



{"id":13296,"date":"2022-10-20T23:05:08","date_gmt":"2022-10-20T21:05:08","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=13296"},"modified":"2022-10-20T16:29:49","modified_gmt":"2022-10-20T14:29:49","slug":"pollution-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=13296","title":{"rendered":"Comment la lumi\u00e8re artificielle perturbe la faune et la flore"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans le magazine\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/themes\/electrosmog\/dossiers\/magazine-l-environnement-3-2022-retrouver-la-nuit-dossier.html\">L\u2019Environnement<\/a>. Abonnez vous gratuitement<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/service-lecteurs-du-magazine-l-environnement\/service-d-abonnement-magazine.html\">\u00a0ici.<\/a><\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Au lieu de se diriger vers la mer, de jeunes tortues tout juste sorties de l\u2019\u0153uf crapahutent sur la plage vers les h\u00f4tels illumin\u00e9s. Les nuits de brouillard, des oiseaux migrateurs d\u00e9sorient\u00e9s tournoient jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement autour de tours \u00e9clair\u00e9es. Un seul lampadaire tue pr\u00e8s de 150 insectes au cours d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9. Et ce ne sont l\u00e0 que trois exemples parmi tant d\u2019autres illustrant les effets n\u00e9gatifs de l\u2019\u00e9clairage artificiel sur la faune.<\/p>\n<p><strong>La fin de l\u2019obscurit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Les sources lumineuses artificielles susceptibles de pr\u00e9senter un danger pour les animaux ont beaucoup augment\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ainsi que le montrent les images satellite. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle du monde, l\u2019illumination nocturne du territoire augmente chaque ann\u00e9e de 2 \u00e0 6 %. En Suisse, les \u00e9missions lumineuses dirig\u00e9es vers le ciel ont plus que doubl\u00e9 entre 1994 et 2020. En 1994 d\u00e9j\u00e0, on n\u2019observait plus d\u2019obscurit\u00e9 naturelle que sur 28 % de la surface de la Suisse, une proportion qui s\u2019est r\u00e9duite \u00e0 18 % en 2009. Il n\u2019existe plus aucun kilom\u00e8tre carr\u00e9 d\u2019obscurit\u00e9 nocturne sur le Plateau depuis 1996, ni dans le Jura depuis 2008.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution n\u2019est pas sans cons\u00e9quence. En effet, non seulement la lumi\u00e8re artificielle peut porter atteinte au milieu naturel des animaux nocturnes, mais aussi perturber l\u2019horloge interne des \u00eatres vivants ayant une activit\u00e9 diurne.\u00bb Les luminaires mal orient\u00e9s diffusant leur lumi\u00e8re dans toutes les directions posent particuli\u00e8rement probl\u00e8me\u00bb, indique Christopher Gerpe, collaborateur scientifique de l\u2019OFEV. Lorsque cette dispersion de lumi\u00e8re est refl\u00e9t\u00e9e par les gouttelettes d\u2019eau du brouillard ou de la couverture nuageuse, il se forme au-dessus des zones urbaines des d\u00f4mes lumineux visibles de tr\u00e8s loin. Une ville moyenne peut ainsi illuminer le ciel sur un rayon de 20 km ou plus, ce qui s\u2019av\u00e8re particuli\u00e8rement dangereux pour les oiseaux migrateurs : attir\u00e9s par le halo lumineux, ils mettent longtemps \u00e0 ressortir de ce pi\u00e8ge ou p\u00e9rissent avant d\u2019avoir retrouv\u00e9 leur itin\u00e9raire.