



{"id":12525,"date":"2022-01-25T22:32:03","date_gmt":"2022-01-25T21:32:03","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12525"},"modified":"2022-01-26T15:49:49","modified_gmt":"2022-01-26T14:49:49","slug":"art-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12525","title":{"rendered":"Nicolas Party, du graffiti aux galeries d\u2019art"},"content":{"rendered":"<p>Des \u00abb\u00eatises\u00bb qui lui ont valu des arrestations \u00e0 Lausanne, mais lui ont aussi permis de d\u00e9velopper son sens artistique. Voil\u00e0 comment Nicolas Party nomme ses hauts faits de graffeur. L\u2019adolescent un peu rebelle a ensuite emprunt\u00e9 une voie plus studieuse, dans les \u00e9coles d\u2019art de Lausanne et de Glasgow, pour devenir au gr\u00e9 de ses apprentissages le peintre cot\u00e9 qu\u2019il est aujourd\u2019hui. Sa premi\u00e8re exposition monographique s\u2019est ouverte cette ann\u00e9e \u00e0 Lugano, et durera jusqu\u2019au 9 janvier. Une cons\u00e9cration pour le peintre suisse de 41 ans.<\/p>\n<p>Le temps d\u2019une interview, l\u2019artiste pose ses pastels. Il \u00e9voque ses \u0153uvres en cours, comme ces gigantesques grottes vertes qu\u2019il peint \u00e0 m\u00eame les murs \u00e0 Hanovre. Il parle de son lien avec Lausanne et la Suisse, de ce qui l\u2019anime dans son travail, mais aussi de l\u2019\u00e9nergie cr\u00e9atrice conserv\u00e9e depuis ses ann\u00e9es de graffeur.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00eates n\u00e9 \u00e0 Lausanne et avez grandi non loin de l\u00e0, en Lavaux, \u00e0 Villette. Quel enfant \u00e9tiez-vous? Comment y avez-vous d\u00e9velopp\u00e9 votre sens artistique?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nicolas Party<\/strong>: Comme beaucoup d\u2019enfants, j\u2019aimais dessiner, construire des mondes et m\u2019inventer des sc\u00e9narios. J\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 exploiter cette part de cr\u00e9ativit\u00e9 que beaucoup de gens ont tendance \u00e0 d\u00e9laisser. \u00c0 12 ans environ, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des graffs et j\u2019ai continu\u00e9 durant toute mon adolescence. C\u2019\u00e9tait un hobby cr\u00e9atif. Je r\u00e9alisais des lettres, logos, personnages&#8230; L\u2019aspect ill\u00e9gal m\u2019attirait aussi bien s\u00fbr, j\u2019avais envie de faire des \u00abb\u00eatises\u00bb, une chose assez courante \u00e0 cette p\u00e9riode de la vie ! Faire cela en bande me plaisait aussi. Nous partions dans la nuit \u00e0 plusieurs, avec nos bombes de peinture, pour graffer sur les trains \u00e0 la gare de Lausanne, sur les piliers d\u2019autoroutes ou les voies ferr\u00e9es de Suisse romande. J\u2019ai d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9 en 2001 \u00e0 la suite d\u2019un proc\u00e8s, qui m\u2019a valu plusieurs dizaines de milliers de francs d\u2019amendes. Il m\u2019a fallu des\u00a0 ann\u00e9es pour rembourser cette somme.<\/p>\n<p><strong>Vous entrez ensuite \u00e0 l\u2019ECAL. Une \u00e9tape importante?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai ressenti comme un grand soulagement. Je n\u2019avais plus \u00e0 me stresser pour des examens dans des mati\u00e8res qui ne me motivaient pas. Tout le monde \u00e9tait passionn\u00e9 par un aspect cr\u00e9atif de la vie, et voulait \u00eatre graphiste ou artiste. Il y avait aussi, comme \u00e0 Glasgow o\u00f9 j\u2019ai fait mon master, une extraordinaire camaraderie propre aux \u00e9coles d\u2019art. Cela donnait envie de passer tout son temps \u00e0 cr\u00e9er et apprendre. Il y avait une forme de libert\u00e9 et d\u2019ouverture, qui tranchait avec l\u2019\u00e9cole secondaire, mais aussi avec le graff qui est un milieu tr\u00e8s cod\u00e9. J\u2019ai explor\u00e9 plein de choses et cela m\u2019a permis de prendre conscience que la peinture \u00e9tait vraiment ce que je voulais faire.<\/p>\n<p><strong>Vous avez \u00e9voqu\u00e9 votre pass\u00e9 de graffeur. Cela influence-t-il encore aujourd\u2019hui votre peinture?