



{"id":1189,"date":"2002-10-24T00:00:00","date_gmt":"2002-10-23T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1189"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1189","title":{"rendered":"Femmes, baiser et cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p>Adapt\u00e9 de \u00abVacances anglaises\u00bb, roman terriblement british de Joseph Connoly, \u00abEmbrassez qui vous voudrez\u00bb est au cin\u00e9ma ce que les Galeries Lafayette sont \u00e0 la mode: du griff\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de main.<\/p>\n<p>Le r\u00e9alisateur Michel Blanc a le sens du casting de marque et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u2019offrir \u00e0 ses acteurs des r\u00f4les plus nuanc\u00e9s que le sc\u00e9nario ne le laissait supposer. Il est vrai qu\u2019avec le Bronz\u00e9 le plus p\u00e2le du Splendid, le rire est toujours teint\u00e9 d\u2019angoisse, l\u2019enthousiasme min\u00e9 par la d\u00e9sillusion et le rose des sentiments phagocyt\u00e9 par le noir des ressentiments.<\/p>\n<p>Irr\u00e9guli\u00e8re, cette com\u00e9die maniaco-d\u00e9pressive vaut essentiellement pour le couple burlesque Karin Viard\/Denis Podalyd\u00e8s et pour celui form\u00e9 par Carole Bouquet et Michel Blanc, dont la jalousie pathologique provoque des quiproquos \u00e0 la cha\u00eene.<\/p>\n<p>Pour le reste, \u00abEmbrassez qui vous voudrez\u00bb est un vaudeville plut\u00f4t bien assum\u00e9, avec portes qui claquent et gifles qui volent, amants sortant du placard, femmes et maris volages et donc autant d\u2019\u00e9pouses et d\u2019hommes tromp\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais attention, nous ne sommes plus dans le registre du XIXe si\u00e8cle. Michel Blanc le sait et multiplie les combinaisons sexuelles: l\u2019amant du PDG est transsexuel, la belle quinquag\u00e9naire retrouve le go\u00fbt de vivre dans les bras du jeune fils de sa meilleure amie, la fille du PDG semble ne pas d\u00e9tester les partouzes et la r\u00e9ceptionniste de l\u2019h\u00f4tel le bondage.<\/p>\n<p>Mais dans ce jeu mondain du \u00abqui baise qui\u00bb, le prix de l\u2019\u00e9treinte la plus inattendue revient \u00e0 Charlotte Rampling et Carole Bouquet qui s\u2019\u00e9changent un baiser furtif, interrompu par la visite inopin\u00e9e d\u2019un adolescent trop curieux. Une bonne partie de la promotion du film de Michel Blanc repose sur cette sc\u00e8ne plus people que troublante, qui semble installer une nouvelle convention cin\u00e9matographique: le baiser f\u00e9minin comme point d\u2019orgue de la bande annonce.<\/p>\n<p>Chaque d\u00e9cennie est marqu\u00e9e par une image \u00e9rotique et cin\u00e9matographique forte. Les ann\u00e9es 40 ont \u00e9t\u00e9 celles de Gilda\/Rita Hayworth incendiant le public avec son strip tease tout habill\u00e9e. Les ann\u00e9es 50 se souviennent de Marilyn Monroe faisant mine de baisser sa robe soulev\u00e9e par le vent d\u2019une bouche d\u2019a\u00e9ration dans \u00abSept ans de r\u00e9flexion\u00bb.<\/p>\n<p>La nudit\u00e9 sauvageonne et la libert\u00e9 de mouvement de Brigitte Bardot ont influenc\u00e9 les ann\u00e9es 60 tandis que la d\u00e9cennie suivante asseyait Sylvia Kristel dans le fauteuil en osier d\u2019\u00abEmmnanuelle\u00bb. Les ann\u00e9es 80 ont \u00e9t\u00e9 celles de Kim Basinger et de Mickey Rourke dans \u00abHuit semaine et demi\u00bb, initiant la plan\u00e8te enti\u00e8re \u00e0 leur \u00e9rotisme \u00abcadre sup\u00e9rieur new-yorkais\u00bb. <\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 90 ont rhabill\u00e9 leur idoles, sublimant leur sexualit\u00e9 dans une imagerie glorieuse et \u00e9pique tels Leonardo DiCaprio et Kate Winslet bandant leur torse \u00e0 la proue du \u00abTitanic.