



{"id":13554,"date":"2023-01-19T23:18:35","date_gmt":"2023-01-19T22:18:35","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=13554"},"modified":"2023-01-03T14:20:57","modified_gmt":"2023-01-03T13:20:57","slug":"bestial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=13554","title":{"rendered":"Des animaux jug\u00e9s au tribunal"},"content":{"rendered":"<p>Comment lutter contre les infestations qui ravagent les champs quand aucun moyen chimique n\u2019existe ? Au Moyen \u00c2ge, le seul espoir de venir \u00e0 bout des nuisibles provoquant disettes et famines \u00e9tait plac\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise. Ainsi sont apparus les proc\u00e8s eccl\u00e9siastiques d\u2019animaux ayant pour but de les faire d\u00e9guerpir. \u00abSi l\u2019usage d\u2019excommunier des animaux nuisibles est attest\u00e9 dans la litt\u00e9rature religieuse d\u00e8s les XIIe\/XIIIe si\u00e8cles, la premi\u00e8re mention d\u2019un proc\u00e8s eccl\u00e9siastique d\u2019animaux, en l\u2019occurrence des sauterelles, remonte au milieu du XIVe si\u00e8cle, dans le Tyrol. La pratique est ensuite attest\u00e9e dans le centre de l\u2019Europe et dans l\u2019Arc alpin. En Suisse, on trouve ces proc\u00e8s dans le dioc\u00e8se de Lausanne (couvrant \u00e0 l\u2019\u00e9poque les actuels cantons de Fribourg, de Neuch\u00e2tel et une grande partie de ceux de Vaud et Berne, ndlr), en Valais et dans les Grisons\u00bb, explique Catherine Ch\u00eane, historienne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne et auteure de Juger les vers, l\u2019une des rares monographies sur le sujet. L\u2019accus\u00e9 vedette de ces proc\u00e8s \u00e9tait le hanneton, dont les larves rongeaient les racines : \u00abCe fl\u00e9au a d\u00e9vast\u00e9 la Suisse jusqu\u2019au XIXe si\u00e8cle\u00bb, rappelle-t-elle.<\/p>\n<p>Le premier document conserv\u00e9 d\u00e9taillant un proc\u00e8s d\u2019animaux en Europe date du 24 mars 1452. Il concerne un jugement rendu \u00e0 Lausanne : Jean Andr\u00e9, l\u2019official du dioc\u00e8se, y explique longuement comment appliquer \u00abla mal\u00e9diction aux sangsues attaquant les poissons et contre tous les vers terrestres ou aquatiques, les souris, les sauterelles, les papillons et les autres animaux qui d\u00e9vastent les fruits de la terre et les poissons\u00bb.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9fendus par un avocat <\/strong><\/p>\n<p>Dans le dioc\u00e8se, on sait que des repr\u00e9sentants des animaux incrimin\u00e9s (soit des sangsues) avaient \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s au tribunal, puis tu\u00e9s \u00e0 la fin du proc\u00e8s. Mais le plus souvent, ils \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s par un avocat, ces actions en justice respectant scrupuleusement le droit. Mais les d\u00e9s \u00e9taient pip\u00e9s : les avocats des insectes et autres ind\u00e9sirables avaient beau plaider que ces derniers ne faisaient que se nourrir, leurs \u00abclients\u00bb \u00e9taient toujours reconnus coupables d\u2019occuper les terres r\u00e9serv\u00e9es aux hommes et condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019excommunication. \u00ab\u00c0 travers ces proc\u00e8s, on sent une n\u00e9cessit\u00e9 de rappeler l\u2019ordre de la cr\u00e9ation, car on consid\u00e9rait qu\u2019une place avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 chaque esp\u00e8ce par Dieu, pr\u00e9cise Catherine Ch\u00eane. Les animaux \u00e9taient plac\u00e9s plus bas que l\u2019homme et soumis \u00e0 lui, mais ils avaient leur place. En affirmant le droit de l\u2019homme sur la nature, on justifiait sa volont\u00e9 de se d\u00e9barrasser d\u2019eux.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13555\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Large_image-jour_proc\u00e8s-animaux.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Large_image-jour_proc\u00e8s-animaux.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Large_image-jour_proc\u00e8s-animaux-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Large_image-jour_proc\u00e8s-animaux-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue de ces proc\u00e8s relativement longs, le cur\u00e9 pronon\u00e7ait dans les champs la formule d\u2019excommunication fournie par l\u2019\u00e9v\u00eaque. Puis on attendait. \u00abOn a connaissance d\u2019un cas \u00e0 Berne o\u00f9 les hannetons avaient disparu. Mais ce sont des animaux cycliques : ils disparaissent apr\u00e8s trois ans\u00bb, souligne l\u2019historienne. Parfois, un second proc\u00e8s \u00e9tait intent\u00e9 \u00e0 la vermine qui n\u2019avait pas obtemp\u00e9r\u00e9. \u00c0 Lausanne, ces jugements prirent fin avec l\u2019interdiction du culte catholique suite \u00e0 l\u2019annexion du canton de Vaud par Berne en 1536. Mais on trouve, \u00e0 Fribourg par exemple, des traces d\u2019excommunications prononc\u00e9es dans les champs jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Des cochons jet\u00e9s en prison<\/strong><\/p>\n<p>Les parasites n\u2019\u00e9taient pas les seuls animaux jug\u00e9s en Europe. Cochons, chiens, chevaux, coqs ou encore vaches pouvaient compara\u00eetre devant un tribunal, mais la\u00efque cette fois, pour r\u00e9pondre de dommages ou d\u2019accidents qu\u2019ils auraient caus\u00e9s. Le cas le plus connu est celui de la truie de Falaise, en France, accus\u00e9e d\u2019avoir tu\u00e9 un enfant. Incarc\u00e9r\u00e9e comme un \u00eatre humain, jug\u00e9e et condamn\u00e9e, elle fut pendue en public. \u00abOn a retrouv\u00e9 le cas d\u2019un cochon jug\u00e9 en Valais au XVe si\u00e8cle. Dans le dioc\u00e8se de Lausanne, aucun document signal\u00e9 dans les archives judiciaires n\u2019en parle, mais on peut supposer qu\u2019il y en a eu \u00e9galement.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans The Lausanner (n\u00b0 10).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Moyen \u00c2ge, d\u2019\u00e9tranges proc\u00e8s se tenaient \u00e0 Lausanne : sur le banc des accus\u00e9s, on trouvait des vers, des rongeurs, des sauterelles, parfois m\u00eame des sangsues.<\/p>\n","protected":false},"author":20267,"featured_media":13555,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-13554","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13554","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20267"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13554"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13554\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13556,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13554\/revisions\/13556"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/13555"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13554"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13554"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13554"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}