



{"id":11857,"date":"2021-05-20T22:40:15","date_gmt":"2021-05-20T20:40:15","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=11857"},"modified":"2022-01-26T16:00:20","modified_gmt":"2022-01-26T15:00:20","slug":"maladie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=11857","title":{"rendered":"Faut-il vraiment craindre une invasion des maladies tropicales\u200a?"},"content":{"rendered":"<p>En 2017, l\u2019Italie a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 une mauvaise surprise\u200a: une \u00e9pid\u00e9mie de chikungunya, infectant quelques centaines d\u2019individus en \u00c9milie-Romagne, \u00e0 Anzio, en Calabre et \u00e0 Rome. De tels risques de voir appara\u00eetre des maladies tropicales existent-ils en Suisse \u00e9galement\u200a? Une des cons\u00e9quences du r\u00e9chauffement climatique est effectivement la multiplication des terrains chauds et humides, qui sont favorables aux moustiques, observe Christoph Hatz, professeur \u00e0 l\u2019Institut tropical et de la sant\u00e9 publique suisse (Swiss TPH) \u00e0 B\u00e2le. \u00ab\u200aMais les cas de transmission autochtones du chikungunya et de la dengue demeurent rares dans le sud de l\u2019Europe.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Certes, le moustique-tigre (Aedes albopictus), originaire d\u2019Asie du Sud-Est, vecteur potentiel d\u2019une vingtaine de virus dont ceux de la dengue, de Zika et du chikungunya, est import\u00e9 depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es au sud de l\u2019Europe, et un peu au Tessin, reconna\u00eet-il. Il est venu par camion, bateau et avion, en raison de la mobilit\u00e9 et des \u00e9changes commerciaux internationaux accrus. \u00ab\u200aAu Tessin, sa densit\u00e9 reste cependant mineure, et le risque qu\u2019il soit \u00e0 l\u2019origine d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie est tr\u00e8s faible. Pour l\u2019instant, m\u00eame s\u2019il a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve et \u00e0 Monthey, on ne l\u2019a pas vu s\u2019installer au nord des Alpes.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Selon Swiss TPH et le groupe de travail qui monitore le moustique-tigre au Tessin, il est clair que cet insecte s\u2019est adapt\u00e9 au climat europ\u00e9en et s\u2019est r\u00e9pandu en Suisse, affirme le professeur, mais il n\u2019y a aucun signe de transmission.<\/p>\n<p>Il rappelle que le moustique n\u2019est pas en soi porteur du virus de la dengue, du chikungunya ou du Zika\u200a; il ne peut le transmettre que s\u2019il a piqu\u00e9 une personne d\u00e9j\u00e0 infect\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Pas d\u2019invasion en vue<\/strong><\/p>\n<p>A l\u2019heure actuelle, tous les cas de maladies tropicales en Suisse sont import\u00e9s, soutient-il. \u00ab\u200aIl y a tr\u00e8s peu de danger pour la population locale\u200a; il n\u2019y a pas ici les conditions requises pour leur propagation, notamment les moustiques ou des conditions d\u2019hygi\u00e8ne pr\u00e9caires.<\/p>\n<p>Il y aura certainement des transmissions dans notre pays un jour, dans quelques ann\u00e9es, mais pas en mode end\u00e9mique.\u200a\u00bb S\u2019il y avait des cas de transmission en Suisse, \u00e7a se saurait tr\u00e8s rapidement, consid\u00e8re-t-il.<\/p>\n<p>Donc pour l\u2019instant, l\u2019id\u00e9e selon laquelle les risques de transmission en Suisse s\u2019amplifient \u00e0 cause du changement climatique est une interpr\u00e9tation toute th\u00e9orique, estime-t-il, admettant toutefois qu\u2019avec l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature, il y aura plus de moustiques et donc plus d\u2019infections. \u00ab\u200aMais nous avons des moyens efficaces pour les supprimer. Pas seulement afin d\u2019\u00e9viter les maladies qu\u2019ils peuvent transmettre, mais aussi leur nuisance. Ces moustiques-tigres sont plus agressifs que nos bestioles autochtones.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Les conditions climatiques quichangent peuvent \u00e9ventuellement favoriser certaines maladies et en d\u00e9favoriser d\u2019autres, explique Serge de Valli\u00e8re, m\u00e9decin infectiologue au CHUV et \u00e0 Unisant\u00e9. \u00ab\u200aIl est tr\u00e8s difficile de pr\u00e9dire les effets de l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature.