



{"id":12577,"date":"2022-02-14T22:45:45","date_gmt":"2022-02-14T21:45:45","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12577"},"modified":"2022-02-10T17:57:48","modified_gmt":"2022-02-10T16:57:48","slug":"pharmacie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12577","title":{"rendered":"Savez-vous prendre vos m\u00e9dicaments?"},"content":{"rendered":"<p>Pr\u00e8s d\u2019une personne sur deux en Suisse consomme des m\u00e9dicaments chaque semaine. Ce rapport, issu d\u2019une enqu\u00eate sur le sujet men\u00e9e par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS) aupr\u00e8s de la population de 15 ans et plus, montre une progression de plus de 30% depuis les ann\u00e9es 1990. Parmi les substances les plus fr\u00e9quemment consomm\u00e9es au cours des sept jours pr\u00e9c\u00e9dant le sondage, on compte les antidouleurs (24% des r\u00e9pondant\u00b7e\u00b7s), les antihypertenseurs (16%), les traitements contre le cholest\u00e9rol (8%) et ceux pour le c\u0153ur (7%). Somnif\u00e8res, tranquillisants et antid\u00e9presseurs compl\u00e8tent ce classement. L\u2019\u00e9tude de l\u2019OFS indique aussi que les femmes prennent plus souvent des m\u00e9dicaments que les hommes (55% contre 45%). Enfin, la part des personnes consommant des m\u00e9dicaments progresse avec l\u2019\u00e2ge, pour atteindre 84% chez les personnes \u00e2g\u00e9es de 75 ans et plus.<\/p>\n<p>Des chiffres qui interrogent sur les connaissances des patient\u00b7e\u00b7s concernant les substances qu\u2019ils\u00b7elles absorbent. Plusieurs \u00e9tudes indiquent en effet que les doses de m\u00e9dicaments sont parfois administr\u00e9es de fa\u00e7on impr\u00e9cise, en particulier chez les enfants et les personnes \u00e2g\u00e9es. D\u2019autant plus qu\u2019un nombre important de patient\u00b7e\u00b7s ignore les effets secondaires principaux des pilules et cachets qu\u2019elles et ils ingurgitent.<\/p>\n<p><strong>Comp\u00e9tences du\u00b7de la patient\u00b7e<\/strong><\/p>\n<p>Ces questions animent aussi Jenny Gentizon, candidate au doctorat en sciences infirmi\u00e8res de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (UNIL). L\u2019infirmi\u00e8re de formation a co-supervis\u00e9\u00a0 plusieurs \u00e9tudes sur le sujet et pr\u00e9pare aujourd\u2019hui une th\u00e8se sur l\u2019aptitude des personnes \u00e2g\u00e9es hospitalis\u00e9es \u00e0 comprendre la prise de m\u00e9dicaments, soit la multitude des comp\u00e9tences cognitives ou sociales que les patient\u00b7e\u00b7s doivent poss\u00e9der pour g\u00e9rer leur traitement.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019adh\u00e9sion m\u00e9dicamenteuse, c\u2019est-\u00e0-dire le fait que les patient\u00b7e\u00b7s prennent leurs m\u00e9dicaments conform\u00e9ment \u00e0 ce qui leur a \u00e9t\u00e9 prescrit, a jusqu\u2019ici surtout \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e selon qu\u2019elle soit optimale ou non. Environ la moiti\u00e9 des patient\u00b7e\u00b7s qui g\u00e8re des m\u00e9dicaments sur le long terme ne les prennent pas comme ils devraient\u00bb, explique Jenny Gentizon. Mais des \u00e9tudes plus r\u00e9centes encouragent \u00e0 diff\u00e9rencier la non-adh\u00e9sion volontaire de celle qui est involontaire. Des facteurs comme un d\u00e9ficit d\u2019acuit\u00e9 visuelle, des probl\u00e8mes cognitifs ou le manque de compr\u00e9hension du plan de traitement peuvent contribuer \u00e0 une non-adh\u00e9sion involontaire aux m\u00e9dicaments chez les personnes\u00a0 \u00e2g\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p><strong>M\u00e9connaissance des effets secondaires<\/strong><\/p>\n<p>Ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, la chercheuse a eu l\u2019occasion de co-superviser plusieurs travaux de master consacr\u00e9s \u00e0 la m\u00e9dication des seniors vaudois\u00b7e\u00b7s hospitalis\u00e9\u00b7e\u00b7s. Une des \u00e9tudes s\u2019est pench\u00e9e sur les connaissances des patient\u00b7e\u00b7s au sujet de leurs anticoagulants oraux. Sur la base d\u2019un sondage comportant des questions de type \u00abvrai ou faux\u00bb, les r\u00e9sultats ont mis en \u00e9vidence une moyenne de 68,3% de r\u00e9ponses correctes. Les effets secondaires, les surveillances, les interactions avec d\u2019autres m\u00e9dicaments et les modifications du style de vie sont les domaines pour lesquels les patient\u00b7e\u00b7s pr\u00e9sentaient le plus de lacunes.