



{"id":1299,"date":"2003-04-02T00:00:00","date_gmt":"2003-04-01T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1299"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1299","title":{"rendered":"\u00abThe Hours\u00bb, un film (trop) parfait"},"content":{"rendered":"<p>A toutes les \u00e9tapes de sa fabrication, \u00abThe Hours\u00bb est un film parfait: sc\u00e9nario du dramaturge anglais David Hare adapt\u00e9 d\u2019un roman consid\u00e9r\u00e9 comme un chef-d&rsquo;\u0153uvre (\u00abThe Hours\u00bb de Michael Cunningham); trio d\u2019actrices incomparable, \u00e0 la fois stars, com\u00e9diennes et femmes ind\u00e9pendantes; jeune r\u00e9alisateur sensible et lyrique, soucieux du public comme en t\u00e9moigne le succ\u00e8s de \u00abBilly Elliot\u00bb; le tout emball\u00e9 par une des plus grandes figures de la litt\u00e9rature du XXe si\u00e8cle, Virginia Woolf.<\/p>\n<p>Difficile d\u2019imaginer projet plus prestigieux, plus incontestable. Pourtant quelque chose cloche qui tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 toutes ces qualit\u00e9s. Comme un premier de classe un peu mani\u00e9r\u00e9, \u00abThe Hours\u00bb nous tire en permanence par la manche pour nous monter combien il sait tout bien faire.<\/p>\n<p>Trois femmes, vivant \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes, reli\u00e9es entre elles par la puissance sourde d\u2019un texte, voil\u00e0 le th\u00e8me de \u00abThe Hours\u00bb, qui d\u00e9bute par un suicide. Dans un cottage de la banlieue londonienne, dans les ann\u00e9es vingt, une femme \u00e9crit ses derni\u00e8res lettres, sort de chez elle, remplit ses poches de gros cailloux et s\u2019enfonce dans l\u2019eau de la rivi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 en \u00eatre recouverte.<\/p>\n<p>Cette femme longue et maigre, sans \u00e2ge, au nez pro\u00e9minent, c\u2019est Nicole Kidman, m\u00e9connaissable, jouant Virginia Woolf. Pour cette interpr\u00e9tation impressionnante et toute en finesse &#8212; mais un peu r\u00e9p\u00e9titive toutefois &#8211;, l\u2019actrice australienne a re\u00e7u l\u2019Oscar de la meilleure actrice.<\/p>\n<p>A-t-on r\u00e9compens\u00e9 sa performance, son courage \u00e0 s\u2019enlaidir ou son nez postiche? Car c\u2019est un peu le probl\u00e8me de \u00abThe Hours\u00bb, une mani\u00e8re de sur-signifier le d\u00e9tail.<\/p>\n<p>Avant de la voir s\u2019enfoncer dans les eaux tumultueuses de la rivi\u00e8re, Virginia \u00e9crivait \u00abMrs Dalloway\u00bb, dont la premi\u00e8re phrase est: \u00abMrs Dalloway dit qu\u2019elle se chargerait d\u2019acheter les fleurs.\u00bb Cette phrase, Stephen Daldry en fait aussit\u00f4t un leitmotiv visuel, une rime cin\u00e9matographique, inaugurant ce qui deviendra un des principes r\u00e9currents de \u00abThe Hours\u00bb: le montage parall\u00e8le et son crescendo lyrique. Une fois seulement ces lignes de vies se recouperont, pr\u00e9cipitant le film vers sa conclusion (provisoire).<\/p>\n<p>Premi\u00e8re rime visuelle donc. Nous sommes \u00e0 New York en 2002, avec Clarissa (Meryl Streep, \u00e9patante en femme fr\u00f4lant la crise de nerfs), \u00e9ditrice \u00e0 succ\u00e8s vivant avec une autre femme. Le soir m\u00eame, elle organise une party en l\u2019honneur de Richard, peut-\u00eatre l\u2019amour de sa vie, un \u00e9crivain malade du sida (Ed Harris, caricatural). C\u2019est lui qui a surnomm\u00e9e sa vieille amie Mrs Dalloway en raison de son incapacit\u00e9 \u00e0 accepter la r\u00e9alit\u00e9. D\u00e8s sa premi\u00e8re apparition \u00e0 l\u2019\u00e9cran, Clarissa fait ce qu\u2019\u00e9crit Virginia Woolf, \u00abelle dit qu\u2019elle se chargerait d\u2019acheter les fleurs.