



{"id":12612,"date":"2022-02-21T22:44:15","date_gmt":"2022-02-21T21:44:15","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12612"},"modified":"2022-02-21T17:06:28","modified_gmt":"2022-02-21T16:06:28","slug":"sante-111","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12612","title":{"rendered":"La m\u00e9decine au bord de la crise de foi"},"content":{"rendered":"<p>Au cours des quarante prochaines ann\u00e9es, la science produira plus de connaissances que l\u2019humanit\u00e9 n\u2019en a cr\u00e9\u00e9es dans toute son histoire, annonce l\u2019auteur am\u00e9ricain Shawn Lawrence Otto dans son livre \u00abThe War on Science\u00bb. L\u2019\u00e9crivain d\u00e9plore dans le m\u00eame temps ce paradoxe\u200a: au moment o\u00f9 le monde a le plus besoin des scientifiques, l\u2019id\u00e9e de connaissance objective semble totalement en crise. Selon le Barom\u00e8tre scientifique suisse, 21% des personnes interrog\u00e9es pensent que le nombre de d\u00e9c\u00e8s dus au coronavirus est volontairement exag\u00e9r\u00e9 par les autorit\u00e9s. Pr\u00e8s de 16% croient que des personnes puissantes ont planifi\u00e9 la pand\u00e9mie et 9% mettent m\u00eame en doute la pr\u00e9sence de preuves attestant de l\u2019existence du nouveau virus. Comment comprendre cette d\u00e9fiance, et quelles r\u00e9ponses y apporter\u200a? Explications en six points.<\/p>\n<p><strong>1.Des r\u00e9seaux pas toujours responsables <\/strong><\/p>\n<p>La perception de la science est fortement influenc\u00e9e par les r\u00e9seaux sociaux. Des informations inexactes ou m\u00eame mensong\u00e8res circulent de fa\u00e7on virale sur ces supports et participent \u00e0 la diffusion de th\u00e8ses conspirationnistes. D\u2019autant que les algorithmes de Facebook ou Twitter orientent leurs lectorats vers des contenus auxquels ils adh\u00e8rent d\u00e9j\u00e0. De quoi renforcer les pr\u00e9jug\u00e9s et affaiblir le d\u00e9veloppement d\u2019un esprit critique. Cette dynamique participe par ailleurs \u00e0 brouiller la fronti\u00e8re entre le fait scientifique et l\u2019opinion, comme le relevait le r\u00e9cent docu-fiction \u00e0 succ\u00e8s \u00abThe Social Dilemma\u00bb, de Jeff Orlowski.<\/p>\n<p>Les cr\u00e9ateur\u00b7trice\u00b7s de ces outils num\u00e9riques, effray\u00e9\u00b7e\u00b7s par ce qu\u2019ils ont eux-m\u00eames g\u00e9n\u00e9r\u00e9, alertent sur le danger de ces plateformes qui incitent les internautes \u00e0 perdre la ma\u00eetrise de leurs convictions, ce qui peut m\u00eame modifier leur comportement. La science devient un sujet o\u00f9 chacun\u00b7e peut \u00e9noncer sa propre v\u00e9rit\u00e9, mettant ainsi en p\u00e9ril la v\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e et le consensus qui la constitue.<\/p>\n<p>Pourtant, en Suisse, depuis les ann\u00e9es 1970, les enqu\u00eates d\u2019opinion montrent que la confiance de la population envers la science demeure plut\u00f4t bonne et, souvent, bien meilleure que ce qu\u2019imaginent les scientifiques, observe Bruno Strasser, historien des sciences et professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. Les chercheur\u00b7euse\u00b7s b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une image bien plus positive que celle des politicien\u00b7ne\u00b7s, des m\u00e9dias ou des chefs de multinationales, par exemple. \u00ab\u200aLa confiance peut \u00eatre morcel\u00e9e, explique-t-il. On peut \u00eatre oppos\u00e9 \u00e0 un type de vaccin et favorable \u00e0 la chimioth\u00e9rapie. Ces nuances sont parfois per\u00e7ues comme une d\u00e9fiance envers la science dans son ensemble, alors que ce n\u2019est pas du tout le cas.