



{"id":12581,"date":"2022-02-16T22:25:36","date_gmt":"2022-02-16T21:25:36","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12581"},"modified":"2022-02-10T18:07:48","modified_gmt":"2022-02-10T17:07:48","slug":"sante-110","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12581","title":{"rendered":"Cheveux, poils et ongles en disent long sur notre sant\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Tous\u00b7tes les patient\u00b7e\u00b7s le savent : lorsqu\u2019on prend le chemin du laboratoire d\u2019analyse m\u00e9dicale, c\u2019est le plus souvent pour y effectuer une prise de sang ou un don d\u2019urine. Ces substances contiennent en effet plus de mille marqueurs distincts, tels que des toxines, des prot\u00e9ines ou des hormones.<\/p>\n<p>Ces tests in vitro comptent parmi les outils les plus utiles aux professionnels de sant\u00e9 : 70% des d\u00e9cisions m\u00e9dicales n\u00e9cessitent le recours \u00e0 ce type d\u2019examen. Mais praticien\u00b7ne\u00b7s et biologistes se tournent d\u00e9sormais de plus en plus fr\u00e9quemment vers d\u2019autres substances corporelles : sueur, larmes et salive en disent long sur notre \u00e9tat de sant\u00e9, tout comme nos cheveux, nos ongles ou nos poils \u2013 les phan\u00e8res, en langage m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Cet int\u00e9r\u00eat nouveau s\u2019explique de plusieurs fa\u00e7ons. \u00c0 commencer par le fait que les tests sanguins ou urinaires pr\u00e9sentent des limites : riche en sels et en cristaux, l\u2019urine a tendance \u00e0 compliquer le rep\u00e9rage de certains biomarqueurs prot\u00e9iques. Dans le sang, c\u2019est l\u2019albumine qui peut masquer d\u2019autres indicateurs pr\u00e9pond\u00e9rants. Autre frein, \u00ab l\u2019une et l\u2019autre substances ont tendance \u00e0 se renouveler trop rapidement pour permettre le rep\u00e9rage dans la dur\u00e9e de certains compos\u00e9s chimiques \u00bb, explique Olivier Gaide, m\u00e9decin-chef\u00a0 au sein du Service de dermatologie et v\u00e9n\u00e9r\u00e9ologie du CHUV. Des \u00e9l\u00e9ments qui se retrouvent bien plus longtemps dans d\u2019autres parties du corps. Ainsi, un ongle met six mois \u00e0 une ann\u00e9e pour se renouveler enti\u00e8rement.<\/p>\n<p><strong>Facile et sans douleur<\/strong><\/p>\n<p>Au quotidien, l\u2019analyse de nos phan\u00e8res (ongles, cheveux, poils) ou de nos liquides corporels pr\u00e9sente un autre int\u00e9r\u00eat: le pr\u00e9l\u00e8vement de l\u2019\u00e9chantillon n\u00e9cessaire est en g\u00e9n\u00e9ral plus rapide, plus facile et moins douloureux qu\u2019une phl\u00e9botomie \u2013 soit le nom savant de la prise de sang. La r\u00e8gle n\u2019est pas absolue<\/p>\n<p>Celles et ceux qui ont subi l\u2019un des fameux tests nasopharyng\u00e9s courants depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie de Covid-19 savent que tous les pr\u00e9l\u00e8vements biologiques ne sont pas une partie de plaisir. Seule solution disponible pendant plusieurs mois, cette technique suppose d\u2019enfoncer un \u00e9couvillon jusqu\u2019au nasopharynx avant de lui imprimer une rotation destin\u00e9e \u00e0 recueillir suffisamment de cellules pour permettre un test PCR ou antig\u00e9nique.<\/p>\n<p>Reste que dans bien des cas, les alternatives aux pr\u00e9l\u00e8vements sanguins classiques sont moins douloureuses, plus rapides et plus simples, souligne Olivier Gaide: \u00abUne prise de sang est un geste invasif certes l\u00e9ger, mais qui rebute certain\u00b7e\u00b7s patient\u00b7e\u00b7s. Elles et ils pr\u00e9f\u00e8rent largement fournir des \u00e9l\u00e9ments biologiques qui se donnent ou se pr\u00e9l\u00e8vent sans douleur. Recueillir de la salive, du liquide lacrymal, des poils, des cheveux ou des ongles s\u2019av\u00e8re bien plus facile.