



{"id":12272,"date":"2021-11-02T22:45:21","date_gmt":"2021-11-02T21:45:21","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12272"},"modified":"2021-11-03T09:32:47","modified_gmt":"2021-11-03T08:32:47","slug":"sante-107","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12272","title":{"rendered":"Et si 13 millions de soignants venaient \u00e0 manquer\u2026"},"content":{"rendered":"<p>Une hausse de 25% des inscriptions au bachelor en soins infirmiers pour la rentr\u00e9e de septembre. Du jamais vu, selon les directions des hautes \u00e9coles de sante vaudoises. La pand\u00e9mie a encourag\u00e9 les jeunes \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la profession. \u00abLes services hospitaliers \u00e9taient certes fermes aux proches, mais davantage de personnes ont d\u00e9couvert notre travail de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 travers les nombreux reportages ou en participant au d\u00e9ploiement de la Protection civile ou de l\u2019arm\u00e9e\u226b, souligne Isabelle Lehn, directrice des soins du CHUV. Cela a mis en valeur le m\u00e9tier, tout en en offrant une vision r\u00e9aliste. \u226aNous avons vu la passion des membres du personnel infirmier pour leur travail et toutes leurs comp\u00e9tences, mais aussi la p\u00e9nibilit\u00e9 et les risques de la profession. On est loin de l\u2019image v\u00e9hicul\u00e9e par les s\u00e9ries \u00e0 l\u2019eau de rose ou la vocation des religieuses d\u2019antan.\u00bb<\/p>\n<p>Un m\u00e9tier valorise et valorisant, c\u2019est aussi l\u2019enjeu de l\u2019\u00abInitiative populaire pour des soins infirmiers forts\u00bb, qui sera prochainement soumise au peuple. Lanc\u00e9e par l\u2019Association suisse des infirmi\u00e8res et infirmiers (ASI), elle comprend quatre axes principaux. \u00abNous demandons de bonnes conditions de travail, comme des salaires attrayants ou des places de cr\u00e8che, ainsi qu\u2019une dotation en personnel suffisante, explique Sophie Ley, pr\u00e9sidente de l\u2019association. Nous pr\u00e9conisons aussi une offensive dans la formation et davantage d\u2019autonomie dans l\u2019exercice de la profession. Ce quatri\u00e8me axe correspond par exemple \u00e0 la possibilit\u00e9 de facturer plus d\u2019actes effectu\u00e9s par le personnel infirmier.\u00bb<\/p>\n<p><strong>WANTED: 13 MILLIONS D\u2019INFIRMIERS DANS LE MONDE<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pid\u00e9mie a aussi rendu plus visible la p\u00e9nurie de personnel infirmier, notamment lorsque des lits suppl\u00e9mentaires ont du \u00eatre ouverts, comme au CHUV avec 41 lits de plus aux soins intensifs. \u00abPour renforcer les \u00e9quipes, nous avons d\u00fb organiser la mobilit\u00e9 interne, engager des professionnel- le-s et faire appel au Pool d\u2019infirmiers (groupe qui appuie les services selon les besoins) ainsi qu\u2019aux agences d\u2019int\u00e9rim\u00bb, \u00e9num\u00e8re Isabelle Lehn.<\/p>\n<p>Cette situation s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e probl\u00e9matique pour toute la Suisse romande dans les h\u00f4pitaux r\u00e9gionaux, les centres m\u00e9dicosociaux (CMS) charg\u00e9s des soins \u00e0 domicile, ainsi que dans les \u00e9tablissements m\u00e9dico-sociaux (EMS). Certains cantons, comme celui du Valais, y ont vu une occasion de cr\u00e9er une fili\u00e8re en soins infirmiers ES (lire en encadr\u00e9). Au niveau global, l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 anticipe un manque de 13 millions d\u2019infirmi\u00e8res et d\u2019infirmiers dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, contre 6 millions avant la crise sanitaire.<\/p>\n<p><strong>QUATRE FOIS PLUS DE JEUNES DIPL\u00d4M\u00c9-E-S<\/strong><\/p>\n<p>Les cantons romands n\u2019ont pas d\u00e9couvert le manque de personnel infirmier avec la pand\u00e9mie. Des efforts pour attirer plus de jeunes ont \u00e9t\u00e9 entrepris d\u00e8s les ann\u00e9es 2000. \u00abUn mod\u00e8le de formation clair, avec le bachelor en soins infirmiers comme unique condition d\u2019entr\u00e9e dans la profession, a \u00e9t\u00e9 introduit \u00e0 cette \u00e9poque, d\u00e9taille Nicolas Jayet, adjoint \u00e0 la Direction des soins. Le mod\u00e8le a fonctionn\u00e9, puisque nous sommes pass\u00e9s de 186 infirmier-\u00e8re-s romand-e-s form\u00e9-e-s en 2006 \u00e0 739 en 2020.