<\/p>\n<p>La couleur de la lumi\u00e8re constitue \u00e9galement un param\u00e8tre d\u2019importance. Les lampes poss\u00e8dent souvent une forte proportion de composantes bleues \u00e0 onde courte, favorisant l\u2019effet d\u2019\u00e9blouissement et la dispersion de la lumi\u00e8re dans l\u2019atmosph\u00e8re. Parmi les autres effets n\u00e9gatifs de la lumi\u00e8re bleue, on sait qu\u2019elle attire davantage les insectes et modifie l\u2019\u00e9quilibre hormonal des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Il y a presque 20 ans d\u00e9j\u00e0, mandat\u00e9e par la ville de Zurich, l\u2019agence d\u2019\u00e9cologie urbaine et de recherche sur la vie sauvage SWILD avait publi\u00e9 le premier ouvrage en langue allemande rassemblant diff\u00e9rentes \u00e9tudes sur le sujet. Ce rapport de base tr\u00e8s remarqu\u00e9 mettait clairement en \u00e9vidence les cons\u00e9quences \u00e9cologiques de l\u2019\u00e9clairage artificiel. Les vers luisants, par exemple, lorsqu\u2019ils se trouvent \u00e0 proximit\u00e9 de rues \u00e9clair\u00e9es ou de luminaires d\u2019ext\u00e9rieur, \u00e9prouvent de grandes difficult\u00e9s \u00e0 trouver leurs partenaires de reproduction. Les femelles, qui attirent les m\u00e2les par la lumi\u00e8re qu\u2019elles \u00e9mettent au niveau de l\u2019abdomen, ne sont alors plus suffisamment perceptibles par leurs cong\u00e9n\u00e8res. Les oiseaux perdent l\u2019orientation et chantent \u00e0 des heures indues, d\u00e9pensant alors inutilement leur \u00e9nergie. Diverses esp\u00e8ces de poissons et d\u2019amphibiens sont \u00e9galement attir\u00e9es par la lumi\u00e8re. \u00c0 l\u2019inverse, de nombreux micro-organismes vivant dans les lacs et composant le zooplancton qui sert de nourriture aux poissons ont besoin de l\u2019obscurit\u00e9 pour remonter dans la zone proche de la surface de l\u2019eau o\u00f9 poussent les algues dont ils s\u2019alimentent. Dans les agglom\u00e9rations, o\u00f9 la lumi\u00e8re artificielle est omnipr\u00e9sente, le cycle naturel de migration du plancton se trouve donc perturb\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Effets sur la flore<\/strong><\/p>\n<p>Les plantes souffrent elles aussi des \u00e9missions lumineuses. Les v\u00e9g\u00e9taux absorbent la lumi\u00e8re au moyen de photor\u00e9cepteurs qui leur permettent de d\u00e9clencher diff\u00e9rents processus tels que la croissance des tiges ou le d\u00e9veloppement des fruits. Selon les essences, une exposition \u00e0 la lumi\u00e8re artificielle pendant la phase d\u2019obscurit\u00e9 peut entraver ou au contraire acc\u00e9l\u00e9rer la floraison. Des \u00e9tudes ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la capacit\u00e9 de photosynth\u00e8se de certaines plantes \u00e9tait ralentie lorsque celles-ci se trouvaient expos\u00e9es durant 24 h \u00e0 la lumi\u00e8re. Au quotidien, on peut en outre observer le ph\u00e9nom\u00e8ne suivant : \u00e0 l\u2019automne, les arbres situ\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 directe des lampadaires perdent souvent leurs feuilles plus tard que ceux situ\u00e9s dans des zones plus sombres. Ils fleurissent aussi plus t\u00f4t au printemps, ce qui les rend plus vuln\u00e9rables aux gel\u00e9es tardives.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de ces effets connus, il reste difficile de d\u00e9crire de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les cons\u00e9quences de l\u2019\u00e9clairage artificiel sur les milieux naturels, explique l\u2019expert de l\u2019OFEV Christopher Gerpe.\u00bb On part toutefois du principe que les esp\u00e8ces sp\u00e9cialis\u00e9es, fortement adapt\u00e9es \u00e0 la vie nocturne, sont plus affect\u00e9es que les esp\u00e8ces qui tol\u00e8rent mieux la lumi\u00e8re.\u00bb R\u00e9sultat : la diversit\u00e9 recule et de nombreux milieux risquent de s\u2019appauvrir.