\u200a\u00bb<\/p>\n<p><strong>2. Accorder une place au doute <\/strong><\/p>\n<p>Ce qui a chang\u00e9, c\u2019est que la population dispose d\u00e9sormais d\u2019espaces d\u2019\u00e9change li\u00e9s \u00e0 la science ou la m\u00e9decine, poursuit Bruno Strasser. \u00ab\u200aPour le meilleur et pour le pire. Mais ces espaces ont le m\u00e9rite d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une critique.\u200a\u00bb Il faudrait accorder plus de place au doute, \u00e0 l\u2019incertitude, dans la communication scientifique pour renforcer la confiance de la population envers la science. \u00ab\u200aPar le pass\u00e9, on a souvent pr\u00e9sent\u00e9 des d\u00e9couvertes comme faisant l\u2019objet d\u2019un consensus scientifique, en n\u00e9gligeant le facteur d\u2019incertitude qui est inh\u00e9rent \u00e0 la science, et qui en fait sa force.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>La crise du Covid-19 a cr\u00e9\u00e9 une situation totalement in\u00e9dite\u200a: la population a eu l\u2019occasion de suivre la construction du savoir scientifique autour du virus, comme on regarderait une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9. Le public assistait ainsi, en temps r\u00e9el, aux questionnements autour de la pand\u00e9mie. Un chemin qui passe n\u00e9cessairement par des doutes, des remises en cause ou des rectifications, par exemple par rapport au port du masque ou \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de certains m\u00e9dicaments. \u00ab\u200aLe grand public n\u2019a pas forc\u00e9ment compris que ces contradictions font partie de la d\u00e9marche scientifique, pensant qu\u2019un r\u00e9sultat de recherche \u00e9tait valable pour toujours, estime Bruno Strasser. Nous payons aujourd\u2019hui les erreurs pass\u00e9es de la communication scientifique.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Cette crise, marqu\u00e9e par une perte de confiance envers les scientifiques, souvent per\u00e7us comme une \u00e9lite d\u00e9connect\u00e9e des pr\u00e9occupations du peuple, n\u2019est pas nouvelle. Son origine se situerait dans les ann\u00e9es 1960, apr\u00e8s les deux guerres mondiales. L\u2019emploi de gaz de combat ou de la bombe atomique a fait \u00e9merger l\u2019image d\u2019une science orient\u00e9e contre le bien commun. Par la suite, les mouvements de mai 1968 et de la contre-culture ont remis en cause toute forme d\u2019autorit\u00e9. Un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a encore pris plus d\u2019ampleur avec les grands accidents technologiques et industriels, comme Tchernobyl. Les avanc\u00e9es scientifiques autour du g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique et le d\u00e9veloppement de pesticides ont aussi contribu\u00e9 \u00e0 ces controverses en raison des probl\u00e8mes \u00e9thiques qu\u2019ils soul\u00e8vent.<\/p>\n<p><strong>2. R\u00e9habiliter le droit \u00e0 la critique <\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement des connaissances s\u2019est toujours accompagn\u00e9 d\u2019un regard critique, surtout vis-\u00e0-vis de la science telle qu\u2019elle se d\u00e9cline \u00e0 travers les techniques, explique Bruno Strasser. \u00ab\u200aD\u00e8s le XVIIIe si\u00e8cle, on a assist\u00e9 \u00e0 des r\u00e9voltes contre les machines, tandis que durant les Trente Glorieuses, entre 1945 et 1975, des voix critiques se sont \u00e9lev\u00e9es pour d\u00e9noncer les cons\u00e9quences n\u00e9gatives des avanc\u00e9es de la science et de la technologie sur l\u2019environnement et la soci\u00e9t\u00e9.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>La science a su faire ses preuves et se montrer digne de confiance, rel\u00e8ve pour sa part Philippe Huneman, directeur de recherche \u00e0 l\u2019Institut d\u2019histoire et de philosophie des sciences et des techniques \u00e0 la Sorbonne. \u00ab\u200aL\u2019accumulation des connaissances repr\u00e9sente le meilleur outil pour conna\u00eetre le monde du r\u00e9el et pouvoir agir dessus. Il est tout \u00e0 fait rationnel de s\u2019en remettre avant tout \u00e0 ce domaine pour fonder les croyances \u00e0 la base de nos actions.