



{"id":12248,"date":"2021-10-25T22:58:55","date_gmt":"2021-10-25T20:58:55","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12248"},"modified":"2022-01-26T15:49:36","modified_gmt":"2022-01-26T14:49:36","slug":"sante-106","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12248","title":{"rendered":"Plong\u00e9e dans les myst\u00e8res du coma"},"content":{"rendered":"<p>\u00abUn patient \u00e9mergeant du coma est comme pris dans une avalanche. Il ne sait plus discerner le haut du bas, il est compl\u00e8tement engourdi et d\u00e9sorient\u00e9.\u226b Karin Diserens est m\u00e9decin adjointe responsable de l\u2019Unit\u00e9 de neuro-r\u00e9\u00e9ducation aigue (NRA) du CHUV. Son quotidien : aider les personnes qui sortent du coma \u00e0 retrouver leurs capacit\u00e9s c\u00e9r\u00e9brales par une stimulation des cinq sens : odeurs, musique, mouvements. Dans son unit\u00e9 \u2013 la seule du genre en Suisse \u2013, les patients tentent de se remettre de leur accident au moyen d\u2019une approche neurosensorielle, a l\u2019instar du coureur automobile Michael Schumacher qui y avait \u00e9t\u00e9 soigne apr\u00e8s sa chute \u00e0 skis. \u226aLes connexions dans le cerveau entre la pr\u00e9diction d\u2019une action et sa r\u00e9alisation concr\u00e8te sont alt\u00e9r\u00e9es, d\u00e9taille Karin Diserens. Notre objectif est de r\u00e9tablir ce lien en stimulant la cr\u00e9ation de nouvelles liaisons c\u00e9r\u00e9brales, en insistant notamment sur les zones intactes pour que les progr\u00e8s se r\u00e9percutent sur les parties endommag\u00e9es.\u226b R\u00e9p\u00e9t\u00e9s, familiers, individualis\u00e9s, les soins th\u00e9rapeutiques donnent des rep\u00e8res aux patient-e-s.<\/p>\n<p>Contrairement au sommeil ou \u00e0 une anesth\u00e9sie, qui sont r\u00e9versibles \u00e0 court terme, le coma est un trouble de l\u2019\u00e9tat de conscience s\u00e9v\u00e8re et pathologique. Selon l\u2019Acad\u00e9mie suisse des sciences m\u00e9dicales (ASSM), \u226aun-e patient-e dans le coma a les yeux fermes et est d\u00e9pourvu de r\u00e9actions c\u00e9r\u00e9brales a des stimuli internes (v\u00e9g\u00e9tatifs, \u00e9motionnels) et externes (douleurs, temp\u00e9rature)\u226b. Pour \u00e9tablir la profondeur d\u2019un trouble de l\u2019\u00e9tat de conscience, les sp\u00e9cialistes utilisent une mod\u00e9lisation en deux axes. Elle repose sur un axe quantitatif, c\u2019est-adire le degr\u00e9 d\u2019\u00e9veil ou la capacit\u00e9 de mouvement, et un axe qualitatif, soit la perception et l\u2019interaction avec l\u2019environnement.<\/p>\n<p>\u226aLes raisons du coma peuvent\u00a0 \u00eatre multiples, explique Andrea Rossetti, professeur associe en neurologie au CHUV. Il peut \u00eatre du a un traumatisme (accident de voiture, chute), a une infection (m\u00e9ningo-enc\u00e9phalite), a une intoxication a des substances (drogues, alcool), a une attaque c\u00e9r\u00e9brale, ou encore \u00e0 un arr\u00eat cardiaque (qui compromet l\u2019oxyg\u00e9nation du cerveau). Dans tous les cas, plus on agit vite pour prendre en charge la ou le patient-e, plus on diminue ses risques de s\u00e9quelles au cerveau, am\u00e9liorant ainsi ses chances de survie. Mais c\u2019est principalement la cause du coma qui d\u00e9termine le pronostic.\u226b<\/p>\n<p><strong>METTRE LE CERVEAU AU REPOS<\/strong><\/p>\n<p>Dans le Service de m\u00e9decine intensive adulte du CHUV, 15 \u00e0 20% des patients arrivent dans un \u00e9tat comateux. En dehors de ces cas, il est possible que, dans des situations s\u00e9v\u00e8res touchant d\u2019autres organes que le cerveau et n\u00e9cessitant des gestes invasifs donc tr\u00e8s inconfortables, il soit pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019endormir les patients.<\/p>\n<p>\u00abDans le cas du Covid-19 par exemple, une partie des patient-e-s gravement atteints \u00e9taient plac\u00e9s en coma artificiel afin d\u2019\u00eatre intub\u00e9s pour faciliter leur ventilation, d\u00e9taille le neurologue Andrea Rossetti. Les patients r\u00e9veill\u00e9s peuvent en effet avoir des r\u00e9flexes de toux, de lutte, qui les emp\u00eachent d\u2019\u00eatre soign\u00e9s correcte- ment.