



{"id":1314,"date":"2003-04-27T00:00:00","date_gmt":"2003-04-26T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1314"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1314","title":{"rendered":"Michel Deville, la vie apr\u00e8s la guerre"},"content":{"rendered":"<p>Le premier int\u00e9r\u00eat d\u2019\u00abUn monde presque paisible\u00bb, adaptation du roman autobiographique de Robert Bober, r\u00e9side dans le choix d\u2019une p\u00e9riode tr\u00e8s peu trait\u00e9e en litt\u00e9rature comme au cin\u00e9ma, l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, en l\u2019occurrence celle de 39-45.<\/p>\n<p>Ce retour \u00e0 la \u00abvie normale\u00bb est un peu \u00e0 l\u2019histoire ce que la convalescence est \u00e0 la maladie: un temps entre parenth\u00e8se, priv\u00e9 de romanesque et de grands enjeux strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Pass\u00e9s les moments de liesse qui marquent la fin des hostilit\u00e9s, que se passe-t-il? Comment les gens reviennent-ils \u00e0 la vie, \u00e0 la paix? Comment pansent-ils leurs blessures, leurs pertes, leurs morts? Comment peuvent-ils \u00e0 nouveau dormir, manger, aimer, faire des enfants?<\/p>\n<p>Comment font-ils face \u00e0 l\u2019incommensurable deuil? Comment, surtout quand on est juif, qu\u2019une partie de sa famille a disparu en d\u00e9portation et que l\u2019antis\u00e9mitisme ne s\u2019est pas encore \u00e9teint? C\u2019est exactement le sujet du film de Michel Deville, une ode au courage de vivre malgr\u00e9 tout. <\/p>\n<p>Ao\u00fbt 46. La chaleur entre par les fen\u00eatres de l\u2019atelier de couture de Monsieur Albert (Simon Abkarian) et Madame L\u00e9a (Zabou Breitman), dont les enfants s\u2019appr\u00eatent \u00e0 partir en colonie de vacances. Pendant la guerre, ils se sont cach\u00e9s. Elle \u00e0 la campagne avec les enfants, lui dans une chambre de bonne.<\/p>\n<p>Par solidarit\u00e9, m\u00eame si l\u2019atelier tourne mal, Monsieur Albert tient \u00e0 conserver ses employ\u00e9s: L\u00e9on (Vincent Elbaz) et sa jeune \u00e9pouse Jacqueline, enceinte d\u2019un deuxi\u00e8me enfant; Charles (Denis Podalyd\u00e8s), dont la femme et les enfants ne sont jamais revenus des camps, mais aussi Madame Andr\u00e9e (Julie Gayet), une catholique qui ne comprend pas comment les juifs peuvent faire de l\u2019humour sur l\u2019horreur de la Shoah.<\/p>\n<p>En pr\u00e9vision de jours meilleurs, Monsieur Albert engage m\u00eame deux petits nouveaux Maurice (Stanislas Merhar) et Joseph (Malik Zidi) que L\u00e9on le rigolo a surnomm\u00e9 les \u00abAbrahamauschwitz.\u00bb <\/p>\n<p>Dans \u00abUn monde presque paisible\u00bb, c\u2019est le mot \u00abpresque\u00bb qui est important; c\u2019est lui qui exprime la discr\u00e8te r\u00e9serve, l\u2019imperceptible tristesse, le subtil d\u00e9ni qui r\u00e8gne dans l\u2019atelier et dans le coeur de ceux qui y travaillent. Le \u00abpresque\u00bb, c\u2019est le matricule de d\u00e9port\u00e9 sur le poignet de Maurice, condamn\u00e9 \u00e0 la m\u00e9lancolie \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9; c\u2019est le refus de Charles de r\u00e9pondre aux avances de L\u00e9a pour \u00abconserver intacts ses souvenirs d\u2019avant la guerre\u00bb; c\u2019est la faconde excessive de L\u00e9on; l\u2019humour noir de madame Sarah qui vend des savons.