\u00bb<\/p>\n<p>Un bouquet de roses jaunes nous m\u00e8ne ensuite dans la banlieue de Los Angeles, en 1951, chez la troisi\u00e8me h\u00e9ro\u00efne de \u00abThe Hours\u00bb, Laura (Julianne Moore, d\u2019une tristesse inqui\u00e9tante). M\u00e8re au foyer gravement d\u00e9prim\u00e9e, cette femme absente d\u2019elle-m\u00eame d\u00e9couvre en lisant \u00abMrs Dalloway\u00bb que l\u2019on peut faire le choix de mourir plut\u00f4t que de vivre. Et ce malgr\u00e9 un petit gar\u00e7on qui l\u2019adore (impossible de ne pas s\u2019en rendre compte tant Stephen Daldry insiste sur les regards suppliants de l\u2019enfant) et un mari tellement aveugl\u00e9 par l\u2019amour qu\u2019il ne voit m\u00eame pas que sa femme s\u2019ennuie.<\/p>\n<p>Si cette rime florale est pertinente, surprenante, installant un beau climat m\u00e9lancolique, d\u2019autres rel\u00e8vent du strict proc\u00e9d\u00e9: une actrice ouvre la porte tandis qu\u2019une autre, des ann\u00e9es apr\u00e8s, la ferme. Il arrive, quand on a saisi le principe du \u00abjamais deux sans trois\u00bb, d\u2019attendre avec une certaine impatience ce qui viendra ensuite: comment Clarissa n\u00e9gociera-t-elle le th\u00e8me du suicide, commun aux deux autres h\u00e9ro\u00efnes? Quand embrassera-t-elle une autre femme comme Virginia et Laura l\u2019ont fait avant elle?<\/p>\n<p>Le principe, plaisant et attractif, finit par verrouiller le sc\u00e9nario, \u00e0 le rendre artificiel, \u00e0 le m\u00e9caniser. Effet renforc\u00e9 par l\u2019omnipr\u00e9sence de la musique, par ailleurs somptueuse de Philipp Glass, qui sur-exprime la construction s\u00e9rielle du film.<\/p>\n<p>Qui sont Virginia, Laura et Clarissa? Des femmes en qu\u00eate d\u2019affranchissement, y compris d\u2019elles-m\u00eames, des d\u00e9pressives chroniques tiraill\u00e9es par la frustration et la culpabilit\u00e9. Prises par leurs chim\u00e8res, elles r\u00eavent le bonheur plut\u00f4t que de le vivre, se trompent sur sa d\u00e9finition m\u00eame, mais trouveront \u00e0 se r\u00e9concilier avec leurs d\u00e9sirs les plus intimes en faisant l\u2019\u00e9preuve de la violence.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces crit\u00e8res psychologiques, Virginia, Laura et Clarissa forment une entit\u00e9 litt\u00e9raire: la romanci\u00e8re, la lectrice et le personnage. C\u2019est ainsi qu\u2019elles partagent les m\u00eames voix int\u00e9rieurs, les m\u00eames sensations, regrets et d\u00e9sespoirs.<\/p>\n<p>C\u2019est la belle id\u00e9e du film et surtout du livre de Michael Cunningham: engendrer \u00e0 partir d\u2019un personnage de roman, Mrs Dalloway, d\u2019autres personnages de roman, et cr\u00e9er entre eux des affinit\u00e9s \u00e9lectives, un r\u00e9seau d\u2019\u00e9chos serr\u00e9es et intimes, une sorte de g\u00e9mellit\u00e9 de papier.<\/p>\n<p>\u00abThe Hours\u00bb dit la puissance du livre, sa capacit\u00e9 \u00e0 produire de la \u00abvraie vie\u00bb. Stephen Daldry h\u00e9site pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la laisser entrer dans sa mise en sc\u00e8ne, plus virtuose qu\u2019organique. Voil\u00e0 la faiblesse du film, bien dissimul\u00e9e sous sa perfection formelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Virtuose, mais artificiel, \u00abThe Hours\u00bb raconte le destin de trois femmes reli\u00e9es par un roman. Avec Kidman, Streep et Moore dans les r\u00f4les de la romanci\u00e8re, de la lectrice et du personnage.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1299","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1299"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1299\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}