



{"id":1202,"date":"2002-11-12T00:00:00","date_gmt":"2002-11-11T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1202"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"balkans 2002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1202","title":{"rendered":"Carnet de route apr\u00e8s la guerre (1)"},"content":{"rendered":"\n<ul><font size=2>Il \u00e9tait une fois la Yougoslavie. A l\u2019\u00e9t\u00e9 1990, des bruits de bottes commenc\u00e8rent \u00e0 agiter les r\u00e9publiques de la \u00abF\u00e9d\u00e9ration\u00bb construite par Tito. La suite, sanglante, dura onze ans.<\/p>\n<p>De la Croatie \u00e0 la Bosnie, avant le Kosovo et la Mac\u00e9doine, l\u2019agonie se propagea m\u00e9thodiquement le long d\u2019un axe nord-ouest sud-est. Les feux de la guerre se sont progressivement \u00e9teints depuis ao\u00fbt 2001, avec les accords d\u2019Ohrid qui ont mis fin au dernier \u00e9pisode explosif, celui de Mac\u00e9doine. Les grands m\u00e9dias occidentaux ont pli\u00e9 bagage, se sont tourn\u00e9s vers Bagdad.<\/p>\n<p>On ne parle plus des Balkans. En 2002, ils auront termin\u00e9 leur premi\u00e8re ann\u00e9e sans guerre depuis douze ans. Escapade apr\u00e8s l\u2019orage ethnique.<\/font><\/ul>\n<p><b>Belgrade, 23 octobre 2002, 15 heures<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;averse est venue d&rsquo;un coup, quand le taxi traversait le pont sur la Save. Belgrade s&rsquo;est effac\u00e9e derri\u00e8re les torrents d&rsquo;eau sur le pare-brise que troublait \u00e0 peine l&rsquo;agitation rythm\u00e9e des petits essuie-glaces de la Yougo 45. Sur le toit, l&rsquo;enseigne lumineuse jaune \u00abBeotaxi\u00bb trahit la h\u00e2te avec laquelle on l\u2019a fix\u00e9e: l&rsquo;eau ruisselle par le cordon \u00e9lectrique sur les genoux de Blazenka.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s neuf ans \u00e0 Londres, cette jeune Croate a d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 Belgrade. Parce que Zagreb, c&rsquo;est trop provincial. A son accent, les Serbes savent imm\u00e9diatement d&rsquo;o\u00f9 elle vient, mais la laissent tranquille: ils ont men\u00e9 et perdu trois guerres ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es dans les Balkans et se consid\u00e8rent toujours comme les piliers d\u00e9bonnaires de la r\u00e9gion, tenants d\u2019une certaine \u00abyougo-tol\u00e9rance\u00bb. A Belgrade, on se m\u00e9lange. L&rsquo;inverse, \u00e0 Zagreb, serait impensable.<\/p>\n<p>Blazenka nous emm\u00e8ne chez un ami qui a mont\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s performante de logiciels bancaires, Pexim. Le patron, Mihail Petreski, porte un t-shirt noir sous sa chemise \u00e0 manches courtes. Il est Mac\u00e9donien de Skopje. Mais comme Blazenka, il pr\u00e9f\u00e8re \u00e9galement vivre \u00e0 Belgrade, o\u00f9 il est n\u00e9 et a grandi jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre. Ses cartes de visite et ses plaques d&rsquo;immatriculation mac\u00e9doniennes sont pourtant tr\u00e8s utiles pour aller offrir ses services aux banques du Kosovo et de Bosnie, o\u00f9 il lui suffit de dissimuler son accent belgradois. C&rsquo;est ainsi, par les affaires, que la Yougoslavie d\u00e9chir\u00e9e se reconstitue par la bande: les uns et les autres se connaissent si bien qu&rsquo;ils ne peuvent r\u00eaver de meilleurs partenaires commerciaux.<\/p>\n<p>Du coup, apr\u00e8s dix ans de guerres et d&rsquo;atrocit\u00e9s, de dictature et d&#8217;embargo, Belgrade revit et aspire \u00e0 redevenir la capitale intellectuelle et \u00e9conomique des Balkans. La t\u00e2che est immense. La \u00abville blanche\u00bb a pris un retard consid\u00e9rable sur toutes les autres capitales est-europ\u00e9ennes, tout y transpire la fin des ann\u00e9es quatre-vingt. Sauf les cybercaf\u00e9s, qui prolif\u00e8rent. Mais l\u2019acc\u00e8s \u00e0 internet y est toutefois trois fois plus lent qu\u2019\u00e0 Pristina.