



{"id":1238,"date":"2003-01-09T00:00:00","date_gmt":"2003-01-08T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1238"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"films","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1238","title":{"rendered":"Peut-on rire sous l\u2019\u00e8re Sarkozy? Peut-\u00eatre, mais pas au cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p>Trois com\u00e9dies sont actuellement \u00e0 l\u2019affiche qui expriment, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re, une forme d\u2019humour \u00e0 la fran\u00e7aise: litt\u00e9raire avec \u00abC\u2019est le bouquet\u00bb; populaire avec \u00abAh si j\u2019\u00e9tais riche\u00bb; et satirique avec \u00abMon idole\u00bb.<\/p>\n<p>Jean-Pierre Daroussin offre son visage de clown m\u00e9lancolique et sa d\u00e9marche de faux mou aux deux premi\u00e8res com\u00e9dies tandis que Fran\u00e7ois Berl\u00e9and, \u00e9ternel second r\u00f4le, domine avec une fr\u00e9n\u00e9sie gourmande la satire &#8211; en longueur &#8211; de Guillaume Canet. <\/p>\n<p>La cin\u00e9aste Jeanne Labrune adore les titres de films inspir\u00e9s d\u2019expressions courantes: avant \u00abC\u2019est le bouquet\u00bb, elle avait r\u00e9alis\u00e9 \u00ab\u00c7a ira mieux demain\u00bb, o\u00f9 Jeanne Balibar se prenait la t\u00eate avec une commode normande pas tr\u00e8s pratique qui faisait office d\u2019objet transitionnel.<\/p>\n<p>Le principe de \u00abC\u2019est le bouquet\u00bb, fantaisie polys\u00e9mique, est identique: une gerbe de fleurs adress\u00e9e \u00e0 Sandrine Kiberlain (exquise en n\u00e9vros\u00e9e incapable de retenir sa langue) passe de mains en mains suscitant commentaires, quiproquos et chass\u00e9s-crois\u00e9s entre une dizaine de personnages, tous issus d\u2019une gauche bourgeoise et boh\u00e8me, sauf le patron de la start-up (Mathieu Amalric), jeune arriviste cr\u00e9dule et cynique qui ne jure que par la \u00abflexibilit\u00e9\u00bb pour mieux r\u00e9genter son monde.  <\/p>\n<p>La langue et ses jeux sont la mati\u00e8re premi\u00e8re du comique de Jeanne Labrune. Ici, les mots tiennent lieu d\u2019action; ce sont eux qui d\u00e9clenchent les rencontres (Brialy laissant sa carte de visite \u00e0 la p\u00e9ronnelle qui le traite de raciste parce qu\u2019il dit des Asiatiques qu\u2019ils sont jaunes), les mini catastrophes (un prot\u00e8ge-prot\u00e8ge-slip bouchant les toilettes) ou d\u2019absurdes impasses (Kant servant \u00e0 vendre des moissonneuses batteuses!). Dans \u00abC\u2019est le bouquet!\u00bb, le langage est un fluide qui permet de glisser d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre sans m\u00eame s\u2019en rendre compte. <\/p>\n<p>H\u00e9riti\u00e8re de Guitry pour son go\u00fbt de la th\u00e9atralisation et de la stylisation (les v\u00eatements et les d\u00e9cors \u00abparlent\u00bb), disciple de Freud dans sa mani\u00e8re d\u2019envisager le langage comme r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019inconscient, Jeanne Labrune est aussi une proche cousine de Br\u00e9t\u00e9cher, dont elle partage le regard lucide et dr\u00f4le sur un groupe socio-culturel aussi crispant qu\u2019attachant, les bobos. En connaisseuse, elle \u00e9gratigne leurs tics, leurs tocs et leur arrogance souvent d\u00e9guis\u00e9e en \u00abbien-pensance\u00bb. <\/p>\n<p>Si cette loufoquerie domin\u00e9e par l\u2019esprit d\u2019escalier est agr\u00e9able \u00e0 regarder et \u00e0 entendre, elle reste n\u00e9anmoins fig\u00e9e dans le cadre de l\u2019exercice de style. M\u00e9canique tr\u00e8s bien huil\u00e9e mais un peu vaine, \u00abC\u2019est le bouquet\u00bb sent un peu trop la sitcom de luxe pour devenir la com\u00e9die tout public dont r\u00eave le cin\u00e9ma fran\u00e7ais. A la diff\u00e9rence des films de Francis Veber ou Claude Zidi, champions du rire hexagonal, l\u2019exercice libre de Jeanne Labrune, trop litt\u00e9raire et personnel, ne risque pas d\u2019\u00eatre \u00abremak\u00e9\u00bb par les Etats-Unis.