



{"id":1214,"date":"2002-11-28T00:00:00","date_gmt":"2002-11-27T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1214"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"balkans 2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1214","title":{"rendered":"Carnet de route apr\u00e8s la guerre (3)"},"content":{"rendered":"\n<ul><font size=2>Il \u00e9tait une fois la Yougoslavie. A l\u2019\u00e9t\u00e9 1990, des bruits de bottes commen\u00e7aient \u00e0 agiter les r\u00e9publiques de la F\u00e9d\u00e9ration construite par Tito. La suite est connue. Sanglante, elle dura onze ans. <\/p>\n<p>De la Croatie \u00e0 la Bosnie, avant le Kosovo et la Mac\u00e9doine, la Yougoslavie se disloqua. Quelques centaines de milliers de victimes plus tard, les feux de la guerre se sont progressivement \u00e9teints depuis ao\u00fbt 2001, avec la fin du dernier \u00e9pisode guerrier en Mac\u00e9doine. <\/p>\n<p>On ne parle plus des Balkans aujourd\u2019hui, on regarde ailleurs, vers Bagdad et Oussama. A la fin de l\u2019ann\u00e9e 2002, la p\u00e9ninsule balkanique aura termin\u00e9 sa premi\u00e8re ann\u00e9e compl\u00e8te sans guerre depuis douze ans. Escapade subjective apr\u00e8s l\u2019orage ethnique.<\/p>\n<p>Lire <a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1208 target=_blank class=std>ici<\/a> le volet pr\u00e9c\u00e9dent de notre reportage dans les Balkans.<\/font><\/ul>\n<p><b>Gracanica (Kosovo), 25 octobre, 13 heures<\/b><\/p>\n<p>S\u2019il existait un office du tourisme du Kosovo, et s\u2019il pratiquait le cynisme comme arme de distraction massive, il dirait ceci: \u00abVisitez la province, sa capitale Pristina, mais aussi ses enclaves, ses r\u00e9serves de Serbes!\u00bb Car depuis que les Kosovars sont rentr\u00e9s chez eux en juillet 1999 dans la foul\u00e9e des troupes de \u00ablib\u00e9ration\u00bb de l\u2019Otan, ils ont aussit\u00f4t chass\u00e9 les Serbes dans un exercice de nettoyage ethnique \u00e0 l\u2019envers, moins meurtrier que celui exerc\u00e9 initialement par les Serbes contre eux. <\/p>\n<p>La poign\u00e9e de Slaves qui est rest\u00e9e dans la province \u2013 ceux qui pensaient que le fait de n\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 aucun crime les prot\u00e8gerait de la vengeance, cruelle erreur \u2013 v\u00e9g\u00e8te dans quelques bantoustans, \u00eelots orthodoxes au milieu de l\u2019islam mod\u00e9r\u00e9 kosovar.<\/p>\n<p>Celui de Gracanica est particuli\u00e8rement spectaculaire. Il permet, \u00e0 7 kilom\u00e8tres tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment du centre de Pristina, l\u2019une des cit\u00e9s majeures de l\u2019univers albanais, de p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 nouveau&#8230; dans le monde 100% serbe. Il y a encore une ann\u00e9e, l\u2019enclave de Gracanica, qui abrite l\u2019un des plus sublimes monast\u00e8res orthodoxes d\u2019ex-Yougoslavie (ce qui fait toujours dire aux Serbes que le Kosovo est leur J\u00e9rusalem) \u00e9tait lourdement d\u00e9fendue par des \u00e9l\u00e9ments su\u00e9dois de la KFOR, la force de protection de l\u2019Otan. Contr\u00f4les s\u00e8v\u00e8res sur la route aux entr\u00e9es et aux sorties du bourg, soldats post\u00e9s devant le monast\u00e8re, le doigt sur la g\u00e2chette du fusil-mitrailleur. <\/p>\n<p>Plus rien de tout cela: la pr\u00e9sence militaire s\u2019est faite beaucoup plus discr\u00e8te, signe tangible de cette \u00abam\u00e9lioration constante de la s\u00e9curit\u00e9 et de la coexistence\u00bb, dont