



{"id":11699,"date":"2021-03-16T22:53:01","date_gmt":"2021-03-16T21:53:01","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=11699"},"modified":"2021-03-16T12:56:40","modified_gmt":"2021-03-16T11:56:40","slug":"management-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=11699","title":{"rendered":"L\u2019erreur et ses vertus"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/management\/2021\/03\/15\/faire-des-erreurs-normal-et-inevitable\" rel=\"noopener noreferrer\">PME Magazine<\/a>.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Spencer Silver, chimiste du groupe 3M, n\u2019aurait jamais cr\u00e9\u00e9 les post-it s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait pas tromp\u00e9 en m\u00e9langeant certains compos\u00e9s chimiques. Les fr\u00e8res Kellog n\u2019auraient jamais invent\u00e9 leurs fameux Corn Flakes s\u2019ils n\u2019avaient pas oubli\u00e9 une casserole de ma\u00efs sur le feu. Mais rien n\u2019y fait: dans une sph\u00e8re entrepreneuriale qui pr\u00f4ne le z\u00e9ro d\u00e9faut, l\u2019erreur reste souvent bannie des discours qui survalorisent la performance et la productivit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chec fait pourtant partie du quotidien des entrepreneurs, m\u00eame si certains peinent \u00e0 l\u2019admettre. La faute \u00e0 un sentiment m\u00eal\u00e9 de honte et de crainte, estime Bernard Reber, directeur de Stucki Leadership &amp; Team Development \u00e0 Yverdon-les-Bains: \u00abBon nombre de participants \u00e0 nos s\u00e9minaires de leadership nous disent leur crainte de se tromper ou d\u2019avouer leur incapacit\u00e9 \u00e0 affronter une situation d\u00e9licate, de peur d\u2019\u00eatre vus comme des perdants.\u00bb La Suisse se classe deuxi\u00e8me mondiale des pays les plus enclins \u00e0 l\u2019entrepreneuriat, devan\u00e7ant les autres pays europ\u00e9ens, selon l\u2019\u00e9tude 2019\/2020 du Global Entrepreneurship Monitor (GEM). N\u00e9anmoins, la peur de l\u2019\u00e9chec dissuade 24% des Suisses de lancer leur propre activit\u00e9, moins qu\u2019en Allemagne o\u00f9 ils sont 30%, 48% en Espagne, mais plus que les 7% en Cor\u00e9e du Sud (premier pays du classement).<\/p>\n<p><strong>La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, loin des mythes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>\u00abContrairement \u00e0 leurs a\u00een\u00e9s, les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations semblent vouloir s\u2019affranchir de cette injonction au succ\u00e8s\u00bb, poursuit Bernard Reber, qui estime que le tenace mythe de l\u2019entrepreneur ou du manager superpuissant et infaillible se fendille. Le regard de la soci\u00e9t\u00e9 changerait et la peur de l\u2019\u00e9chec serait de moins en moins paralysante. Isabelle\u00a0Flouck, fondatrice et coach au cabinet IF Carri\u00e8re \u00e0 Gen\u00e8ve, partage cet avis: \u00abLa culture suisse du travail \u00e9volue. Les hi\u00e9rarchies ne disparaissent pas mais on sent une volont\u00e9 d\u2019autonomie des collaborateurs, d\u2019avoir davantage de latitude et d\u2019action, ce qui conduit les managers \u00e0 faire \u00e9voluer leurs pratiques.\u00bb<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s croissant des \u00abFuck Up Nights\u00bb t\u00e9moigne \u00e9galement d\u2019une certaine lib\u00e9ration de la parole. N\u00e9 au Mexique et d\u00e9clin\u00e9 aujourd\u2019hui dans 250 villes et 76 pays, le concept arriv\u00e9 en Suisse en 2014 a rapidement s\u00e9duit. Le principe: en sept minutes, des entrepreneurs viennent partager les difficult\u00e9s qu\u2019ils ont travers\u00e9es avec de jeunes cr\u00e9ateurs d\u2019entreprise. Une mani\u00e8re de d\u00e9dramatiser l\u2019\u00e9chec et de donner du corps et de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une exp\u00e9rience qui n\u2019a rien d\u2019un long fleuve tranquille, estime Bernard Reber, directeur de Stucki Leadership &amp; Team Development. \u00abLes millenials ont grandi dans un monde o\u00f9 tout bouge tr\u00e8s vite, o\u00f9 les certitudes d\u2019hier ne sont pas celles d\u2019aujourd\u2019hui et o\u00f9 savoir se remettre en cause est crucial. Ils attendent un discours plus franc et plus pragmatique plut\u00f4t qu\u2019une \u00e9ni\u00e8me <em>success story<\/em>, aussi agr\u00e9able qu\u2019elle soit \u00e0 entendre.