AG, qui appartient au groupe Fenaco, il n\u2019a pas le choix. \u00abFrigemo a une id\u00e9e assez pr\u00e9cise de la mani\u00e8re dont nous, agriculteurs, devons veiller \u00e0 maintenir une qualit\u00e9 constante, et l\u2019irrigation en fait partie. Tout est r\u00e9gl\u00e9 par contrat\u00bb, explique Urs Bryner.<\/p>\n<p>Il pr\u00e9cise devoir supporter seul les co\u00fbts suppl\u00e9mentaires que cela repr\u00e9sente, qui dans ce cas peuvent correspondre \u00e0 jusqu\u2019\u00e0 un tiers des recettes. \u00abLe tout peut rapidement ne plus \u00eatre rentable, mais je dois tout de m\u00eame produire\u00bb, ajoute Urs Bryner. Il esp\u00e8re que les consommateurs prendront aussi conscience de cela: \u00abLorsque les \u00e9t\u00e9s sont chauds, il est plus difficile de produire des l\u00e9gumes, et cela devrait en principe se refl\u00e9ter dans les prix.\u00bb<\/p>\n<p>Urs Bryner montre son installation d\u2019irrigation, constitu\u00e9e de pompes et de longs tuyaux mont\u00e9s sur des enrouleurs mobiles. Elle passe plut\u00f4t inaper\u00e7ue parmi les autres machines. Urs Bryner raconte aussi le potentiel conflictuel que rec\u00e8le l\u2019installation. Certains agriculteurs de la r\u00e9gion ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 poursuivis en justice par des riverains qui se plaignaient du bruit g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les dispositifs d\u2019irrigation. \u00ab\u2009Nous pr\u00e9f\u00e9rerons arroser la nuit, car il fait moins chaud.\u2009\u00bb Cela a aussi plus de sens du point de vue \u00e9cologique puisque l\u2019\u00e9vaporation est moins importante que durant la journ\u00e9e. Mais c\u2019est possible uniquement si les pompes se trouvent suffisamment loin des zones d\u2019habitation.<\/p>\n<p><strong>La course \u00e0 l\u2019eau est engag\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Si les \u00e9t\u00e9s deviennent plus secs, pour Urs Bryner, c\u2019est surtout la quantit\u00e9 d\u2019eau qui atteindra les champs qui changera. \u00abLes autres paysans veulent maintenant faire ce que les mara\u00eechers ont toujours fait pour cultiver leurs l\u00e9gumes\u00bb, explique Urs Bryner \u2013 irriguer les champs de c\u00e9r\u00e9ales ou les prairies fourrag\u00e8res pendant les longues p\u00e9riodes de s\u00e9cheresse, par exemple. Le mara\u00eecher pense que l\u2019on saura rapidement dans quels cas il est pertinent d\u2019irriguer ou non. Ou les agriculteurs finiront-ils t\u00f4t ou tard par se tourner vers d\u2019autres vari\u00e9t\u00e9s moins gourmandes en eau\u2009? Urs Bryner sait que pas mal de choses vont changer. Cela ne l\u2019inqui\u00e8te pas outre mesure, car il consid\u00e8re que l\u2019adaptation au changement a toujours fait partie du m\u00e9tier d\u2019agriculteur.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la visite, Urs Bryner descend jusqu\u2019\u00e0 la B\u00fcnz, qui coule docilement entre les constructions dispers\u00e9es du Plateau. Pendant de nombreuses ann\u00e9es, les producteurs de l\u00e9gumes y ont pr\u00e9lev\u00e9 de l\u2019eau sans que cela pose probl\u00e8me. Mais au cours des derniers \u00e9t\u00e9s, la rivi\u00e8re a connu de plus en plus d\u2019\u00e9pisodes d\u2019\u00e9tiage et, plus grave encore, la hausse des temp\u00e9ratures a r\u00e9guli\u00e8rement entra\u00een\u00e9 la mise en place d\u2019interdictions de pr\u00e9l\u00e8vement d\u2019eau \u2013 en raison du risque de mortalit\u00e9 des poissons. L\u2019agriculteur remarque que ses besoins doivent s\u2019inscrire dans un cadre plus complexe. \u00abAvant, si on voulait irriguer, on cherchait des solutions techniques.\u00bb Aujourd\u2019hui, de plus en plus d\u2019autres perspectives doivent \u00eatre prises en compte \u2013 que ce soit en mati\u00e8re de protection de la nature, d\u2019approvisionnement en eau potable ou de politique. Le discours d\u2019Urs Bryner, loin d\u2019\u00eatre empreint de frustration, est r\u00e9aliste \u2013 pr\u00e9cis\u00e9ment dans le sens d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 climatique \u00e0 laquelle les agriculteurs sont d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9s.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>En bref<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019avenir, il y aura davantage de jours de chaleur par ann\u00e9e et les p\u00e9riodes de s\u00e9cheresse estivale seront plus fr\u00e9quentes et plus longues. L\u2019agricul\u00adture devra s\u2019adapter \u00e0 ces conditions. Un projet men\u00e9 dans le canton d\u2019Argovie a permis de d\u00e9terminer quelles adaptations \u00e9taient n\u00e9cessaires et pertinentes \u2013 et quelles lacunes de connaissances les autorit\u00e9s et la recherche devaient encore combler.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019avenir, les paysans suisses seront de plus en plus confront\u00e9s \u00e0 la chaleur et aux p\u00e9nuries d\u2019eau. Un projet pilote men\u00e9 dans le canton d\u2019Argovie vise \u00e0 d\u00e9terminer comment d\u00e9velopper une agriculture r\u00e9siliente aux changements climatiques.<\/p>\n","protected":false},"author":20315,"featured_media":14050,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1306],"class_list":["post-14048","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-environnement","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14048","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20315"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14048"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14048\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14052,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14048\/revisions\/14052"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14050"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14048"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14048"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14048"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}