



{"id":12239,"date":"2021-10-21T23:00:43","date_gmt":"2021-10-21T21:00:43","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=12239"},"modified":"2021-10-21T12:03:53","modified_gmt":"2021-10-21T10:03:53","slug":"covid-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=12239","title":{"rendered":"G\u00e9n\u00e9ration Covid: de la solitude \u00e0 la reconstruction"},"content":{"rendered":"<p>\u00abLe confinement m\u2019a fait vivre une seconde d\u00e9pression. \u00bb Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020, Julie*, la vingtaine, venait de reprendre ses \u00e9tudes. Elle entamait une maturit\u00e9 professionnelle dans le canton de Vaud apr\u00e8s avoir travers\u00e9 une importante d\u00e9pression. Mais lorsque l\u2019isolement lui est impos\u00e9 en raison des restrictions sanitaires, ses troubles la rattrapent. Seule dans son studio, priv\u00e9e de contacts sociaux et scolaires, elle perd ce gout \u00e0 la vie si fra\u00eechement retrouv\u00e9. \u00abD\u2019abord j\u2019ai d\u00e9croch\u00e9 avec les cours. Puis j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 manger et dormir de moins en moins, sans m\u2019en rendre compte. Jusqu\u2019\u00e0 faire une d\u00e9compensation psychotique et \u00eatre hospitalis\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Julie n\u2019a pas repris ses \u00e9tudes mais elle va mieux. Avec courage, elle met des mots sur cet \u00e9pisode difficile : \u00abJ\u2019allais bien et la crise sanitaire a arr\u00eat\u00e9 le monde d\u2019un coup. Je ne voyais plus personne, j\u2019\u00e9tais seule. Le confinement a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9clencheur : il m\u2019a replong\u00e9e dans un mal-\u00eatre profond.\u00bb<\/p>\n<p>La population dans son ensemble a souffert des mesures d\u2019isolement, mais les jeunes ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement touch\u00e9s. Une \u00e9tude r\u00e9cente de l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le r\u00e9alis\u00e9e au cours de la deuxi\u00e8me vague de Covid-19 a montr\u00e9 une augmentation de pr\u00e8s de 29% des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs graves chez les 14\u201224 ans (alors qu\u2019elle est de 14% chez les 45\u201254 ans et de 6% chez les 65 ans et plus, \u00e9tude bas\u00e9e sur un \u00e9chantillon de 11\u2019000 personnes issues de toute la Suisse).<\/p>\n<p><strong>UN MAL-ETRE QUI DURE<\/strong><\/p>\n<p>Kerstin von Plessen est cheffe du Service de psychiatrie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent au CHUV. Entre les mois de juin et septembre 2020, son service a accus\u00e9 une augmentation de 40% des demandes d\u2019hospitalisation par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. \u00abOn ne peut pas dire que de telles requ\u00eates soient toutes li\u00e9es \u00e0 la crise sanitaire, pr\u00e9cise la professeure. L\u2019\u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le prouve toutefois que les plus jeunes ont davantage souffert. L\u2019interaction avec les pairs est essentielle \u00e0 un \u00e2ge ou l\u2019individu se d\u00e9couvre et se construit. Les adolescent-e-s ont besoin des liens sociaux, car leur identit\u00e9 est bas\u00e9e sur le miroir que leur renvoient les autres.\u00bb<\/p>\n<p>Les chiffres r\u00e9colt\u00e9s par la fondation Pro Juventute pour l\u2019ann\u00e9e 2020 viennent \u00e9galement confirmer la souffrance de toute une g\u00e9n\u00e9ration. La fondation propose via sa ligne 147 des conseils aux jeunes dans le besoin. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre et gratuitement, les personnes en difficult\u00e9 peuvent contacter les collaborateurs du service par t\u00e9l\u00e9phone, message ou encore e-mail. D\u00e8s le d\u00e9but de la pand\u00e9mie, le 147 a fait face \u00e0 une augmentation des demandes de consultation. La responsable du Service conseils de la fondation en Suisse romande, Florence Baltisberger, insiste sur le caract\u00e8re alarmant de ces appels. \u00abSi les requ\u00eates ne sont pas devenues ing\u00e9rables en termes de quantit\u00e9, c\u2019est flagrant de voir l\u2019augmentation de leur densit\u00e9, explique-t-elle. Depuis la crise sanitaire, ces demandes de soutien durent plus longtemps mais se r\u00e9v\u00e8lent aussi plus compliqu\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p>En 2020, selon le rapport annuel de Pro Juventute, enfants et jeunes adultes ont majoritairement sollicit\u00e9 le 147 pour des questions li\u00e9es aux restrictions impos\u00e9es \u00e0 leur vie sociale. En comparaison avec l\u2019ann\u00e9e 2018, les inqui\u00e9tudes et les doutes concernant la perte d\u2019amis ou le sentiment de solitude repr\u00e9sentent des th\u00e8mes sensiblement plus abord\u00e9s (+93% et +37%). Mais encore, l\u2019augmentation des probl\u00e8mes personnels graves, tels que des pens\u00e9es suicidaires ou des \u00e9tats d\u00e9pressifs, a constitu\u00e9 presque la moiti\u00e9 des motifs d\u2019appel au 147 durant cette ann\u00e9e de pand\u00e9mie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12240\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Largeur_211021.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Largeur_211021.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Largeur_211021-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Largeur_211021-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>SE RECONSTRUIRE POUR AVANCER<\/strong><\/p>\n<p>Alors que la vaccination redonne aujourd\u2019hui de l\u2019espoir et permet aux restrictions d\u2019\u00eatre peu \u00e0 peu lev\u00e9es, une partie de cette classe d\u2019\u00e2ge continue de se sentir \u00e9prouv\u00e9es. C\u2019est ce qu\u2019observe la docteure Alessandra Duc Marwood, sp\u00e9cialiste des questions de maltraitance intrafamiliale. \u00abNos adolescente-s et jeunes adultes souffrent encore massivement. L\u2019isolement leur a donn\u00e9, pour la plupart, un sentiment d\u2019inutilit\u00e9 qui porte fortement atteinte au sens donn\u00e9 \u00e0 leur vie et \u00e0 leur avenir.\u00bb<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences sur le long terme de ces mois difficiles sont encore mal connues. Plusieurs institutions acad\u00e9miques romandes ont sond\u00e9 les \u00e9tudiant-e-s sur leur sant\u00e9 mentale, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel qui a produit un rapport ou l\u2019on d\u00e9couvre que 86% des 1688 participantes et participants mentionnent des difficult\u00e9s \u00e0 rester motiv\u00e9s pour les \u00e9tudes. \u00c0 Gen\u00e8ve, l\u2019Adepsy (Association des \u00e9tudiants en psychologie) a men\u00e9 une enqu\u00eate aupr\u00e8s de 509 \u00e9tudiant-e-s. Les r\u00e9sultats sont alarmants : environ un tiers des sond\u00e9s indique avoir eu des pens\u00e9es suicidaires ou \u00abenvie de se faire du mal au moins une petite partie du temps\u00bb durant la pand\u00e9mie. \u00abSuivre de pr\u00e8s cette g\u00e9n\u00e9ration est crucial : il faut agir maintenant et au plus vite\u00bb, insiste Alessandra Duc Marwood. La p\u00e9dopsychiatre redoute une perte de sens qui dure et qui se traduirait par une impossibilit\u00e9 pour les jeunes de reprendre une vie normale. D\u00e9crochages scolaires, manque de vision d\u2019avenir ou encore \u00e9tats d\u00e9pressifs sont autant de cons\u00e9quences redout\u00e9es.