



{"id":12278,"date":"2021-11-04T23:14:30","date_gmt":"2021-11-04T22:14:30","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12278"},"modified":"2022-01-26T15:49:20","modified_gmt":"2022-01-26T14:49:20","slug":"heritage-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12278","title":{"rendered":"Jamais sans ma fille"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/\" rel=\"noopener noreferrer\">PME Magazine<\/a>.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Les entreprises familiales suisses seraient-elles sexistes? L\u2019\u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par le cabinet PwC en mars dernier sur \u00abLa rel\u00e8ve au f\u00e9minin\u00bb le laisse penser. Selon elle, seules 18% des filles en Suisse prennent la direction de la soci\u00e9t\u00e9 de leurs parents lorsqu\u2019elles ont un ou plusieurs fr\u00e8res, contre 80% quand il n\u2019y a pas d\u2019h\u00e9ritier masculin.<\/p>\n<p>Les h\u00e9riti\u00e8res qui ont refus\u00e9 de suivre le sch\u00e9ma traditionnel, et de laisser (toute) la place \u00e0 un autre membre de la fratrie, se voient encore souvent r\u00e9torquer: \u00abPuis-je parler \u00e0 votre patron?\u00bb. Cette phrase, Elodie Lorenz-Savoye, qui dirige la vitrerie Perrier, fond\u00e9e par son p\u00e8re, l\u2019entend r\u00e9guli\u00e8rement. L\u2019entrepreneuse travaille dans un domaine o\u00f9 il y a beaucoup d\u2019hommes. \u00abJe d\u00e9tonne un peu comme femme, jeune qui plus est.\u00bb Elle-m\u00eame avait au d\u00e9part peu d\u2019int\u00e9r\u00eat pour la soci\u00e9t\u00e9 de sept collaborateurs, bas\u00e9e \u00e0 Sion. \u00abInitialement, je ne souhaitais pas rejoindre l\u2019entreprise, je trouvais le domaine trop technique. Mais, durant un remplacement que j\u2019ai fait en tant que secr\u00e9taire, j\u2019ai pu d\u00e9couvrir la richesse des relations avec la client\u00e8le, j\u2019ai eu envie de me lancer. J\u2019ai int\u00e9gr\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 en 2014.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Co-direction en plein essor<\/strong><\/p>\n<p>Ph\u00e9nom\u00e8ne toujours plus r\u00e9pandu dans les PME, comme chez le fabricant suisse de fers \u00e0 repasser Laurastar, la famille Savoye a opt\u00e9 pour la transmission du groupe Bitz&amp;Savoye (dont fait partie la vitrerie fait partie) pour une responsabilit\u00e9 partag\u00e9e entre les membres de la fratrie. Travailler en bin\u00f4me avec son fr\u00e8re, qui \u00e9tait rentr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 quelques ann\u00e9es apr\u00e8s elle, est une richesse pour Elodie Lorenz-Savoye. \u00abIl n\u2019y a aucune concurrence entre nous, au contraire. Reprendre une bo\u00eete qui fonctionne bien s\u2019accompagne d\u2019une grande pression. Nous pouvons nous rassurer mutuellement.\u00bb<\/p>\n<p>La transmission \u00e9tant en cours, toutes les d\u00e9cisions importantes de la soci\u00e9t\u00e9 de Sion sont encore prises \u00e0 trois, entre le p\u00e8re, le fr\u00e8re et la s\u0153ur, pr\u00e9cise la cheffe d\u2019entreprise. \u00abJe n\u2019\u00e9prouve jamais de mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart au sein de la direction. En revanche, je sens que c\u2019\u00e9tait moins attendu que je suive cette voie, contrairement \u00e0 mon fr\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ussir \u00e0 se faire accepter<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes relations avec les collaborateurs seraient plus simples si nous \u00e9tions des hommes\u00bb, ont soulign\u00e9 un quart des 189 femmes, \u00e2g\u00e9es de 20 \u00e0 45 ans, qui ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude men\u00e9e par PwC. Les h\u00e9riti\u00e8res rencontrent parfois des difficult\u00e9s \u00e0 se faire accepter par les employ\u00e9s, clients et fournisseurs, mais doivent aussi lutter pour prouver leur l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 leur poste. Cet aspect est d\u2019autant plus marqu\u00e9 quand l\u2019entreprise est active dans un domaine technique ou habituellement r\u00e9serv\u00e9 aux hommes, comme dans le cas de la viticulture. Pourtant, la branche voit, depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019h\u00e9riti\u00e8res en Suisse romande, \u00e0 l\u2019image de Sandrine Bersier au Domaine de la Roche \u00e0 Dardagny (GE), de Maryl\u00e8ne Bovard-Chervet au Ch\u00e2teau de Praz \u00e0 Vully (FR), de No\u00e9mie Graff au Satyre \u00e0 Begnins (VD) ou encore d\u2019Am\u00e9lie Mauler, cinqui\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de la maison Mauler \u00e0 M\u00f4tiers (NE).