



{"id":1345,"date":"2003-06-12T00:00:00","date_gmt":"2003-06-11T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1345"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1345","title":{"rendered":"\u00abSwimming Pool\u00bb, un film pour la canicule"},"content":{"rendered":"<p>A ceux qui n\u2019en conna\u00eetraient pas encore le synopsis, voil\u00e0 comment d\u00e9bute \u00abSwimming Pool\u00bb, de Fran\u00e7ois Ozon. Apr\u00e8s de nombreux succ\u00e8s publics, la romanci\u00e8re londonienne Sarah Morton (Charlotte Rampling, vicieuse et attachante \u00e0 souhait) traverse une grave crise d\u2019inspiration. Pour la stimuler, son \u00e9diteur lui pr\u00eate les cl\u00e9s de sa maison de campagne dans le Lub\u00e9ron.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques jours de d\u00e9tente savour\u00e9s avec un certain masochisme &#8212; elle ne mange qu\u2019all\u00e9g\u00e9, s\u2019interdit le vin blanc, s\u2019habille vieille fille alors qu\u2019elle r\u00eave de couleurs vives &#8211;, Sarah voit sa vie monacale totalement chamboul\u00e9e par l\u2019arriv\u00e9e de Julie (Ludivine Sagnier, solaire et m\u00e9lancolique), la fille de l\u2019\u00e9diteur. Entre les deux femmes, l\u2019agressivit\u00e9 est imm\u00e9diate. L\u2019une a besoin d\u2019ordre et de calme pour travailler; l\u2019autre n\u2019est qu\u2019exhibitionnisme et chaos.<\/p>\n<p>Toute l\u2019intrigue de \u00abSwimming Pool\u00bb repose sur la confrontation ambigu\u00eb entre l\u2019auteur de polars et la Bimbo aux seins aussi galb\u00e9s que la croupe. D\u2019abord hostile \u00e0 la gamine, Sarah se pique peu \u00e0 peu de curiosit\u00e9 pour cette cr\u00e9ature sexy qui ne se refuse rien, une sorte de \u00ab\u00e7a\u00bb freudien qui vient d\u00e9fier son surmoi tr\u00e8s rigide. Sarah comprend alors que Julie peut devenir sa muse, la source d\u2019inspiration du roman qu\u2019elle est en train d\u2019\u00e9crire. Elle veut en faire son amie pour mieux la vampiriser, s\u2019emparer de son histoire &#8212; elle lit et recopie des passages du cahier intime de la gamine.<\/p>\n<p>Au fil des chapitres qui s\u2019\u00e9crivent, Sarah devient plus lumineuse, d\u00e9contract\u00e9e et d\u00e9sirable. Inversement, Julie voit sa carapace de \u00abcagole\u00bb &#8212; mot proven\u00e7al signifiant petite nana sexy et vulgaire &#8212; se fissurer et ses blessures d\u2019enfance remonter \u00e0 la surface jusqu\u2019\u00e0 l\u2019in\u00e9luctable, un crime commis au bord de la piscine\u2026.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui s\u2019est vraiment pass\u00e9 dans la maison du Lub\u00e9ron? Difficile \u00e0 dire puisque \u00abSwimming Pool\u00bb se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre le livre que Sarah est en train d\u2019\u00e9crire: Ozon filme le roman de Sarah en quelque sorte. Mais quand se termine le film et quand commence le livre? C\u2019est l\u00e0 que les hypoth\u00e8ses entre amis fusent. Pour certains, rien, strictement rien n\u2019a exist\u00e9, tout est dans la t\u00eate de Sarah Morton, m\u00eame Julie!<\/p>\n<p>Pour d\u2019autres, c\u2019est le travail de cr\u00e9ation, l\u2019appropriation de la r\u00e9alit\u00e9 par l\u2019artiste pour en faire une v\u00e9rit\u00e9 romanesque que d\u00e9crit \u00abSwimming Pool\u00bb. Pour d\u2019autres encore, tout est vrai, y compris le meurtre &#8212; ceux-ci trouvent le film tr\u00e8s immoral. Pour d\u2019autres enfin, il s\u2019agirait ni plus ni moins de l\u2019autoportrait, un rien vaniteux, de Fran\u00e7ois Ozon en auteur de best-sellers devenu auteur de grande qualit\u00e9!