



{"id":12381,"date":"2021-11-29T22:40:53","date_gmt":"2021-11-29T21:40:53","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12381"},"modified":"2021-12-01T10:58:31","modified_gmt":"2021-12-01T09:58:31","slug":"egalite-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12381","title":{"rendered":"Faciliter l\u2019ascension des femmes m\u00e9decins"},"content":{"rendered":"<p>Avec la participation de Carole Extremann et Erik Freudenreich<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Les femmes composent pr\u00e8s de 69% des effectifs du CHUV. Ce chiffre monte m\u00eame \u00e0 80% pour les professions m\u00e9dicales et soignantes. Cependant, le taux de femmes \u00e0 la t\u00eate de services hospitaliers ne d\u00e9passe pas 15%, selon les statistiques de 2020. Une situation partag\u00e9e par de nombreuses entreprises priv\u00e9es et publiques, y compris les autres h\u00f4pitaux universitaires.<\/p>\n<p><strong>\u00c9volution et inertie<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les mesures de sensibilisation aux questions d\u2019\u00e9galit\u00e9, la situation \u00e9volue tr\u00e8s lentement. Cette inertie s\u2019explique notamment par les principes de l\u2019\u00e9volution hi\u00e9rarchique dans les milieux m\u00e9dicaux : les postes \u00e0 responsabilit\u00e9s sont en effet li\u00e9s \u00e0 une activit\u00e9 de recherche qui impose un rythme de travail intense et moins structur\u00e9 que l\u2019activit\u00e9 clinique. \u00ab Il faut atteindre le meilleur niveau possible dans un intervalle de temps de\u00a0 carri\u00e8re court, une exigence pas toujours compatible avec la construction d\u2019une vie de famille \u00bb, d\u00e9clare Marine Jequier Gygax, m\u00e9decin associ\u00e9e et ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche clinique au Service des troubles du spectre de l\u2019autisme du D\u00e9partement de psychiatrie du CHUV.<\/p>\n<p>Conjuguer travail clinique, parcours acad\u00e9mique et vie priv\u00e9e revient \u00e0 cumuler trois postes \u00e0 plein temps. \u00abLa recherche passe alors au second plan, le soir et le week-end, pour prioriser nos patient-e-s\u00bb, ajoute Antje Horsch, professeure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut universitaire de formation et de recherche en soins \u00e0 l\u2019UNIL et psychologue au D\u00e9partement femme-m\u00e8re-enfant du CHUV.<\/p>\n<p>Sans recherche, pas de poste \u00e0 responsabilit\u00e9s et sans poste \u00e0 responsabilit\u00e9s, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement est \u00e9galement rendu difficile. De leurs \u00e9tudes \u00e0 leur premier poste en h\u00f4pital universitaire, les femmes se retrouvent donc trop souvent dans un environnement masculin aux codes bien d\u00e9finis, avec personne \u00e0 qui s\u2019identifier. \u00abC\u2019est l\u2019un des freins directement li\u00e9s \u00e0 la repr\u00e9sentation de la femme au travail, regrette Marine Jequier Gygax. Les jeunes femmes ont tendance \u00e0 se positionner en fonction des codes en place plut\u00f4t que par leurs comp\u00e9tences et envies. Alors qu\u2019elles devraient pouvoir se repr\u00e9senter comme des leaders !\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019ensemble des horaires de travail, des cahiers des charges et des conditions d\u2019obtention des postes \u00e0 responsabilit\u00e9s qui\u00a0 devrait par cons\u00e9quent \u00eatre revu.\u00a0 \u00ab Les femmes ne sont pas moins int\u00e9ress\u00e9es que les hommes, il faut augmenter l\u2019attractivit\u00e9 des postes et les rendre compatibles avec les autres r\u00f4les de la vie \u00bb, estime Antje Horsch. L\u2019h\u00f4pital a tout \u00e0 y gagner, car \u00ables institutions et les entreprises fonctionnent mieux avec des \u00e9quipes diversifi\u00e9es, ajoute-t-elle. Les \u00e9tudes le montrent.