



{"id":11580,"date":"2021-01-26T22:55:38","date_gmt":"2021-01-26T21:55:38","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=11580"},"modified":"2021-01-26T17:01:01","modified_gmt":"2021-01-26T16:01:01","slug":"architecture-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=11580","title":{"rendered":"Exploration du c\u0153ur de Lausanne"},"content":{"rendered":"<p>Les Lausannois viennent y faire leurs emplettes, sauter d\u2019un bus \u00e0 l\u2019autre, acheter un caf\u00e9 \u00e0 l\u2019emporter. Rares sont ceux qui prennent le temps de lever les yeux sur la place Saint-Fran\u00e7ois. Pourtant, c\u2019est ici que Lausanne est entr\u00e9e dans la modernit\u00e9. En t\u00e9moigne l\u2019arriv\u00e9e du tramway \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, la construction d\u2019un immense b\u00e2timent pour la poste et le t\u00e9l\u00e9graphe, ou encore l\u2019ouverture de l\u2019un des premiers grands magasins de la ville.<\/p>\n<p><strong>CHAMBORD A LAUSANNE<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9difice qui a donn\u00e9 le ton \u00e0 ce nouvel ensemble architectural se situe au num\u00e9ro 15 de la place. \u00abL\u2019<strong>H\u00f4tel des Postes<\/strong>, lors de sa construction en 1896 sur l\u2019emplacement de l\u2019ancien couvent franciscain entourant l\u2019\u00e9glise m\u00e9di\u00e9vale de Saint-Fran\u00e7ois, a d\u2019abord effray\u00e9 la municipalit\u00e9 lausannoise, rappelle l\u2019historienne de l\u2019architecture, Catherine Schmutz Nicod. De par sa taille imposante, d\u2019abord, et parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 command\u00e9 par la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 Eug\u00e8ne Jost, un jeune architecte inconnu \u00e0 l\u2019\u00e9poque. \u00bb Avec ses m\u00e9daillons \u00e0 t\u00eates de lion et ses immenses chemin\u00e9es, masquant les anciennes antennes t\u00e9l\u00e9graphiques, il s\u2019inspire des b\u00e2timents de la Renaissance et de la n\u00e9o-Renaissance fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>\u00c9tudiant aux Beaux-Arts \u00e0 Paris, son cr\u00e9ateur avait sans nul doute visit\u00e9 le ch\u00e2teau de Chambord ou l\u2019H\u00f4tel de Ville de la capitale fran\u00e7aise. La Banque Cantonale Vaudoise adjacente, inaugur\u00e9e en 1903, rev\u00eat, elle aussi, un style historicisant, tout comme les deux autres banques de la place. La Soci\u00e9t\u00e9 de Banque Suisse \u00e9difi\u00e9e en 1923 (au num\u00e9ro 16) et l\u2019Union de Banques Suisses construite en 1924 (au num\u00e9ro 1) sont d\u2019inspiration n\u00e9o-classique. \u00abAvec leurs larges colonnes antiques, elles d\u00e9gagent une impression de pouvoir et de s\u00e9rieux, propre \u00e0 ce type d\u2019\u00e9tablissements \u00bb, explique Catherine Schmutz Nicod.<\/p>\n<p>Un petit crochet par la <strong>Maison Mercier<\/strong> s\u2019impose. Sa structure en b\u00e9ton arm\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve sur 11 niveaux. Elle est construite en 1900 par l\u2019homme d\u2019affaires Jean-Jacques Mercier. Ce capitaine d\u2019industrie jouissait ainsi, depuis son bureau, d\u2019une vue d\u2019ensemble des entrep\u00f4ts qu\u2019il poss\u00e9dait en contrebas, dans la plaine du Flon. Le style de l\u2019immeuble, avec des dominantes n\u00e9o-gothique et Renaissance, est visible d\u00e8s l\u2019ext\u00e9rieur, mais le luxe des lieux s\u2019exprime particuli\u00e8rement dans le hall d\u2019entr\u00e9e, situ\u00e9 rue du Grand-Ch\u00eane 8. Les