



{"id":1235,"date":"2003-01-05T00:00:00","date_gmt":"2003-01-04T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1235"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"new york","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1235","title":{"rendered":"Choses vues au Mus\u00e9e du Sexe"},"content":{"rendered":"<p>Dan Gluck r\u00eave d\u2019en faire le MoMa du sexe, un endroit qui \u00abraconte la signification du sexe dans l\u2019art, la culture et les sciences humaines\u00bb.<\/p>\n<p>Pari ambitieux. Apr\u00e8s plusieurs reports, le Museum of Sex, d\u00e9j\u00e0 rebaptis\u00e9 MoSex, a ouvert ses portes cet automne sur la 5e Avenue \u00e0 l\u2019angle de la 27e rue \u00e0 Manhattan. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les pompeuses tirades de Dan Gluck, c\u2019est avec un a priori positif que je suis all\u00e9e visiter ce mus\u00e9e consacr\u00e9 \u00e0 un sujet encore si tabou aux Etats-Unis. Avant m\u00eame de passer la porte d\u2019entr\u00e9e, j\u2019ai eu mes premiers doutes. Je n\u2019ai pas aim\u00e9 ces grandes vitrines au verre opaque et \u00e0 l\u2019aspect trop clinique. <\/p>\n<p>Je n\u2019attendais pas forc\u00e9ment les lanternes rouges de quartiers chauds ou une devanture remplie de dessous affriolants, mais un signe, un objet, une photo suggestive. Heureusement, les toiles de spandex qui recouvrent les \u00e9chafaudages entourant la fa\u00e7ade \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un corset (Dan Gluck \u00e9voque prosa\u00efquement une \u00abcage thoracique\u00bb) sauve l\u2019entr\u00e9e de son aust\u00e9rit\u00e9. Mais l\u2019\u00e9chafaudage sera bient\u00f4t d\u00e9mont\u00e9.<\/p>\n<p>A l\u2019int\u00e9rieur, m\u00eame froideur aseptis\u00e9e. Premier passage oblig\u00e9: la boutique. Hormis quelques ouvrages historiques et des livres de photos, rien n\u2019\u00e9veille l\u2019esprit et surtout les sens. Nulle trace d\u2019humour non plus. J\u2019avais imagin\u00e9 des objets \u00e9rotiques et inattendus, un baise-en-ville coquin, des kamasutra richement illustr\u00e9s. Je suis rest\u00e9e sur ma faim.<\/p>\n<p>L\u2019exposition d\u2019ouverture \u00abComment New York a transform\u00e9 le sexe en Am\u00e9rique\u00bb s\u2019ouvre sur une statue de femme couch\u00e9e dans un bain de lumi\u00e8re qui se transformera par un subtil jeu d\u2019\u00e9clairages en bain de sang. On apprend qu\u2019il s\u2019agit de Helen Jewett, une prostitu\u00e9e dont le meurtre en 1836 avait \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers scandales sexuels de la ville. Le ton est donn\u00e9: vice et r\u00e9pression. <\/p>\n<p>Sur deux \u00e9tages, l\u2019expo passe en revue deux si\u00e8cles d\u2019histoire sexuelle, sous les prismes de la censure et de l\u2019exc\u00e8s. Comme si ces p\u00f4les symbolisaient \u00e0 eux seuls le sexe en Am\u00e9rique. Entre puritains et libertins. <\/p>\n<p>Assur\u00e9ment, l\u2019inventaire du MoSex offre des pi\u00e8ces rares, tel ce p\u00e9nis momifi\u00e9, ces boites en fer blanc pour condoms datant des ann\u00e9es 30 ou les Tijuana Bibles, ces bandes dessin\u00e9es pr\u00e9sentant des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s dans des positions que la morale r\u00e9prouve. On y voit ainsi un Clark Gable, pantalons aux chevilles, culbutant une admiratrice dans un compartiment de train. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 du mat\u00e9riel de grande valeur (l\u2019Institut Kinsey, parmi d\u2019autres, a ouvert ses archives), cette premi\u00e8re expo du MoSex ne convainc pas. Le sexe n\u2019y est vu que par les scandales qu\u2019il a suscit\u00e9s. Jamais sous un angle plus intimiste ou psychologique. Pour \u00e9viter le r\u00e9barbatif, Dan Gluck et ses curateurs ont certes int\u00e9gr\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments plus charnels. Dommage qu\u2019ils n\u2019aient retenu pour cela que le porno. <\/p>\n<p>Surprise tout de m\u00eame des visiteurs qui se retrouvent devant les projections g\u00e9antes de courts m\u00e9trages en noir et blanc du d\u00e9but du si\u00e8cle, les \u00abstag films\u00bb qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9 le genre par la diversit\u00e9 de leurs sc\u00e9nario.<\/p>\n<p>\u00abC\u2019est toujours l\u00e0 qu\u2019il y a des bouchons\u00bb, m\u2019explique le gardien. Embouteillages encore devant les \u00e9crans de TV qui diffusent \u00abGorge profonde\u00bb, consid\u00e9r\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 comme le premier film porno assum\u00e9 et qui fut surtout le premier hit commercial d\u2019une industrie qui d\u00e9laissera New York quand la Californie se fera plus cl\u00e9mente juridiquement. <\/p>\n<p>La r\u00e9ponse des f\u00e9ministes contre la d\u00e9gradation de l\u2019image de la femme figure en bonne place dans ce volet de l\u2019exposition. Avec \u00e0 leur t\u00eate Linda Lovelace, dont la gorge fut pr\u00e9cis\u00e9ment le th\u00e9\u00e2tre de ces orgies cin\u00e9matographiques et qui raconte comment, dans chacune des sc\u00e8nes, elle fut forc\u00e9e et viol\u00e9e. <\/p>\n<p>Air du temps oblige, l\u2019exposition se termine cliniquement sur les ann\u00e9es sida. Seuls les petits parloirs du sexe, \u00e0 la sortie, aiguisent un peu les sens. Dans ces alc\u00f4ves, le visiteur qui doit se tenir debout et seul, vu l\u2019\u00e9troitesse de l\u2019endroit (je sugg\u00e8re \u00e0 Dan Gluck d\u2019y installer de confortables fauteuils pour deux), peut surfer sur le site du mus\u00e9e www.museumofsex.com et se d\u00e9lecter \u00e0 la lecture des 1001 nuits de Manhattan, des r\u00e9cits \u00e9rotiques, parfois scabreux, mais toujours tr\u00e8s suggestifs, \u00e9pingl\u00e9s par des visiteurs avant lui. <\/p>\n<p>Une invite surtout \u00e0 faire de m\u00eame. Dommage qu\u2019il faille attendre les contributions g\u00e9n\u00e9reuses des visiteurs pour lire enfin les mots \u00e9rotisme, d\u00e9sir, zones \u00e9rog\u00e8nes, fantasmes, plaisir. Dan Gluck promet une nouvelle expo l\u2019an prochain sur l\u2019Extr\u00eame Orient o\u00f9 il sera question de pieds band\u00e9s chinois\u2026 entre autres. On lui souhaite surtout d\u2019\u00eatre plus sensuel et moins acad\u00e9mique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre gorges profondes et p\u00e9nis momifi\u00e9, le tout nouveau Museum of Sex de New York propose une approche finalement peu sensuelle de l\u2019histoire \u00e9rotique am\u00e9ricaine.<\/p>\n","protected":false},"author":7514,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1235","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1235","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7514"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1235"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1235\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1235"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1235"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1235"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}