



{"id":1320,"date":"2003-05-05T00:00:00","date_gmt":"2003-05-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1320"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1320","title":{"rendered":"Sauve qui peut (la vie de David Gale)"},"content":{"rendered":"<p>En trente ans de carri\u00e8re, avec un bonheur in\u00e9gal, le r\u00e9alisateur britannique <a href=http:\/\/us.imdb.com\/Name?Parker,+Alan>Alan Parker<\/a> a touch\u00e9 \u00e0 beaucoup de genres cin\u00e9matographiques. Convaincant dans le registre musical et adolescent (de \u00abFame\u00bb \u00e0 \u00abThe Commitments\u00bb en passant par \u00abBirdy\u00bb et m\u00eame \u00abEvita\u00bb pour ceux ne d\u00e9testent pas le kitsch hollywoodien), il a toujours p\u00each\u00e9 par exc\u00e8s de d\u00e9monstration dans ses films politiques (\u00abMidnight Express\u00bb ou \u00abMississipi Burning\u00bb).<\/p>\n<p>Venu du cin\u00e9ma publicitaire, Parker ne s\u2019embarasse pas de subtilit\u00e9s: ses d\u00e9nonciations sont manich\u00e9ennes, son argumentaire le plus souvent binaire et ses positions politiques d\u2019un humanisme tellement consensuel qu\u2019elles ne souffrent aucune contradiction. Donc, rendons gr\u00e2ce \u00e0 Alan Parker d\u2019\u00eatre plus sophistiqu\u00e9 que d\u2019habitude avec \u00abLa Vie de David Gale\u00bb, playdoyer surprenant contre la peine de mort \u00e9crit par le professeur de philosophie devenu sc\u00e9nariste <a href=http:\/\/romanticmovies.about.com\/library\/weekly\/aa011903f.htm>Charles Randolph<\/a>.<\/p>\n<p>\u00abCette fiction originale poss\u00e9dait une dimension politique \u00e0 laquelle j\u2019\u00e9tais sensible, mais c\u2019\u00e9tait aussi un formidable thriller\u00bb, dit Alan Parker dans sa note d\u2019intention. Il est vrai qu\u2019il est difficile de trouver un sc\u00e9nario qui comprend autant de coups de th\u00e9\u00e2tre, de fausses pistes, de manipulations du spectateur, de rebondissements et de Deus ex machina.<\/p>\n<p>David Gale (Kevin Spacey), brillant universitaire texan, enseignant la psychanalyse lacanienne (le comble du chic pour un film am\u00e9ricain), est d\u2019abord accus\u00e9 d\u2019avoir viol\u00e9 une de ses \u00e9tudiantes avant d\u2019\u00eatre jug\u00e9 coupable du meurtre de Constance (Laura Kinney, surprenante), une de ses amies qui, comme lui, militait avec ferveur pour l\u2019abolition de la peine de mort.<\/p>\n<p>Comment cet intellectuel a-t-il pu devenir un assassin? Et d\u2019abord l\u2019est-il vraiment? A quatre jours de son ex\u00e9cution, Gale convoque une journaliste d\u2019investigation, Elisabeth Bloom (Kate Winslet), pour lui raconter son histoire et lui prouver son innocence. M\u00e9fiante dans un premier temps, l\u2019aspirante au prix Pullitzer finit par le croire \u00e0 quelques minutes seulement de l\u2019heure fatale de son injection.<\/p>\n<p>Arrivera-t-elle \u00e0 temps pour r\u00e9v\u00e9ler ce qu\u2019elle vient de d\u00e9couvrir? Pour ne pas d\u00e9florer l\u2019issue d\u2019un sc\u00e9nario haletant, mais invraisemblable ,qui m\u00eale flash-back et face-\u00e0-face dans le parloir, on n\u2019en dira pas davantage. Tout y est du film \u00e0 suspense: course contre la montre, poursuites de voitures, \u00e9l\u00e9ments de l\u2019enqu\u00eate qui se d\u00e9voilent in extremis, tentative de meurtre, intimidation, effets de surprises et d\u00e9nouement spectaculaire r\u00e9v\u00e9lant une formidable machination dans laquelle a \u00e9t\u00e9 prise la journaliste, et nous avec elle.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 son plaisir de r\u00e9aliser un thriller qui agr\u00e9e \u00e0 Hollywood, Alan Parker en oublie en chemin la raison pour laquelle il a voulu faire son film: d\u00e9noncer l\u2019inutilit\u00e9 et la cruaut\u00e9 de la peine de mort. Pire, par ses effets dramatiques gratuits et sa rh\u00e9torique racoleuse, notamment l\u2019usage de vrais\/faux snuff movies qu\u2019il nous donne \u00e0 voir avec d\u00e9lectation, le film pi\u00e9tine la th\u00e8se qu\u2019il entend d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste a beau jeu d\u2019accabler le voyeurisme des m\u00e9dias et l\u2019outrance des adeptes de la peine de mort quand l\u2019essentiel de son playdoyer repose sur quelques retournements morbides et un sc\u00e9nario tordu, voire malhonn\u00eate, qui n\u2019a rien \u00e0 envier aux m\u00e9thodes de ceux qu\u2019il \u00e9pingle. Mais le plus d\u00e9sagr\u00e9able dans l\u2019affaire, c\u2019est le sentiment de malaise qui nous accompagne en sortant du film: tout ce cirque pour \u00e7a?<\/p>\n<p>Ce malaise tient un peu au jeu st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 des acteurs &#8212; Kevin Spacey pr\u00e9pos\u00e9 aux r\u00f4les d\u2019intellectuel manipulateur et Kate Winslet aussi expressive qu\u2019une animatrice TV &#8211;, mais surtout \u00e0 cette exaltation d\u2019une nouvelle martyrologie, les abolinionnistes kamikazes, qui par leur comportement extr\u00eame, leur fanatisme, d\u00e9nonce finalement davantage l\u2019exception (il y a quelques innocents parmi les coupables) plut\u00f4t que la r\u00e8gle (la peine de mort est un crime institutionnalis\u00e9).<\/p>\n<p>Quand Robert Badinter, en 1981, contre l\u2019avis des sondages, d\u00e9cida d\u2019abolir la peine de mort en France, c\u2019\u00e9tait au nom du principe inali\u00e9nable de \u00abTu ne tueras point.\u00bb Sa d\u00e9marche \u00e9tait la\u00efque, raisonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Alan Parker n\u2019a pas tort de r\u00e9affirmer dans chacune de ses interviews qu\u2019il est un farouche adversaire de la peine de mort; son film dirait presque le contraire. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec son dernier film, Alan Parker plaide pour l\u2019abolition de la peine de mort. Mais son sc\u00e9nario, certes haletant, est si abracadabrant qu\u2019il finit par desservir la cause qu\u2019il d\u00e9fend.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1320","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1320","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1320"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1320\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1320"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1320"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1320"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}