



{"id":11840,"date":"2021-05-12T22:34:12","date_gmt":"2021-05-12T20:34:12","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=11840"},"modified":"2021-05-12T14:38:35","modified_gmt":"2021-05-12T12:38:35","slug":"sante-100","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=11840","title":{"rendered":"Ob\u00e8se, et alors?"},"content":{"rendered":"<p>Un constat surprend dans les chiffres sur l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 publi\u00e9s par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique dans son \u00ab\u200aEnqu\u00eate suisse sur la sant\u00e9\u200a\u00bb (ESS)\u200a: les ob\u00e8ses sont de plus en plus satisfaits de leur poids. En 2007, ils \u00e9taient 27% \u00e0 vivre sereinement leur ob\u00e9sit\u00e9. Dix ans plus tard, cette proportion est pass\u00e9e \u00e0 36%. Les r\u00e9sultats, publi\u00e9s \u00e0 l\u2019automne dernier, indiquent que 11% de la population est ob\u00e8se, soit plus de 940\u2009000 personnes.<\/p>\n<p>\u00ab\u200aC\u2019est une mauvaise nouvelle d\u2019apprendre que les ob\u00e8ses s\u2019habituent \u00e0 leur poids, puisqu\u2019ils n\u2019iront probablement pas consulter. Alors qu\u2019ils ont justement besoin d\u2019un suivi pour \u00eatre en meilleure sant\u00e9\u200a\u00bb, r\u00e9agit la doctoresse Lucie Favre, m\u00e9decin associ\u00e9e au Service d\u2019endocrinologie, diab\u00e9tologie et m\u00e9tabolisme du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).<\/p>\n<p>La lutte contre l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 doit \u00eatre renforc\u00e9e de mani\u00e8re plus cibl\u00e9e. \u00ab\u200aLes cas de patients pr\u00e9sentant une ob\u00e9sit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 s\u00e9v\u00e8re (IMC sup\u00e9rieur \u00e0 30 kg\/m2) augmentent depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es dans notre service\u200a\u00bb, dit Lucie Favre. Son service suit actuellement une centaine de patients de ce type. Ils arrivent uniquement de l\u2019Arc l\u00e9manique et n\u00e9cessitent une prise en charge pluridisciplinaire \u00e0 la fois par des nutritionnistes, des di\u00e9t\u00e9ticiens et des psychologues.<\/p>\n<p><strong>Une lutte globale<\/strong><\/p>\n<p>En 2019, une \u00e9tude de l\u2019OCDE a par ailleurs relev\u00e9 que l\u2019esp\u00e9rance de vie des Suisses pourrait diminuer de 1,9\u00a0ann\u00e9e d\u2019ici \u00e0 2050 en raison de cette maladie. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OCDE, Jos\u00e9 \u00c1ngel Gurr\u00eda, a appel\u00e9 les pays membres \u00e0 agir en am\u00e9liorant la pr\u00e9vention et en demandant de restreindre la publicit\u00e9 pour les aliments malsains.<\/p>\n<p>L\u2019offre alimentaire pose de nombreux probl\u00e8mes de sant\u00e9, au m\u00eame titre que les publicit\u00e9s vantant les produits \u00e0 haute teneur calorique tels que les boissons sucr\u00e9es, la viande ou le fromage. \u00ab\u200aLe mod\u00e8le \u00e9conomique de l\u2019industrie agroalimentaire valorise excessivement des aliments sucr\u00e9s, gras ou transform\u00e9s qui sont peu sains et favorisent ainsi la prise de poids\u200a\u00bb, explique Salvatore Bevilacqua, socio-anthropologue \u00e0 l\u2019Institut des humanit\u00e9s en m\u00e9decine (IHM) du CHUV.<\/p>\n<p>En 2012, plusieurs organisations de consommateurs suisses (ACSI, FRC, Konsumentenschutz) ont mis leurs forces en commun pour \u00e9tudier les publicit\u00e9s alimentaires. Leur \u00e9tude a d\u00e9montr\u00e9 que la part des publicit\u00e9s pour des produits de fast-food \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019intensifiait durant les horaires destin\u00e9s aux enfants, tandis que les spots publicitaires pour des fruits et l\u00e9gumes diminuaient durant la m\u00eame p\u00e9riode.<\/p>\n<p>\u00ab\u200aNos modes de vie sont \u00e0 l\u2019origine de l\u2019augmentation de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 puisqu\u2019on peut aujourd\u2019hui manger \u00e0 n\u2019importe quelle heure et que nous sommes constamment stimul\u00e9s en ce sens par la publicit\u00e9\u200a\u00bb, regrette Lucie Favre. La m\u00e9decin d\u00e9plore \u00e9galement que les enfants soient expos\u00e9s \u00e0 toutes sortes de sucreries, dans les centres commerciaux par exemple. \u00ab\u200aEn Suisse, la pyramide alimentaire est invers\u00e9e par la publicit\u00e9 et s\u2019oppose ainsi aux recommandations de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse de nutrition,ajoute Salvatore Bevilacqua. Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 ob\u00e9sog\u00e8ne.\u200a\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11841\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Largeur_130521.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Largeur_130521.