<\/p>\n<p><strong>Des gagnants et des perdants<\/strong><\/p>\n<p>La pollution lumineuse fait des gagnants et des perdants, comme le montrent les chauves-souris : tandis que la pipistrelle commune se r\u00e9gale des nu\u00e9es d\u2019insectes qui volent autour des lampadaires et luminaires de jardin, les autres esp\u00e8ces (on en d\u00e9nombre 30 en Suisse) ont plut\u00f4t tendance \u00e0 fuir la lumi\u00e8re. Pour passer de leur quartier de jour \u00e0 leurs zones de chasse, les chauves-souris sensibles \u00e0 la lumi\u00e8re volent le long des haies ou des all\u00e9es d\u2019arbres sombres, \u00e9vitant les espaces d\u00e9couverts. Toutefois, l\u2019augmentation des \u00e9missions lumineuses et le mitage du paysage risquent de faire dispara\u00eetre ces couloirs de vol.\u00bb Il existe une \u00e9troite corr\u00e9lation entre le d\u00e9clin actuel des oreillards dans le canton de Zurich et la pollution lumineuse en pleine croissance dans cette r\u00e9gion\u00bb, constate la Fondation pour la conservation des chauves-souris.<\/p>\n<p>Autre probl\u00e8me : de nombreuses esp\u00e8ces de chauves-souris dorment dans les greniers ou les cavit\u00e9s des fa\u00e7ades. Lorsque la lumi\u00e8re p\u00e9n\u00e8tre dans leurs cachettes, l\u2019envol du soir pour aller chercher les insectes dont elles se nourrissent est retard\u00e9 et le temps de chasse s\u2019en trouve donc r\u00e9duit. Ceci affaiblit les peuplements et rend plus risqu\u00e9 l\u2019\u00e9levage des chauves-souriceaux. Certains quartiers de jour sont m\u00eame parfois abandonn\u00e9s. Les populations les plus affect\u00e9es sont g\u00e9n\u00e9ralement les esp\u00e8ces d\u00e9j\u00e0 fortement menac\u00e9es, comme les myotis et les rhinolophes qui aiment nicher sous les toits des \u00e9glises.\u00bb Pour prot\u00e9ger les esp\u00e8ces sensibles et lutter contre l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation, il faut appliquer le principe de pr\u00e9caution et limiter autant que possible l\u2019\u00e9clairage artificiel\u00bb, conseille Christopher Gerpe.\u00bb Lorsque des personnes sont incommod\u00e9es par de nouvelles sources lumineuses, elles peuvent d\u00e9poser une plainte. La g\u00eane occasionn\u00e9e pour les animaux, par contre, n\u2019est constat\u00e9e que bien plus tard (voire pas du tout), lorsque des atteintes consid\u00e9rables ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 port\u00e9es aux peuplements concern\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13298\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Large201022.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Large201022.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Large201022-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Large201022-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>La pollution lumineuse menace la pollinisation<\/strong><\/p>\n<p>Les menaces pesant sur les insectes s\u2019av\u00e8rent toujours plus pr\u00e9occupantes. Il existe aujourd\u2019hui beaucoup moins d\u2019esp\u00e8ces d\u2019insectes \u2013 et beaucoup moins de sp\u00e9cimens par esp\u00e8ce \u2013 qu\u2019il y a encore seulement 25 ans. Ce d\u00e9clin fait d\u2019ailleurs l\u2019objet d\u2019une large documentation scientifique. Les insectes manquent dans la cha\u00eene alimentaire et en tant que pollinisateurs des plantes sauvages et cultiv\u00e9es. L\u2019une des nombreuses causes connues du recul des insectes est la pollution lumineuse.