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>La meilleure mani\u00e8re de produire la science est de la justifier par ses proc\u00e9dures, ses m\u00e9thodes et ses normes. \u00ab\u200aLes proc\u00e9d\u00e9s qui guident la science sont fiables parce qu\u2019ils reposent sur une organisation sociale. C\u2019est ce que Robert Merton, l\u2019un des p\u00e8res de la sociologie des sciences dans les ann\u00e9es 1950, a d\u00e9fini comme le scepticisme organis\u00e9. La recherche n\u2019est pas l\u2019affaire d\u2019une activit\u00e9 scientifique individuelle et isol\u00e9e. M\u00eame de grands savants comme James Watt ou Albert Einstein travaillaient au sein d\u2019une communaut\u00e9 scientifique encadr\u00e9e par des proc\u00e9dures norm\u00e9es.\u200a\u00bb<\/p>\n<p><strong>3. L\u2019importance de l\u2019\u00e9valuation collective <\/strong><\/p>\n<p>Ce scepticisme organis\u00e9 est assur\u00e9 \u00e0 travers des conf\u00e9rences, des institutions consacr\u00e9es \u00e0 la discussion, et le peer review\u200a: un examen par des expert\u00b7e\u00b7s ind\u00e9pendant\u00b7e\u00b7s dans le domaine, explique Philippe Huneman. Car le doute, ce n\u2019est pas simplement dire \u00ab\u200atout \u00e7a, c\u2019est n\u2019importe quoi\u200a\u00bb. \u00ab\u200aIl faut avoir des raisons justifi\u00e9es pour \u00eatre pris au s\u00e9rieux quand on avance un doute. Il n\u2019est toutefois pas toujours \u00e9vident de distinguer le complotisme de la m\u00e9fiance fond\u00e9e envers des pratiques scientifiques douteuses.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Un autre garde-fou contre les d\u00e9rives scientifiques repose sur le fait que tout manquement \u00e0 la d\u00e9ontologie est tr\u00e8s co\u00fbteux\u200a: une seule fraude sur des donn\u00e9es peut co\u00fbter une carri\u00e8re. \u00ab\u200aPar cons\u00e9quent, il est l\u00e9gitime de conserver un degr\u00e9 de confiance raisonnable envers la science comme productrice de v\u00e9rit\u00e9. \u00c0 condition, bien s\u00fbr, que cette organisation sociale fonctionne bien.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Actuellement, cette forme d\u2019\u00e9valuation fonctionne plut\u00f4t bien, m\u00eame si elle gagnerait \u00e0 \u00eatre renforc\u00e9e dans certains secteurs, souligne Philippe Huneman. \u00ab\u200aIl existe toujours un risque de certains biais de r\u00e9sultats, li\u00e9 au financement notamment. Dans certaines disciplines, les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques en jeu sont astronomiques. C\u2019est le cas dans les sciences m\u00e9dicales. Un domaine dans lequel les financements des projets de recherche peuvent venir de l\u2019industrie agroalimentaire, qui n\u2019est \u00e9videmment pas objective. Ainsi, certaines \u00e9tudes au sujet des aliments dans les revues scientifiques de nutrition se montrent favorables \u00e0 55% aux produits de cette industrie contre seulement 9% quand la recherche est men\u00e9e de fa\u00e7on ind\u00e9pendante*.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12613\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Largeur_210222.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Largeur_210222.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Largeur_210222-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Largeur_210222-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>4. Soigner les biais, la fraude et l\u2019esprit de comp\u00e9tition <\/strong><\/p>\n<p>Des biais peuvent aussi influencer la recherche et ses r\u00e9sultats. Philippe Huneman cite l\u2019exemple du paludisme, une des principales causes de mortalit\u00e9 dans les pays tropicaux. Pendant longtemps, cette affection a re\u00e7u tr\u00e8s peu d\u2019attention et, surtout, peu de financements par rapport \u00e0 d\u2019autres maladies occidentales.