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une force d\u2019influence au f\u00e9minin<\/strong><\/p>\n<p>Au m\u00eame titre que le t\u00e9l\u00e9travail, les postes de codirection figurent parmi les pistes \u00e0 creuser, car ils permettent de travailler \u00e0 temps partiel. \u00abIl faut aussi cr\u00e9er des r\u00e9seaux de femmes cadres pour les informer sur les m\u00e9canismes hi\u00e9rarchiques, dit Marine Jequier Gygax. Un tel r\u00e9seautage doit \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 dans la structure, et amener le dialogue au sein des directions, proposer des id\u00e9es et faire force d\u2019influence.\u00bb<\/p>\n<p>Plusieurs femmes allient aujourd\u2019hui activit\u00e9 clinique et de recherche au CHUV. Dans les pages qui suivent, 12 d\u2019entre elles t\u00e9moignent des freins rencontr\u00e9s, mais aussi de quelques \u00e9volutions encourageantes qu\u2019elles observent.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>T\u00e9moignages:<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>L\u2019importance de l\u2019affirmation<\/strong><\/p>\n<p><strong>EMMANUELLA GUENOVA<\/strong><\/p>\n<p>Responsable du Service de dermatologie et d\u2019un programme d\u00e9di\u00e9 aux lymphomes cutan\u00e9s. Professeure associ\u00e9e UNIL, 41 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2019.<\/p>\n<p>\u00abMon focus de recherche porte sur l\u2019immunologie cutan\u00e9e, notamment sur la r\u00e9ponse apport\u00e9e par le syst\u00e8me immunitaire de la peau face \u00e0 des agressions ext\u00e9rieures telles que les cancers. Pouvoir passer la moiti\u00e9 de ses journ\u00e9es dans la recherche, et l\u2019autre en clinique est quelque chose de passionnant. Bien s\u00fbr que le fait d\u2019avoir de nombreuses responsabilit\u00e9s diminue la part disponible pour la recherche, mais au final on trouve toujours le temps.<\/p>\n<p>J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9e par les sciences naturelles, notamment du fait de leur caract\u00e8re pr\u00e9cis. J\u2019ai aussi \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par l\u2019exemple de mon p\u00e8re et de ma m\u00e8re, respectivement chirurgien et m\u00e9decin interniste- allergologue. Je n\u2019ai pas l\u2019impression que mon parcours ait \u00e9t\u00e9 rendu plus difficile du fait d\u2019\u00eatre une femme ou d\u2019\u00eatre d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re (Bulgare et Allemande). Peut-\u00eatre m\u00eame que cela a renforc\u00e9 ma motivation. Je remarque cependant que les femmes se montrent souvent plus pr\u00eates \u00e0 faire des compromis et qu\u2019en fin de compte, c\u2019est la personne qui s\u2019affirme le plus qui remporte la mise, plut\u00f4t que celle qui dispose des meilleures comp\u00e9tences. \u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s les \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<p><strong>NELLY PITTELOUD<\/strong><\/p>\n<p>Cheffe du Service d\u2019endocrinologie, diab\u00e9tologie et m\u00e9tabolisme, 57 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2010.<\/p>\n<p>\u00abFaire de la recherche en parall\u00e8le avec une activit\u00e9 clinique permet de rester \u00e0 la pointe de la m\u00e9decine tout en faisant b\u00e9n\u00e9ficier les patients des traitements les plus avanc\u00e9s. Le fait d\u2019\u00eatre une femme favorise certainement une sensibilit\u00e9 \u00e0 certaines pathologies. Je travaille actuellement sur un projet consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019infertilit\u00e9 au Pakistan, qui vise \u00e0 att\u00e9nuer les pr\u00e9jug\u00e9s culturels et sexistes et \u00e0 amener les femmes \u00e0 consulter.