



{"id":1392,"date":"2003-08-18T00:00:00","date_gmt":"2003-08-17T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1392"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1392","title":{"rendered":"Le juste prix du \u00abCo\u00fbt de la vie\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Avec \u00abLe Co\u00fbt de la vie\u00bb, le cin\u00e9aste Philippe le Guay (\u00abLa Vie de Juliette\u00bb) prend un risque. On ne construit pas une intrigue sur nos rapports difficiles \u00e0 l\u2019argent sans se soumettre \u00e0 son tour \u00e0 la question: cette com\u00e9die estivale qui a pour cadre Lyon, ville des soieries luxueuses, de la gastronomie au beurre et de la bourgeoisie satisfaite, vaut-elle le prix de son ticket d\u2019entr\u00e9e, 16 francs? En d\u2019autres termes: en a-t-on pour son argent?<\/p>\n<p>Oui, si on va voir \u00abLe Co\u00fbt de la vie\u00bb le lundi, jour des tarifs r\u00e9duits, mais pas forc\u00e9ment le reste de la semaine. Trop caricatural pour s\u00e9duire, le film illustre des situations et des sympt\u00f4mes bien plus qu\u2019il ne les incarne &#8212; on a parfois l\u2019impression que le sc\u00e9nario a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit avec le recours syst\u00e9matique du petit manuel du freudisme de base.<\/p>\n<p>Dommage car, face \u00e0 un cin\u00e9ma fran\u00e7ais encore tr\u00e8s \u00abcatho-mitterrandien\u00bb dans sa soumission au tabou que repr\u00e9sente l\u2019argent, le film a au moins le m\u00e9rite de ne parler que de \u00e7a. Du flouze, du p\u00e8se, des p\u00e9pettes, du bl\u00e9, des d\u00e9biteurs, des cr\u00e9anciers, des cartes de cr\u00e9dits, des ch\u00e8ques et des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Dans une sc\u00e8ne, un personnage ach\u00e8te \u00e0 un brocanteur un lot d\u2019assiettes ayant pour motif des fables de Jean de la Fontaine, dont celle de \u00abLa Cigale et la Fourmi\u00bb. Voil\u00e0 qui est clair: \u00abLe Co\u00fbt de la vie\u00bb est un conte, une parabole sur l\u2019argent et les affres qu\u2019il occasionne.<\/p>\n<p>Avarice compulsive ou impossibilit\u00e9 de donner, Brett (Fabrice Luchini qui ressemble de plus en plus au cin\u00e9aste anglais Peter Greenaway) est malade \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019ouvrir son porte-monnaie &#8212; d\u2019o\u00f9 sa constipation r\u00e9currente. Il pr\u00e9f\u00e8re quitter sa ma\u00eetresse plut\u00f4t que de lui faire un cadeau \u00e0 790 euros, se perdre en proc\u00e9dures judiciaires plut\u00f4t que de se racheter une bouilloire.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse, Comway (Vincent Lindon) ne sait que d\u00e9penser. Son restaurant conna\u00eet une baisse de fr\u00e9quentation? Il en ach\u00e8te un second! Son beau-p\u00e8re le m\u00e9prise? Il lui fait don d\u2019une caisse de Bordeaux!<\/p>\n<p>Sa femme se m\u00e9fie de sa prodigalit\u00e9? Il l\u2019apaise en lui offrant une bague \u00e0 12\u2019500 euros! Sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ne l\u2019emp\u00eache pourtant pas d\u2019entretenir un rapport puritain au fric. Comme le dit son \u00e9pouse (car ici tout le monde commente les gestes de tout le monde), Comway jette l\u2019argent par les fen\u00eatres pour avoir bonne conscience, se sentir propre.<\/p>\n<p>Bref, ni Brett ni Comway n\u2019ont l\u2019argent content.