



{"id":13034,"date":"2022-07-20T22:31:03","date_gmt":"2022-07-20T20:31:03","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=13034"},"modified":"2022-10-24T11:47:22","modified_gmt":"2022-10-24T09:47:22","slug":"hopitaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=13034","title":{"rendered":"Augmentation de la violence envers le personnel soignant"},"content":{"rendered":"<p>\u00abLa violence ? Elle fait partie du quotidien \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Le mois dernier encore, j\u2019ai d\u00fb ceinturer un patient qui tentait de frapper les \u00e9quipes\u00bb, raconte Pierre-Nicolas Carron, chef de service des urgences au CHUV-UNIL. Insultes, intimidation, hausse de la voix, voire plus rarement, menaces de mort ou agressions physiques : la violence envers le personnel soignant est fr\u00e9quente et peut prendre diverses formes. Il n\u2019existe pas de relev\u00e9s globaux en Suisse, mais des \u00e9tudes \u00e9parses semblent indiquer que les comportements agressifs ont fortement augment\u00e9 l\u2019an dernier.<\/p>\n<p>Alors que les h\u00f4pitaux fribourgeois ont constat\u00e9 une croissance de 25% des agressions verbales et physiques en 2021, le CHUV annonce que 1880 interventions de la s\u00e9curit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires sur la cit\u00e9 hospitali\u00e8re en 2021, soit 23% de plus qu\u2019en 2020. En outre, pr\u00e8s d\u2019une infirmi\u00e8re ou d\u2019un infirmier sur trois a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 victime de violences durant son activit\u00e9 dans une structure de psychiatrie, selon une \u00e9tude de l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le men\u00e9e en 2021 en Suisse al\u00e9manique. L\u2019\u00e9tude recense que 73% ont \u00e9t\u00e9 victimes de violence verbale, 63% de violence contre les biens, 40% de violence sexuelle verbale, 28% de violence physique et 14% de violence sexuelle et physique. Dans les EMS vaudois, la derni\u00e8re \u00e9tude fait \u00e9tat de pr\u00e8s de 60% d\u2019employ\u00e9\u00b7e\u00b7s qui d\u00e9clarent avoir \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019au moins un acte violent de la part de personnes soign\u00e9es ou des proches des malades au cours des douze derniers mois.<\/p>\n<p>La violence semble exacerb\u00e9e par la pand\u00e9mie. \u00abLe covid a aggrav\u00e9 l\u2019insatisfaction g\u00e9n\u00e9rale, par le fait de ne pas pouvoir sortir, de devoir porter un masque, ou de devoir limiter les regroupements avec les proches, indique \u00c9liane Foucault, infirmi\u00e8re cheffe de service aux urgences du CHUV. Cette col\u00e8re se ressent directement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, o\u00f9 de nombreuses personnes nous prennent pour cible de leurs contrari\u00e9t\u00e9s.\u00bb Un constat partag\u00e9 par Pepita, infirmi\u00e8re aux urgences p\u00e9diatriques : \u00abL\u2019ann\u00e9e 2021 a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement difficile. Le covid et les diff\u00e9rentes mesures, comme le fait qu\u2019un seul des deux parents puisse accompagner l\u2019enfant, ainsi que le climat tendu avec l\u2019obligation du port du masque et les d\u00e9bats autour de la vaccination ont amplifi\u00e9 l\u2019agressivit\u00e9 des parents.\u00bb<\/p>\n<p><strong>D\u00e9versoir de la frustration sociale<\/strong><\/p>\n<p>Les services d\u2019urgences, pour adultes, p\u00e9diatriques ou psychiatriques sont particuli\u00e8rement concern\u00e9s par la violence parce qu\u2019ils accueillent des personnes en situation de stress exceptionnel. Pour Pierre-Nicolas Carron, une piste d\u2019explication de ces comportements agressifs r\u00e9side dans l\u2019inqui\u00e9tude et la frustration : \u00abPersonne n\u2019a jamais pr\u00e9vu d\u2019aller aux urgences dans sa journ\u00e9e. Les gens sont donc contrari\u00e9s, inquiets, ils peuvent aussi avoir des douleurs, donc leur stress est d\u00e9j\u00e0 augment\u00e9 au moment o\u00f9 ils se pr\u00e9sentent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. S\u2019ajoute la frustration de devoir patienter, et souvent la peur et l\u2019incompr\u00e9hension de la situation.