<\/p>\n<p>Rien de d\u00e9terminant n\u2019autorise une version plut\u00f4t qu\u2019une autre. Le sch\u00e9ma de \u00abSwimming Pool\u00bb est un peu le m\u00eame que celui de \u00abMullholland Drive\u00bb de David Lynch; il suit la logique de l\u2019inconscient, celle qui r\u00e9pond \u00e0 l\u2019exigence du d\u00e9sir plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019autorit\u00e9 du possible. A cette diff\u00e9rence que l\u2019auteur de \u00abSous le sable\u00bb n\u2019est pas un cin\u00e9aste des profondeurs ni des labyrinthes. Sans aucune notion p\u00e9jorative, Fran\u00e7ois Ozon est un cin\u00e9aste de la surface. Tous ses films en t\u00e9moignent, surtout \u00abHuit femmes\u00bb qui joue enti\u00e8rement sur les codes vestimentaires, de d\u00e9cors et de casting.<\/p>\n<p>Mais un cin\u00e9aste de la surface qui sait particuli\u00e8rement bien capter les effets de mirage, d\u2019\u00e9tranget\u00e9 et de diffraction que distillent les univers du lisse, du transparent, du nickel &#8212; tout est toujours propre chez lui, m\u00eame si ses sc\u00e9narios sont trash ou crades. A ce titre, la piscine repr\u00e9sente le sommet du d\u00e9cor naturel: un cadre plane o\u00f9 tout peut se projeter, avec la possibilit\u00e9 de plonger dedans. On regarde \u00abSwimming Pool\u00bb un peu comme on se laisse glisser dans le sommeil de la sieste, avec une sorte de somnolence bienheureuse, sans r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Comme toujours avec Fran\u00e7ois Ozon, les r\u00e9f\u00e9rences au cin\u00e9ma sont nombreuses. Des \u00abDiaboliques\u00bb \u00e0 \u00abLa Piscine\u00bb, de \u00abJeune fille cherche appartement\u00bb \u00e0 \u00abProvidence\u00bb, \u00abSwimming pool\u00bb avance comme un jeu de pistes. L\u2019\u0153uvre d\u2019Ozon est ludique; on y circule comme dans un jeu de soci\u00e9t\u00e9, le Cluedo de pr\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Il serait vain de vouloir du jeune cin\u00e9aste, 37 ans \u00e0 peine, autre chose qu\u2019un cin\u00e9ma d\u2019auteur divertissant. A l\u2019image de son h\u00e9ro\u00efne, Ozon signe des best-sellers cin\u00e9matographiques.<\/p>\n<p>Deux sc\u00e8nes pourtant sortent ce principe de s\u00e9duction: celle o\u00f9 Charlotte Rampling dans un geste \u00e0 la Deneuve dans \u00abTristana\u00bb ouvre sa chemise pour attirer dans son lit le vieux, tr\u00e8s vieux jardinier, et celle o\u00f9 elle se retrouve nez \u00e0 nez avec une naine pr\u00e9cocement s\u00e9nile. Deux s\u00e9quences o\u00f9 suinte le malaise. Un jour, peut-\u00eatre, Fran\u00e7ois Ozon \u00e9crira des cauchemars plut\u00f4t que des r\u00eaves pour box office.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce film se laisse regarder avec le m\u00eame plaisir que l\u2019on contemple la surface d\u2019une piscine en plein \u00e9t\u00e9, quand se d\u00e9gagent ces flamm\u00e8ches de chaleur qui font tourner la t\u00eate et croire aux mirages.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1345","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1345"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1345\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}