\u00bb Ces examens alternatifs pr\u00e9sentent \u00e9galement un potentiel d\u2019\u00e9conomie pour les syst\u00e8mes de soin. \u00abProc\u00e9der \u00e0 une prise de sang repr\u00e9sente un certain co\u00fbt et prend du temps. Il faut pr\u00e9voir un local calme et isol\u00e9, utiliser du d\u00e9sinfectant et du mat\u00e9riel de phl\u00e9botomie, mobiliser du personnel&#8230; En revanche, mettre de la salive dans un tube ou couper quelques cheveux ne n\u00e9cessite pas de comp\u00e9tences particuli\u00e8res.\u00bb<\/p>\n<p>Cette facilit\u00e9 de pr\u00e9l\u00e8vement l\u00e8ve un grand nombre de contraintes, d\u2019autant que les dispositifs m\u00e9dicaux ne cessent de progresser, ajoute Olivier Gaide en citant le cas de patient\u00b7e\u00b7s atteint\u00b7e\u00b7s de diab\u00e8te : \u00ab Les nouveaux capteurs de glyc\u00e9mie permettent d\u2019\u00e9viter des prises de sang r\u00e9p\u00e9titives et douloureuses. Les patient\u00b7e\u00b7s peuvent analyser leur glyc\u00e9mie toutes les quinze ou trente minutes gr\u00e2ce \u00e0 un simple patch dot\u00e9 d\u2019une microaiguille, et donc adapter au plus juste leur prise d\u2019insuline.<\/p>\n<p><strong>Cheveux contre champignons<\/strong><\/p>\n<p>Ongles et cheveux concentrent plus particuli\u00e8rement l\u2019attention d\u2019Olivier Gaide. \u00abLes phan\u00e8res sont utiles pour rep\u00e9rer les agents infectieux qui s\u2019attaquent \u00e0 l\u2019ongle ou au syst\u00e8me pileux des malades.\u00bb On cumule plusieurs techniques, des plus simples aux plus complexes pour identifier mycoses, moisissures ou levures. \u00ab Le premier examen est indolore et tr\u00e8s rapide. Nous pr\u00e9levons des cheveux pour rechercher diff\u00e9rents types de champignons, soit en partie, soit en les arrachant \u00e0 la racine pour examiner leur bulbe. Nous analysons aussi r\u00e9guli\u00e8rement des fragments d\u2019ongles en les observant au microscope et en leur appliquant au besoin diff\u00e9rentes solutions de coloration pour mettre en \u00e9vidence tel ou tel parasite. \u00bb Lorsque c\u2019est n\u00e9cessaire, une troisi\u00e8me phase d\u2019analyse consiste \u00e0 placer le fragment en culture pendant quelques jours avant de pratiquer un examen biologique mol\u00e9culaire capable de d\u00e9tecter l\u2019ADN d\u2019un \u00e9l\u00e9ment pathog\u00e8ne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12595\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large160222.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large160222.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large160222-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large160222-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Transpirer, c\u2019est la sant\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9tudier les fluides biologiques ou les mati\u00e8res corporelles n\u2019est pas nouveau en soi : d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9, les m\u00e9decins examinaient les selles ou l\u2019urine de leurs patient\u00b7e\u00b7s. Au Moyen \u00c2ge, on parle du \u00ab baiser sal\u00e9 \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence au go\u00fbt de la peau de certains nourrissons. Si on en ignorait alors l\u2019origine, ce trouble de la sudation, qui peut indiquer une mucoviscidose, est toujours couramment pratiqu\u00e9 au CHUV aujourd\u2019hui. \u00abNous r\u00e9coltons une petite quantit\u00e9 de sueur dans un dispositif plac\u00e9 sur l\u2019avant-bras des enfants, apr\u00e8s stimulation de la transpiration. La mesure des quantit\u00e9s de sel et de chlore permet de poser ou d&rsquo;exclure la plupart du temps le diagnostic.