<\/strong><\/p>\n<p>Vous voyez, l\u00e0, j\u2019ai plein de peinture sur les mains. C\u2019est parce que je suis en train de r\u00e9aliser des fresques murales pour ma prochaine exposition \u00e0 Hanovre. Et, contrairement \u00e0 certains artistes, qui demandent \u00e0 d\u2019autres de r\u00e9aliser sur des murs les croquis pr\u00e9cis qu\u2019ils ont imagin\u00e9s, je fais moi-m\u00eame ce travail physique, avec assez peu de pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019avance. J\u2019aime ce c\u00f4t\u00e9 performatif de la peinture murale. L\u2019ex\u00e9cution du projet est souvent plus importante que le r\u00e9sultat. Ce sont des traits communs importants avec le graff. Se faufiler entre les grillages, la nuit, \u00e9chapper \u00e0 la police, pour dessiner. Je retrouve un peu de cette adr\u00e9naline et de cette part d\u2019improvisation.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui vous inspire actuellement?<\/strong><\/p>\n<p>Pour les muraux, je me laisse souvent inspirer par les lieux, c\u2019est d\u2019ailleurs un autre trait commun avec le graff. En ce moment, \u00e0 Hanovre, je cr\u00e9e dans un espace vo\u00fbt\u00e9, une ancienne piscine. Cela invite \u00e0 peindre des grottes. J\u2019ai aussi une famille de motifs, dont font partie les grottes, et que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9s au fil des ans. Ils me suivent, soit un temps, soit de fa\u00e7on permanente. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je reprends les genres classiques de la peinture figurative, comme les natures mortes, les paysages ou les portraits.<\/p>\n<p><strong>Vous parlez de peinture classique. Vos mod\u00e8les proviennent donc assez peu de l\u2019art contemporain?<\/strong><\/p>\n<p>Une figure tr\u00e8s importante pour moi, et embl\u00e9matique du m\u00e9dium que j\u2019utilise, est Rosalba Carriera. Elle a rendu les portraits au pastel c\u00e9l\u00e8bres lors d\u2019un voyage \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 1720. Ce n\u2019est donc effectivement pas vraiment r\u00e9cent (rires). Cette technique du pastel sec est ensuite pass\u00e9e de mode, supplant\u00e9e par l\u2019acrylique ou la gouache. Le Lausannois F\u00e9lix Vallotton (1865-1925) m\u2019inspire \u00e9galement. Contrairement aux autres postimpressionnistes, comme Vuillard ou Bonnard, il a une touche un peu froide et distante. Cette peinture \u00ab retenue \u00bb, peu physique et d\u00e9monstrative, m\u2019int\u00e9resse, tout comme son rapport aux paysages. Il a un c\u00f4t\u00e9 assez contemporain en fait. Il travaille aussi les diff\u00e9rents genres de la peinture classique, des natures mortes aux sc\u00e8nes mythologiques.<\/p>\n<p><strong>La mythologie, voil\u00e0 un genre auquel vous ne vous \u00eates pas encore adonn\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Non, mais je me r\u00e9jouis de l\u2019exp\u00e9rimenter peut-\u00eatre un jour!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12526\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Largeur_250122.jpg\" alt=\"\" width=\"975\" height=\"648\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Largeur_250122.jpg 975w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Largeur_250122-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Largeur_250122-768x510.jpg 768w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Largeur_250122-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 975px) 100vw, 975px\" \/><\/p>\n<p><strong>Vous vivez \u00e0 New York, o\u00f9 vous \u00eates repr\u00e9sent\u00e9 depuis 2019 par la prestigieuse galerie Hauser &amp; Wirth. D\u2019autres artistes de cette sc\u00e8ne vibrante vous inspirent-ils ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a ici un mouvement constant d\u2019artistes qui arrivent, s\u00e9journent, repartent. Connus et moins connus. Parmi les peintres que je c\u00f4toie, j\u2019adore Nicole Eisenman. Son \u00e9nergie et sa mani\u00e8re libre de cr\u00e9er m\u2019impressionnent, tout comme sa personnalit\u00e9 assez incroyable.<\/p>\n<p><strong>Que vous offre la vie new-yorkaise?<\/strong><\/p>\n<p>Outre ce grand nombre d\u2019artistes venus du monde entier, il y aussi une offre culturelle immense, avec constamment de nouvelles expositions. C\u2019est la capitale de la peinture contemporaine en ce sens, mais aussi sur un plan commercial. La hi\u00e9rarchie y est aussi assez fluide. C\u2019est une ville progressiste, avec tr\u00e8s peu de nationalisme.<\/p>\n<p><strong>Depuis quelques ann\u00e9es, vous rencontrez un succ\u00e8s commercial important. En 2019, l\u2019une de vos peintures s\u2019est vendue plus d\u20191 million de dollars. Qu\u2019est-ce que cela a chang\u00e9 pour vous?