



{"id":1190,"date":"2002-10-27T00:00:00","date_gmt":"2002-10-26T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1190"},"modified":"2024-03-20T15:42:55","modified_gmt":"2024-03-20T14:42:55","slug":"interview-67","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1190","title":{"rendered":"Qui a tu\u00e9 l&rsquo;esprit des startups?"},"content":{"rendered":"<p>On peut dater avec pr\u00e9cision la naissance de la nouvelle \u00e9conomie. Au matin du 9 ao\u00fbt 1995, Netscape r\u00e9ussit une entr\u00e9e fracassante au Nasdaq. Alors qu\u2019elle n\u2019a pas encore g\u00e9n\u00e9r\u00e9 le moindre dollar de b\u00e9n\u00e9fice, la firme voit son cours doubler au premier jour de cotation. Jusque-l\u00e0, une entreprise qui entrait en Bourse sept ans apr\u00e8s sa naissance \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme pr\u00e9coce. Netscape, elle, n\u2019a m\u00eame pas deux ans.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019analyste Mary Meeker, de Morgan Stanley, qui sera la premi\u00e8re \u00e0 th\u00e9oriser le ph\u00e9nom\u00e8ne. Elle voit dans l\u2019aventure de Netscape une nouvelle mani\u00e8re de financer la croissance des start-up. Peu importe le chiffre d\u2019affaires: dans l\u2019\u00e9conomie naissante du r\u00e9seau, ce qui compte, c\u2019est la notori\u00e9t\u00e9 et les parts de march\u00e9.<\/p>\n<p>Mary Meeker publie ses r\u00e9flexions dans un rapport qui deviendra un succ\u00e8s de librairie. Les investisseurs s\u2019en emparent, mettent en pratique ses th\u00e9ories, et tout s\u2019emballe: les firmes les plus incongrues sont pouss\u00e9es vers la Bourse pour aimanter les capitaux. Un vrai miracle: tout le monde estime avoir droit \u00e0 sa part du g\u00e2teau. Les boursicoteurs, mais aussi les employ\u00e9s qui r\u00eavent de stock-options, et les m\u00e9dias qui amplifient le ph\u00e9nom\u00e8ne. Tous participent joyeusement \u00e0 l\u2019emballement g\u00e9n\u00e9ral. D\u00e8s le printemps 2000, la chute n\u2019en sera que plus douloureuse.<\/p>\n<p>Laurent Mauriac, 33 ans, chef adjoint de la rubrique \u00e9conomique de Lib\u00e9ration, vient de publier Les flingueurs du net, qui d\u00e9monte la m\u00e9canique de cette illusion collective. Beaucoup d\u2019exemples concrets, qui disent mieux que les expos\u00e9s th\u00e9oriques comment un tel mirage a pu prendre corps dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle. Le journaliste s\u2019en prend \u00e0 la sp\u00e9culation et se garde bien de d\u00e9nigrer l\u2019apport r\u00e9el du r\u00e9seau. \u00abCe n\u2019est que maintenant que l\u2019internet va donner sa pleine mesure dans l\u2019\u00e9conomie\u00bb, \u00e9crit-il. Interview.<\/p>\n<p><b>Comment expliquer que personne, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019ait tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme?<\/b><\/p>\n<p>Il y avait des gens tr\u00e8s lucides sur ce qui se passait. Mais eux aussi alimentaient la bulle. Les banquiers n\u2019avaient pas le choix: s\u2019ils restaient \u00e0 l\u2019\u00e9cart du ph\u00e9nom\u00e8ne, leurs r\u00e9sultats s\u2019en ressentaient, et les clients le leur reprochaient.<\/p>\n<p><b>En 2000, le ministre suisse de l\u2019Economie, Pascal Couchepin, avait \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 de ringard parce qu\u2019il disait: \u00abLa nouvelle \u00e9conomie n\u2019existe pas.\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Il avait raison. Le probl\u00e8me, c\u2019est que, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on ne pouvait pas contester la vision dominante. Le terme \u00abnouvelle \u00e9conomie\u00bb, qui a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 par l\u2019hebdomadaire Business Week puis repris par le pr\u00e9sident Clinton, a \u00e9t\u00e9 totalement instrumentalis\u00e9 par la communaut\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p><b>Assiste-t-on \u00e0 une revanche de l\u2019\u00abancienne \u00e9conomie\u00bb sur ces start-up qui la mena\u00e7aient?<\/b><\/p>\n<p>Non. Les grands groupes traditionnels ont plong\u00e9 eux aussi. Ils d\u00e9veloppaient des projets internet g\u00e9n\u00e9ralement inconsistants, qui faisaient grimper leur capitalisation boursi\u00e8re. Ils ont aussi subi la d\u00e9gringolade.<\/p>\n<p><b>Quelles sont les caract\u00e9ristiques des start-up qui ont surv\u00e9cu?<\/b><\/p>\n<p>Il y a notamment celles qui fluidifient l\u2019\u00e9conomie. Les sites qui fonctionnent comme interm\u00e9diaires en comparant les offres. Meilleurstaux.com et Assurland.com, dans le domaine de la banque ou des assurances. Ou Autoreflex.fr, dans celui de l\u2019automobile. Ces entreprises sont devenues rentables.<\/p>\n<p><b>Elles sont peu connues&#8230;<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est justement l\u2019un des paradoxes dont je parle dans le livre. Les entreprises de la nouvelle \u00e9conomie d\u00e9fendaient l\u2019internet, mais faisaient leur publicit\u00e9 dans les m\u00e9dias traditionnels, presse ou t\u00e9l\u00e9vision. Elles axaient toute leur strat\u00e9gie sur la notori\u00e9t\u00e9. Celles qui ont surv\u00e9cu, en revanche, font leur publicit\u00e9 en ligne, plus discr\u00e8tement. Elles trouvent des clients, \u00e7a marche.<\/p>\n<p><b>La publicit\u00e9 en ligne a donc un avenir?<\/b><\/p>\n<p>Oui, si elle est utilis\u00e9e de mani\u00e8re cibl\u00e9e. Cela dit, c\u2019est encore trop t\u00f4t pour dire si la publicit\u00e9 peut financer des m\u00e9dias en ligne.<\/p>\n<p><b>A propos des m\u00e9dias, vous \u00e9crivez qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 les complices de cette grande d\u00e9b\u00e2cle. Vous faites votre autocritique?<\/b><\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir pas trop mal fait mon boulot en racontant le ph\u00e9nom\u00e8ne dans Lib\u00e9. Mais, comme beaucoup de journalistes, j\u2019ai peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 trop descriptif et pas assez analytique.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<a class=\"std\" href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2702133177\/largeurcom08\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Les flingueurs du net<\/a>, Laurent Mauriac, Calmann-L\u00e9vy, 220 p.<br \/>\n32 fr. 60<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son livre, le journaliste de \u00abLib\u00e9ration\u00bb Laurent Mauriac critique l\u2019aveuglement de la plan\u00e8te financi\u00e8re. La nouvelle \u00e9conomie \u00e9tait un leurre, Pascal Couchepin avait raison. Interview.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-1190","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1190"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14975,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190\/revisions\/14975"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1190"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}