<\/p>\n<p>En 2017, preuve a \u00e9t\u00e9 faite que la lumi\u00e8re artificielle perturbait tr\u00e8s directement la pollinisation des plantes par les insectes nocturnes. L\u2019\u00e9quipe de recherche r\u00e9unie autour de la biologiste Eva Knop pour \u00e9tudier les processus de pollinisation sur des surfaces non exploit\u00e9es des parcs naturels (encore relativement sombres) de Gantrisch et Diemtigtal, dans les Pr\u00e9-Alpes, a ainsi fait l\u2019observation suivante: la nuit, une multitude d\u2019insectes (pr\u00e8s de 300 esp\u00e8ces) venaient se poser sur les fleurs des quelque 60 essences de plantes pr\u00e9sentes, d\u00e8s lors qu\u2019aucun \u00e9clairage artificiel ne les incommodait. Sur les surfaces d\u2019exp\u00e9rimentation, sp\u00e9cialement pourvues de lampadaires pour l\u2019\u00e9tude, le nombre de pollinisateurs nocturnes relev\u00e9 par les scientifiques \u00e9tait de 62 % inf\u00e9rieur. En cons\u00e9quence, les plantes ont produit moins de graines et de fruits.<\/p>\n<p>Ces premiers r\u00e9sultats ont incit\u00e9 Eva Knop \u00e0 poursuivre ses recherches sur le sujet :\u00bb Il serait naturellement tr\u00e8s int\u00e9ressant de pouvoir \u00e9tudier le ph\u00e9nom\u00e8ne avec des plantes cultiv\u00e9es, afin de v\u00e9rifier si des effets similaires se produisent\u00bb, commente la biologiste. Mais l\u2019\u00e9tude de ces processus \u00e9cologiques complexes n\u2019a pour l\u2019instant gu\u00e8re d\u00e9pass\u00e9 le stade de l\u2019exploration pionni\u00e8re.\u00bb Lorsque nous avons commenc\u00e9, il y a sept ans, nous ignorions m\u00eame qu\u2019il existait une telle quantit\u00e9 de pollinisateurs nocturnes\u00bb, se souvient Eva Knop qui travaille d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Zurich et \u00e0 Agroscope. D\u00e9but 2021, second\u00e9e par l\u2019un de ses doctorants, la biologiste a ainsi pu \u00e9tablir la preuve que la lumi\u00e8re artificielle nocturne influence l\u2019activit\u00e9 de pollinisation des insectes, y compris durant la journ\u00e9e (voir encadr\u00e9 p. 24).<\/p>\n<p>Eva Knop poursuit ses investigations afin de mieux comprendre les interactions existant entre les plantes, les pollinisateurs, les herbivores et la lumi\u00e8re. Les plantes expos\u00e9es \u00e0 un \u00e9clairage artificiel produisent-elles moins ou plus de fleurs ? Peut-on observer une modification des quantit\u00e9s de nectar produites ou des substances gustatives et olfactives lib\u00e9r\u00e9es par de nombreuses plantes pour \u00e9loigner les nuisibles ? Ses tout derniers r\u00e9sultats d\u2019\u00e9tude n\u2019ayant pas encore \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s, la chercheuse ne peut les d\u00e9voiler dans le d\u00e9tail, mais elle nous glissera cependant :\u00bb La lumi\u00e8re artificielle semble effectivement exercer une influence sur le d\u00e9veloppement et l\u2019aspect des v\u00e9g\u00e9taux.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La lumi\u00e8re, \u00e9l\u00e9ment central de l\u2019am\u00e9nagement du territoire<\/strong><\/p>\n<p>Pour Eva Knop, la perte de l\u2019obscurit\u00e9 nocturne est inqui\u00e9tante :\u00bb On estime que 50 % des invert\u00e9br\u00e9s ont une activit\u00e9 durant la nuit. Si l\u2019on \u00f4te \u00e0 ces animaux l\u2019obscurit\u00e9 dont ils ont besoin, ils ne trouveront plus d\u2019endroits pour vivre.\u00bb Il est ainsi \u00e0 craindre que l\u2019\u00e9clairage artificiel porte tout aussi gravement atteinte aux \u00e9cosyst\u00e8mes que la destruction directe des milieux naturels.<\/p>\n<p>La prise de conscience de l\u2019importance capitale que rev\u00eat l\u2019obscurit\u00e9 nocturne pour la faune et la flore a augment\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Ainsi, la section suisse de\u00bb Dark-Sky\u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1996. Cette organisation \u00e0 but non lucratif s\u2019engageant pour des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9clairage respectueux de l\u2019environnement et la pr\u00e9servation d\u2019une obscurit\u00e9 proche du naturel dispose, depuis 2019, du droit de recours des organisations lui permettant d\u2019intervenir en faveur de la protection de la nature et du patrimoine dans le cadre de projets de construction.