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Largeur_130521-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Largeur_130521-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Des cons\u00e9quences psychiques et sociales<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS) \u00e9voque pour la premi\u00e8re fois les cons\u00e9quences de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 sur la sant\u00e9 psychique des patients. L\u2019enqu\u00eate montre notamment que 12% des ob\u00e8ses d\u00e9clarent souffrir de d\u00e9pression mod\u00e9r\u00e9e, 19% de d\u00e9tresse psychologique moyenne ou \u00e9lev\u00e9e, et qu\u2019une personne ob\u00e8se pr\u00e9sente 1,6 fois plus de risques de d\u00e9pression.<\/p>\n<p>\u00ab\u200aLa stigmatisation sociale des personnes ob\u00e8ses est un probl\u00e8me majeur pour nos patients et cr\u00e9e des souffrances psychiques importantes\u200a\u00bb, remarque Lucie Favre. Les consultations montrent que les personnes les plus d\u00e9favoris\u00e9es sont bien plus touch\u00e9es par la maladie. Salvatore Bevilacqua pr\u00e9cise que \u00ab\u200ales adolescents concern\u00e9s souffrent d\u2019autant plus qu\u2019ils subissent pour la plupart des moqueries r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de la part de leurs camarades de classe, durant une p\u00e9riode capitale pour la confiance en soi et la construction de l\u2019identit\u00e9.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>Les groupes de population avec un faible niveau de formation sont plus souvent affect\u00e9s par l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, indique l\u2019\u00e9tude de l\u2019OFS. \u00ab\u200aIl est vrai que les personnes moins form\u00e9es ont souvent moins de ressources personnelles et financi\u00e8res pour s\u2019int\u00e9resser aux liens entre nutrition et sant\u00e9\u200a\u00bb, explique Lucie Favre.<\/p>\n<p>L\u2019aspect psychologique du traitement est important. \u00ab\u200aD\u00e8s la premi\u00e8re consultation, nous impliquons une psychologue et une di\u00e9t\u00e9ticienne pour r\u00e9pondre aux besoins de nos patients et les accompagner le mieux possible dans leur perte de poids.\u200a\u00bb De nombreux patients peuvent exprimer leur d\u00e9sarroi et leur tristesse d\u00e8s la premi\u00e8re rencontre, parce qu\u2019ils sont enfin pris au s\u00e9rieux et trouvent un cadre rassurant pour avancer dans leur traitement.<\/p>\n<p>La prise en charge pluridisciplinaire par le Service d\u2019endocrinologie, diab\u00e9tologie et m\u00e9tabolisme du CHUV comprend ainsi des ateliers de groupe. \u00ab\u200aNous travaillons ensemble sur leurs sensations li\u00e9es \u00e0 la nourriture afin de les aider \u00e0 identifier leurs troubles alimentaires\u200a\u00bb, explique Lucie Favre.<\/p>\n<p>Les risques de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 sont connus depuis longtemps. \u00ab\u200aLes cons\u00e9quences concr\u00e8tes sur la sant\u00e9 sont l\u2019augmentation des maladies cardiovasculaires comme l\u2019hypertension, et l\u2019augmentation des risques de d\u00e9velopper certains cancers ou encore du diab\u00e8te, poursuit Lucie Favre. L\u2019ob\u00e9sit\u00e9 doit d\u00e8s lors appara\u00eetre comme une priorit\u00e9 de sant\u00e9 publique et \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une maladie.\u200a\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Lutter contre la grossophobie<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs associations se battent contre les discriminations que subissent des personnes ob\u00e8ses telles que des moqueries sur leur poids ou le regard de la population. C\u2019est le cas de Perceptio Cibus dans le canton de Vaud. Ses membres luttent contre la grossophobie, ou l\u2019ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes ob\u00e8ses.<\/p>\n<p>\u00ab\u200aJe pense que le monde m\u00e9dical discrimine encore trop souvent les patients souffrant d\u2019ob\u00e9sit\u00e9, explique la doctoresse Lucie Favre, m\u00eame si je ne trouve pas le terme grossophobie tr\u00e8s ad\u00e9quat. Je pr\u00e9f\u00e8re parler de stigmatisation des ob\u00e8ses.\u200a\u00bb Ce n\u2019est pas l\u2019inqui\u00e9tude de devenir ob\u00e8se qui pose probl\u00e8me, mais bien \u00ab\u200ale regard que porte la soci\u00e9t\u00e9 sur les malades d\u2019ob\u00e9sit\u00e9\u200a\u00bb, souligne Salvatore Bevilacqua.<\/p>\n<p>Peceptio Cibus organise notamment des groupes de parole th\u00e9rapeutiques et des ateliers afin de lutter contre la grossophobie. Elle propose enfin un suivi de perte de poids aux personnes touch\u00e9es par l\u2019ob\u00e9sit\u00e9. Toutes les offres de l\u2019association vaudoise visent \u00e0 am\u00e9liorer le bien-\u00eatre des b\u00e9n\u00e9ficiaires de leurs services.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 22).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ob\u00e9sit\u00e9 augmente les risques de d\u00e9pression et de maladies cardiovasculaires. 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