<\/p>\n<p>Autre probl\u00e8me\u200a: la recherche scientifique repose souvent sur une perspective androcentrique, c\u2019est-\u00e0-dire bas\u00e9e exclusivement sur un point de vue masculin, de fa\u00e7on consciente ou non, rel\u00e8ve l\u2019expert. \u00ab\u200aDes maladies concernant les hommes blancs, comme la calvitie, sont sur\u00e9tudi\u00e9es par rapport \u00e0 celles touchant uniquement les femmes, comme l\u2019endom\u00e9triose.\u200a\u00bb Il rappelle aussi que, pendant longtemps, les th\u00e9ories scientifiques sur la biologie de la reproduction ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu objectives et tr\u00e8s sexistes, comme l\u2019a relev\u00e9 notamment la philosophe Elisabeth Lloyd. Celle-ci a notamment montr\u00e9 que les explications du plaisir f\u00e9minin, dans la biologie \u00e9volutionniste, ont syst\u00e9matiquement \u00e9t\u00e9 li\u00e9es \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le sexe de la femme se limite \u00e0 une fonction reproductive.<\/p>\n<p>Un facteur suppl\u00e9mentaire susceptible de trahir l\u2019objectivit\u00e9 scientifique concerne la pression exerc\u00e9e sur les chercheurs et chercheuses pour qu\u2019ils\u00b7elles publient beaucoup, selon la fameuse maxime \u00ab\u200apublish or perish\u200a\u00bb (publier ou p\u00e9rir). \u00ab\u200aIl s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me ultra-comp\u00e9titif induisant des comportements contraires \u00e0 la d\u00e9marche scientifique\u200a\u00bb, regrette Philippe Huneman, \u00e9voquant l\u2019essor des revues dites pr\u00e9datrices, o\u00f9 tout et n\u2019importe quoi est publi\u00e9, de mani\u00e8re \u00e0 encaisser un maximum de frais de publication.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage Malscience\u200a: de la fraude dans les labos, Nicolas Chevassus-au-Louis d\u00e9crit une communaut\u00e9 scientifique o\u00f9 la comp\u00e9tition est acharn\u00e9e et o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 est arrang\u00e9e en fonction de ce qui doit \u00eatre d\u00e9montr\u00e9. \u00ab\u200aLa fraude en science repose sur la fabrication de donn\u00e9es, leur falsification ou m\u00eame parfois sur du plagiat\u200a\u00bb, d\u00e9taille le biologiste de formation, signalant que 2% des chercheur\u00b7euse\u00b7s, interrog\u00e9\u00b7e\u00b7s de mani\u00e8re anonyme, reconnaissent avoir invent\u00e9 ou falsifi\u00e9 des donn\u00e9es au moins une fois au cours de leur carri\u00e8re. Ce qui repr\u00e9senterait pas moins de 140 000 scientifiques \u00e0 travers le monde. \u00ab\u200aD\u2019ailleurs, le nombre de r\u00e9tractations dans la litt\u00e9rature scientifique, en bonne partie \u00e0 cause d\u2019erreurs dans les r\u00e9sultats, a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par dix depuis les ann\u00e9es 1980.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Parmi les sciences de la nature, la biologie et la m\u00e9decine sont particuli\u00e8rement touch\u00e9es par la fraude. En cause, la taille souvent r\u00e9duite des \u00e9quipes de recherche et des laboratoires. Mais aussi, les importantes sommes d\u2019argent en jeu. \u00ab\u200aCes disciplines comptent parmi les plus fragiles du point de vue \u00e9pist\u00e9mologique, explique Nicolas Chevassus-au-Louis. Dans un tel contexte, il est plus difficile de reproduire une exp\u00e9rience, et il devient donc plus tentant de changer les r\u00e9sultats.