



{"id":1161,"date":"2002-09-17T00:00:00","date_gmt":"2002-09-16T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1161"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1161","title":{"rendered":"\u00abLes Sentiers de la perdition\u00bb? Un vrai film faux-cul"},"content":{"rendered":"<p>Quand on voit les films en s\u00e9ance de presse, sans pub ni coupure, on ne peut pas s\u2019en rendre compte. Mais quand on assiste \u00e0 leur projection en salles, qui plus est un vendredi ou samedi soir, cela saute aux yeux: il y a bien un avant et un apr\u00e8s entracte.<\/p>\n<p>Plusieurs d\u2019entre eux ne r\u00e9sistent pas \u00e0 la pause pop-corn, soit qu\u2019ils s\u2019autod\u00e9truisent (\u00abA.I.\u00bb de Spielberg reste le meilleur exemple), soit qu\u2019ils rompent les promesses esquiss\u00e9es dans la premi\u00e8re partie, r\u00e9v\u00e9lant du m\u00eame coup leur c\u00f4t\u00e9 tape-\u00e0-l&rsquo;\u0153il.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas des \u00abSentiers de la perdition\u00bb de Sam Mendes, 37 ans, prodige de la sc\u00e8ne anglaise devenu la valeur montante de Hollywood avec \u00abAmerican Beauty\u00bb, cinq fois oscaris\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abLes Sentiers de la perdition\u00bb commence pourtant bien, avec une sc\u00e8ne \u00e9motionnellement forte, de celles qui nouent les trag\u00e9dies les plus sombres ou les contes pour enfants les plus cruels. Par le trou de la serrure, Sullivan junior, dix ans, d\u00e9couvre le vrai m\u00e9tier de son p\u00e8re, Sullivan senior \u2013 homme de main \u00e0 la solde de la mafia irlandaise \u2013, et assiste en t\u00e9moin impuissant \u00e0 un massacre. Ambiance pluvieuse, nuit \u00e9clair\u00e9e par la lune, logique de cauchemar.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne est soign\u00e9e, certes, mais sans r\u00e9elle cons\u00e9quence sur le reste de l\u2019histoire. Le gamin semble \u00e0 peine \u00e9branl\u00e9 par ce qu\u2019il a vu. Son p\u00e8re fait comme si ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un mauvais r\u00eave et le film oublie carr\u00e9ment cette sc\u00e8ne originelle \u2013 ainsi que la suivante: le massacre de la m\u00e8re et du fils cadet \u2013 pour lui pr\u00e9f\u00e9rer une piste plus conventionnelle: le road movie d\u2019un homme en cavale qui doit sauver sa peau et celle de son fils, tout en faisant la peau \u00e0 ceux qui l\u2019importunent.<\/p>\n<p>Mais attention, ce gangster des ann\u00e9es trente est aussi un p\u00e8re conscient de la puissance de l\u2019exemple. Il ne veut pas que ses \u00abnettoyages\u00bb \u00e0 la mitrailleuse puissent influencer son gar\u00e7on et l\u2019encourager \u00e0 prendre la m\u00eame voie que lui. En homme responsable, il refuse que son enfant l\u2019accompagne dans ses basses besognes; il lui interdit l\u2019acc\u00e8s aux sc\u00e8nes de la violence, comme des parents contemporains priveraient leurs rejetons de TV.<\/p>\n<p>Ce souci p\u00e9dagogique serait g\u00e9n\u00e9reux s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas aussi hypocrite, et surtout producteur d\u2019un double contresens. D\u2019une part, parce que le fils a d\u00e9j\u00e0 vu le pire; d\u2019autre part parce que l\u2019enfant doit \u00eatre le point de vue du film, son narrateur m\u00eame. On se demande alors comment Sullivan junior peut raconter avec force d\u00e9tails quelque chose dont il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin!<\/p>\n<p>Cette ambigu\u00eft\u00e9 ne rel\u00e8ve pas seulement d\u2019une faiblesse de sc\u00e9nario, elle trahit l\u2019ambition v\u00e9ritable de Sam Mendes, r\u00e9alisateur ultra hollywoodien en d\u00e9pit de sa nationalit\u00e9 anglaise. Hollywoodien dans cette mani\u00e8re d\u2019exalter la mythologie du cin\u00e9ma am\u00e9ricain (film de mafia, avec super h\u00e9ros) tout en condamnant, en parole et non en acte, sa violence.