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de mes \u00e9tudes de m\u00e9decine, le doyen m\u2019avait expliqu\u00e9 que la voie de la recherche \u00e9tait incompatible avec une vie de famille. J\u2019ai alors travaill\u00e9 durant une dizaine d\u2019ann\u00e9es en clinique, avant d\u2019avoir l\u2019opportunit\u00e9 de partir aux \u00c9tats-Unis pour me former comme chercheuse. Cela a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience unique, durant laquelle j\u2019ai d\u00e9couvert une culture de travail bas\u00e9e essentiellement sur le m\u00e9rite. Autre fait marquant : nous \u00e9tions plus d\u2019un tiers de femmes professeures au Massachusetts General Hospital, contre une poign\u00e9e \u00e0 mon arriv\u00e9e au CHUV. Heureusement, la situation semble \u00e9voluer ici.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Des formes de management bienveillantes<\/strong><\/p>\n<p><strong>ANGELA KOUTSOKERA<\/strong><\/p>\n<p>M\u00e9decin associ\u00e9e au Service de pneumologie, 40 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2011.<\/p>\n<p>\u00abLa complexit\u00e9 m\u00e9dicale des patients transplant\u00e9s et des personnes touch\u00e9es par la mucoviscidose m\u2019a attir\u00e9e vers la pneumologie, car ces profils ont besoin d\u2019une \u00e9coute particuli\u00e8re et d\u2019une approche multidisciplinaire. L\u2019interaction avec les patient-e-s et les coll\u00e8gues des autres sp\u00e9cialit\u00e9s motivent mon travail clinique au quotidien et inspirent mes projets de recherche. Pour acc\u00e9der \u00e0 un poste \u00e0 responsabilit\u00e9s, les comp\u00e9tences, particuli\u00e8rement celles de leadership, devraient primer le genre. Les mentalit\u00e9s \u00e9voluent et des formes de management modernes et bienveillantes sont d\u00e9sormais adopt\u00e9es. Elles devraient permettre une \u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux opportunit\u00e9s de d\u00e9veloppement de carri\u00e8re. La mienne \u00e9tait parsem\u00e9e de nombreux d\u00e9fis, similaires \u00e0 ceux rencontr\u00e9s par mes coll\u00e8gues masculins.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Pour le \u00abtop-sharing\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>FERNANDA HERRERA<\/strong><\/p>\n<p>M\u00e9decin associ\u00e9e, investigatrice clinicienne au Service de radio-oncologie et Service d\u2019immuno-oncologie, pr\u00e9sidente du Groupe gyn\u00e9cologie de l\u2019Organisation europ\u00e9enne pour la recherche et le traitement du cancer (EORTC), 46 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2010.<\/p>\n<p>\u00abLa m\u00e9decine est un domaine exigeant, mais qui correspond \u00e0 ma vocation et \u00e0 mon besoin d\u2019aider les autres. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par un m\u00e9decin, ami de ma famille : j\u2019admirais l\u2019empathie dont il faisait preuve envers ses patient-e-s. Je me suis sp\u00e9cialis\u00e9e en oncologie, inspir\u00e9e par l\u2019investissement du corps m\u00e9dical pour prendre en charge un de mes proches tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 avec un cancer avanc\u00e9.<\/p>\n<p>Mes recherches portent sur l\u2019\u00e9valuation de la r\u00e9ponse des patients \u00e0 l\u2019immunoth\u00e9rapie du cancer. J\u2019\u00e9tudie comment cette technologie prometteuse peut \u00eatre combin\u00e9e avec des traitements plus \u00e9prouv\u00e9s comme la radioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Je suis d\u2019une nature pers\u00e9v\u00e9rante et optimiste et je me suis toujours dit que si d\u2019autres y sont arriv\u00e9es, je pouvais le faire aussi. Mais les postes \u00e0 responsabilit\u00e9s demandent un investissement hors norme. Cela peut freiner les femmes qui ne souhaitent pas faire abstraction de leurs projets personnels, d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de d\u00e9velopper des initiatives comme le \u201dtop-sharing\u201d, qui permettent de partager un poste entre plusieurs personnes.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12382\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_291121.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_291121.