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eateur rapporte qu\u2019actuellement, une \u00e9tude sur cinq est embellie et souligne la difficult\u00e9 de tracer une fronti\u00e8re pr\u00e9cise entre l\u2019ajustement de certains r\u00e9sultats et le d\u00e9but de la fraude. Il observe d\u2019ailleurs aussi que peu ou pas d\u2019\u00e9checs d\u2019\u00e9tudes sont publi\u00e9s. \u00ab\u200aD\u00e9sormais, 90% des chercheur\u00b7euse\u00b7s trouvent des r\u00e9sultats positifs. Comme ils doivent continuellement justifier leurs financements, ils ont \u00e9videmment int\u00e9r\u00eat \u00e0 trouver ce qu\u2019ils cherchaient.\u200a\u00bb<\/p>\n<p><strong>5. Donner du temps \u00e0 la science <\/strong><\/p>\n<p>Nicolas Chevassus-au-Louis soutient que cette explosion de la fraude scientifique est favoris\u00e9e par l\u2019intensification de la comp\u00e9tition scientifique internationale, notamment avec l\u2019arriv\u00e9e des chercheur\u00b7euse\u00b7s chinois\u00b7es et indien\u00b7ne\u00b7s sur le march\u00e9, la grande rar\u00e9faction du financement des laboratoires et les d\u00e9lais de plus en plus courts impartis aux projets. L\u2019\u00e9valuation des chercheur\u00b7euse\u00b7s en fonction du facteur d\u2019impact \u2013 le nombre de fois o\u00f9 un article va \u00eatre cit\u00e9 apr\u00e8s publication \u2013 des revues dans lesquelles elles\u00b7ils publient est responsable \u00e9galement des d\u00e9rives actuelles.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Durant la pand\u00e9mie, et face \u00e0 l\u2019urgence de trouver des solutions et des explications quant au virus, on a assist\u00e9 \u00e0 une fr\u00e9n\u00e9sie de pr\u00e9publications \u2013 des travaux qui n\u2019avaient m\u00eame pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9s par des pairs \u2013 s\u2019accompagnant d\u2019un moindre contr\u00f4le sur la qualit\u00e9 de la part de la communaut\u00e9 scientifique. La recherche doit \u00eatre mieux prot\u00e9g\u00e9e contre les abus, insiste Nicolas Chevassus-au-Louis. \u00ab\u200aLa science demeure la meilleure m\u00e9thode pour aboutir \u00e0 un savoir sur le monde qui soit v\u00e9rifiable. Il n\u2019y a pas de raison de douter de la science comme telle. Mais son fonctionnement doit \u00eatre fond\u00e9 sur des crit\u00e8res rationnels et s\u00e9rieux.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter ces d\u00e9rives, il est n\u00e9cessaire de retrouver un rythme plus lent dans la recherche scientifique. Une solution qui pourrait notamment \u00eatre mise en place en modifiant les r\u00e8gles concernant l\u2019attribution de financement et l\u2019\u00e9valuation des chercheur\u00b7euse\u00b7s, laquelle repose actuellement essentiellement sur une \u00e9valuation quantitative bas\u00e9e sur leur nombre de publications. Un fonctionnement qui peut inciter \u00e0 la fraude, pour publier davantage et plus vite. \u00ab\u200aDans le cadre du financement ou des promotions, on pourrait demander aux chercheurs de fournir leurs trois publications les plus significatives. L\u2019\u00e9valuateur prendrait le temps de les lire et il s\u2019agirait d\u2019une \u00e9valuation qualitative.\u200a\u00bb Nicolas Chevassus-au-Louis revendique \u00e9galement une meilleure \u00e9ducation des jeunes chercheur\u00b7euse\u00b7s, fond\u00e9e sur la revalorisation de la rigueur et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 scientifique. \/<\/p>\n<p>* Sacks G, Riesenberg D, Mialon M, Dean S, Cameron AJ. The characteristics and extent of food industry involvement in peer-reviewed research articles from 10 leading nutritionrelated journals in 2018. PLoS One. 2020\u200a;15(12)\u200a:e0243144. Published 2020 Dec 16. doi\u200a:10.1371\/journal.pone.0243144<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Quatre solutions pour mieux communiquer la science au public <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019importance de la communication scientifique et