<\/p>\n<p>Une violence bien utile quand m\u00eame puisqu\u2019elle finit par r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes. Cette forme de puritanisme \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en \u0153uvre dans \u00abAmerican Beauty\u00bb, faux film critique, mais vrai film faux cul. C\u2019est ce m\u00eame opportunisme qui mine \u00abLes Sentiers de la perdition\u00bb, film de genre plus pr\u00e9occup\u00e9 de style que de mise en sc\u00e8ne, d\u2019ambiance que de r\u00e9cit, de bons sentiments filiaux que de relations v\u00e9ritables \u2013 rien ne se noue entre les personnages. Ils restent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment des silhouettes.<\/p>\n<p>La seule chose qui semble r\u00e9ellement int\u00e9resser Sam Mendes, c\u2019est d\u2019exhiber son savoir-faire dans les sc\u00e8nes de r\u00e8glements de comptes. \u00abRegardez comme je suis original!\u00bb, semble crier le film \u00e0 chaque nouvelle tuerie.<\/p>\n<p>Alors, oui, c\u2019est vrai, il y a le massacre \u00e0 la mitrailleuse qui se d\u00e9roule sous la pluie, dans la nuit, sans un son, avec des tas de petits bonshommes \u00e0 la Magritte, chapeau et pardessus, qui tombe en silence sur le pav\u00e9. Oui, il y a la sc\u00e8ne dite de \u00abMarat dans sa baignoire\u00bb o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre par un savant jeu de miroirs le cadavre ensanglant\u00e9 d\u2019un mafieux abject.<\/p>\n<p>Oui, il y a le massacre initial dont on ne voit rien, sinon des pieds qui vacillent, et le bain de sang final, film\u00e9 par une lumi\u00e8re aveuglante dans un double reflet de vitre. C\u2019est impeccable, bien s\u00fbr: cadrages splendides, lumi\u00e8res raffin\u00e9es, photographie parfaite, mais ce n\u2019est que vanit\u00e9 de bon \u00e9l\u00e8ve voulant rivaliser avec les ma\u00eetres.<\/p>\n<p>La presse a beaucoup vant\u00e9 le jeu des com\u00e9diens dans \u00abLes Sentiers de la perdition\u00bb. Mais dans un film aussi corset\u00e9, \u00e9crit \u00e0 sa propre gloire, o\u00f9 les sc\u00e8nes techniques dominent les moments dramatiques, comment les acteurs pourraient-ils \u00eatre bons? Pour jouer les tueurs tourment\u00e9s, Tom Hanks fronce les sourcils et s\u2019enfonce la t\u00eate dans les \u00e9paules comme une tortue inexpressive tandis que Jude Law s\u2019est fabriqu\u00e9 une calvitie de vautour pour incarner un photographe-assassin. <\/p>\n<p>Certes, il y a le regard pervenche de Paul Newman, mais on n\u2019a encore jamais donn\u00e9 un Oscar \u00e0 une paire d\u2019yeux. L\u00e0 encore, beaucoup d\u2019aff\u00e9teries pour rien.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abLes Sentiers de la perdition\u00bb, de Sam Mendes, avec Tom Hanks, Paul Newman, Jude Law<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La presse internationale a tiss\u00e9 des couronnes au deuxi\u00e8me long m\u00e9trage de Sam Mendes (apr\u00e8s \u00abAmerican Beauty\u00bb). On se demande bien pourquoi. C\u2019est un film acad\u00e9mique, niais et cr\u00e2neur.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1161","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1161","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1161"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1161\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1161"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1161"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1161"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}