<\/p>\n<p>Autour du motif de la cigale et de la fourmi, de ce couple extr\u00eame dans l\u2019expression de ses n\u00e9vroses, tournent plusieurs satellites. Il y a Helena, call girl sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me qui fait payer leurs petites mesquineries \u00e0 ses clients. Laurence, une riche h\u00e9riti\u00e8re (Isild Le Besco) qui joue les SDF pour \u00ab\u00eatre aim\u00e9e pour elle-m\u00eame\u00bb.<\/p>\n<p>Il y a aussi un huissier compassionnel, une ouvri\u00e8re qui rigole quand on lui refuse sa carte bleue au supermarch\u00e9, un PDG qui vend son patrimoine pour retrouver son \u00e2me (le bien nomm\u00e9 Claude Rich), une femme enceinte qui marchande tout ce qu\u2019elle ach\u00e8te, un modeste plongeur panier perc\u00e9 et un gamin qui joue au Monopoly comme un futur Paul-Loup Sullitzer.<\/p>\n<p>Dans \u00abLe Co\u00fbt de la vie\u00bb, l\u2019argent est montr\u00e9 comme un r\u00e9v\u00e9lateur de comportements, un jeu de \u00abcache-cash\u00bb qui camoufle le besoin d\u2019\u00eatre aim\u00e9, de se venger ou de r\u00e9parer des blessures anciennes, une illusion qui console de la peur de manquer ou de perdre le contr\u00f4le de sa vie.<\/p>\n<p>Film chorale o\u00f9 se tissent une dizaine de destins, \u00abLe Co\u00fbt de la vie\u00bb choisit la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 pour d\u00e9peindre une humanit\u00e9 mercantile, obs\u00e9d\u00e9e par l\u2019argent mais aussi rong\u00e9e par la culpabilit\u00e9, le remord et la honte qu\u2019il peut engendrer.<\/p>\n<p>A priori, il n\u2019y a pas de quoi rire et on ne rit pas tant que cela dans cette com\u00e9die monomaniaque &#8212; tout est per\u00e7u sous l\u2019angle du fric &#8212; qui bascule en cours de route dans une forme de m\u00e9lancolie f\u00e9tichiste, dont les hommes sont les premi\u00e8res victimes. Philippe Le Guay n\u2019est pas tendre avec ses personnages masculins tandis qu\u2019il accorde aux femmes, de la gr\u00e9viste \u00e0 l\u2019anesth\u00e9siste bimbo, des comportements beaucoup plus sains, r\u00e9alistes et ludiques face au leurre de l\u2019argent.<\/p>\n<p>Le film prend d\u2019ailleurs toute sa valeur avec le personnage incarn\u00e9 par G\u00e9raldine Pailhas (la meilleure d\u2019un casting luxueux), une prostitu\u00e9e de haut vol qui a le sens de l\u2019\u00e9change et du deal, une sorte de psy des h\u00f4tels Ibis, la seule \u00e0 oser mettre les gens devant leurs contradictions, l\u00e2chet\u00e9s, impuissance et mi\u00e8vre sentimentalit\u00e9. <\/p>\n<p>Tr\u00e8s diff\u00e9rente de la pute au grand c\u0153ur qui a nourri l\u2019imaginaire du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, elle s\u2019affirme comme une sorte de philosophe de l\u2019argent, de dialecticienne ironique des rapports de force. C\u2019est elle le maillon fort de cette com\u00e9die amusante, parfois miroir de nos \u00e9tranges comportements, mais trop artificielle dans sa construction et t\u00e9nu dans son sc\u00e9nario pour \u00eatre v\u00e9ritablement payante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Film chorale mettant en cause notre rapport \u00e0 l\u2019argent, \u00abLe Co\u00fbt de la vie\u00bb offre un jeu de \u00abcache-cash\u00bb amusant, plut\u00f4t intelligent. Avec l\u2019excellente G\u00e9raldine Pailhas.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1392","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1392","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1392"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1392\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1392"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1392"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}