\u200a\u00bb Par exemple, un climat plus sec veut dire moins de points de collecte d\u2019eau, et donc moins d\u2019endroits pour le d\u00e9p\u00f4t des \u0153ufs de moustique. Au contraire, plus de pluies entra\u00eenera une prolif\u00e9ration de leur reproduction. \u00ab\u200aCertaines r\u00e9gions \u2013 l\u00e0 o\u00f9 s\u00e9vissent les s\u00e9cheresses \u2013 vont voir dispara\u00eetre certaines maladies \u00e0 cause du recul de la densit\u00e9 des populations de moustiques, tandis que d\u2019autres vont en voir appara\u00eetre de nouvelles.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il de l\u2019impact de la diminution de la biodiversit\u00e9\u200a? \u00ab\u200aJe n\u2019ai pas connaissance que cela puisse favoriser l\u2019\u00e9mergenced\u2019\u00e9pid\u00e9mies\u200a\u00bb, avance le m\u00e9decin. Il signale par contre la concentration d\u00e9mographique dans les grandes agglom\u00e9rations o\u00f9 les gens vivent en promiscuit\u00e9, ainsi que le manque d\u2019hygi\u00e8ne comme \u00e9l\u00e9ments favorisant l\u2019\u00e9mergence de maladies infectieuses et leur mutation \u00e9ventuelle en des formes plus virulentes. \u00ab\u200aGlobalement, dans les pays pauvres, la d\u00e9mographie explose, les grands centres urbains grossissent et les populations rurales migrent en ville\u200a; ce sont l\u00e0 des facteurs qui favorisent l\u2019incubation de maladies infectieuses.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Il souligne que certaines maladies infectieuses sont plus pr\u00e9valentes dans les pays pauvres, comme la tuberculose ou la rougeole, plus pour des raisons socio-\u00e9conomiques que li\u00e9es au climat\u200a; les habitants n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 la pr\u00e9vention, aux soins, aux vaccins, \u00e0 des conditions hygi\u00e9niques favorables, \u00e0 de l\u2019eau potable. \u00ab\u200aDes millions de personnes n\u2019ont pas d\u2019eau propre, ce qui est source de maladies gastro-intestinales que l\u2019on attrapait encore chez nous il y a cent ans.\u200a\u00bb<\/p>\n<div id=\"attachment_11858\" style=\"width: 478px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-11858\" class=\"size-full wp-image-11858\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Large20052021.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Large20052021.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Large20052021-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Large20052021-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><p id=\"caption-attachment-11858\" class=\"wp-caption-text\">Coloured scanning electron micrograph (SEM) of a female mosquito (Aedes aegypti).<\/p><\/div>\n<p><strong>300 cas chaque ann\u00e9e en Suisse<\/strong><\/p>\n<p>De nombreuses id\u00e9es fausses circulent \u00e0 propos des risques d\u2019\u00e9pid\u00e9mies, fait valoir le m\u00e9decin. \u00ab\u200aUne \u00e9pid\u00e9mie d\u2019une maladie tropicale ne pourrait pas se d\u00e9clencher ici\u200a; les conditions de leur transmission n\u2019existent pas\u200a\u00bb, explique-t-il, ajoutant que ces pathologies ne sont pas comme le SARS-CoV-2, qui peut \u00e9merger n\u2019importe o\u00f9.<\/p>\n<p>Dans son travail d\u2019infectiologue du CHUV, Serge de Valli\u00e8re observe que \u00ab\u200ales maladies tropicales sont rapport\u00e9es par des voyageurs, essentiellement d\u2019Afrique\u200a\u00bb. Il en sait quelques chose\u200a; son lot quotidien est la malaria (paludisme), les virus Zika, de la dengue, du chikungunya, et les maladies gastro-intestinales caus\u00e9es par des parasites, des virus et des bact\u00e9ries, transmis par l\u2019eau ou des aliments contamin\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est pour une part la migration qui est \u00e0 l\u2019origine de ces maladies tropicales diagnostiqu\u00e9es en Suisse. \u00ab\u200aPar exemple, sur les quelque 300 cas de malaria recens\u00e9s chaque ann\u00e9e (sauf en 2020), environ la moiti\u00e9 arrive via des personnes migrantes et r\u00e9fugi\u00e9es.\u200a\u00bb D\u2019autre part, ses patients sont des r\u00e9sidents qui ont contract\u00e9 une maladie exotique en s\u00e9journant dans une r\u00e9gion tropicale. \u00ab\u200aCela va du baroudeur \u00e0 la femme d\u2019affaires, de la touriste au chercheur\u200a\u00bb, d\u00e9taille-t-il. Souvent, ces personnes ignoraient les risques ou elles les connaissaient, mais n\u2019ont pas respect\u00e9 les r\u00e8gles. \u00ab\u200a\u00c7a peut \u00eatre difficile de porter des habits longs lorsqu\u2019il fait 40\u00a0\u00b0C et qu\u2019on souhaite aller \u00e0 la plage\u200a\u00bb, convient-il.