<\/p>\n<p>En charge de la qualit\u00e9 et des vinifications des soci\u00e9t\u00e9s de la Famille Rouvinez, \u00e0 Sierre, Martigny et Sion, V\u00e9ronique Besson-Rouvinez ne s\u2019est pas non plus laiss\u00e9 effrayer par les difficult\u00e9s. Elle a rejoint l\u2019entreprise familiale comme stagiaire caviste et vigneronne en 2005. \u00abAu moment o\u00f9 je suis pass\u00e9e en charge du contr\u00f4le qualit\u00e9, j\u2019ai constat\u00e9 plusieurs choses qui n\u2019allaient pas dans la vinification et qu\u2019il fallait changer. Pour certains collaborateurs, \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 simple \u00e0 accepter.\u00bb Comme Elodie Lorenz-Savoye, la vigneronne partage avec ses deux fr\u00e8res la direction de la soci\u00e9t\u00e9 de 140 collaborateurs depuis 2009.<\/p>\n<p>A la t\u00eate d\u2019une entreprise vaudoise de pr\u00e9fabrication d\u2019\u00e9l\u00e9ments de construction, \u00e0 Lonay (VD), Laurence Trovato a elle aussi d\u00fb surmonter les obstacles \u00abdans un milieu de la construction particuli\u00e8rement rude\u00bb. L\u2019h\u00e9riti\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 de 10 collaborateurs a souvent particip\u00e9 \u00e0 des \u00abentretiens muscl\u00e9s avec des clients\u00bb. \u00abMais quand on a les comp\u00e9tences et la motivation, on a l\u2019essentiel. Le challenge en vaut la peine!\u00bb<\/p>\n<p>La raret\u00e9 des mod\u00e8les est une des explications avanc\u00e9e par PwC pour expliquer le faible taux de filles reprenant les entreprises familiales. A l\u2019inverse, 70% des femmes dont les m\u00e8res sont actives dans la soci\u00e9t\u00e9 occupent ensuite des postes \u00e0 responsabilit\u00e9s. Pour V\u00e9ronique Besson-Rouvinez, cela a jou\u00e9 un r\u00f4le. \u00abMa m\u00e8re s\u2019occupait de la gestion des \u00e9quipes qui travaillaient \u00e0 la vigne, pr\u00e9cise la sp\u00e9cialiste en vinification. Je l\u2019ai toujours vu travailler, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s inspirant.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12279\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/entrepreneuse.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/entrepreneuse.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/entrepreneuse-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/entrepreneuse-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>La n\u00e9cessit\u00e9 de se former<\/strong><\/p>\n<p>La Valaisanne V\u00e9ronique Besson-Rouvinez est la seule de la fratrie \u00e0 avoir une formation technique, m\u00eame si au d\u00e9part le vin ne l\u2019attirait pas. \u00abJe n\u2019\u00e9tais pas du tout int\u00e9ress\u00e9e par l\u2019entreprise familiale, contrairement \u00e0 mes fr\u00e8res. C\u2019est \u00e0 partir d\u2019une d\u00e9couverte du monde du vin \u00e0 l\u2019\u00e9cole que j\u2019ai compl\u00e8tement chang\u00e9 d\u2019avis.\u00bb Durant ses \u00e9tudes d\u2019ing\u00e9nieure en sciences alimentaires \u00e0 l\u2019\u00c9cole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Zurich (EPFZ), la jeune femme r\u00e9alise un travail de recherche sur le c\u00e9page \u00abPetite Arvine\u00bb. Fascin\u00e9e, elle postule alors \u00e0 la haute \u00e9cole de Changins, o\u00f9 elle suit \u00e0 temps partiel la formation sup\u00e9rieure pour les m\u00e9tiers du vin. \u00abTrouver des places de stages s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 particuli\u00e8rement compliqu\u00e9, surtout dans la r\u00e9gion, o\u00f9 j\u2019\u00e9tais consid\u00e9r\u00e9e comme une concurrente. \u00c7a m\u2019a forc\u00e9 \u00e0 aller travailler \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, au nord de l\u2019Italie.\u00bb Dans l\u2019\u00e9tude de PwC, un tiers des femmes interrog\u00e9es sur leur absence d\u2019implication dans l\u2019entreprise familiale ont r\u00e9pondu qu\u2019elles faisaient actuellement \u00ableurs armes \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Laurence Trovato, gestionnaire de Trovato SA, PME de 10 employ\u00e9s<strong>, <\/strong>reprendre la soci\u00e9t\u00e9 de son p\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas non plus une option durant sa jeunesse. \u00abLorsque j\u2019ai rencontr\u00e9 mon futur mari qui vivait en France, nous h\u00e9sitions \u00e0 nous installer en Suisse, raconte-t-elle. C\u2019est alors que mes parents lui ont propos\u00e9 un poste dans l\u2019entreprise familiale.