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce futur incertain, une question demeure : comment aider les adultes de demain ? Autrement dit, comment permettre \u00e0 cette \u00abg\u00e9n\u00e9ration Covid\u00bb de se reconstruire ? Les docteures Kerstin von Plessen et Alessandra Duc Marwood s\u2019accordent sur la r\u00e9ponse \u00e0 donner : il faut prendre au s\u00e9rieux les craintes et obstacles rencontr\u00e9s durant la pand\u00e9mie. Surtout, les deux professionnelles de la sant\u00e9 se montrent critiques quant \u00e0 la stigmatisation qui a pu \u00eatre r\u00e9serv\u00e9e aux jeunes, parfois accus\u00e9s de moins respecter les mesures que leurs a\u00een\u00e9s. Par exemple, des incidents comme les \u00e9meutes de Saint-Gall d\u2019avril dernier, ou quelque 300 jeunes sont entr\u00e9s en conflit avec les forces de l\u2019ordre, ont contribu\u00e9 \u00e0 jeter le bl\u00e2me sur toute une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Alessandra Duc Marwood insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de reconna\u00eetre les efforts ainsi que les sacrifices r\u00e9alis\u00e9s. \u00abLes jeunes sont pour la plupart capables de se reconstruire, explique-t-elle. Mais leur capacit\u00e9 de r\u00e9silience va d\u00e9pendre de ce que la soci\u00e9t\u00e9 leur envoie comme message. C\u2019est-\u00e0-dire, de comment elle va reconna\u00eetre qu\u2019ils ont pour beaucoup jou\u00e9 le jeu durant toute la crise sanitaire. \u00c0 un niveau soci\u00e9tal et individuel, on doit pouvoir dire que c\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 leurs sacrifices qu\u2019on voit le bout du tunnel.\u00bb Enfin, la docteure l\u2019affirme: un avenir plus serein n\u00e9cessite que l\u2019on soit plus tol\u00e9rant face au besoin de certains de se retrouver. \u00abIl faut que l\u2019on souhaite \u00e0 notre jeunesse de pouvoir refaire la f\u00eate et recr\u00e9er des liens. C\u2019est crucial que chaque personne puisse se r\u00e9parer.\u00bb \/<\/p>\n<p>*Pr\u00e9nom d\u2019emprunt<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>RECUEILLIR DES TEMOIGNAGES<\/strong><\/p>\n<p>Sur Instagram, Claire Descombes, 25 ans, s\u2019organise. Cette \u00e9tudiante en math\u00e9matiques \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne a ouvert en janvier dernier un compte (@anxietudessuperieurs.ch) qui publie les t\u00e9moignages anonymes des \u00e9tudiant-e-s face \u00e0 l\u2019isolement induit par la pand\u00e9mie. \u00abLa solitude li\u00e9e aux restrictions, dont la fermeture des hautes \u00e9coles, je l\u2019ai v\u00e9cue de plein fouet, avoue la jeune femme. J\u2019ai voulu donner de la visibilit\u00e9 \u00e0 ma propre exp\u00e9rience mais aussi \u00e0 ce que je per\u00e7ois autour de moi : les jeunes souffrent et ne se sentent pas \u00e9cout\u00e9s.\u00bb Parmi la centaine de t\u00e9moignages affich\u00e9s sur le compte de Claire, certains mentionnent des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs graves. D\u2019autres reviennent sur leur d\u00e9crochage scolaire. \u00abAu d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2021, j\u2019\u00e9tais suspendue aux nouvelles, peut-on ainsi lire sur une publication. Je n\u2019attendais qu\u2019une chose, qu\u2019on me dise que l\u2019universit\u00e9 rouvrirait\u2026 jusqu\u2019au jour o\u00f9 j\u2019apprends que nous resterons emprisonn\u00e9s dans nos chambres pour tout le semestre.\u00bb De son c\u00f4t\u00e9, Claire Descombes affiche une m\u00e9fiance face \u00e0 l\u2019avenir. \u00abEn tant qu\u2019\u00e9tudiants, on a peur d\u2019\u00eatre forc\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon du pr\u00e9sentiel pour la suite de nos \u00e9tudes. Si l\u2019on continue ainsi, on risque de mettre sur pied une g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9nu\u00e9e de toute capacit\u00e9 \u00e0 socialiser et \u00e9voluer en soci\u00e9t\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 23).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plusieurs \u00e9tudes montrent que les jeunes ont particuli\u00e8rement souffert de l\u2019isolement li\u00e9 \u00e0 la crise sanitaire. 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