



{"id":1229,"date":"2002-12-22T00:00:00","date_gmt":"2002-12-21T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1229"},"modified":"2017-07-12T11:31:27","modified_gmt":"2017-07-12T09:31:27","slug":"charite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1229","title":{"rendered":"Et la petite revue de po\u00e9sie re\u00e7ut 100 millions"},"content":{"rendered":"<p>Une modeste revue de po\u00e9sie vient de recevoir 100 millions de dollars de la part de l\u2019unique h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une firme pharmaceutique. Trouve-t-on l\u00e0 les ingr\u00e9dients d\u2019un beau conte de No\u00ebl, o\u00f9 cela rel\u00e8ve-t-il d\u2019une forme de perversion philanthropique? <\/p>\n<p>L\u2019histoire s\u2019est pass\u00e9e r\u00e9cemment \u00e0 Chicago. L\u2019avocat charg\u00e9 d\u2019annoncer t\u00e9l\u00e9phoniquement la nouvelle au r\u00e9dacteur en chef de Poetry l\u2019aurait invit\u00e9 \u00e0 s\u2019asseoir avant d\u2019en prendre connaissance. Incr\u00e9dule, Joseph Parisi apprenait alors que son petit journal, qui tire \u00e0 10\u2019000 exemplaires, venait vraisemblablement de recevoir davantage d\u2019argent que l\u2019ensemble des po\u00e8tes r\u00e9unis depuis Hom\u00e8re!<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9reuse donatrice est Ruth Lilly, une vieille dame de 87 ans, propri\u00e9taire de la fortune amass\u00e9e par le g\u00e9ant pharmaceutique <a href=http:\/\/www.lilly.com\/ target=_blank class=std>Eli Lilly<\/a>. D\u00e9pressive, elle a v\u00e9cu quasiment clo\u00eetr\u00e9e jusqu\u2019en 1988. La firme commercialise alors son anti-d\u00e9presseur r\u00e9volutionnaire: le Prozac. Ruth figure parmi les 40 millions de personnes qui ont d\u00e9j\u00e0 b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des effets de la pilule verte et blanche.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 70, \u00e0 plusieurs reprises, l\u2019arri\u00e8re petite fille du fondateur avait envoy\u00e9, non des dollars, mais des vers \u00e0 la revue Poetry qui avait toujours refus\u00e9 de les publier. Une trentaine d\u2019ann\u00e9es s\u2019\u00e9coule. Son amour de la po\u00e9sie lui permettant d\u2019oublier son ego bless\u00e9, la richissime h\u00e9riti\u00e8re destine \u00e0 cette m\u00eame adresse quelques bribes de sa fortune. Un geste qualifi\u00e9 d\u2019\u00abOde milliardaire \u00e0 la charit\u00e9\u00bb par le <a href=http:\/\/pqasb.pqarchiver.com\/chicagotribune\/index.html?ts=1040110915 target=_blank class=std>Chicago Tribune<\/a>. <\/p>\n<p>Poetry, c\u2019est une \u00e9quipe de quatre personnes travaillant dans des locaux exigus et r\u00e9mun\u00e9rant les po\u00e8tes 2$ la ligne; soit 28$ le sonnet. Si son comit\u00e9 de r\u00e9daction avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque rejet\u00e9 les vers de Ruth Lilly, aujourd\u2019hui, il ne snobe pas ses dollars. \u00abNotre existence est ainsi assur\u00e9e \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9\u00bb, a comment\u00e9 le porte-parole du mensuel lors d\u2019une soir\u00e9e c\u00e9l\u00e9brant \u00e0 la fois les 90 ans de la publication et l\u2019attribution du legs.<\/p>\n<p>Que de bonnes choses la revue va entreprendre avec une telle somme! Am\u00e9liorer la qualit\u00e9 du papier, introduire la couleur, augmenter le tirage, payer davantage les collaborateurs, agrandir les bureaux\u2026 Les r\u00eaves les plus fous peuvent soudain se concr\u00e9tiser.<\/p>\n<p>Mais attention \u00e0 l\u2019oreiller de paresse que risque de devenir cette assurance vie. L\u2019argent de la pharmacie pourrait bien r\u00e9server quelques effets secondaires impr\u00e9visibles \u00e0 la vie po\u00e9tique am\u00e9ricaine. <\/p>\n<p>Dans ce petit monde, l\u2019\u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 accueilli par un large \u00e9ventail de r\u00e9actions: admiration, satisfaction, envie, d\u00e9dain. Voici celles de trois parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres po\u00e8tes actuels.<\/p>\n<p>Billy Collins se montre enthousiaste: \u00abLa po\u00e9sie a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme la petite vendeuse d\u2019allumettes des arts. La pauvre fillette vient juste de gagner \u00e0 la loterie.\u00bb  William S. Merwin y voit la preuve d\u2019un v\u00e9ritable engouement pour la po\u00e9sie qui n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite mais touche tout le monde. Quant \u00e0 Kurt Brown, il estime que ce don \u00e9quivaut \u00e0 \u00abl\u00e9guer 100 millions de dollars \u00e0 son chat\u00bb.<\/p>\n<p>Le simple quidam r\u00e9agit lui aussi. Les courriers de lecteurs des grands quotidiens se font l\u2019\u00e9cho d\u2019un vaste d\u00e9bat suscit\u00e9 par ce cadeau jug\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement disproportionn\u00e9. Ruth Lilly aurait tout de m\u00eame pu r\u00e9server son argent pour de meilleures causes (lutte contre la pauvret\u00e9 et la maladie, \u00e9ducation), s\u2019indignent bon nombres de <a href=http:\/\/pqasb.pqarchiver.com\/chicagotribune\/index.html?ts=1040110915 target=_blank class=std>lecteurs<\/a> qui, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re,  tentent de d\u00e9finir ce que devrait \u00eatre la philanthropie bien comprise.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 journalistes, Mary Gooding \u00e9ditorialiste du <a href=http:\/\/www.daily-journal.com\/content\/?id=18398 target=_blank class=std>Daily Journal<\/a>, conseille au chanteur Bono de s\u2019approcher de la richissime dame pour l\u2019aider dans son combat contre le sida en Afrique.<\/p>\n<p>Nick Paumgarten, du New Yorker, tente lui de rassurer les b\u00e9n\u00e9ficiaires en \u00e9tat de choc. \u00abIl y a des choses que vous pouvez faire avec 100 millions de dollars qui vous donnent l\u2019impression que ce n\u2019est finalement pas tant que \u00e7a.\u00bb Des exemples? L\u2019achat de l\u2019\u00e9quipe des \u00abBoston Red Sox\u00bb, une douzaine d\u2019\u00e9pisodes de \u00abFriends\u00bb, la moiti\u00e9 seulement d\u2019un jet F-22 Raptor.<\/p>\n<p>Et puis, United Airlines ne perd-elle pas cette somme en deux semaines?<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nIl y a un conte de No\u00ebl bis. Ruth Lilly vient en effet de r\u00e9cidiver en donnant 120 millions de dollars \u00e0 <a href=http:\/\/www.boston.com\/dailyglobe2\/352\/nation\/Lilly_heir_gives_120m_to_arts_programs+.shtml target=_blank class=std>Americans for the Arts<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une histoire de milliardaire, de Prozac et de d\u00e9mesure, qui vient de se d\u00e9rouler \u00e0 Chicago. Un conte de No\u00ebl, authentique.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-1229","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1229"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1229\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5931,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1229\/revisions\/5931"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}