\u00bb La consommation d\u2019alcool et de drogues constitue \u00e9galement un facteur aggravant. \u00abNous constatons ainsi une hausse des violences en fin de semaine et la nuit.\u00bb<\/p>\n<p>Mais pourquoi mordre la main qui soigne ? Cela para\u00eet contre-productif. \u00abLorsque les personnes hospitalis\u00e9es sont d\u00e9bord\u00e9es par leurs \u00e9motions, l\u2019agressivit\u00e9 peut devenir un moyen d\u2019expression de leur souffrance, explique Sebastien Brovelli, m\u00e9decin associ\u00e9 aux urgences psychiatriques du CHUV. L\u2019important consiste alors \u00e0 chercher \u00e0 d\u00e9samorcer les tensions par la discussion, de montrer \u00e0 la personne que l\u2019on reconna\u00eet sa souffrance, sans quoi, comme pour tout humain, la douleur de ne pas \u00eatre entendu peut conduire \u00e0 un comportement inad\u00e9quat. Dans la majorit\u00e9 des cas, les patient\u00b7e\u00b7s s\u2019excusent et expriment par la suite avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9\u00b7e\u00b7s par la situation.\u00bb La violence vise ainsi g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019institution plut\u00f4t que l\u2019\u00e9quipe soignante en elle-m\u00eame, n\u00e9anmoins, c\u2019est elle qui se retrouve en premi\u00e8re ligne dans le cas d\u2019une agression.<\/p>\n<p>\u00abLes hommes sont autant \u00e0 l\u2019origine de la violence que les femmes, mais les hommes utilisent plus facilement l\u2019intimidation, par la menace physique ou verbale, notamment envers les infirmi\u00e8res\u00bb, d\u00e9nonce \u00c9liane Foucault. Selon elle, dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, les gens ne savent plus attendre. \u00abLes consultations, les examens souvent ultrasp\u00e9cialis\u00e9s et l\u2019\u00e9tablissement de diagnostics prennent du temps. Notre r\u00e9ponse est m\u00eame rapide au vu des prestations fournies. L\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 s\u2019instaure dans tous les secteurs de la soci\u00e9t\u00e9, mais l\u2019h\u00f4pital ne peut pas r\u00e9pondre \u00e0 cette exigence d\u2019instantan\u00e9it\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13035\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/ImageDuJour_220720.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/ImageDuJour_220720.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/ImageDuJour_220720-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/ImageDuJour_220720-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>D\u00e9p\u00f4ts de plainte<\/strong><\/p>\n<p>En 2021, le CHUV a recens\u00e9 95 dossiers de plainte des soignant\u00b7e\u00b7s pour agression, soit une hausse de 61% par rapport \u00e0 2020. \u00ab\u00c0 ce chiffre s\u2019ajoutent tous les cas qui ne sont pas signal\u00e9s, pr\u00e9cise \u00c9liane Foucault. Il y a une forme d\u2019autocensure, parfois au risque de banaliser cette violence.\u00bb<\/p>\n<p>Les plaintes d\u00e9pos\u00e9es par les soignant\u00b7e\u00b7s sont g\u00e9r\u00e9es par le Service de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital en collaboration avec l\u2019unit\u00e9 des affaires juridiques. \u00abEn cas de violence verbale avec des menaces, par exemple, une m\u00e9diation peut \u00eatre engag\u00e9e avec la police cantonale, d\u00e9taille Laurent Meier, chef de la s\u00e9curit\u00e9 du CHUV. Celle-ci peut d\u00e9boucher sur des excuses. Lorsque la situation implique des voies de fait ou des blessures, il est alors possible de d\u00e9noncer l\u2019agression aux autorit\u00e9s judiciaires, en allant jusqu\u2019au d\u00e9p\u00f4t d\u2019une plainte p\u00e9nale. La proc\u00e9dure est n\u00e9anmoins plus lourde aujourd\u2019hui puisque la plainte est d\u00e9pos\u00e9e au nom de la personne et non plus au nom du CHUV comme auparavant.\u00bb Pour certaines situations, un courrier de recadrage et d\u2019avertissement est adress\u00e9 \u00e0 la personne qui a eu un comportement inad\u00e9quat.