<\/p>\n<p>En 2005, l\u2019OFEV a publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois des recommandations d\u00e9taill\u00e9es pour la pr\u00e9vention des \u00e9missions lumineuses. Une version actualis\u00e9e de l\u2019aide \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9e en octobre 2021, \u00e0 l\u2019intention des autorit\u00e9s cantonales, des communes, des sp\u00e9cialistes et de toute personne int\u00e9ress\u00e9e par le sujet. La Soci\u00e9t\u00e9 suisse des ing\u00e9nieurs et des architectes (SIA) s\u2019engage elle aussi dans des actions de sensibilisation : sa norme 491\u00bb Pr\u00e9vention des \u00e9missions inutiles de lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u00bb de 2013 propose ainsi une liste de contr\u00f4le int\u00e9ressante pour la planification et l\u2019exploitation de nouveaux syst\u00e8mes d\u2019\u00e9clairage, et attire l\u2019attention sur l\u2019orientation, la couleur, l\u2019intensit\u00e9 et la consommation \u00e9nerg\u00e9tique des sources lumineuses. De nombreuses villes \u2013 telles que Zurich, Lucerne, Gen\u00e8ve et Winterthour \u2013 ont en outre su rep\u00e9rer la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir et disposent d\u00e9sormais d\u2019un Plan Lumi\u00e8re (voir article p. 43).<\/p>\n<p><strong>Des couloirs sombres salvateurs<\/strong><\/p>\n<p>Afin de conserver la biodiversit\u00e9, la Conf\u00e9d\u00e9ration a \u00e9labor\u00e9 la Strat\u00e9gie Biodiversit\u00e9 Suisse pour la mise en place d\u2019aires prot\u00e9g\u00e9es \u00e0 haute valeur \u00e9cologique et d\u2019aires de mise en r\u00e9seau.\u00bb Outre les connexions \u00e9tablies entre espaces verts et cours d\u2019eau riches en esp\u00e8ces, il devient de plus en plus important de maintenir des couloirs sombres pour \u00e9viter que des \u2039barri\u00e8res lumineuses\u203a ne viennent morceler des milieux naturels pourtant g\u00e9ographiquement reli\u00e9s\u00bb, explique Christopher Gerpe de l\u2019OFEV.\u00bb Une plus grande attention devra \u00eatre port\u00e9e \u00e0 cet aspect, par exemple par le biais des conventions programmes \u00e9tablies avec les cantons.\u00bb<\/p>\n<p>Le canton de Gen\u00e8ve fait figure de pionnier en la mati\u00e8re : dans le cadre de sa strat\u00e9gie Biodiversit\u00e9, en collaboration avec la Haute \u00e9cole du paysage, d\u2019ing\u00e9nierie et d\u2019architecture (HEPIA) et l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, le canton a en effet \u00e9labor\u00e9 des bases m\u00e9thodologiques qui permettent d\u2019identifier, selon une approche scientifiquement fond\u00e9e, les zones et couloirs sombres \u00e0 pr\u00e9server autant que possible de toute pollution lumineuse, sorte de\u00bb trame noire\u00bb visant \u00e0 prot\u00e9ger la faune et la flore.<\/p>\n<p>Celle-ci vient compl\u00e9ter les plans cantonaux de l\u2019infrastructure \u00e9cologique des cours d\u2019eau et espaces verts.\u00bb Les zones non \u00e9clair\u00e9es sont plus difficiles \u00e0 recenser que les r\u00e9seaux form\u00e9s par les cours d\u2019eau et espaces verts\u00bb, explique Aline Blaser charg\u00e9e du suivi de l\u2019infrastructure \u00e9cologique du canton de Gen\u00e8ve.\u00bb Gr\u00e2ce aux images satellite, il est n\u00e9anmoins possible de cartographier les zones sombres. En combinant le mod\u00e8le ainsi obtenu avec celui des infrastructures \u00e9cologiques, on voit appara\u00eetre les zones pertinentes pour les esp\u00e8ces nocturnes.