



{"id":1231,"date":"2002-12-26T00:00:00","date_gmt":"2002-12-25T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1231"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"balkans 2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1231","title":{"rendered":"Carnet de route apr\u00e8s la guerre (5)"},"content":{"rendered":"\n<ul><font size=2>Il \u00e9tait une fois la Yougoslavie. A l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1990, des bruits de bottes commen\u00e7aient \u00e0 agiter les r\u00e9publiques de la F\u00e9d\u00e9ration construite par Tito. La suite est connue. Sanglante, elle dura onze ans. <\/p>\n<p>De la Croatie \u00e0 la Bosnie, avant le Kosovo et la Mac\u00e9doine, la Yougoslavie se disloqua. Quelques centaines de milliers de victimes plus tard, les feux de la guerre et du nettoyage ethnique se sont progressivement \u00e9teints depuis ao\u00fbt 2001, avec la fragile paix de Mac\u00e9doine. <\/p>\n<p>On ne parle plus des Balkans aujourd&rsquo;hui, on regarde ailleurs, vers Bagdad et Oussama. A la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 2002, la p\u00e9ninsule balkanique aura termin\u00e9 sa premi\u00e8re ann\u00e9e compl\u00e8te sans guerre depuis douze ans. Escapade subjective.<\/p>\n<p><a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1202>Episode 1.<\/a> Belgrade, Novi Pazar (Sandjak).<\/p>\n<p><a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1208>Episode 2.<\/a> Mitrovica, Pristina.<\/p>\n<p><a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1214>Episode 3.<\/a> Gracanica, sur la route de Pristina \u00e0 Prizren.<\/p>\n<p><a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1219>Episode 4.<\/a> De Prizren \u00e0 Tetovo, bastion mac\u00e9donien de la Grande Albanie.<\/font><\/ul>\n<p><b>Skopje, capitale de la Mac\u00e9doine, 27 octobre 22 heures<\/b><\/p>\n<p>Trois rues. Il existe \u00e0 peu pr\u00e8s trois rues, au centre de Skopje, qui permettent \u00e0 la plus grande ville de Mac\u00e9doine de sauver l\u2019apparence. L&rsquo;apparence de ce qu\u2019elle n\u2019aurait jamais pu devenir sans l\u2019incoh\u00e9rence des soubresauts de l\u2019histoire: la capitale d\u2019un Etat ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p>Vrai, Skopje a toujours \u00e9t\u00e9 un sacr\u00e9 \u00abbackwater\u00bb, comme disent les anglo-saxons, un trou perdu\u2026 Encore que celui-ci ne soit pas si perdu que cela, puisqu\u2019il se trouve en plein milieu de l\u2019axe Belgrade-Salonique, p\u00e9n\u00e9trante balkanique majeure reliant nord-sud la plaine du Danube \u00e0 l\u2019espace m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<p>Historiquement aussi, la cit\u00e9 a toujours fait l\u2019objet des convoitises r\u00e9gionales, changeant souvent de \u00abpropri\u00e9taire\u00bb. Depuis 1900, Skopje a \u00e9t\u00e9 tour \u00e0 tour turque, serbe, bulgare, serbe, puis yougoslave. Elle n\u2019est \u00abmac\u00e9donienne\u00bb que depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, et encore, elle ne sait pas tr\u00e8s bien ce que cela signifie\u2026 Enfin, pour les Albanais, Skopje s\u2019appelle Shk\u00fcp. Ils disent constituer la moiti\u00e9 des 700&rsquo;000 habitants, expliquent volontiers que \u00abShk\u00fcp aurait sa place dans une Grande Albanie\u00bb, mais jurent tous que la Grande Albanie est une mauvaise id\u00e9e. Promise \u00e0 un bel avenir?<\/p>\n<p>En attendant, Slaves de Skopje et Albanais vivent s\u00e9par\u00e9s depuis toujours, encore plus depuis la guerre civile de 2001 provoqu\u00e9e par la gu\u00e9rilla albanaise \u2013 l\u2019UCK ne voulait plus que les Albanais soient des citoyens de seconde zone dans la Mac\u00e9doine post-yougoslave.