parlent r\u00e9guli\u00e8rement les Onusiens en charge de la province. \u00abDe ce point de vue, oui, la situation est radicalement meilleure, c\u2019est vrai, on peut m\u00eame dire que la s\u00e9curit\u00e9 au Kosovo est d\u00e9sormais assur\u00e9e comme \u00e0 Paris ou \u00e0 Gen\u00e8ve\u00bb, nous avait fait remarquer Evliana, brillante Evliana, \u00e0 Pristina. <\/p>\n<p>Rien pour autant ne permet de jalouser la vie des enclav\u00e9s. S\u2019ils n\u2019ont plus besoin d\u2019escorte comme il y a quelques mois, c\u2019est tout de m\u00eame la peur au ventre qu\u2019ils prennent la voiture pour aller faire leurs courses en Serbie, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 ce morceau de Kosovo kosovar qu\u2019ils redoutent tant. <\/p>\n<p>Et puis, c\u00f4t\u00e9 occupation, on r\u00e9sumera assez bien le sentiment g\u00e9n\u00e9ral en indiquant qu\u2019ici ce n\u2019est pas le ch\u00f4mage qui fait l\u2019objet d\u2019un pourcentage, mais l\u2019emploi. Le taux d\u2019emploi de Gracanica doit ainsi avoisiner les 10%. De quoi tuer le temps en sirotant une Lasko Pivo, une Pilsner import\u00e9e on ne sait trop comment de Slov\u00e9nie. Mais qu\u2019il faut payer en dinars yougoslaves (ceux de Belgrade), alors que la monnaie officielle du Kosovo est l\u2019euro (celui de Francfort). <\/p>\n<p><b>Sur la route, entre Pristina et Prizren (sud du Kosovo), 26 octobre<\/b><\/p>\n<p>Fin octobre, l\u2019automne balkanique est saisissant. Que le soleil se voile, la brume \u00e9paissit dans la foul\u00e9e, et l\u2019on sent presque aussit\u00f4t la douleur remonter de la terre humide, noire, lourde de son histoire. A la sortie de Pristina, on passe devant Kosovo Polje, le fameux \u00abchamp des Merles\u00bb, lieu de la d\u00e9faite des Serbes devant les conqu\u00e9rants ottomans (1389). <\/p>\n<p>L\u2019affrontement avait plut\u00f4t bien commenc\u00e9 pour les Slaves, puisqu\u2019avant m\u00eame le d\u00e9but de la bataille, le fier guerrier Milos Obilic avait tu\u00e9 le sultan Mourad \u00e0 l\u2019aube. La suite fut nettement moins glorieuse avec l\u2019occupation de la plus grande partie des Balkans par la Sublime Porte jusqu\u2019en 1914.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0, \u00e0 Kosovo Polje, six si\u00e8cles plus tard, en 1989, qu\u2019un certain Slobodan Milosevic d\u00e9cha\u00eena le nationalisme Grand Serbe. \u00abLa Serbie est un des seul pays au monde qui a mythifi\u00e9 une d\u00e9faite\u00bb, nous avait dit un jour un ami belgradois. Kosovo Polje, le \u00abChamp des Merles\u00bb, en est couvert : des merles, ou plut\u00f4t des corneilles, nu\u00e9es noires et tourbillonnantes, caquetantes, sinistres, omipr\u00e9sentes, comme chaque ann\u00e9e \u00e0 pareille p\u00e9riode.<\/p>\n<p>Et puis, direction plein sud, les inqui\u00e9tants oiseaux se font moins nombreux. L\u2019atmosph\u00e8re, pesante, s\u2019all\u00e8ge. Nous gagnons en altitude, l\u2019horizon se d\u00e9gage. Voici, tout autour du nous, le Kosovo, comme le d\u00e9crivait le g\u00e9ographe Jacques Ancel au d\u00e9but des ann\u00e9es 30 dans son ouvrage \u00abPeuples et nations des Balkans\u00bb:<\/p>\n<ul><font size=2>Entre les gorges de l\u2019Ibar et le d\u00e9fil\u00e9 de Katchanik, la route de Sarajevo \u00e0 Skopli\u00e9 suit une plaine relativement basse (500 m\u00e8tres environ): c\u2019est le Kosovo poli\u00e9. Au lointain horizon, les cr\u00eates dentel\u00e9es, blanches des Malciya Madh\u00e9 albanaises (en serbe Prokl\u00e9ti\u00e9), les croupes rondes et bois\u00e9es du Char mac\u00e9donien; plus pr\u00e8s, s\u00e9parant le Kosovo des hautes plaines voisines, les collines bocag\u00e8res et pastorales, planin\u00e9 aux noms multiples, ne d\u00e9passant pas 1200 m\u00e8tres: telle est l\u2019enceinte. Sur les fonds, les rivi\u00e8res se tra\u00eenent (&#8230;), alternativement vers le Nord ou vers le Sud: leurs rives vaseuses disparaissent sous les joncs, les saules et les osiers. Dans le Kosovo le Nord et le Midi se rejoignent.