\u00bb<\/p>\n<p>Le besoin de former \u00e0 un niveau bachelor correspond aussi \u00e0 l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me de sant\u00e9. Les responsabilit\u00e9s ont augment\u00e9 et demandent des connaissances plus pouss\u00e9es. \u00abLe r\u00f4le de l\u2019h\u00f4pital a \u00e9volu\u00e9 et les hospitalisations sont devenues beaucoup plus courtes pour se concentrer sur la phase aigu\u00eb de la maladie, explique Isabelle Lehn. Pendant ce bref laps de temps, les comp\u00e9tences infirmi\u00e8res n\u00e9cessaires ont gagn\u00e9 en importance, que ce soit pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 des patient-e-s avec une \u00e9valuation clinique pointue, ou encore anticiper la transition vers la sortie de l\u2019h\u00f4pital.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019augmentation du nombre de jeunes dipl\u00f4m\u00e9s a aussi permis de moins recourir \u00e0 des titulaires de dipl\u00f4mes \u00e9trangers. Le CHUV est pass\u00e9 de 48% de nouveaux infirmiers disposant d\u2019un dipl\u00f4me \u00e9tranger en 2016 \u00e0 31% en 2020.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12273\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_021121.jpg\" alt=\"\" width=\"469\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_021121.jpg 469w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_021121-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Largeur_021121-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 469px) 100vw, 469px\" \/><\/p>\n<p><strong>MOTIVER LE PERSONNEL FORM\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9fi consiste \u00e9galement \u00e0 convaincre les infirmier-\u00e8re-s de rester dans la profession. Selon des chiffres de l\u2019Observatoire suisse de la sant\u00e9 (Obsan) publi\u00e9s en 2016, le taux de d\u00e9part de 45,9% est le plus \u00e9lev\u00e9 des m\u00e9tiers de la sant\u00e9. \u00abDes \u00e9tudes internationales documentent les raisons de cette intention d\u2019abandonner, explique Nicolas Jayet : la transition des \u00e9tudes vers le premier emploi, les relations avec la hi\u00e9rarchie, la conciliation entre vie professionnelle et vie priv\u00e9e, le manque d\u2019autonomie ou d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation, les attentes diff\u00e9rentes des jeunes g\u00e9n\u00e9rations sont autant de variables sur lesquelles travaillent les institutions comme la n\u00f4tre.\u00bb<\/p>\n<p>Les cantons romands travaillent ainsi \u00e0 faire revenir celles et ceux qui s\u2019\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s en mettant en place des programmes de remise \u00e0 niveau. \u00c0 Fribourg, la Haute \u00e9cole de sant\u00e9 propose depuis 2019 un programme de huit semaines, dont six de stage. \u00ab Nous avons form\u00e9 huit participantes lors de la premi\u00e8re vol\u00e9e, qui avaient pour la plupart arr\u00eat\u00e9 durant une dizaine d\u2019ann\u00e9es, explique Coralie Wicht, responsable de la formation. L\u2019int\u00e9r\u00eat de notre programme est de rafra\u00eechir les connaissances, de reprendre confiance en soi et d\u2019avoir des contacts avec des employeurs potentiels. Il s\u2019agit aussi d\u2019apprendre \u00e0 utiliser les nouveaux outils num\u00e9riques. \u00bb Une vingtaine de personnes se sont d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9es pour la rentr\u00e9e d\u2019octobre 2021. \u00abDans les e-mails, plusieurs d\u2019entre elles ont fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pand\u00e9mie, au besoin de contribuer humainement \u00e0 cet effort. Mais il faut valoriser, offrir de bonnes conditions de travail et des perspectives, pour que les infirmi\u00e8res et infirmiers que l\u2019on applaudissait au printemps 2020 ne sortent pas de la profession.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>UNE INFIRMIERE SANS MATU ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 2000, la Suisse romande a d\u00e9cid\u00e9 de ne plus proposer qu\u2019une fili\u00e8re de formation en soins infirmiers, contre deux auparavant. Ce bachelor est d\u00e9livr\u00e9 par une haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e (HES). Pour les personnes ne disposant pas de maturit\u00e9, un nouveau CFC d\u2019assistante en soins et sant\u00e9 communautaire (ASSC) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, qui permet de travailler en bin\u00f4me avec les infirmiers.