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_291121-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_291121-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>IA<\/strong>, <strong>un domaine pas seulement masculin<\/strong><\/p>\n<p><strong>SOPHIE POUZOLS<\/strong><\/p>\n<p>Infirmi\u00e8re clinicienne sp\u00e9cialis\u00e9e \/ Doctorante en sciences infirmi\u00e8res, 41 ans arriv\u00e9e au CHUV en 2011<\/p>\n<p>\u00abJe suis arriv\u00e9e au CHUV il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019ouverture de l\u2019Unit\u00e9 de m\u00e9decine palliative. J\u2019ai eu l\u2019occasion de suivre plusieurs formations continues qui m\u2019ont amen\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019am\u00e9lioration de la performance des services infirmiers. Cette derni\u00e8re ann\u00e9e, j\u2019ai partag\u00e9 mon temps entre la recherche et mon travail d\u2019infirmi\u00e8re clinicienne. Je n\u2019ai pas observ\u00e9 d\u2019obstacles particuliers dans l\u2019\u00e9volution de ma carri\u00e8re, mais c\u2019est aussi li\u00e9 \u00e0 ma vie personnelle : je n\u2019ai pas d\u2019enfants et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un soutien sans faille de la part de mon mari.<\/p>\n<p>Je m\u2019appr\u00eate d\u00e9sormais \u00e0 commencer un doctorat. L\u2019objectif ? Mettre au point un outil informatis\u00e9 d\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce d\u2019\u00e9tats confusionnels chez les patients \u00e2g\u00e9s. Ce projet va faire appel aux techniques de machine learning et d\u2019intelligence artificielle, un domaine il est vrai encore tr\u00e8s masculin. Je compte y apporter toute mon exp\u00e9rience pratique de la clinique, de mani\u00e8re \u00e0 d\u00e9velopper un outil qui soit r\u00e9ellement utile au quotidien. \u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9vention d\u00e8s l\u2019enfance<\/strong><\/p>\n<p><strong>MATHILDE MORISOD<\/strong><\/p>\n<p>M\u00e9decin adjointe, MERc, cheffe de la fili\u00e8re p\u00e9dopsychiatrie de liaison, SUPEA, 45 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2002.<\/p>\n<p>\u00abMon int\u00e9r\u00eat pour la psychiatrie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent est n\u00e9 au cours de ma premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019\u00e9tudes. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite par le potentiel pr\u00e9ventif et la possibilit\u00e9 d\u2019une action encore plus grande lorsque le traitement psychiatrique s\u2019effectue de fa\u00e7on pr\u00e9coce sur l\u2019enfant. J\u2019envisage principalement la recherche en lien avec la clinique. En 2009, j\u2019ai pu b\u00e9n\u00e9ficier du prix d\u2019encouragement \u00e0 la promotion acad\u00e9mique des femmes du D\u00e9partement de psychiatrie, \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, qui m\u2019a permis de d\u00e9velopper mon activit\u00e9 de recherche.<\/p>\n<p>Mon travail se concentre sur la p\u00e9riode p\u00e9rinatale et les stress pr\u00e9coces. Un de nos projets actuels, avec mon \u00e9quipe, est de comprendre l\u2019impact d\u2019un stress provoqu\u00e9 par une hospitalisation en cours de grossesse sur l\u2019\u00e9tat psychique de la m\u00e8re et de son partenaire et les \u00e9ventuelles cons\u00e9quences sur l\u2019enfant. Cela permettra de d\u00e9velopper des interventions th\u00e9rapeutiques pr\u00e9coces.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Garder un temps prot\u00e9g\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>AUR\u00c9LIE LASSERRE<\/strong><\/p>\n<p>Cheffe de clinique au D\u00e9partement de psychiatrie, 39 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2010.