du dialogue entre le public et la science a \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9e \u00e0 maintes reprises ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment lors de la pand\u00e9mie. Les Acad\u00e9mies suisses des sciences ont demand\u00e9 au groupe d\u2019experts \u00ab\u200aCommunicating Sciences and Arts in Times of Digital Media\u200a\u00bb d\u2019identifier les fa\u00e7ons de les am\u00e9liorer. Voici quelques-unes de leurs recommandations\u200a:<\/p>\n<p><strong>1 <\/strong>&#8211; Renforcer le soutien aux scientifiques s\u2019impliquant dans la communication publique ainsi qu\u2019aux lanceurs d\u2019alerte, sur les plans professionnel, social, psychologique et juridique, pour \u00e9viter les attaques personnelles, en particulier contre les expert\u00b7e\u00b7s\u200a;<\/p>\n<p><strong>2 <\/strong>&#8211; Encourager la communication scientifique et le dialogue avec les publics mal desservis\u200a;<\/p>\n<p><strong>3 &#8211;<\/strong> Soutenir les initiatives de recherche participative\u200a; refl\u00e9ter la diversit\u00e9 scientifique, en termes de domaines de recherche, mais aussi en ce qui concerne l\u2019anciennet\u00e9 des chercheurs\u00b7euses, leur \u00e2ge, leur genre et leur origine\u200a;<\/p>\n<p><strong>4 &#8211;<\/strong> Cr\u00e9er une nouvelle infrastructure pour soutenir le journalisme scientifique incluant diverses sources de financement afin de garantir l\u2019ind\u00e9pendance de ces m\u00e9dias.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>D\u00e9cisions politiques, fondements scientifiques<\/strong><\/p>\n<p>Directrice de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique, Anne L\u00e9vy partage ses observations sur le lien de confiance entre politique et science.<\/p>\n<p>\u00abLa coop\u00e9ration entre science et politique est pass\u00e9e par un \u00e9norme processus d\u2019apprentissage. Les derniers mois ont aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des probl\u00e8mes et des insuffisances. \u00c0 l\u2019avenir, il importe de saisir les chances offertes par la collaboration, mais aussi de conserver et d\u2019\u00e9tendre les structures qui fonctionnent bien. Il s\u2019agit avant tout de l\u2019exp\u00e9rience avec la science task force et des \u00e9changes r\u00e9guliers avec ses membres, qui peuvent \u00eatre utiles dans des contextes similaires.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit de prendre des d\u00e9cisions politiques, surtout celles de grande port\u00e9e, il faut garder une vue d\u2019ensemble et int\u00e9grer les connaissances scientifiques en leur accordant la place qui leur est due. Dans un contexte de crise, l\u2019objectivit\u00e9 doit plus que jamais \u00eatre de mise. C\u2019est d\u00e9licat si la science devient le jouet de programmes politiques. Ainsi, il est d\u2019autant plus important que les scientifiques expriment leur position de mani\u00e8re claire et compr\u00e9hensible. Les connaissances scientifiques sont essentielles \u00e0 la prise de d\u00e9cisions fond\u00e9es.<\/p>\n<p>La gestion de crise est un syst\u00e8me tr\u00e8s complexe, dans lequel des informations entrantes doivent \u00eatre trait\u00e9es en permanence. Des d\u00e9cisions de grande port\u00e9e sont d\u2019ailleurs prises chaque jour. \u00c0 titre d\u2019exemple, mi-septembre 2021, la task force de l\u2019OFSP tenait sa 180e s\u00e9ance. Il ne faut jamais perdre de vue que ce que nous savons aujourd\u2019hui refl\u00e8te l\u2019\u00e9tat actuel de la science. Il ne sera pas n\u00e9cessairement le m\u00eame dans deux mois. Cette situation a \u00e9t\u00e9 et demeure un d\u00e9fi, notamment sur le plan communicationnel.