<\/p>\n<p>En Suisse al\u00e9manique en revanche, deux fili\u00e8res avec et sans maturit\u00e9 (ES et HES) existent, tout comme dans le Jura bernois et en Valais. La p\u00e9nurie locale de personnel, mais aussi une culture diff\u00e9rente expliquent ces choix politiques. Au Centre de formation professionnelle Berne francophone de Saint-Imier, 86 infirmi\u00e8res et infirmiers ES ont obtenu leur dipl\u00f4me entre 2015 et 2021. \u00ab L\u2019orientation pratique de la formation et le fait qu\u2019une maturit\u00e9 ne soit pas n\u00e9cessaire pour s\u2019inscrire int\u00e9ressent les jeunes, explique le directeur adjoint du centre, Daniel Roulin. Deux tiers des personnes inscrites sont des ASSC. Le tiers restant est titulaire d\u2019une autre formation dans la sant\u00e9 ou d\u2019un type de CFC diff\u00e9rent. Un de nos \u00e9l\u00e8ves les plus brillants avait par exemple un certificat de bucheron en poche quand il a commenc\u00e9. \u00bb Ces dipl\u00f4m\u00e9s travaillent ensuite dans les soins de longue dur\u00e9e ou \u00e0 domicile, en psychiatrie ou dans un des centres hospitaliers de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du CHUV et du canton de Vaud, le bin\u00f4me infirmier bachelor et ASSC est la r\u00e8gle. \u00ab Ce model\u00e9 est pr\u00e9sent dans la quasi-totalit\u00e9 de nos services, rel\u00e8ve Isabelle Lehn, directrice des soins. C\u2019est un vrai plus pour les patient-e-s, car des \u00e9tudes scientifiques ont mis en \u00e9vidence une baisse de la mortalit\u00e9 avec des infirmiers-\u00e8res form\u00e9-e-s au niveau bachelor, mais aussi pour le syst\u00e8me de sant\u00e9, parce que la r\u00e9partition des r\u00f4les et responsabilit\u00e9s est plus claire. Riche de cette exp\u00e9rience et apr\u00e8s cinq ans d\u2019exercice, l\u2019ASSC qui souhaite \u00e9voluer peut acc\u00e9der directement \u00e0 la formation d\u2019infirmier HES, peut m\u00eame r\u00e9aliser la formation bachelor en cours d\u2019emploi, et exercer ensuite dans toutes les sp\u00e9cialit\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>T\u00c9MOIGNAGE<\/strong><\/p>\n<p>Ana Alves s\u2019est orient\u00e9e vers le m\u00e9tier d\u2019infirmi\u00e8re pour le contact humain. \u00ab Petite, j\u2019accompagnais ma m\u00e8re \u00e0 l\u2019EMS ou elle \u00e9tait employ\u00e9e et je voyais les liens qui se tissaient entre les r\u00e9sidents et le personnel soignant. \u00bb Dipl\u00f4m\u00e9e d\u2019un bachelor en soins infirmiers en 2020, elle travaille d\u00e9sormais dans le Service de chirurgie visc\u00e9rale du CHUV. \u00ab M\u00eame si les d\u00e9buts dans la profession sont stressants, car on s\u2019occupe de plus de patient-e-s qu\u2019en stage, l\u2019entraide et la collaboration avec des coll\u00e8gues pour r\u00e9ussir des projets de soins parfois compliqu\u00e9s sont vraiment positives. J\u2019ai aussi appris de nombreux gestes complexes qui me seront utiles durant toute ma carri\u00e8re. \u00bb L\u2019objectif de la Vaudoise de 24 ans est de pouvoir un jour travailler en chirurgie p\u00e9diatrique.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 23).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pand\u00e9mie a mis en lumi\u00e8re le travail des infirmi\u00e8res et infirmiers de Suisse, dynamisant le nombre d\u2019inscrit-e-s dans les hautes \u00e9coles. Une \u00e9volution r\u00e9jouissante tant il est crucial que ces piliers du syst\u00e8me de sant\u00e9 soient suffisamment nombreux et bien form\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":20165,"featured_media":12273,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-12272","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12272","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12272"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12272\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12276,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12272\/revisions\/12276"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/12273"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12272"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12272"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12272"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}