<\/p>\n<p>\u00abAh si j\u2019\u00e9tais riche\u00bb en revanche pourrait \u00eatre adapt\u00e9 sans probl\u00e8me au march\u00e9 am\u00e9ricain tant la com\u00e9die de Michel Munz et G\u00e9rard Bitton (les deux sc\u00e9naristes des deux \u00abV\u00e9rit\u00e9 si je mens\u00bb) s\u2019attaque \u00e0 un sujet universel: le pactole gagn\u00e9 au loto et l\u2019effet que cet argent facile va produire chez l\u2019heureux b\u00e9n\u00e9ficiaire. En l\u2019occurrence, Aldo, un repr\u00e9sentant en produits capillaires (Jean-Pierre Darroussin), mari\u00e9 \u00e0 une infirmi\u00e8re (Valeria Bruni-Tedeschi, enfin jolie!) qui porte leur couple depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 les 10 millions d\u2019euros qu\u2019il vient de gagner pourraient peut-\u00eatre sauver son m\u00e9nage, Aldo d\u00e9couvre que son \u00e9pouse le trompe avec son patron (Richard Berry.) Pour se venger, il cache la bonne nouvelle \u00e0 sa femme jusqu\u2019\u00e0 ce que leur divorce soit prononc\u00e9. <\/p>\n<p>Le probl\u00e8me avec \u00abAh si j\u2019\u00e9tais riche!\u00bb, c\u2019est que le film est aussi paresseux qu\u2019un ticket \u00e0 gratter. Il ne s\u2019y passe rien: l\u2019intrigue n\u2019\u00e9volue pas, les personnages non plus, tandis que le rare suspense &#8212; parviendra-t-il \u00e0 reconqu\u00e9rir sa femme? &#8212; arrive trop tard pour qu\u2019on s\u2019y int\u00e9resse.<\/p>\n<p>Hormis un bon mot d\u2019auteur (\u00abFinalement, quand on est riche, \u00e7a ne s\u2019arr\u00eate jamais? &#8211; Rassurez-vous, c\u2019est pareil quand on est pauvre!\u00bb), les dialogues manquent de caract\u00e8re, \u00e0 l\u2019image de cette com\u00e9die honn\u00eate mais sans id\u00e9es qui a de l\u2019argent une vision des plus moralement consensuelle: il est mauvais quand Aldo en profite tout seul (prostitution, drogue, snobisme); bon quand il le partage avec ses amis. <\/p>\n<p>Encore faut-il savoir partager&#8230; Le producteur de t\u00e9l\u00e9vision trash Jean-Louis Broustal (Fran\u00e7ois Berl\u00e9and que l\u2019on voit enfin sourire), h\u00e9ros de \u00abMon idole\u00bb, ne sait pas ce que ce mot signifie. Ce qu\u2019il veut, c\u2019est qu\u2019on le divertisse, lui que l\u2019argent et le pouvoir ont pourri et anesth\u00e9si\u00e9.<\/p>\n<p>Il se trouve que Bastien (Guillaume Canet qui ne s\u2019est pas donn\u00e9 le beau r\u00f4le), chauffeur de salles ambitieux, est pr\u00eat \u00e0 tout pour obtenir de son patron qu\u2019il admire \u00e9perdument l\u2019autorisation de pr\u00e9senter sa propre \u00e9mission. Les exigences extravagantes du grand manitou de la TV n\u2019ont d\u2019\u00e9gales que la veule soumission de son employ\u00e9. <\/p>\n<p>C\u2019est quoi au fond, \u00abMon idole\u00bb? Une satire de la t\u00e9l\u00e9-poubelle? Une com\u00e9die trash pour d\u00e9noncer le pouvoir de l\u2019argent? Une \u00e9tude burlesque des comportements? Rien de tout cela h\u00e9las, seulement le premier film d\u2019un acteur qui a beaucoup aim\u00e9 \u00abPulp Fiction\u00bb de Tarantino et \u00abFunny Games\u00bb de Michael Haneke et qui plagie ses mod\u00e8les sans m\u00eame s\u2019en rendre compte.<\/p>\n<p>Et quand il ne sait plus comment faire \u00e9voluer ses personnages et son intrigue, qu\u2019il tente de faire rebondir une situation qui de toute mani\u00e8re s\u2019est d\u00e9j\u00e0 enlis\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 son point de non-retour, le voil\u00e0 qui fait appel aux ressorts du cin\u00e9ma gore avec r\u00e9f\u00e9rences au surr\u00e9alisme, terme bien pratique pour cacher le manque d\u2019imagination &#8212; car l\u2019imagination c\u2019est aussi de la rigueur &#8212; de son auteur. R\u00e9sultat: \u00abMon idole\u00bb le film ressemble \u00e0 \u00abMon idole\u00bb le personnage: capricieux, v\u00e9ll\u00e9itaire, surprenant d\u2019abord, lassant ensuite, cynique et infantile. <\/p>\n<p>A tout prendre, j\u2019aime encore mieux l\u2019immonde mais premier degr\u00e9 \u00abJerry Springer Show\u00bb, dont Guillaume Canet dit s\u2019\u00eatre inspir\u00e9, plut\u00f4t que cette p\u00e2le copie donneuse de le\u00e7ons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois com\u00e9dies fran\u00e7aises \u00e0 l\u2019affiche: \u00abC\u2019est le bouquet\u00bb, fait sourire, \u00abAh si j\u2019\u00e9tais riche\u00bb peine \u00e0 d\u00e9coller et \u00abMon idole\u00bb d\u00e9rape vers le cynisme poseur. Points communs: les trois parlent d\u2019argent et auraient m\u00e9rit\u00e9 le format court m\u00e9trage.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1238","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1238","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1238"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1238\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1238"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1238"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1238"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}