<\/p>\n<p>\u00abLorsque j\u2019ai choisi mon orientation professionnelle, j\u2019ai suivi mon int\u00e9r\u00eat pour les sciences naturelles au sens large. Je savais aussi que j\u2019avais envie de travailler avec des gens. J\u2019ai donc opt\u00e9 pour la m\u00e9decine. J\u2019ai toujours fait des allers-retours entre clinique et recherche. Actuellement, j\u2019effectue un postdoctorat au Centre d\u2019addiction et de sant\u00e9 mentale, \u00e0 Toronto, au Canada. Mon projet, financ\u00e9 par le FNS, porte sur les d\u00e9terminants sociaux dans les troubles li\u00e9s \u00e0 l\u2019alcool et \u00e0 la d\u00e9pression.<\/p>\n<p>En tant que femme, la diff\u00e9rence principale, selon mon point de vue, est que l\u2019on doit plus affirmer son d\u00e9sir de faire une carri\u00e8re acad\u00e9mique et de s\u2019impliquer dans la vie institutionnelle. Alors que cela va davantage de soi pour les hommes. \u00c0 mon retour en Suisse, le challenge sera d\u2019obtenir un financement qui me permette de garder un temps prot\u00e9g\u00e9 pour la recherche, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma pratique clinique.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Clinique et recherche, aller et retour<\/strong><\/p>\n<p><strong>LUCIA MAZZOLAI<\/strong><\/p>\n<p>Cheffe du D\u00e9partement c\u0153ur-vaisseaux et Cheffe de service d\u2019angiologie au CHUV<strong>, <\/strong>arriv\u00e9e au CHUV en 1994.<\/p>\n<p>\u00abMa passion pour l\u2019innovation et l\u2019\u00eatre humain m\u2019a orient\u00e9e vers la m\u00e9decine. Je me suis sp\u00e9cialis\u00e9e en angiologie, c\u2019est-\u00e0-dire tout ce qui concerne les vaisseaux sanguins. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 mes \u00e9tudes \u00e0 P\u00e9rouse, en Italie, avant de faire carri\u00e8re en Suisse. Ce qui m\u2019inspire, c\u2019est l\u2019aller-retour entre la clinique et la recherche. De mon exp\u00e9rience clinique naissent des questions. La recherche me permet de formuler des r\u00e9ponses que je v\u00e9rifie ensuite aupr\u00e8s de mes patients. L\u2019une ne va donc pas sans l\u2019autre.<\/p>\n<p>Pendant mon cursus, le fait d\u2019\u00eatre une femme n\u2019a pas entra\u00een\u00e9 de difficult\u00e9s. En revanche, avec le recul, je me suis rendu compte que j\u2019avais pu parvenir \u00e0 mon poste actuel gr\u00e2ce au soutien d\u2019hommes qui ont eu confiance en mon travail. Aujourd\u2019hui, seules 15% des m\u00e9decins cadres sont des femmes. Il faut urgemment r\u00e9duire cet \u00e9cart.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Ouvrir le dialogue<\/strong><\/p>\n<p><strong>NO\u00c9MIE BOILLAT BLANCO<\/strong><\/p>\n<p>M\u00e9decin associ\u00e9e au Service des maladies infectieuses, 44 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2008.<\/p>\n<p>\u00abJe me suis orient\u00e9e vers les maladies infectieuses, car j\u2019aime l\u2019approche communautaire de la m\u00e9decine o\u00f9 pr\u00e9vention et traitements se m\u00ealent aux probl\u00e9matiques de sant\u00e9 publique. La conciliation entre clinique et recherche est indispensable pour acc\u00e9der aux postes acad\u00e9miques. Malheureusement, il est souvent laborieux de la conjuguer avec la logistique familiale, ce qui explique en partie l\u2019exclusivit\u00e9 masculine observ\u00e9e \u00e0 ces postes. \u00c9voluer dans un monde d\u2019hommes, sans personnalit\u00e9 f\u00e9minine \u00e0 qui s\u2019identifier et de qui s\u2019inspirer, est parfois difficile. D\u00e9sormais, les comportements \u00e9voluent et les jeunes g\u00e9n\u00e9rations d\u2019hommes m\u00e9decins tentent, comme nous, de conjuguer travail et vie priv\u00e9e. Cela permet enfin d\u2019\u00e9changer sur ces probl\u00e9matiques et d\u2019ouvrir le dialogue, sans paternalisme ni ambigu\u00eft\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Fille de m\u00e9decins<\/strong><\/p>\n<p><strong>MARIA LATANIOTI<\/strong><\/p>\n<p>Cheffe de clinique au D\u00e9partement de psychiatrie, 35 ans arriv\u00e9e au CHUV en 2015.