<\/p>\n<p>Que les d\u00e9couvertes scientifiques fassent l\u2019objet de discussions politiques n\u2019est pas nouveau. Mais, en pleine pand\u00e9mie, alors que les connaissances scientifiques se construisent chaque jour, qu\u2019elles grandissent et s\u2019adaptent en permanence, il peut \u00eatre difficile pour le grand public de suivre et de comprendre les controverses. Une situation renforc\u00e9e par l\u2019int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 des m\u00e9dias pour les divergences de vues qui accompagnent un sujet scientifique, plut\u00f4t que par les d\u00e9couvertes elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9decins et les m\u00e9dias<\/strong><\/p>\n<p>Un grand nombre de m\u00e9decins se sont exprim\u00e9s dans les m\u00e9dias pendant la pand\u00e9mie. Lors de leurs interventions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es (notamment \u00e0 propos des effets suppos\u00e9s de l\u2019hydroxychloroquine), les propos parfois contradictoires de professionnel\u00b7le\u00b7s d\u2019une m\u00eame discipline ont pu \u00e9tonner les t\u00e9l\u00e9spectateurs\u00b7trices. Au point de donner l\u2019impression d\u2019une m\u00e9decine en pleine confusion.<\/p>\n<p>Plusieurs voix se sont alors fait entendre pour appeler les m\u00e9decins \u00e0 davantage de pr\u00e9cision\u200a: dans toute prise de parole, il convient de bien distinguer ce qui est de l\u2019ordre de l\u2019avis personnel, d\u2019une part, et ce qui fait consensus dans la discipline en question, d\u2019autre part.<\/p>\n<p>Par ailleurs, \u00ab\u200ail faut \u00e9videmment mettre les choses au conditionnel et rappeler que les v\u00e9rit\u00e9s que l\u2019on \u00e9nonce aujourd\u2019hui ne sont pas encore pleinement \u00e9tay\u00e9es par la science\u200a\u00bb, a expliqu\u00e9 Jean-Marcel Mourgues, vice-pr\u00e9sident du Conseil de l\u2019Ordre des m\u00e9decins en France dans le magazine \u00abMarianne\u00bb en juillet. Une d\u00e9claration intervenue \u00e0 la suite de dix plaintes port\u00e9es par l\u2019organisation contre des m\u00e9decins par rapport \u00e0 leurs d\u00e9clarations publiques au sujet du Covid-19. En effet, la d\u00e9ontologie m\u00e9dicale impose un principe de pr\u00e9caution\u200a: celui de nuancer ses propos lors de toute intervention dans les m\u00e9dias au sujet d\u2019une maladie dont la science n\u2019a pas encore pu \u00e9tablir de connaissances solides. Face \u00e0 l\u2019ampleur de la pand\u00e9mie de Covid-19, les m\u00e9decins jouent un r\u00f4le capital. Plus que jamais, distinguer avis personnel et consensus rev\u00eat une importance majeure.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 24).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9fiance envers la science n\u2019est pas nouvelle. Mais elle s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e avec l\u2019usage des r\u00e9seaux sociaux, et la crise sanitaire a encore accentu\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne. Pour y r\u00e9pondre, la m\u00e9decine doit \u00e9voluer en respectant un cadre d\u00e9ontologique irr\u00e9prochable.<\/p>\n","protected":false},"author":20192,"featured_media":12613,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303,1299],"class_list":["post-12612","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12612","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20192"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12612"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12612\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12614,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12612\/revisions\/12614"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/12613"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12612"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12612"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12612"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}