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est avant tout un changement d\u2019ordre pratique. Pendant plus de dix ans, l\u2019aspect financier \u00e9tait une pr\u00e9occupation, que ce soit pour la location d\u2019un atelier ou l\u2019achat de mat\u00e9riel. Tr\u00e8s bien gagner sa vie permet d\u2019avoir un meilleur appartement et un grand atelier, ce qui est un luxe dans une ville comme New York. Le quotidien est beaucoup moins stressant.<\/p>\n<p><strong>Gardez-vous des liens avec la Suisse?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, mon fr\u00e8re, ma m\u00e8re et mon p\u00e8re y vivent toujours. J\u2019y ai aussi encore des amis. Et si je devais absolument d\u00e9finir mon identit\u00e9, elle serait suisse, en raison de traits culturels et d\u2019une certaine influence. Je me d\u00e9finirais aussi comme francophone au sens large, car je lis encore beaucoup en fran\u00e7ais, je consulte des m\u00e9dias parisiens, etc.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019entendez-vous par traits culturels suisses?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019\u00e9change souvent en ce moment avec un curateur de Montr\u00e9al, o\u00f9 j\u2019exposerai l\u2019ann\u00e9e prochaine. Nous parlons du fait que, comme le Canada, la Suisse a un lien fort avec le paysage, l\u2019environnement. Il lui a servi \u00e0 construire son identit\u00e9. Ses ic\u00f4nes, comme Guillaume Tell, proviennent de la campagne, de la montagne. Et cela prend une grande place dans l\u2019art suisse, dans les tableaux d\u2019Hodler par exemple.<\/p>\n<p><strong>Vous avez d\u2019ailleurs r\u00e9alis\u00e9 quatre \u0153uvres murales inspir\u00e9es du peintre suisse symboliste Arnold B\u00f6cklin au Museo d\u2019arte della Svizzera italiana (MASI) \u00e0 Lugano. Il s\u2019agit de votre premi\u00e8re grande exposition monographique. C\u2019est une cons\u00e9cration, non?<\/strong><\/p>\n<p>Bien que chaque invitation soit importante, il s\u2019agit en effet de la premi\u00e8re exposition de cette envergure. D\u00e9j\u00e0, parce que le lieu est tr\u00e8s grand. L\u2019exposition m\u00eale des \u00e9l\u00e9ments nouveaux \u00e0 un panorama de ce que j\u2019ai fait ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es : peintures murales, pastels sur toile, faux marbre, sculptures. J\u2019ai aussi pu en concevoir l\u2019architecture. Il s\u2019agit enfin de mon premier catalogue.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Quand Nicolas Party revient \u00e0 Lausanne, il aime se rendre dans les lieux suivants:<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fondation de l\u2019Hermitage<\/strong>: \u00abCe magnifique mus\u00e9e se trouve dans une ancienne villa bourgeoise et surplombe la ville de Lausanne. Il se situe au centre d\u2019un parc habit\u00e9 par de nombreux arbres splendides.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Caf\u00e9 Romand<\/strong>: \u00abCe restaurant typique lausannois sert \u00e0 la perfection les mets les plus embl\u00e9matiques de la r\u00e9gion, et ce, dans une ambiance tr\u00e8s vivante. Mon plat favori est le papet vaudois, servi avec un chasselas de Villette.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans The Lausanner (n\u00b0 8).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019\u00c9cole cantonale d\u2019art de Lausanne (ECAL) d\u00e9ploie ses fresques murales et portraits dans plusieurs grands mus\u00e9es \u00e0 travers le monde. R\u00e9inventant les genres de la peinture figurative classique, son \u0153uvre na\u00efve et color\u00e9e fascine aussi bien le grand public que les acqu\u00e9reurs.<\/p>\n","protected":false},"author":20165,"featured_media":12526,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303,1302],"class_list":["post-12525","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","tag-rencontres","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12525","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12525"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12525\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12527,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12525\/revisions\/12527"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/12526"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12525"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12525"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12525"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}