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sidents suisses s\u2019aventurent beaucoup dans les zones end\u00e9miques. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ils sont plus d\u2019un million \u00e0 s\u2019exposer \u00e0 ces maladies dans des r\u00e9gions \u00e0 risque chaque ann\u00e9e. En 2020 cependant, \u00e0 cause des restrictions de voyage impos\u00e9es par la pand\u00e9mie de Covid-19, le nombre de voyageurs a chut\u00e9 et celui des maladies tropicales aussi. L\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP) a enregistr\u00e9 une fraction des cas recens\u00e9s habituellement. Entre le 1er janvier 2020 et fin d\u00e9cembre, 11 cas de chikungunya, 73 de dengue et 126 de malaria ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s, contre respectivement 41, 257 et 286 \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. \/<\/p>\n<p><strong>Quand la malaria se transmettait en Suisse<\/strong><\/p>\n<p>La malaria (aussi appel\u00e9e \u00ab\u200apaludisme\u200a\u00bb, d\u00e9riv\u00e9 de \u00ab\u200apalud\u200a\u00bb qui signifie \u00ab\u200amarais\u200a\u00bb, o\u00f9 les \u0153ufs des moustiques se concentrent), a s\u00e9vi en Europe, notamment en France, en Espagne, en Italie et en Roumanie. En Suisse, elle \u00e9tait encore active jusque dans les ann\u00e9es 1860\u20131870.<\/p>\n<p>Parmi les causes qui ont favoris\u00e9 sa disparition, les m\u00e9decins citent les travaux d\u2019endiguement des cours d\u2019eau et l\u2019assainissement des plaines, ainsi que l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019hygi\u00e8ne en g\u00e9n\u00e9ral, renfor\u00e7ant la r\u00e9sistance immunitaire de la population. Bruno Galli-Valerio (1867\u20131943), m\u00e9decin et parasitologiste italien, a analys\u00e9 le paludisme dans la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, en Suisse et en Italie.<\/p>\n<p>Selon lui, la malaria aurait peut-\u00eatre disparu spontan\u00e9ment en Suisse. Il a remarqu\u00e9, tant dans le Valais que dans le canton de Vaud, et dans d\u2019autres r\u00e9gions du pays, qu\u2019elle avait disparu malgr\u00e9 la persistance g\u00e9n\u00e9rale des agents capables de transmettre cette maladie.<\/p>\n<p>Il avance encore que la modification de la temp\u00e9rature, en tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re augmentation, ainsi que l\u2019am\u00e9lioration des moyens de transport, notamment gr\u00e2ce aux chemins de fer qui ont rendu moins ch\u00e8res les denr\u00e9es alimentaires, am\u00e9liorant l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de la population, auraient pu contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9radiquer. Il indique aussi que la quinine aurait jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif, rendant moins fr\u00e9quente l\u2019infection des moustiques et la transmission de leurs parasites aux humains.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 22).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019apparition dans nos r\u00e9gions du moustique-tigre peut susciter des craintes de propagation du chikungunya en Suisse. Les experts en \u00e9pid\u00e9miologie se veulent cependant rassurants.<\/p>\n","protected":false},"author":20192,"featured_media":11858,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1306,1299],"class_list":["post-11857","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-environnement","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11857","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20192"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11857"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11857\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12532,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11857\/revisions\/12532"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11858"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11857"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11857"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11857"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}