\u00bb<\/p>\n<p>S\u2019appuyant sur ces \u00e9l\u00e9ments, la ville de Gen\u00e8ve et d\u2019autres communes du canton ont \u00e9labor\u00e9 dans le cadre de leur Plan Lumi\u00e8re une s\u00e9rie de mesures visant \u00e0 prot\u00e9ger ou r\u00e9tablir cette trame noire sur leur territoire. Il s\u2019agit par exemple de repositionner certains \u00e9l\u00e9ments d\u2019\u00e9clairage existants, voire d\u2019en supprimer. La ville de Lausanne a compl\u00e9t\u00e9 son Plan Lumi\u00e8re d\u2019un\u00bb Plan des ombres\u00bb r\u00e9pertoriant les zones dans lesquelles il convient de renoncer \u00e0 utiliser la lumi\u00e8re artificielle. N\u00e9anmoins, ces initiatives, dont la port\u00e9e s\u2019est jusqu\u2019ici limit\u00e9e au niveau local, ne sauraient r\u00e9soudre le probl\u00e8me qui se pose \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toute la Suisse. Or, le maintien des zones sombres et leur mise en r\u00e9seau devient plus urgent que jamais.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9missions lumineuses augmentent de plus en plus, ce qui peut \u00eatre dangereux pour les animaux. La lumi\u00e8re artificielle ne perturbe pas seulement les animaux nocturnes, mais elle influence \u00e9galement l\u2019horloge interne des plantes et des animaux diurnes. Elle g\u00eane les oiseaux migrateurs, les chauves-souris, les poissons, les amphibiens, les insectes et m\u00eame le plancton dans les lacs.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Des pollinisateurs perturb\u00e9s par la lumi\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est que depuis quelques ann\u00e9es, gr\u00e2ce aux travaux de la biologiste suisse Eva Knop, que l\u2019on sait que la pollinisation par les insectes de nombreuses plantes pr\u00e9sentes en Suisse se d\u00e9roule \u00e9galement la nuit. Les lampadaires et autres sources lumineuses influencent n\u00e9anmoins ces processus d\u2019interaction entre les insectes et les v\u00e9g\u00e9taux. Des exp\u00e9riences ont d\u00e9montr\u00e9 que le taux de pollinisation baisse dans les zones \u00e9clair\u00e9es, certains butineurs \u00e9vitant la lumi\u00e8re. Une partie des plantes pr\u00e9sentes sur des sites \u00e9clair\u00e9s artificiellement \u2013 comme le g\u00e9ranium des bois ou la centaur\u00e9e \u2013 est visit\u00e9e le jour par d\u2019autres insectes que celles poussant dans des endroits uniquement baign\u00e9s de lumi\u00e8re naturelle. La lumi\u00e8re artificielle peut en outre avoir une influence sur les insectes herbivores et donc les d\u00e9g\u00e2ts de d\u00e9foliation. Eva Knop entend \u00e0 pr\u00e9sent mener avec son \u00e9quipe d\u2019autres recherches pour d\u00e9terminer si l\u2019\u00e9clairage nocturne modifie l\u2019aspect des v\u00e9g\u00e9taux et si oui, dans quelle mesure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La multiplication des \u00e9clairages artificiels produit des effets n\u00e9gatifs sur les humains, la faune et la flore. Heureusement, diverses initiatives offrent aujourd\u2019hui des solutions pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre.<\/p>\n","protected":false},"author":20299,"featured_media":13298,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1306],"class_list":["post-13296","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-environnement","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13296","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20299"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13296"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13296\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13300,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13296\/revisions\/13300"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/13298"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13296"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13296"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13296"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}