\u00bb Une personne dans le coma peut avoir des organes en \u00e9tat de marche, mais aura pratiquement toujours besoin d\u2019un soutien aux soins intensifs. Il faut la nourrir avec une sonde et la mouvoir r\u00e9guli\u00e8rement pour \u00e9viter les escarres ou des plaies dues \u00e0 une pression prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Lors d\u2019un coma artificiel, le cerveau est mis au repos. L\u2019\u00e9tat est similaire \u00e0 une anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale. Les m\u00e9decins utilisent des s\u00e9datifs afin que le ou la patient-e perde conscience, des analg\u00e9siques pour diminuer ses douleurs, et des curares pour paralyser ses r\u00e9flexes. Objectif : diminuer la demande d\u2019\u00e9nergie pour se concentrer\u00a0 sur le reste du corps et combattre l\u2019inflammation ou l\u2019infection qui affecte le patient. \u226a Le coma artificiel est volontairement engendre par des m\u00e9dicaments, pr\u00e9cise le professeur Rossetti. La cause est donc claire et il suffit de sevrer le patient pour induire son r\u00e9veil. \u226b<\/p>\n<p>Le r\u00e9veil peut n\u00e9anmoins prendre du temps, compl\u00e8te Nawfel Ben Hamouda, m\u00e9decin associ\u00e9 au Service de m\u00e9decine intensive adulte au CHUV: \u00abL\u2019organisme a souvent accumul\u00e9 de fortes doses de s\u00e9datifs. Les r\u00e9veils de coma sont donc lents et progressifs. Un patient hospitalis\u00e9 dans un coma induit pendant dix jours mettra par exemple trois \u00e0 six jours \u00e0 se r\u00e9veiller progressivement.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12249\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/largeur_251021.png\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/largeur_251021.png 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/largeur_251021-300x199.png 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/largeur_251021-272x182.png 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>La plong\u00e9e dans le coma d\u2019une personne se caract\u00e9rise par le fait qu\u2019elle n\u2019arrive plus \u00e0 interagir avec l\u2019ext\u00e9rieur mais peut conserver une perception de son environnement, des sons et des odeurs par exemple. Toutefois, ces informations ne sont pas toujours trait\u00e9es par le cerveau. L\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 communiquer du patient emp\u00eache parfois le personnel m\u00e9dical de savoir s\u2019il est v\u00e9ritablement conscient ou non. Ainsi, la professeure Diserens explique qu\u2019il subsiste plus de 30 \u00e0 40% de faux diagnostics, c\u2019est-\u00e0-dire des situations o\u00f9 le patient ne r\u00e9pond pas et est consid\u00e9r\u00e9 comme inconscient, mais a pourtant toujours une activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Plantes aromatiques, sensation du vent ou du soleil sur la peau: pour aider les patients \u00e0 recouvrer leurs capacit\u00e9s apr\u00e8s un coma, un jardin ext\u00e9rieur th\u00e9rapeutique de 300 m2 a \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9 dans l\u2019enceinte du CHUV. Pour Karin Diserens, \u00abl\u2019augmentation de la stimulation des cinq sens permet de relier les informations des lobes c\u00e9r\u00e9braux et de favoriser l\u2019interaction du patient ainsi que sa capacit\u00e9 de bouger et de communiquer\u00bb. Cet espace ext\u00e9rieur permet aussi aux malades de voir leurs proches et leurs animaux de compagnie, premi\u00e8re porte d\u2019entr\u00e9e vers les souvenirs motivant la r\u00e9cup\u00e9ration motrice. Et les r\u00e9sultats sont au rendez-vous: \u00abNous avons eu une patiente qui a commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir lorsqu\u2019elle a pu caresser son chien\u00bb, se souvient Karin Diserens. Cette approche neuro-sensorielle innovante fait ainsi du CHUV un \u00e9tablissement pr\u00e9curseur puisque c\u2019est le seul h\u00f4pital de Suisse \u00e0 avoir d\u00e9velopp\u00e9 un tel dispositif th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p><strong>UN R\u00c9VEIL DIFFICILE<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLe coma ne peut pas durer \u00e9ternelle- ment: soit l\u2019\u00e9tat du patient s\u2019aggrave et malheureusement il d\u00e9c\u00e8de, soit il finit par ouvrir les yeux, explique Andrea Rossetti. D\u00e8s lors, son \u00e9tat peut varier, de s\u00e9quelles l\u00e9g\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9veil sans r\u00e9ponse, p\u00e9jorativement appel\u00e9 \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif (voir encadr\u00e9). On peut toutefois affirmer que plus la ou le patient-e reste longtemps dans le coma, plus son pronostic sur le long terme est engag\u00e9. En effet, la gu\u00e9rison s\u2019av\u00e9rera souvent difficile et les s\u00e9quelles profondes.