<\/p>\n<p>Les Albanais demeurent dans le vieux bazar en-dessous de l\u2019ancienne citadelle ottomane. Les Mac\u00e9doniens dits \u00abde souche\u00bb \u00e9voluent dans la ville nouvelle, sur la rive droite du Vardar. Ville nouvelle, car reconstruite au lendemain du terrible tremblement de terre du 26 juillet 1963 (1800 morts) par <a href= http:\/\/www.pritzkerprize.com\/tange.htm target=_blank class=std>Kenzo Tange<\/a>, un urbaniste japonais disjonct\u00e9. Vainqueur d\u2019un concours international pour la reconstruction lanc\u00e9 par Tito, l\u2019architecte nippon a appliqu\u00e9 sur le cadavre de Skopje le concept d\u2019urbanisme spatial apparu en URSS dans les ann\u00e9es 30. Un concept o\u00f9 la ville du futur, toujours tr\u00e8s dense, se d\u00e9velopperait \u00e0 plusieurs niveaux, les tours \u00e9tant reli\u00e9es par des passerelles.<\/p>\n<p>Traduit en planification socialiste, cela donne beaucoup de tours, mais pas de passerelles, sans parler du fait que si le b\u00e9ton 100% vieillit mal partout, sa d\u00e9cr\u00e9pitude est particuli\u00e8rement prononc\u00e9e sous les cieux balkaniques. Le style? Une folie baroco-mongole \u00e0 connotation turquisante influenc\u00e9e par le modern style, parfait d\u00e9cor pour Yoko Ono, mais avec quelques minarets rescap\u00e9s au second plan. Le tableau est ignoble, aberrant, sublime. <\/p>\n<p>Et puis, il y a aussi, \u00e0 Skopje, on ne peut pas le cacher, cette incroyable tension sexuelle dans l\u2019atmosph\u00e8re, comme dans toutes les autres grandes villes des Balkans. Cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019architecture, mais comment dire, la verticalit\u00e9 lisse des fa\u00e7ades permet de mieux capter les pulsations des individus qui arpentent le pav\u00e9.<\/p>\n<p>Les lignes droites du plan urbain font ressortir celles, ondul\u00e9es, tendues, des jeunes Skopiotes de sexe f\u00e9minin, fr\u00e9missantes, agressives, suggestives, lasses comme des Slaves d\u00e9sabus\u00e9es, peut-\u00eatre disponibles, sans doute pas, impossible \u00e0 dire. Leurs platform shoes sont plus hautes qu\u2019ailleurs, leus bustiers plus pigeonnants, leurs nombrils plus expos\u00e9s.<\/p>\n<p>A cette provocation permanente r\u00e9pond le port altier, carr\u00e9, athl\u00e9tique, arrogant, des repr\u00e9sentants du sexe masculin. A se croiser, avec les \u00e9quid\u00e9s d\u00e9crits plus hauts, ils courent en permanence le risque de s\u2019entrechoquer. C\u2019est le but de l\u2019exercice. Tous ceux, qui, depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, ont sillonn\u00e9 les Balkans en tous sens l\u2019ont remarqu\u00e9 partout, n\u2019ont cess\u00e9 de s\u2019en \u00e9tonner: l\u2019air de la guerre et celui du d\u00e9sir ne sont jamais tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s. La violence de l\u2019un entra\u00eene souvent celle de l\u2019autre. <\/p>\n<p><b>Fronti\u00e8re Mac\u00e9doine &#8211; Yougoslavie, 28 octobre, 11 heures<\/b><\/p>\n<p>On dirait qu&rsquo;il n&rsquo;y a que les brusques rafales de vent qui aient, ce matin, quelque raison de remonter au nord, de passer la fronti\u00e8re entre la Mac\u00e9doine et la Yougoslavie. Disons: le vent et nous. Les douaniers Mac\u00e9doniens sont blottis dans une gu\u00e9rite, tellement paresseux que tamponner nos passeports leur semble hors de port\u00e9e. Trop d\u2019efforts. Il faut insister.