



{"id":1256,"date":"2003-02-03T00:00:00","date_gmt":"2003-02-02T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1256"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1256","title":{"rendered":"\u00abRespiro\u00bb ou la r\u00e9volution sensuelle d\u2019une candide Italienne"},"content":{"rendered":"<p>Le film commence par une bataille entre deux groupes de gamins aux shorts tr\u00e8s courts, \u00e0 la peau mate gorg\u00e9e de sel et au torse encore fragile. Ils courent, se fr\u00f4lent, s\u2019observent, se d\u00e9fient, \u00e0 la fronde et aux mains, dans les criques blanches de la M\u00e9diterran\u00e9e. <\/p>\n<p>Leur affrontement se termine par la d\u00e9culott\u00e9e des vaincus, lesquels devront revenir au village honteusement cul nu. Cette guerre des boutons qui se rejoue chaque apr\u00e8s-midi est film\u00e9e avec une gr\u00e2ce teint\u00e9e de cruaut\u00e9 qui n\u2019est pas sans rappeler Pasolini.<\/p>\n<p>La s\u00e9quence suivante n\u2019est pas moins troublante qui montre deux des ragazzi de la bande pr\u00e9c\u00e9dente revenus dans le patio de la maison familiale. L\u2019un d\u2019eux, le plus \u00e2g\u00e9, s\u2019\u00e9chauffe avec une adolescente, dont il cloue les bras au sol avec ses genoux. Va-t-il l\u2019embrasser ou la frapper? Ni l\u2019un, ni l\u2019autre, c\u2019est sa s\u0153ur.<\/p>\n<p>Un peu plus loin dans la cour, une autre tr\u00e8s jeune femme aux cheveux boucl\u00e9s et aux yeux bleus \u00e9coute son transistor dans une pause balthusienne qui \u00e9meut le jeune gar\u00e7on. Lasse de toute cette agitation, la fille \u00e0 la robe d\u2019\u00e9t\u00e9 se l\u00e8ve et va dans sa chambre \u00e0 coucher, suivie du ragazzo qui tire les rideaux.<\/p>\n<p>Que va-t-il se passer? Rien. Pasquale, treize ans, quittera la pi\u00e8ce quand la jeune femme le lui ordonnera. Comme toujours, le fils ob\u00e9ira \u00e0 sa m\u00e8re. La menace incestueuse existe bel et bien, mais dans la t\u00eate du spectateur; pour les personnages, il ne s\u2019agit que d\u2019une complicit\u00e9 charnelle h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019enfance.<\/p>\n<p>Car on a beau \u00eatre de la m\u00eame famille, la sensualit\u00e9 existe, le d\u00e9sir m\u00eame aussi, quand on a une m\u00e8re comme Grazia (Valeria Golino), d\u00e9esse enfantine qui aime rouler \u00e0 trois sur un scooter et adore les chiens, une sauvageonne qui n\u2019a pas le go\u00fbt des taches m\u00e9nag\u00e8res, ni le sens de la pudeur &#8212; tr\u00e8s jolie s\u00e9quence o\u00f9 les deux fils de Grazia font une sc\u00e8ne \u00e0 leur m\u00e8re parce qu\u2019elle se baigne seins nus. Une femme surtout qui n\u2019a pas le sens des r\u00f4les, ni celui de m\u00e8re, ni celui d\u2019\u00e9pouse.<\/p>\n<p>Son extr\u00eame libert\u00e9, sa passion enfantine pour ses trois enfants, son plaisir \u00e0 aller \u00e0 la plage quand les autres font la pri\u00e8re mais aussi ses crises de violence lorsque les choses ne vont pas comme elle le veut et sa dr\u00f4le de m\u00e9lancolie finissent par perturber la coh\u00e9sion du village.<\/p>\n<p>Diagnostique de la belle-m\u00e8re qui veut l\u2019exp\u00e9dier dans un h\u00f4pital psychiatrique \u00e0 Milan: \u00abQuand elle est contente, elle est trop contente et quand elle est triste, elle est trop triste.\u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame son mari, bel Ulysse amoureux de sa femme mais macho comme tous les hommes de l\u2019\u00eele, finira par rejoindre le clan des villageois. Quand Grazia apprend qu\u2019on veut l\u2019envoyer dans le nord, elle fugue. Lorsque son mari retrouvera sa robe au bord de la plage, il la croira morte et le village aussi. C\u2019est alors que le miracle se produira.