<\/p>\n<p>\u00abUne des conclusions importantes concerne le fait qu\u2019un tiers des patient\u00b7e\u00b7s ne connaissent pas le risque principal de l\u2019anti-coaguloth\u00e9rapie orale, soit le risque h\u00e9morragique, souligne Jenny Gentizon. L\u2019\u00e9tude a aussi mis en \u00e9vidence des tendances d\u2019associations entre le niveau de connaissance et l\u2019\u00e2ge ainsi que le niveau de formation des patient\u00b7e\u00b7s. \u00bb Ces r\u00e9sultats soulignent l\u2019importance d\u2019\u00e9valuer les connaissances des patient\u00b7e\u00b7s et de mettre en place des actions cibl\u00e9es pour pr\u00e9venir l\u2019occurrence de probl\u00e8mes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12589\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large140222.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large140222.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large140222-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Large140222-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Cinq \u00e0 dix m\u00e9dicaments simultan\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>La m\u00eame cohorte de patient\u00b7e\u00b7s vaudois\u00b7e\u00b7s a ensuite r\u00e9pondu \u00e0 un questionnaire sur le \u00ab sentiment d\u2019efficacit\u00e9 personnelle \u00bb envers l\u2019autogestion de leurs m\u00e9dicaments, soit leur confiance \u00e0 les prendre conform\u00e9ment \u00e0 la prescription. Parmi les personnes interrog\u00e9es, 93% sont polym\u00e9diqu\u00e9es (soit prennent simultan\u00e9ment plus de cinq m\u00e9dicaments). Pr\u00e8s de 18% de la cohorte doit m\u00eame prendre dix m\u00e9dicaments ou plus. Les personnes \u00e2g\u00e9es se montrent n\u00e9anmoins confiantes dans la gestion de leurs traitements, avec un niveau d\u2019efficacit\u00e9 moyen de 33,4 sur 39 points possibles. \u00abMalgr\u00e9 les lacunes de connaissances \u00e9voqu\u00e9es plus haut, les patient\u00b7e\u00b7s reportent un sentiment d\u2019efficacit\u00e9 relativement \u00e9lev\u00e9, rel\u00e8ve Jenny Gentizon. L\u2019\u00e9tude a cependant identifi\u00e9 deux \u00e9l\u00e9ments qui doivent \u00eatre port\u00e9s \u00e0 l\u2019attention des professionnel\u00b7le\u00b7s : les patient\u00b7e\u00b7s se montrent moins confiant\u00b7e\u00b7s envers leurs capacit\u00e9s \u00e0 suivre le plan de traitement apr\u00e8s qu\u2019un changement de prescription a eu lieu, ou lorsque leurs m\u00e9dicaments causent des effets ind\u00e9sirables.\u00bb<\/p>\n<p>Bien que les deux recherches exploratoires men\u00e9es dans le canton de Vaud n\u2019aient pas vocation \u00e0 formuler des recommandations pour des changements de pratique, elles mettent en \u00e9vidence plusieurs adaptations possibles en guise de filet de s\u00e9curit\u00e9, rel\u00e8ve la chercheuse: renforcer les informations et l\u2019\u00e9ducation cibl\u00e9e en utilisant un langage simple et des supports \u00e9crits avec des illustrations. \u00abUn autre aspect \u00e0 d\u00e9velopper concerne l\u2019utilisation de la m\u00e9thode teach-back.\u00bb Celle-ci consiste \u00e0 transmettre des informations avant de demander aux personnes d\u2019expliquer avec leurs mots ce qu\u2019elles ont compris.\u00a0 \u00ab L\u2019hospitalisation n\u2019offre pas toujours le contexte le plus favorable pour la r\u00e9tention des informations (fatigue, stress, perte de rep\u00e8res). Dans un contexte o\u00f9 le\u00b7la patient\u00b7e est amen\u00e9\u00b7e \u00e0 consulter plusieurs sp\u00e9cialistes, il faut penser des strat\u00e9gies qui renforcent la continuit\u00e9 des informations entre personnel soignant, patient\u00b7e\u00b7s et entourage. Am\u00e9liorer l\u2019implication des proches r\u00e9pondrait \u00e0 un r\u00e9el besoin exprim\u00e9 de leur part. Aussi, avoir son dossier dans une m\u00eame et unique pharmacie est un moyen pratique qui permet de renforcer le suivi des patient\u00b7e\u00b7s. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Routines inventives<\/strong><\/p>\n<p>Jenny Gentizon termine aujourd\u2019hui sa th\u00e8se sur la capacit\u00e9 \u00e0 prendre correctement des m\u00e9dicaments chez les seniors hospitalis\u00e9\u00b7e\u00b7s, financ\u00e9e par le CHUV et dirig\u00e9e par le docteur C\u00e9dric Mabire. \u00abCe concept souligne la complexit\u00e9 des comp\u00e9tences cognitives et sociales dont les patient\u00b7e\u00b7s ont besoin pour g\u00e9rer leurs m\u00e9dicaments, et va au-del\u00e0 de la connaissance du nom des m\u00e9dicaments, des pr\u00e9cautions et des surveillances. Cela implique des comp\u00e9tences de communication avec les professionnels de sant\u00e9, pour poser des questions, participer aux d\u00e9cisions ou exprimer un d\u00e9saccord concernant tel ou tel m\u00e9dicament. Cela concerne aussi une forme d\u2019inventivit\u00e9 avec la mise en place de routines quotidiennes, des strat\u00e9gies personnelles pour pr\u00e9venir la survenue de probl\u00e8mes et assurer le suivi du plan du traitement.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019objectif de la th\u00e8se r\u00e9side dans le d\u00e9veloppement d\u2019un outil de mesure de la capacit\u00e9 \u00e0 comprendre comment prendre leurs m\u00e9dicaments, pour les patient\u00b7e\u00b7s \u00e2g\u00e9\u00b7e\u00b7s hospitalis\u00e9\u00b7e\u00b7s, baptis\u00e9 MED-fLAG. Pour ce faire, Jenny Gentizon peut s\u2019appuyer sur un co-chercheur particulier: \u00c9ric Pilet, 77 ans et plus de 50 hospitalisations au compteur. Membre du ColLaboratoire, une unit\u00e9 de l\u2019UNIL qui met en relation chercheur\u00b7euse\u00b7s et citoyen\u00b7ne\u00b7s, il s\u2019est imm\u00e9diatement manifest\u00e9 pour prendre part au projet. \u00abLe d\u00e9veloppement du MED-fLAG est r\u00e9alis\u00e9 avec une \u00e9quipe interprofessionnelle, mais la participation d\u2019un citoyen co-chercheur apporte une contribution irrempla\u00e7able dans la production de savoirs. Cela permet de mieux comprendre la r\u00e9alit\u00e9 des personnes qui g\u00e8rent des m\u00e9dicaments au quotidien et la multitude des d\u00e9fis auxquels elles doivent faire face au long de la trajectoire de soins. \u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Chiffres cl\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p><strong>33,1%: <\/strong>C\u2019est le pourcentage de femmes atteintes de maladies cardiovasculaires. En Suisse, ce type de maladies est la cause de d\u00e9c\u00e8s la plus fr\u00e9quente. Chez les hommes, le taux s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 29,6%<\/p>\n<p><strong>12%: <\/strong>La part du budget d\u00e9di\u00e9e aux m\u00e9dicaments en Suisse, sur le total des d\u00e9penses consacr\u00e9es \u00e0 la sant\u00e9.<\/p>\n<p><strong>65%: <\/strong>Le pourcentage de m\u00e9dicaments distribu\u00e9s par les pharmacies. Aujourd\u2019hui, les pharmacies demeurent le principal canal de distribution des m\u00e9dicaments. En termes de valeur, elles repr\u00e9sentent environ 48% du chiffre d\u2019affaires total du march\u00e9. Les autres canaux de distribution\u00a0 sont les m\u00e9decins, les drogueries et les h\u00f4pitaux.<\/p>\n<p><strong>6,136 milliards: <\/strong>C\u2019est le volume en francs que repr\u00e9sentait le march\u00e9 du m\u00e9dicament en Suisse en 2019 (aux prix du fabricant), selon les donn\u00e9es de la fa\u00eeti\u00e8re Interpharma.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 24).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les effets secondaires des traitements sont souvent m\u00e9connus. 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