<\/font><\/ul>\n<p>Justement, une fois pass\u00e9 Suva Reka, tout respire d\u00e9sormais le midi. Les vignes folles, rousses, pars\u00e8ment les pentes douces des contreforts du massif de la Char Planina, \u00abl\u2019Alpe du Char\u00bb, la cha\u00eene qui s\u00e9pare le Kosovo de la Mac\u00e9doine. Et puis voici Prizren, tout au sud de la province, seule cit\u00e9 kosovare a avoir int\u00e9gralement conserv\u00e9 son caract\u00e8re ottoman, a avoir r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la planification urbaine titiste.<\/p>\n<p>Sur la vieille place, pav\u00e9e, la mosqu\u00e9e Sinam Pacha Djani (16\u00e8me si\u00e8cle), le plus bel exemple d\u2019architecture musulmane de la r\u00e9gion, tr\u00f4ne, l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9e. L\u2019imam est un \u00abexpat\u00bb d\u2019Ankara. On dit de l\u2019islam balkanique qu\u2019il serait tr\u00e8s influenc\u00e9 par le financement saoudien, sensible aux sir\u00e8nes du wahhabisme. \u00abNous n\u2019avons jamais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pratiquants\u00bb, contredit le gardien de la mosqu\u00e9e avant de dire en serbe, \u00abc\u2019est tr\u00e8s vieille mosqu\u00e9e\u00bb, aux diplomates am\u00e9ricains en goguette qui visitent le lieu en deux minutes chrono. <\/p>\n<p>C\u2019est ici, sur le parvis, que Gerhard Schr\u00f6der, en \u00abvainqueur\u00bb du Kosovo, \u00e9tait venu en juillet 1999 recueillir devant une foule immense l\u2019acclamation due \u00e0 son triomphe. Depuis lors Prizren se trouve en \u00abzone allemande\u00bb: ce sont des soldats de la Wehrmacht qui maintiennent la paix. A deux pas de la mosqu\u00e9e, ils stationnent, barbel\u00e9s et blind\u00e9s l\u00e9gers, autour de la vieille \u00e9glise orthodoxe. \u00abSans eux, elle ne serait plus l\u00e0\u00bb, plaisante un passant. <\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9glise est rest\u00e9e, les Serbes eux sont partis. Sur les terrasses ombrag\u00e9es, peupl\u00e9es exclusivement de m\u00e2les, on \u00e9change les derni\u00e8res infos sur le \u00abcommerce\u00bb. Dix kilom\u00e8tres au sud, c\u2019est l\u2019Albanie, derri\u00e8re les montagnes. Dix kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019est, c\u2019est la Mac\u00e9doine \u2013 la partie albanaise de Mac\u00e9doine \u2013 derri\u00e8re d\u2019autres montagnes. Prizren la douce, Prizren la m\u00e9diterann\u00e9enne, enclav\u00e9e dans ses massifs: nous sommes au c\u0153ur du monde albanais. <\/p>\n<p>Prochain \u00e9pisode:<br \/>\n<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1219>De Prizren \u00e0 Tetovo, bastion mac\u00e9donien de la Grande Albanie<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Balkans terminent leur premi\u00e8re ann\u00e9e de paix apr\u00e8s douze ans d&rsquo;orage ethnique. Nos envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux Guillaume Dalibert et Serge Michel ont sillonn\u00e9 la r\u00e9gion. 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