\u00bb<\/p>\n<p>Le mill\u00e9naire, lui, a commenc\u00e9 avec un baiser. Celui que s\u2019\u00e9change en gros plan la brune et la blonde dans l\u2019hypnotique \u00abMulholland Drive\u00bb (2001) de David Lynch. Une image quasiment identique figure en bonne place du catalogue festival Cin\u00e9ma Tout \u00c9cran \u00e0 Gen\u00e8ve pour illustrer un film de t\u00e9l\u00e9vision canadien, \u00abLola.\u00bb<\/p>\n<p>Le baiser de \u00abMulholland Drive\u00bb a \u00e9t\u00e9 suivi de deux autres au moins. Celui, \u00e0 m\u00eame le sol, que s\u2019\u00e9changent Catherine Deneuve et Fanny Ardant dans \u00abHuit femmes\u00bb de Fran\u00e7ois Ozon, et celui, \u00e0 la sauvette, de Charlotte Rampling et Carole Bouquet dans le marivaudage de Michel Blanc. Est-ce \u00e0 dire que les femmes s\u2019embrassent de plus en plus et que leurs histoires d\u2019amour sont mieux repr\u00e9sent\u00e9es au cin\u00e9ma? Non!<\/p>\n<p>Quelle est la fonction de ces baisers f\u00e9minins? Dans le cas de \u00abMulholland Drive\u00bb, la sc\u00e8ne draine tout un pan de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, via le th\u00e8me de l\u2019identification f\u00e9minine, qui va de \u00abAll About Eve\u00bb de Joseph Mankiewicz \u00e0 \u00abPersona\u00bb de Ingmar Bergman en passant par \u00abJeune fille cherche appartement\u00bb de Barbet Schroeder.<\/p>\n<p>Mais surtout l\u2019\u00e9treinte entre les deux filles a pour fonction de r\u00e9activer une qualit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces par le cin\u00e9ma: le glamour et le myst\u00e8re. Comme le baiser d\u2019avant guerre, il fait r\u00eaver, il est unique. A la fois cr\u00e9dible et artificiel, il n\u2019existe que pour le cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Dans \u00abHuit femmes\u00bb de Fran\u00e7ois Ozon, le baiser se r\u00e9v\u00e8le ironique mais tout aussi cin\u00e9philique. Il comprend un sous-texte: les deux femmes qui s\u2019embrassent, la blonde Deneuve et la brune Ardant, ont toutes les deux \u00e9t\u00e9 les amantes de Fran\u00e7ois Truffaut.<\/p>\n<p>Les r\u00e9unir dans cette sc\u00e8ne d\u2019anthologie, c\u2019est r\u00e9ussir \u00e0 d\u00e9passer leur rivalit\u00e9 potentielle et se placer, lui Fran\u00e7ois Ozon, comme l\u2019h\u00e9ritier l\u00e9gitime du cin\u00e9aste du \u00abDernier M\u00e9tro\u00bb. Ce baiser entre les deux plus grandes stars fran\u00e7aises est une gageure, un d\u00e9fi, une r\u00e9conciliation par le cin\u00e9ma et pour le cin\u00e9ma, avec un clin d\u2019\u0153il particulier \u00e0 la carri\u00e8re de Deneuve, habitu\u00e9e du baiser f\u00e9minin (dans \u00abBelle de jour\u00bb, \u00abLes Voleurs\u00bb, \u00abLes Pr\u00e9dateurs\u00bb).<\/p>\n<p>Dans \u00abEmbrassez qui vous voudrez\u00bb, la sc\u00e8ne repose sur l\u2019attraction op\u00e9r\u00e9e par les baisers pr\u00e9c\u00e9dents, ceux de \u00abMulholland Drive\u00bb et de \u00abHuit Femmes\u00bb. Il est r\u00e9f\u00e9rentiel, mondain, conceptuel, sans autre utilit\u00e9 que d\u2019ajouter \u00e0 la l\u00e9gende sulfureuse de Charlotte Rampling et \u00e0 celle plus bourgeoise de Carole Bouquet. Il sert les actrices, pas forc\u00e9ment leurs personnages.<\/p>\n<p>A ce titre, il est tr\u00e8s, tr\u00e8s, loin du baiser hollywoodien traditionnel, qui insinue le d\u00e9sir \u00e0 venir, qui est le d\u00e9but de quelque chose. Dans les trois films pr\u00e9cit\u00e9s, il n\u2019y a pas d\u2019apr\u00e8s: le baiser f\u00e9minin est une fin en soi, un spectacle, un plaisir pour les yeux; il ne s\u2019adresse \u00e0 personne d\u2019autre qu\u2019au spectateur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bande-annonce de \u00abEmbrassez qui vous voudrez\u00bb montre Charlotte Rampling \u00e9changer un baiser furtif avec Carole Bouquet. 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