<\/p>\n<p>Les beaux esprits sont partis, remplac\u00e9s par les Serbes ruraux chass\u00e9s de Croatie et du Kosovo. Les intellectuels qui sont rest\u00e9s nagent en plein blues post-r\u00e9volutionnaire. Milosevic qu&rsquo;ils ont tant combattu appara\u00eet tous les jours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 en direct depuis son box du Tribunal P\u00e9nal International de la Haye, dans l&rsquo;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Et si les men\u00e9es criminelles du r\u00e9gime en Croatie, en Bosnie et au Kosovo sont ainsi expos\u00e9es au monde entier, ses agissements internes (collusion avec les mafias, assassinats politiques) restent totalement prot\u00e9g\u00e9s par le nouveau pouvoir, soi-disant d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Ainsi, malgr\u00e9 les boutiques de luxe qui ouvrent les unes apr\u00e8s les autres au centre ville (on peut y acheter son pull \u00e0 cr\u00e9dit), l&rsquo;atmosph\u00e8re reste lourde, \u00e0 Belgrade, pour cette premi\u00e8re ann\u00e9e sans guerre dans les Balkans. Il y a aussi cette phrase qui tue: \u00abEt encore, c&rsquo;est \u00e0 Belgrade qu\u2019on s\u2019en sort le mieux en Serbie. Vous devriez aller voir au sud !\u00bb. C\u2019est une bonne id\u00e9e. Nous y partons aussit\u00f4t. <\/p>\n<p><b>Novi Pazar (Sandjak), sud de la Serbie, 24 octobre 2002, 16 heures<\/b><\/p>\n<p>Il y a quelque chose qui cloche dans cette ville musulmane du sud de la Serbie, au c\u0153ur du Sandjak, ancienne province ottomane. Les hommes d\u00e9ambulent, accoutr\u00e9s de vestons miteux et de pantalons difformes. Mais dans les rues que la saison a rendues boueuses, ils arborent de magnifiques chaussures! Des cuirs souples, des couleurs cr\u00e8me, des formes \u00e0 la mode. Un coup d\u2019\u0153il dans les vitrines pour comprendre qu&rsquo;on ne trouve que \u00e7a, ici. Des copies parfaites des derniers mod\u00e8les de Milan et de Paris, fabriqu\u00e9s \u00e0 domicile par les milliers de petites mains de l&rsquo;ancienne usine d&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pourtant pas les chaussures qui ont enrichi la petite caste des millionnaires de Novi Pazar. Voil\u00e0 l\u2019une des rares villes qui a profit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9clatement de la Yougoslavie et de l&#8217;embargo. Par ses liens avec la Turquie, par son acc\u00e8s au Kosovo, par la proximit\u00e9 du Mont\u00e9n\u00e9gro, la cit\u00e9 s&rsquo;est retrouv\u00e9e au centre de tous les trafics \u2013 drogue, armes, femmes, cigarettes. Les Mercedes, parfois immatricul\u00e9es en Suisse ou en Allemagne, s&rsquo;agglutinent ainsi dans l&rsquo;unique et \u00e9troite rue de la vieille ville, entre la mosqu\u00e9e et la citadelle. Richesse de surface. <\/p>\n<p>On pourrait croire qu&rsquo;une ville de contrebandiers ne s&#8217;embarrasse pas de questions ethniques et nationalistes, brasseuse d\u2019affaires, de marchandises de tous horizons. Il a pourtant suffi d&rsquo;un match de basket pour raviver les passions, un match dont tout le monde ici parle encore \u00e0 voix basse.<\/p>\n<p>Fin septembre, la Yougoslavie affrontait la Turquie en demi-finale des Championnats du monde de basket, \u00e0 Indianapolis. La population locale, en majorit\u00e9 \u00abbosniaque\u00bb (des Slaves islamis\u00e9s au XIVe si\u00e8cle), soutenait les joueurs du Bosphore. C&rsquo;est pourtant la Yougoslavie qui a gagn\u00e9 (elle allait m\u00eame \u00eatre championne du monde quelques jours plus tard).<\/p>\n<p>Galvanis\u00e9s par la victoire et hurlant \u00e0 la trahison, les Serbes orthodoxes, tr\u00e8s minoritaires \u00e0 Novi Pazar, ont attaqu\u00e9 les Musulmans \u00e0 coups de pierres, provoquant une intervention massive de la police qui a imm\u00e9diatement coup\u00e9 toutes les routes du Sandjak pour \u00e9viter une \u00e9meute majeure.<\/p>\n<p>Nous allons quitter Novi Pazar quand sonne le t\u00e9l\u00e9phone: \u00abVous n\u2019\u00eates pas au courant? Les Tch\u00e9tch\u00e8nes ont pris 700 otages dans un th\u00e9\u00e2tre de Moscou et menacent de tout faire sauter si l&rsquo;arm\u00e9e russe ne se retire pas de Grozny\u00bb.<\/p>\n<p><a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1208>A suivre&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Balkans terminent leur premi\u00e8re ann\u00e9e de paix apr\u00e8s douze ans d\u2019orage ethnique. Nos envoy\u00e9s sp\u00e9ciaux Guillaume Dalibert et Serge Michel ont sillonn\u00e9 la r\u00e9gion. Premier volet d\u2019un reportage en grand format.<\/p>\n","protected":false},"author":16058,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-1202","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1202","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/16058"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1202"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1202\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}