<\/p>\n<p>Jusque l\u00e0, le film relevait plut\u00f4t de la com\u00e9die villageoise avec sa description des clans s\u00e9par\u00e9s les uns des autres, celui des hommes, des femmes, des enfants et m\u00eame les chiens, son organisation sociale et son \u00e9conomie enti\u00e8rement li\u00e9e \u00e0 la p\u00eache, son autarcie et ses querelles de voisinage.<\/p>\n<p>Dans cette partie \u00abn\u00e9or\u00e9aliste\u00bb, Emanuele Crialese n\u2019\u00e9chappe pas toujours \u00e0 la caricature et \u00e0 la carte postale \u00abdolce vita\u00bb: scooter, chanson populaire sortie des transistors \u00e0 l\u2019heure de la sieste, jolis bateaux de couleurs comme des jouets, petites voitures camionnettes, culottes blanches des gar\u00e7ons (mais o\u00f9 sont les filles?) et mer \u00e9meraude \u00e0 se damner.<\/p>\n<p>Cette approche descriptive est belle mais un peu anecdotique malgr\u00e9 la sensualit\u00e9 qui y r\u00e8gne. C\u2019est apr\u00e8s la disparition de Grazia que \u00abRespiro\u00bb d\u00e9ploie tout son potentiel \u00e9l\u00e9giaque, inventant ou r\u00e9inventant un fantastique po\u00e9tique qui trouve son origine dans la mythologie grecque.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi dans la seconde partie que le fils a\u00een\u00e9 acquiert une intensit\u00e9 dramatique qui le rend terriblement attachant. On pense alors au bel adolescent de \u00abL\u2019Incompris\u00bb de Comencini, sentiment renforc\u00e9 par le contraste avec son petit fr\u00e8re, un macho capricieux, tyrannique et rigolo.<\/p>\n<p>Construit autour de Grazia, figure \u00e0 la fois terrienne (elle porte souvent des bottes en caoutchouc), aquatique (elle nage comme une sir\u00e8ne), a\u00e9rienne (elle dispara\u00eet et appara\u00eet au gr\u00e9 de ses lubies) et volcanique (ses col\u00e8res br\u00fblent tout sur son passage), le film \u00e9pouse les humeurs de son h\u00e9ro\u00efne qui, elle m\u00eame, \u00e9pouse les reliefs naturels, chahut\u00e9s, escarp\u00e9s, g\u00e9n\u00e9reux, dangereux et tout en douceur, de cette \u00eele merveilleuse, immens\u00e9ment blanche et bleue, \u00e0 la lumi\u00e8re vibrante, ancr\u00e9e au large de la Sicile: Lampedusa.<\/p>\n<p>Une des beaut\u00e9s de \u00abRespiro\u00bb tient \u00e0 cette profonde harmonie entre un personnage et son environnement naturel comme si l\u2019\u00eele avait accouch\u00e9 de sa fille, de sa d\u00e9esse, de sa patronne.<\/p>\n<p>Le dernier plan du film, splendide et surprenant, finira d\u2019ailleurs de transformer la petite sauvageonne de la p\u00eacherie en sainte de Lempeduza, sans mi\u00e8vrerie, dans une procession aquatique qui semble imm\u00e9moriale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce coeur d\u2019hiver m\u00e9talliquement gris, c\u2019est le film \u00e0 voir. Tourn\u00e9 sur l\u2019\u00eele de Lampedusa, cette fable caress\u00e9e par le soleil et le vent balance entre n\u00e9o-r\u00e9alisme et l\u00e9gende archa\u00efque.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1256","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1256","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1256"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1256\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1256"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1256"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1256"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}