\u00bb Contrairement aux imaginaires des films, \u00ables r\u00e9veils tardifs sont extr\u00eamement rares\u00bb, ajoute le professeur.<\/p>\n<p>Les s\u00e9quelles potentielles sont des troubles cognitifs, autrement dit des difficult\u00e9s de m\u00e9moire, de perception, un ralentissement de la pens\u00e9e. Il peut aussi s\u2019agir de probl\u00e8mes de langage, de l\u2019\u00e9quilibre, de la marche. La question des s\u00e9quelles reste n\u00e9anmoins toujours d\u00e9battue. \u00abNous n\u2019avons pas un sc\u00e9nario unique puisque tout d\u00e9pend surtout de la cause du trouble de l\u2019\u00e9tat de conscience, mais aussi de la plasticit\u00e9 du cerveau, de l\u2019\u00e2ge, de l\u2019\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral des patient-e-s\u00bb, ajoute Andrea Rossetti.<\/p>\n<p>Les patient-e-s qui sortent du coma peuvent \u00e9galement pr\u00e9senter une faiblesse musculaire acquise. \u00abLorsqu\u2019un patient reste immobile et s\u00e9dat\u00e9, ses muscles ne sont pas sollicit\u00e9s, donc leur masse diminue, d\u00e9veloppe Nawfel Ben Hamouda. Ces pertes peuvent atteindre 10% de la masse musculaire d\u00e8s le troisi\u00e8me jour de coma. Tout le monde n\u2019est toutefois pas concern\u00e9, la maladie en cause (en particulier les \u00e9tats infectieux), l\u2019\u00e2ge ou encore la sant\u00e9 physique entrent en ligne de compte.\u00bb Une personne jeune aura ainsi probablement plus de facilit\u00e9s \u00e0 red\u00e9velopper ses muscles et \u00e0 se remettre sur pied rapidement qu\u2019une personne \u00e2g\u00e9e.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences des \u00e9tats comateux li\u00e9s \u00e0 une atteinte c\u00e9r\u00e9brale (maladie, traumatisme, arr\u00eat cardiaque) sont donc extr\u00eamement variables. Pour Nawfel Ben Hamouda, sp\u00e9cialiste en neuro-r\u00e9animation, \u00abla complexit\u00e9 r\u00e9side dans cette zone grise, se situant entre l\u2019\u00e9tat normal et l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9veil sans r\u00e9ponse. Dans ces situations, nous avons recours \u00e0 des examens compl\u00e9mentaires et \u00e0 des \u00e9valuations neurologiques.<\/p>\n<p>En fonction de ces r\u00e9sultats, des avis des diff\u00e9rents sp\u00e9cialistes et des directives anticip\u00e9es du patient s\u2019il en a pr\u00e9alablement \u00e9mises, nous discutons, entre coll\u00e8gues et avec la famille, des chances de r\u00e9veil et des s\u00e9quelles potentielles.\u00bb Les comas peuvent donc prendre des formes et des profondeurs tr\u00e8s diff\u00e9rentes, mais le pronostic d\u00e9pend toujours largement de la cause et de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019atteinte.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 23).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certaines personnes gravement atteintes par le Covid-19 sont plac\u00e9es\u00a0 en coma artificiel. 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L\u2019urgence est alors d\u2019en comprendre la cause afin de la traiter rapidement.<\/p>\n","protected":false},"author":20256,"featured_media":12249,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303,1299],"class_list":["post-12248","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12248","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20256"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12248"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12248\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12250,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12248\/revisions\/12250"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/12249"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12248"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12248"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12248"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}