



{"id":1284,"date":"2003-03-12T00:00:00","date_gmt":"2003-03-11T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1284"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cineminem","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1284","title":{"rendered":"\u00ab8 Mile\u00bb, le rap est un sport de combat"},"content":{"rendered":"<p>Plus qu\u2019\u00e0 un film musical, \u00ab8 Mile\u00bb s\u2019apparente \u00e0 un conte de f\u00e9es urbain dans la tradition de \u00abRocky\u00bb ou de \u00abLa Fi\u00e8vre du samedi soir\u00bb. Il met en sc\u00e8ne un jeune homme qui tente d\u2019\u00e9chapper au destin tout trac\u00e9 qui \u00e9tait le sien &#8212; ch\u00f4mage, alcool, violence &#8212; par la ma\u00eetrise de sa passion. <\/p>\n<p>Au lieu de la boxe ou de la danse, ce sera le rap, l\u2019improvisation verbale, les joutes oratoires. Pour une rime mortelle, ce Cyrano de Detroit est capable de tout. Le langage est son arc, le mot sa corde et l\u2019insulte sa fl\u00e8che. Litt\u00e9raire, \u00ab8 Mile\u00bb? N\u2019exag\u00e9rons rien, m\u00eame si sa haute teneur en po\u00e9sie est l\u2019un des plaisirs prodigu\u00e9s par cette chronique sociale matin\u00e9e de biographie d\u00e9guis\u00e9e.  <\/p>\n<p>D\u00e9guis\u00e9e, car si le film de Curtis Hanson est bien inspir\u00e9 de la vie d\u2019Eminem, de sa jeunesse pass\u00e9e \u00e0 Detroit, \u00e0 8 Mile pr\u00e9cis\u00e9ment qui trace la fronti\u00e8re entre les quartiers blancs et noirs, il fait volontairement l\u2019impasse sur la violence de son h\u00e9ros. En d\u2019autres termes, \u00ab8 Mile\u00bb retrace la vie de Marshall Mathers avant que celui-ci se fasse appeler Eminem, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ses initiales, M&#038;M. <\/p>\n<p>Difficile en effet d\u2019imaginer que ce beau jeune homme encapuchonn\u00e9 comme un moine asc\u00e9tique soit le m\u00eame que celui qui d\u00e9fraye r\u00e9guli\u00e8rement la chronique, le m\u00eame qui insulte violemment sa m\u00e8re dans ses chansons, le m\u00eame encore que George Bush consid\u00e8re comme la chose la plus dangereuse pour la jeunesse am\u00e9ricaine depuis la polio! Eminem, c\u2019est \u00e9vident, se refait une virginit\u00e9 m\u00e9diatique \u00e0 travers \u00ab8 Mile\u00bb. <\/p>\n<p>Dans le film, il prot\u00e8ge sa petite s\u0153ur (sa fille dans la vie), n\u2019insulte jamais sa m\u00e8re, qui, dans la r\u00e9alit\u00e9, a obtenu de son rejeton des dommages et int\u00e9r\u00eats pour diffamation, vient au secours d\u2019un coll\u00e8gue gay (histoire d\u2019effacer ses d\u00e9clarations homophobes), a pour amis une bande multiraciale assez d\u00e9glingu\u00e9e (un d\u00e9bile, un intello, un ob\u00e8se) et vit une relation relativement \u00e9galitaire avec sa copine de cin\u00e9ma, petite d\u00e9brouillarde qui a autant le sens de l\u2019honneur que du pragmatisme. Eminem, via son personnage de Jimmy Rabbit, est film\u00e9 comme un ange \u00e0 qui on donnerait le Bon Dieu sans confessions.<\/p>\n<p>Cette volont\u00e9 cosm\u00e9tique marque la limite de \u00ab8 Mile\u00bb, un film qui s\u2019adresse \u00e0 un public large et pas forc\u00e9ment connaisseur. Pourtant, l\u2019approche assez p\u00e9dagogique du ph\u00e9nom\u00e8ne rap ainsi que l\u2019esth\u00e9tique de la rage qu\u2019elle d\u00e9veloppe (magnifique photographie) poss\u00e8de un double avantage: \u00e9chapper \u00e0 la logique du produit d\u00e9riv\u00e9 et surtout r\u00e9v\u00e9ler le talent d\u2019acteur du rapeur blanc, dont le regard ambitieux et m\u00e9lancolique tient le film de bout en bout. M\u00eame dans les situations les plus humiliantes, il reste charismatique. A commencer par celle du d\u00e9but. <\/p>\n<p>\u00ab8 Mile\u00bb raconte en effet l\u2019histoire d\u2019un jeune homme blanc qui, encourag\u00e9 par ses amis noirs \u00e0 se produire sur sc\u00e8ne, rate son test d\u2019entr\u00e9e. Pendant les 100 minutes qui suivent, il s\u2019appliquera donc \u00e0 r\u00e9parer son \u00e9chec originel, cause de toute sa honte: \u00eatre rest\u00e9 muet face \u00e0 son adversaire, n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur d\u2019un duel po\u00e9tico-ordurier. <\/p>\n<p>Ce duel final, c\u2019est \u00e9videmment l\u2019apoth\u00e9ose du film, le moment tant attendu et la r\u00e9v\u00e9lation de ce qu\u2019est vraiment le rap, ce qui fonde l\u2019essence de cette culture urbaine: les battles, joutes oratoires de 45 secondes ou 1 minute 30 qui autorisent tous les coups: l&rsquo;humiliation, la menace, les insultes, sur le sexe, la race, les m\u00e8res, la famille etc. <\/p>\n<p>Pour gagner la battle, le rappeur doit improviser sur tout ce qu\u2019il voit et sait de son adversaire, mais aussi savoir encaisser les rimes qui tuent. L\u2019exercice est plus proche d\u2019un combat de boxe, autant dans la gestuelle que dans la solitude du ring, que des jeux pratiqu\u00e9s par les ligues d\u2019improvisation. <\/p>\n<p>Dans le match final, Jimmy Rabbit appara\u00eet comme un grand ma\u00eetre de battle parce qu\u2019il anticipe les insultes de son adversaire, le prive de son discours agressif, en assumant et revendiquant toutes ses d\u00e9ficiences, transformant ses handicaps en atouts. Jimmy gagne la partie par K.O. sous les applaudissements et acclamations du public, celui du club mais aussi celui de la salle de cin\u00e9ma qui vibre en simultan\u00e9it\u00e9 de ce match passionnant.  <\/p>\n<p>Si \u00ab8 Mile\u00bb pla\u00eet autant, c\u2019est qu\u2019il \u00e9pouse une morale qui, de tout temps, apaise le plus grand nombre: la loi du plus fort n\u2019est pas toujours la meilleure. Dans ce combat entre la ruse et la force, entre David et Goliath, c\u2019est le verbe qui l\u2019emporte.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre chronique sociale et success story, \u00ab8 Mile\u00bb exprime la puissance po\u00e9tique du rap tout en adoucissant l\u2019image d\u2019Eminem. Un film qui pla\u00eet.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1284","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1284","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1284"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1284\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}