<\/p>\n<p>800 m\u00e8tres plus loin, les douaniers serbes sont plus en verve. \u00abPrrrroblem, Verrrrsicherrrrung, Prrrroblem\u00bb, d\u00e9cr\u00e8te le premier alors que le second, confisquant nos passeports, d\u00e9signe un alignement de bureaux d&rsquo;assurances et de change o\u00f9 nous allons pouvoir r\u00e9gler le \u00abPrrroblem\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le premier, une dame s\u00e8che et hargneuse passe d&rsquo;un guichet \u00e0 l&rsquo;autre avec un formulaire d&rsquo;assurance en cours de remplissage, criant \u00abNo, No!\u00bb \u00e0 chaque fois que nous brandissons les denars mac\u00e9doniens. Il lui faut quelques minutes pour r\u00e9aliser que c&rsquo;est la seule monnaie dont nous disposons, mais quelques secondes pour d\u00e9chirer le document et nous chasser de sa gu\u00e9rite, tout en empoignant son rouge \u00e0 l\u00e8vres pour se refaire une beaut\u00e9. Elle ne se maquille pas, elle pratique la peinture sur b\u00e2timents. C\u2019est grotesque comme chez Fellini.<\/p>\n<p>Dans le second, un bureau de change, cinq employ\u00e9s sont vautr\u00e9s \u00e0 regarder un film de guerre noir et blanc \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Dans son \u00e9tat-major, un grad\u00e9 parle \u00e0 son cheval, lequel lui r\u00e9pond. Cela doit \u00eatre l&rsquo;apog\u00e9e comique du film, car les employ\u00e9s refusent notre demande sans m\u00eame tourner la t\u00eate.<\/p>\n<p>Dans le troisi\u00e8me bureau, un jeune homme indolent semble tent\u00e9 par nos denars. Il a d\u00e9j\u00e0 gliss\u00e9 un formulaire d&rsquo;assurance dans la machine \u00e0 \u00e9crire. Mais le chef arrive, qui refuse les billets mac\u00e9doniens, ces pestif\u00e9r\u00e9s. <\/p>\n<p>H\u00e9las, mille fois h\u00e9las: la Mac\u00e9doine et la Yougoslavie \u00e9taient, il y a douze ans, un seul et m\u00eame Etat et sont aujourd&rsquo;hui voisines. Elles ont sign\u00e9 un accord de libre-\u00e9change dont b\u00e9n\u00e9ficie par exemple l&rsquo;excellent merlot mac\u00e9donien abondamment bu en Serbie. Mais le denar de Skopje et le dinar de Belgrade &#8211; deux devises \u00e0 parit\u00e9 (1:1 entre elles et 60 dinars\/denars pour 1 euro) &#8211; ne sont pas convertibles entre eux! Le jeune homme souffle alors la solution: r\u00e9cup\u00e9rer nos passeports si le molosse de la gu\u00e9rite d&rsquo;entr\u00e9e le veut bien, retourner \u00e0 pied en Mac\u00e9doine, trouver une banque, changer ces denars contre des euros, revenir en Serbie, d\u00e9poser les passeports, changer les euros contre des dinars et le tour sera jou\u00e9. Morale de l\u2019histoire, sans l\u2019euro, le voyage se serait arr\u00eat\u00e9 l\u00e0. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nProchain (et dernier) \u00e9pisode: Bujanovac, ville albanaise du sud de la Serbie domin\u00e9e par son usine d\u2019eau min\u00e9rale albanophobe, et Aleksinac, ville serbe bombard\u00e9e par l\u2019OTAN dans une \u00abbavure\u00bb calcul\u00e9e\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Balkans terminent leur premi\u00e8re ann\u00e9e de paix apr\u00e8s douze ans d&rsquo;orage ethnique. Nos envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux Guillaume Dalibert et Serge Michel ont sillonn\u00e9 la r\u00e9gion. Cinqui\u00e8me volet d&rsquo;un reportage en grand format.<\/p>\n","protected":false},"author":16058,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-1231","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1231","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/16058"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1231"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1231\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}