\u00bb<\/p>\n<p>Les tests salivaires sont un autre outil pr\u00e9cieux pour les professionnel\u00b7le\u00b7s de sant\u00e9. Les dentistes en analysent ainsi l\u2019acidit\u00e9 et la composition pour pr\u00e9venir l\u2019apparition de caries ou de plaque bact\u00e9rienne. Facile \u00e0 recueillir, la salive n\u2019expose pas les professionnel\u00b7le\u00b7s aux maladies transmissibles par le sang, ne coagule pas et contient plus de 1000 prot\u00e9ines et des mol\u00e9cules d&rsquo;ARN.<\/p>\n<p><strong>Ce que disent les larmes<\/strong><\/p>\n<p>Au m\u00eame titre que la sueur, les larmes font partie des fluides les plus prometteurs en termes de recherche. Les \u00e9tudes cliniques en cours laissent penser que les biomarqueurs prot\u00e9iques ou les parasites pr\u00e9sents dans le liquide lacrymal permettront d\u2019ici \u00e0 quelques ann\u00e9es de d\u00e9tecter une infection virale, d\u2019identifier des risques d\u2019AVC ou de faciliter le suivi de maladies comme la scl\u00e9rose en plaques, sans recourir \u00e0 des examens plus lourds comme les ponctions lombaires.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cieuses pour les patient\u00b7e\u00b7s, les analyses pratiqu\u00e9es sur les phan\u00e8res et les liquides corporels laissent entrevoir \u00e0 terme un rep\u00e9rage toujours plus fin et plus pr\u00e9coce d\u2019une vaste gamme de biomarqueurs, d\u00e8s les premiers stades de diff\u00e9rentes maladies. De quoi fournir de nouvelles armes aux m\u00e9decins.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Les promesses de la transplantation f\u00e9cale<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;analyse des selles permet de d\u00e9pister des maladies, mais aussi de restaurer la flore bact\u00e9rienne des patient\u00b7e\u00b7s pour gu\u00e9rir diff\u00e9rentes pathologies. Ouvert en 2019, le centre du CHUV d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la transplantation f\u00e9cale s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 cette technique destin\u00e9e aux patient\u00b7e\u00b7s touch\u00e9\u00b7e\u00b7s par une infection due \u00e0 un bacille, le Clostridioides difficile, qui cause de fortes diarrh\u00e9es et colites. Principalement d\u00e9livr\u00e9 sous forme de g\u00e9lules, le traitement pr\u00e9sente des r\u00e9sultats spectaculaires. \u00abLa transplantation f\u00e9cale (TMF) permet de traiter avec succ\u00e8s 80% \u00e0 90% des patient\u00b7e\u00b7s, alors que les antibiotiques classiques sont efficaces dans 20 \u00e0 30% des cas \u00bb, explique Tatiana Galperine, cheffe de clinique et responsable de la cr\u00e9ation du Centre de transplantation de microbiote f\u00e9cal du CHUV. Ce m\u00e9dicament fait actuellement l\u2019objet d\u2019une autorisation de mise sur le march\u00e9 simplifi\u00e9e aupr\u00e8s de Swissmedic. Mais il permet d\u00e9j\u00e0 de soigner chaque ann\u00e9e une trentaine de patient\u00b7e\u00b7s pris en charge au CHUV.<\/p>\n<p>\u00abNotre travail consiste aussi \u00e0 s\u00e9lectionner les donneur\u00b7euse\u00b7s au terme d\u2019un processus particuli\u00e8rement strict, indique Tatiana Galperine. Vient ensuite la production du m\u00e9dicament lui-m\u00eame, en collaboration avec les services des maladies infectieuses.\u00bb Enfin, d\u2019autres activit\u00e9s rel\u00e8vent cette fois de la recherche, notamment en lien avec le Service d\u2019oncologie. \u00abPlusieurs \u00e9tudes tendent \u00e0 d\u00e9montrer que la TMF am\u00e9liorerait la tol\u00e9rance des patient\u00b7e\u00b7s face \u00e0 certaines chimioth\u00e9rapies ou immunoth\u00e9rapies sur le plan digestif. Il semble \u00e9galement qu\u2019elle favorise la r\u00e9ponse \u00e0 ces traitements en modulant le microbiote intestinal.\u00bb La TMF n\u2019a pas dit son dernier mot.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 24).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les laboratoires d\u2019analyse m\u00e9dicale ne se limitent plus aux seules prises de sang. 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