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11700\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/largeur_16032021.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/largeur_16032021.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/largeur_16032021-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/largeur_16032021-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Du discours \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, Bernard Reber tient pourtant \u00e0 relativiser l\u2019id\u00e9e d\u2019un changement r\u00e9el de regard sur l\u2019\u00e9chec: \u00abTout le monde s\u2019accorde \u00e0 dire que l\u2019erreur est humaine mais passer de la parole aux actes n\u2019est pas si simple.\u00bb Sur le terrain, exposer sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 ou admettre son incapacit\u00e9 \u00e0 tout r\u00e9soudre peut s\u2019av\u00e9rer difficile. En cause, des d\u00e9cennies de r\u00e9flexes souvent acquis d\u00e8s l\u2019enfance, avec des syst\u00e8mes scolaires qui reposent sur l\u2019\u00e9valuation permanente et instillent tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019id\u00e9e que l\u2019erreur m\u00e9rite une mauvaise note et distinguant ainsi bons et mauvais \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Pourtant, contrairement \u00e0 la faute et \u00e0 son caract\u00e8re volontaire, l\u2019erreur constitue un \u00e9v\u00e9nement normal et in\u00e9vitable. Refuser de l\u2019admettre a un incontestable impact sur la performance des entreprises. D\u2019abord en pesant sur des \u00e9quipes, explique Isabelle Flouck, fondatrice du cabinet IF Carri\u00e8re: \u00abCulpabiliser ceux qui commettent une erreur ne les pousse pas \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re de faire mieux, mais plut\u00f4t \u00e0 ne plus s\u2019aventurer en dehors de leur zone de confiance.\u00bb<\/p>\n<p>Collectivement, l\u2019effet n\u2019est pas neutre, souligne celle qui \u00e9change r\u00e9guli\u00e8rement avec des salari\u00e9s en perte de confiance, marqu\u00e9s par le sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019un proc\u00e8s en incomp\u00e9tence, souvent injustement. \u00abEn mati\u00e8re de management, une erreur s\u2019explique souvent par un manque de clart\u00e9. Lorsqu\u2019un collaborateur ne sait pas exactement quelle est la nature de sa mission et son p\u00e9rim\u00e8tre, le risque ne fait que se renforcer. Une erreur peut \u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019une maladresse, d\u2019une inattention ou d\u2019un manque de comp\u00e9tence, mais elle peut \u00e9galement s\u2019expliquer par une proc\u00e9dure mal d\u00e9finie ou un manque d\u2019\u00e9coute de l\u2019encadrement.\u00bb Auquel cas l\u2019\u00e9chec est partag\u00e9.<\/p>\n<p>En pesant telle une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s, cette hantise d\u2019\u00eatre sanctionn\u00e9, licenci\u00e9 ou placardis\u00e9 au premier \u00e9cart peut s\u00e9rieusement compromettre la performance individuelle et collective en bridant l\u2019audace et l\u2019initiative, rench\u00e9rit Bernard Reber. \u00abIl n\u2019y a pas de courbe d\u2019apprentissage sans \u00e9chec\u00a0et il n\u2019y a pas de performances sans prise de risque.\u00bb Ni l\u2019excellence op\u00e9rationnelle, ni la r\u00e9ussite ne sont contradictoires avec le droit \u00e0 l\u2019erreur, contrairement aux comportements d\u00e9viants ou aux fautes volontaires. Tous les entrepreneurs font des erreurs, elles ne sont pas forc\u00e9ment fatales mais elles le sont relativement souvent: en Suisse, apr\u00e8s trois ans d\u2019existence, seulement 60% des entreprises sont encore en activit\u00e9, aussi bien dans le secteur tertiaire que secondaire, selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique.<\/p>\n<p><strong>Erreurs utiles<\/strong><\/p>\n<p>Comment faire de l\u2019erreur une \u00e9tape utile, \u00e0 titre individuel ou collectif? D\u2019abord en ne la glissant pas sous le tapis, juge Bernard Reber: \u00abLes chefs d\u2019entreprise et les managers suivent des formations et sont de plus sensibilis\u00e9s \u00e0 ces sujets, mais on ne rompt pas facilement avec des traditions profond\u00e9ment ancr\u00e9es.\u00bb Trop souvent, le processus d\u2019apprentissage par l\u2019erreur se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019instauration de nouveaux protocoles de contr\u00f4le, une m\u00e9thode qui ne permet pas de comprendre le contexte et les interactions.<\/p>\n<p>La solution? Mettre en place de v\u00e9ritables cycles de p\u00e9dagogie dans des espaces s\u00e9curis\u00e9s, d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l\u2019apprentissage par l\u2019erreur au travers de jeux de r\u00f4le et de mise en situation qui permettent \u00e0 chacun de prendre le temps d\u2019analyser les cons\u00e9quences d\u2019une mauvaise d\u00e9cision et de prendre conscience du caract\u00e8re formateur de l\u2019erreur. Et ce m\u00eame dans des m\u00e9tiers o\u00f9 elle ne pardonne pas: \u00abLes chirurgiens ou les pilotes commettent heureusement tr\u00e8s peu d\u2019erreurs, mais ce n\u2019est pas par magie, ajoute Bernard Reber. C\u2019est parce qu\u2019ils en ont commis des dizaines en amont, en s\u2019entra\u00eenant dans des environnements s\u00e9curis\u00e9s, avec des mannequins, des simulateurs, dans des salles de dissection, etc.\u00bb L\u2019objectif alors est de cr\u00e9er une culture de l\u2019erreur, comme il existe une culture du risque.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Gillette, un empire qui a vu passer la lame de pr\u00e8s<\/strong><\/p>\n<p>Dans son dernier ouvrage, \u00ab\u00a0Les 16 plus belles erreurs de la transformation num\u00e9rique\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 2020, Vincent Giolito, professeur \u00e0 l\u2019\u00e9cole de management de Lyon, liste une s\u00e9rie de situations o\u00f9 rien ne s\u2019est pass\u00e9 comme pr\u00e9vu dans des entreprises pourtant exp\u00e9riment\u00e9es. A l\u2019instar de Gillette. En 2010, c\u2019est une star mondiale du rasoir, avec un c\u00e9l\u00e8bre slogan, \u00abLa perfection au masculin\u00bb (\u00abThe best\u00a0 a man can get\u00bb). Centenaire, l\u2019entreprise domine le march\u00e9 du rasage pour hommes gr\u00e2ce \u00e0 son innovation: la lame jetable.<\/p>\n<p>Persuad\u00e9 d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par son avance technologique, le g\u00e9ant am\u00e9ricain ne voit pas \u00e9merger la menace d\u2019une start-up, Dollar Shave Club. Consciente que l\u2019e-commerce est d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9 dans les m\u0153urs, la petite firme californienne propose une offre alternative: pour 1 dollar par mois, ses clients re\u00e7oivent chez eux un rasoir et quatre cartouches de lames. Le produit est moins sophistiqu\u00e9 que les lames Gillette, mais 20 fois moins cher. Gillette existe toujours et reste l\u2019une des marques stars de Procter &amp; Gamble, mais son empire a vu la lame passer de pr\u00e8s, en faisant l\u2019erreur de n\u00e9gliger la concurrence.<\/p>\n<p>Depuis, la marque a compris que sa place de leader n\u2019\u00e9tait pas immuable et elle a rattrap\u00e9 son retard dans le domaine de la vente en ligne et de la vente \u00e0 l\u2019abonnement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019erreur est humaine, et pourtant: dans\u00a0un monde qui a longtemps tenu l\u2019\u00e9chec en horreur, patrons et managers peinent encore \u00e0 lui reconna\u00eetre des b\u00e9n\u00e9fices. 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