<\/p>\n<p>\u00abLa recherche que je m\u00e8ne au sujet des addictions chez les plus de 55 ans est venue d\u2019un besoin clinique concret. Ce domaine est peu explor\u00e9, m\u00eame au niveau mondial. Il me fallait donc mener des recherches pour savoir comment prendre en charge les patients. J\u2019ai la chance d\u2019\u00e9voluer dans un d\u00e9partement o\u00f9 je suis particuli\u00e8rement soutenue par la hi\u00e9rarchie : j\u2019ai notamment \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e pour d\u00e9crocher des bourses et pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de formations compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Fille de m\u00e9decins, j\u2019ai grandi au c\u0153ur de discussions au sujet de la m\u00e9decine. Mais c\u2019est seulement au cours de mes \u00e9tudes que j\u2019ai d\u00e9couvert un int\u00e9r\u00eat particulier pour la psychiatrie et la g\u00e9riatrie. Ces domaines correspondent finalement parfaitement \u00e0 mon esprit analytique.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Une vocation d\u00e8s les \u00e9tudes<\/strong><\/p>\n<p><strong>CAROLINE ARBER BARTH<\/strong><\/p>\n<p>M\u00e9decin associ\u00e9e en immuno-oncologie et en h\u00e9matologie, professeure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019UNIL, scientifique adjointe de la branche lausannoise de l\u2019Institut Ludwig, 47 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2017.<\/p>\n<p>\u00abJe consacre 80% de mon temps de travail \u00e0 la recherche et 20% \u00e0 la clinique. Actuellement, mon travail est ax\u00e9 sur l\u2019immunoth\u00e9rapie ciblant les cancers du sang. En recherche, nous d\u00e9veloppons de nouvelles approches pour les th\u00e9rapies cellulaires \u00e0 base de lymphocytes T, des globules blancs responsables de l\u2019immunit\u00e9 cellulaire, pour les faire lutter contre la maladie. En clinique, je suis responsable de la consultation ambulatoire pour ce type de th\u00e9rapies.<\/p>\n<p>La volont\u00e9 de me consacrer \u00e0 la recherche est venue au cours de mes \u00e9tudes, au contact des questions importantes et pourtant irr\u00e9solues. Cette recherche co\u00efncide avec ce qui m\u2019a men\u00e9e \u00e0 cette carri\u00e8re : mon envie de me lancer dans la m\u00e9decine afin de d\u00e9velopper de nouvelles th\u00e9rapies.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Un attrait pour la technique<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u00c9LINE DESLARZES<\/strong><\/p>\n<p>M\u00e9decin associ\u00e9e au Service de chirurgie vasculaire, 38 ans, arriv\u00e9e au CHUV en 2009.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a quelques ann\u00e9es seulement, il \u00e9tait peu fr\u00e9quent de trouver des femmes chirurgiennes. Aujourd\u2019hui, la profession se f\u00e9minise. Pour ma part, j\u2019ai su tr\u00e8s jeune que c\u2019\u00e9tait dans la chirurgie que je voulais me lancer. J\u2019\u00e9tais attir\u00e9e par le c\u00f4t\u00e9 technique de cette sp\u00e9cialit\u00e9. Mon int\u00e9r\u00eat pour la chirurgie vasculaire m\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 faire de la recherche en parall\u00e8le de mon activit\u00e9 clinique.<\/p>\n<p>L\u2019un des axes de recherche que je m\u00e8ne conjointement avec l\u2019angiologie concerne la pr\u00e9vention cardiovasculaire secondaire chez les patient-e-s souffrant d\u2019art\u00e9riopathies. Le but est de d\u00e9velopper un algorithme permettant de les identifier \u00e0 l\u2019aide du dossier m\u00e9dical patient et du machine learning et d\u2019\u00eatre capable de pr\u00e9dire l\u2019apparition de complications cardiovasculaires. De tels outils nous permettront d\u2019offrir une prise en charge personnalis\u00e9e et pr\u00e9ventive \u00e0 toutes les patientes et patients art\u00e9riopathes.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 23).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sence f\u00e9minine aux postes cl\u00e9s de la recherche m\u00e9dicale reste anecdotique. 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