<\/p>\n<p><strong>Un protocole de protection<\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, en cas de probl\u00e8me, plusieurs moyens sont \u00e0 la disposition du personnel soignant. Les premi\u00e8res mesures visent \u00e0 pr\u00e9venir et \u00e0 limiter les actes de violence en utilisant des techniques de d\u00e9sescalade verbale. Ils peuvent \u00e9galement mobiliser un agent de s\u00e9curit\u00e9 sur place ou des coll\u00e8gues en renfort. Le CHUV compte en permanence une vingtaine d\u2019agents depuis le d\u00e9but du covid (les effectifs ont \u00e9t\u00e9 doubl\u00e9s pour la pand\u00e9mie), et certains services b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un agent quasi permanent, \u00e0 l\u2019instar des urgences, de la p\u00e9diatrie et de la psychiatrie.<\/p>\n<p>\u00abEn cas d\u2019intervention, l\u2019employ\u00e9\u00b7e de l\u2019\u00e9tablissement doit discuter avec l\u2019agent de s\u00e9curit\u00e9 de la marche \u00e0 suivre, soit s\u2019en tenir \u00e0 parler \u00e0 la personne soit l\u2019immobiliser, explique Laurent Meier, chef de la s\u00e9curit\u00e9. Parfois, seule la pr\u00e9sence des agents de s\u00e9curit\u00e9 suffit \u00e0 cr\u00e9er un effet apaisant. L\u2019arriv\u00e9e d\u2019une personne neutre, non m\u00e9dicale, calme g\u00e9n\u00e9ralement les tensions.\u00bb Dans des cas extr\u00eames, les agents peuvent \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 intervenir physiquement pour ma\u00eetriser la personne. Les soignant\u00b7e\u00b7s peuvent aussi utiliser des boutons dits \u00abd\u2019agression\u00bb afin de pr\u00e9venir la s\u00e9curit\u00e9 ou les forces de l\u2019ordre. En 2021, le taux de sollicitation de la police par l\u2019h\u00f4pital a grimp\u00e9 de 16% compar\u00e9 \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Le Service de s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9voit \u00e9galement de mettre en place un syst\u00e8me de vid\u00e9osurveillance sur tous les sites du CHUV dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 2022.<\/p>\n<p><strong>La violence des proches<\/strong><\/p>\n<p>\u00abAvec le covid nous avons d\u00fb renforcer les mesures de s\u00e9curit\u00e9 aux urgences p\u00e9diatriques, o\u00f9 la violence a explos\u00e9\u00bb, souligne Pierre Merminod, adjoint au chef de la s\u00e9curit\u00e9 du CHUV. On pourrait croire que la p\u00e9diatrie serait un service plus calme mais les agressions y sont \u00e9galement coutumi\u00e8res. La violence n\u2019\u00e9mane cependant g\u00e9n\u00e9ralement pas des enfants ou des adolescent\u00b7e\u00b7s, mais de leurs parents et accompagnant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<p>Pepita travaille comme infirmi\u00e8re aux urgences p\u00e9diatriques du CHUV depuis plus de cinq ans. \u00abLe ton monte de plus en plus fr\u00e9quemment, constate-t-elle. La violence arrive souvent en salle d\u2019attente. Malheureusement, de nombreux parents pr\u00e9f\u00e8rent venir aux urgences plut\u00f4t que de se rendre chez leur p\u00e9diatre, donc les temps d\u2019attente se trouvent forc\u00e9ment augment\u00e9s.\u00bb Au printemps dernier, Pepita a v\u00e9cu une telle situation d\u2019agression. \u00abUn p\u00e8re est venu avec son fils, qui n\u2019avait rien d\u2019urgent. Le p\u00e8re s\u2019est \u00e9nerv\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 rejoint par son fr\u00e8re. Cet homme \u00e9tait l\u00e0 pour r\u00e9gler des comptes. M\u00e9content, il s\u2019en est pris \u00e0 nous, en nous insultant et en nous lan\u00e7ant les objets qu\u2019il trouvait autour de lui.\u00bb Face \u00e0 cette r\u00e9currence de violence, l\u2019infirmi\u00e8re de 29 ans a d\u00e9sormais d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9clarer tous ces incidents \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. \u00abSans ces t\u00e9moignages, il n\u2019y aura jamais de changements.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 25).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les comportements agressifs \u00e0 l\u2019h\u00f4pital se sont intensifi\u00e9s l\u2019an dernier. La crise sanitaire n\u2019en est pas la seule origine. 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