d\u00e9cors en faux marbre, la loge du concierge, le sol, l\u2019escalier: tout y est d\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p><strong>\u226aC\u2019EST BONNARD\u226b<\/strong><\/p>\n<p>Retour sur la place Saint-Fran\u00e7ois, que l\u2019on traverse en direction de la rue de Bourg pour admirer les magasins Bonnard (au num\u00e9ro 10), devenus <strong>Bong\u00e9nie<\/strong>. La fa\u00e7ade principale de 1914 emprunte les codes d\u2019un style venu d\u2019Allemagne, le \u00ab Vertikalismus \u00bb, pr\u00e9sent aussi \u00e0 la gare de Lausanne. L\u2019autre devanture situ\u00e9e au d\u00e9but de la rue de Bourg et construite en 1904 poss\u00e8de, quant \u00e0 elle, des \u00e9l\u00e9ments d\u2019art nouveau. Les entrelacs de fleurs et les initiales des propri\u00e9taires de l\u2019\u00e9poque dessin\u00e9es \u00aben coup de fouet \u00bb rappellent le faste des grandes boutiques parisiennes telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites par \u00c9mile Zola dans son roman <em>Au bonheur des<\/em> <em>dames<\/em>. On lit encore tout ce que les bourgeoises lausannoises pouvaient y acheter : soierie, toilerie, lingerie&#8230; La popularit\u00e9 de l\u2019expression vaudoise \u00abc\u2019est bonnard\u00bb (signifiant \u00abc\u2019est super\u00bb) viendrait certainement de ce lieu et de son incroyable achalandage.<\/p>\n<p>Une pause au caf\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement, situ\u00e9 au deuxi\u00e8me \u00e9tage, permet de d\u00e9couvrir l\u2019escalier en fer forg\u00e9 d\u2019origine, tout en offrant une vue imprenable sur la place. On peut \u00e9galement boire un th\u00e9 au Kiosque Saint-Fran\u00e7ois, situ\u00e9 au centre de la place. Il est immanquable avec sa belle marquise et son horloge d\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>En remontant la rue de Bourg et ses boutiques, dont l\u2019\u00e9choppe historique du chocolatier <strong>Blondel<\/strong> (1891), impossible d\u2019imaginer que cette art\u00e8re ne fut pas toujours commer\u00e7ante. Or, elle h\u00e9bergeait auparavant les familles patriciennes de la ville. \u00ab Ces demeures des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles comportaient le plus souvent une partie principale donnant sur la rue et un second corps de b\u00e2timents situ\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, pr\u00e9cise Catherine Schmutz Nicod. Ces deux espaces \u00e9taient reli\u00e9s par une cour int\u00e9rieure. On reconna\u00eet encore ces r\u00e9sidences \u00e0 leur fa\u00e7ade en pierre de taille, leurs corniches ou leurs garde-corps simples. \u00bb Cette sobri\u00e9t\u00e9 toute protestante peut \u00eatre observ\u00e9e dans le magasin <strong>COS<\/strong> (rue de Bourg 8), qui a conserv\u00e9 la cour int\u00e9rieure et des \u00e9l\u00e9ments des appartements de l\u2019\u00e9poque, lors d\u2019une magnifique r\u00e9novation r\u00e9alis\u00e9e en 2016.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11581\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/largeur_26012021.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/largeur_26012021.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/largeur_26012021-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/largeur_26012021-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>LE CARREFOUR DE L\u2019EUROPE<\/strong><\/p>\n<p>Plus haut dans la rue de Bourg, les <strong>Galeries Saint-Fran\u00e7ois<\/strong> (1909) m\u00e9ritent elles aussi une halte. T\u00e9moin de l\u2019essor commercial de Lausanne, ce passage couvert a gard\u00e9 plusieurs \u00e9l\u00e9ments d\u2019origine, tels que les portes et vitrines des boutiques ou les cages d\u2019escaliers et leurs luminaires. Ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans un style art nouveau, plus germanique que parisien. Les d\u00e9cors arborent par exemple, davantage des formes g\u00e9om\u00e9triques que des formes inspir\u00e9es de la nature.<\/p>\n<p>Les entr\u00e9es situ\u00e9es de part et d\u2019autre du passage sont un bel exemple de l\u2019\u00e9clectisme qui caract\u00e9rise le b\u00e2ti lausannois de l\u2019\u00e9poque. C\u00f4t\u00e9 rue de Bourg, on retrouve des \u00e9l\u00e9ments art nouveau et n\u00e9obaroques, comme des petits gar\u00e7ons joufflus et des guirlandes de feuillages. C\u00f4t\u00e9 avenue Benjamin-Constant, le style est verticaliste avec des all\u00e9gories du commerce, des sciences et de l\u2019industrie. On r\u00e9alise ici \u00e0 quel point la ville \u00e9tait un carrefour, au centre de l\u2019Europe, et des divers courants architecturaux.<\/p>\n<p><strong>FACE SOMBRE<\/strong><\/p>\n<p>On revient sur nos pas pour emprunter la rue Saint-Fran\u00e7ois, puis partir \u00e0 droite pour rejoindre la rue du R\u00f4tillon. \u00abLa place Saint-Fran\u00e7ois \u00e9tait un lieu de pouvoir et la rue de Bourg, l\u2019art\u00e8re commer\u00e7ante chic de la ville, mais ce petit <strong>quartier du R\u00f4tillon<\/strong> en constituait la face sombre, souligne l\u2019historienne, qui a grandi \u00e0 Lausanne. Situ\u00e9 en contrebas, peu \u00e9clair\u00e9 par la lumi\u00e8re naturelle, il souffrait des nuisances des anciennes fabriques du quartier du Flon. Les logements y \u00e9taient insalubres.\u00bb Jusqu\u2019\u00e0 tard au XXe si\u00e8cle, pour les bonnes familles de Lausanne, cette zone avait la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre un quartier malfam\u00e9. Aujourd\u2019hui r\u00e9nov\u00e9, ponctu\u00e9 de fa\u00e7ades color\u00e9es, il comprend plusieurs caf\u00e9s, boutiques et m\u00eame un petit mus\u00e9e, le <strong>Mus\u00e9e de la chaussure<\/strong> (rue du R\u00f4tillon 10). G\u00e9r\u00e9 par des arch\u00e9ologues, il retrace l\u2019histoire du soulier \u00e0 travers les si\u00e8cles. Si l\u2019on d\u00e9vale encore la pente jusqu\u2019\u00e0 la rue Centrale, on peut s\u2019arr\u00eater au caf\u00e9 le <strong>P\u2019tit Central<\/strong> (au num\u00e9ro 9) ou au restaurant <strong>Byblos<\/strong>. Ce dernier, situ\u00e9 rue Cheneau-de-Bourg 2, propose tapas, pizzas et burgers, dans un d\u00e9cor emprunt\u00e9 aux ann\u00e9es 1950. Avant de revenir au point de d\u00e9part, par le centre commercial des Portes Saint-Fran\u00e7ois (install\u00e9 dans l\u2019ancienne Union de Banques Suisses), il est possible de jeter un \u0153il sur le premier grand magasin lausannois. L\u2019enseigne baptis\u00e9e L\u2019Innovation, aujourd\u2019hui Globus, a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e en 1907, puis agrandie en 1912 et en 1938. La partie b\u00e2tie en 1912, rue du Pont 5, comporte des \u00e9l\u00e9ments de verticalisme con\u00e7us par le m\u00eame architecte que celui des Galeries Saint-Fran\u00e7ois.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans The Lausanner (no6).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au tournant du XXe si\u00e8cle, de nouveaux b\u00e2timents imposants \u00e9mergent dans la capitale vaudoise. 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