\u00bb Il a accept\u00e9 cette offre tout en commen\u00e7ant un CFC en construction. \u00abJe travaillais de mon c\u00f4t\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 de management, apr\u00e8s des \u00e9tudes au sein d\u2019une \u00e9cole de secr\u00e9tariat de direction. J\u2019avais plus envie d\u2019avoir ma propre entreprise que de reprendre l\u2019entreprise familiale.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Reconnaissance des comp\u00e9tences<\/strong><\/p>\n<p>Finalement, Laurence Trovato rejoint la PME en 1989 pour s\u2019occuper du secr\u00e9tariat. \u00abLa gestion administrative d\u2019une entreprise est capitale, mais ce r\u00f4le n\u2019est pas du tout reconnu \u00e0 sa juste valeur. J\u2019ai appris \u00e9norm\u00e9ment de choses sur le terrain, or ma formation ne refl\u00e9tait pas mes comp\u00e9tences.\u00bb Le couple reprend l\u2019entreprise en 2004 et Laurence Trovato obtient l\u2019ann\u00e9e suivante un brevet f\u00e9d\u00e9ral de sp\u00e9cialiste en gestion de PME, par validation des acquis de l\u2019exp\u00e9rience. \u00abCe dipl\u00f4me nous permet de diriger notre entreprise, mais aussi une autre soci\u00e9t\u00e9 dans tous les domaines d\u2019activit\u00e9 possibles.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Conseils \u00e0 une jeune h\u00e9riti\u00e8re de PME<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Anticiper la succession<\/strong>. Pour Laurence Trovato, l\u2019\u00e9l\u00e9ment-cl\u00e9 d\u2019une reprise r\u00e9ussie est de ne pas pr\u00e9cipiter la transition et de ne reprendre l\u2019affaire que lorsqu\u2019on est certaine de bien ma\u00eetriser l\u2019entreprise \u00e0 reprendre.<\/li>\n<li><strong>Acqu\u00e9rir de l\u2019exp\u00e9rience<\/strong>. L\u2019un des points importants est de perfectionner sa formation \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la PME familiale, afin de gagner en comp\u00e9tences et d\u2019apprendre d\u2019autres mani\u00e8res de faire.<\/li>\n<li><strong>Laisser le temps. <\/strong>Un changement de direction peut prendre plusieurs ann\u00e9es. Elodie Lorenz-Savoye recommande aux jeunes entrepreneuses d\u2019accepter que les collaborateurs aient besoin de temps pour s\u2019adapter \u00e0 cette nouvelle donne. Elle recommande aussi la co-direction qui permet de faciliter cette transition.<\/li>\n<li><strong>Rester proche des collaborateurs<\/strong>. Malgr\u00e9 un changement de poste, il est capital de garder une forme de proximit\u00e9 avec l\u2019\u00e9quipe selon V\u00e9ronique Besson-Rouvinez. La dirigeante recommande aussi d\u2019entrer dans l\u2019entreprise gr\u00e2ce \u00e0 un poste vacant qui ne soit pas li\u00e9 \u00e0 un licenciement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Infos<\/strong><\/p>\n<p><strong>18% des filles<\/strong> prennent la t\u00eate de la soci\u00e9t\u00e9 familiale lorsqu\u2019elles ont un ou plusieurs fr\u00e8res, contre 80% quand elles n\u2019en ont pas (\u00e9tude \u00abLa rel\u00e8ve au f\u00e9minin\u00bb 2021 de PwC).<\/p>\n<p><strong>Un quart des femmes<\/strong> interrog\u00e9es par PwC estiment que les relations avec les collaborateurs seraient plus simples si elles \u00e9taient un homme.<\/p>\n<p>Dans la population suisse d\u2019entrepreneurs<strong>, la part de femmes \u00e9tait de pr\u00e8s de 38%<\/strong> en 2020, contre \u00e0 peine 28% en 1991 (chiffres de l\u2019OFS).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les PME familiales suisses peinent encore \u00e0 se d\u00e9tacher du mod\u00e8le traditionnel, dans lequel ce sont les fils qui reprennent les affaires. Toujours plus de filles se lancent toutefois dans l\u2019aventure, le plus souvent aux c\u00f4t\u00e9s de leurs fr\u00e8res. T\u00e9moignages.<\/p>\n","protected":false},"author":20245,"featured_media":12279,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[1303],"class_list":["post-12278","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-kapital","tag-choix-de-l-editeur","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12278","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20245"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12278"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12278\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12281,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12278\/revisions\/12281"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/12279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12278"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12278"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12278"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}