<\/p>\n<p>Car ils ont tous perdu quelque chose ou quelqu\u2019un, les amis de l\u2019atelier, ne serait-ce que leurs illusions! Mais cette mal\u00e9diction n\u2019est jamais pesante chez Deville, cin\u00e9aste \u00e9l\u00e9gant et musical &#8212; chacun de ses films est marqu\u00e9 par un compositeur qu\u2019il nous fait d\u00e9couvrir ou red\u00e9couvrir. Ainsi, \u00abUn monde presque paisible\u00bb repose sur la partition de Giovanni Bottesini, sur les rapports terriblement surprenants entre les graves et les aigus, sur l\u2019atemporalit\u00e9 de cette musique o\u00f9 dominent les cordes. <\/p>\n<p>A l\u2019image de la couture, \u00abUn monde presque paisible\u00bb s\u2019assemble pi\u00e8ce par pi\u00e8ce; le sc\u00e9nario s\u2019\u00e9toffe au fil des r\u00e9cits singuliers de chacun des personnages. C\u2019est l\u2019occasion pour Michel Deville de sortir des contraintes th\u00e9\u00e2trales de l\u2019atelier pour s\u2019\u00e9vader dans des s\u00e9quences plus oniriques ou fantastiques. Ce ne sont pas les meilleures. Cin\u00e9aste-musicien, on l\u2019a dit, mais aussi cin\u00e9aste-chor\u00e9graphe, Michel Deville n\u2019est jamais meilleur que dans les sc\u00e8nes de ballet. Celui que jouent Charles et L\u00e9a, elle d\u00e9clarant sa flamme, lui la refusant par amour de son pass\u00e9, est d\u2019une belle \u00e9motion, subtile et d\u00e9licate. <\/p>\n<p>On peut reprocher \u00e0 Michel Deville de jouer trop syst\u00e9matiquement sur la dualit\u00e9 gravit\u00e9\/l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et d\u2019additionner les sayn\u00e8tes plut\u00f4t que de penser au souffle global de l\u2019oeuvre, mais on ne peut en aucun cas lui faire reproche de sa na\u00efvet\u00e9 ou de son go\u00fbt pour la nostalgie.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne finale o\u00f9 tout l\u2019atelier se retrouve \u00e0 la campagne un bel apr\u00e8s-midi de dimanche pourrait pourtant pr\u00eater \u00e0 confusion: on croit le bonheur recouvr\u00e9, le pass\u00e9 balay\u00e9 et le futur enfin lumineux. Ce serait se m\u00e9prendre sur Michel Deville, trop \u00abmarivaudien\u00bb (on lui doit les meilleures com\u00e9dies libertines du cin\u00e9ma fran\u00e7ais de \u00abBenjamin ou les m\u00e9moires du puceau\u00bb \u00e0 \u00abP\u00e9ril en la demeure\u00bb) pour se laisser engluer dans le bon sentiment.<\/p>\n<p>Cette fin, belle et optimiste, est un hymne au th\u00e9\u00e2tre autant qu\u2019\u00e0 la vie puisque tous les personnages jouent \u00e0 \u00eatre heureux et se forcent \u00e0 s\u2019en souvenir comme d\u2019un texte qui embellira leur vie \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>Une sc\u00e8ne dit clairement ce passage par le th\u00e9\u00e2tre, celle o\u00f9  la jeune prostitu\u00e9e jou\u00e9e par Clotilde Courault aprend  \u00e0 L\u00e9a les gestes cod\u00e9s, mais troublants quand m\u00eame, de la s\u00e9duction et du d\u00e9sir. Il y a du Renoir dans cette fin au lyrisme apais\u00e9, et tant pis si \u00abUn monde presque paisible\u00bb aurait pu \u00eatre un peu moins pittoresque et c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris, 1946. La paix est revenue, mais l\u2019horreur est encore proche. \u00abUn monde presque paisible\u00bb, de Michel Deville, raconte la lente r\u00e9adaptation des juifs. D\u00e9licat, optimiste, modeste. Peut-\u00eatre trop?<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1314","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1314"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1314\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}