



{"id":1158,"date":"2002-09-12T00:00:00","date_gmt":"2002-09-11T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1158"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1158","title":{"rendered":"\u00abLantana\u00bb, excellent thriller sans assassin &#8211; sauf le temps"},"content":{"rendered":"<p>Comparer \u00abL\u2019Adversaire\u00bb de Nicole Garcia \u00e0 \u00abLantana\u00bb de Lawrence Ray peut para\u00eetre artificiel, le premier \u00e9tant inspir\u00e9 d\u2019une histoire vraie, le second d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre (\u00abSpeaking in Tongues\u00bb d\u2019Andrew Bovell). <\/p>\n<p>Les deux films pourtant d\u00e9ploient leur intrigue dans une architecture en puzzle, sens\u00e9e \u00e9pouser l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 chaotique de leurs personnages, un seul chez Nicole Garcia, une dizaine dans le film de Lawrence Ray. Il faut dire que les deux films partagent une m\u00eame th\u00e9matique: le mensonge et ses cons\u00e9quences sur les relations humaines.<\/p>\n<p>Autre point commun, l\u2019omnipr\u00e9sence de la musique qui irrigue de sa puissance hypnotique chacun des deux r\u00e9cits. Et si Nicola Garcia a choisi le passeport prestige en confiant la BO de son \u00abAdversaire\u00bb au musicien attitr\u00e9 de David Lynch, Angelo Badalamenti, son film n\u2019en est pas plus envo\u00fbtant pour autant. Loin de l\u00e0.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de son sujet passionnant, \u00abL\u2019Adversaire\u00bb laisse compl\u00e8tement indiff\u00e9rent. On s\u2019y ennuie, attendant avec impatience le massacre de fin que tout le monde conna\u00eet \u2013 c\u2019est un des probl\u00e8mes du film: \u00e0 qui s\u2019adresse-t-il? A ceux qui n\u2019ont jamais entendu parler de l\u2019affaire Romand ou \u00e0 ceux qui en connaissent tous les d\u00e9tails?<\/p>\n<p>Donc, \u00e0 quoi attribuer l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 peine polie ressentie devant le film de Nicole Garcia? A une mise en sc\u00e8ne \u00e0 la fois chichiteuse et floue, \u00e0 un sc\u00e9nario inutilement tarabiscot\u00e9 et surtout \u00e0 un point de vue sur le personnage de Jean-Claude Romand terriblement convenu et neutre.<\/p>\n<p>Dans le d\u00e9sir probablement vertueux de ne pas le condamner ou d\u2019appeler contre lui la vindicte populaire, Nicole Garcia banalise son h\u00e9ros (incarn\u00e9 par un Daniel Auteuil en service minimum) par la plus condescendante des attitudes: faire de ce grand mythomane s\u00e9ducteur qu\u2019\u00e9tait Jean-Claude Romand une victime de lui-m\u00eame, un d\u00e9pressif minable, un pauvre type sans charisme qui p\u00e8te les plombs devant sa propre m\u00e9diocrit\u00e9.<\/p>\n<p>Si \u00abL\u2019Adversaire\u00bb part d\u2019une \u00e9nigme inou\u00efe \u2013 le myst\u00e8re d\u2019un assassin qui a r\u00e9ussi \u00e0 duper ses proches pendant quinze ans \u2013 pour la r\u00e9duire \u00e0 une hypoth\u00e8se neurasth\u00e9nique, \u00abLantana\u00bb fait le chemin inverse. Parti de rien, le film se construit peu \u00e0 peu, morceau par morceau, sur un rythme \u00e9trange et rare, \u00e0 la fois alangui et palpitant. \u00abLantana\u00bb acquiert de l\u2019amplitude, de la substance, de la vie m\u00eame, au fur et \u00e0 mesure que s\u2019\u00e9loigne de nos t\u00eates la sc\u00e8ne d\u2019ouverture, pourtant somptueuse, mais trop cod\u00e9e, trop explicite, pour un randonneur de broussailles comme l&rsquo;Australien Lawrence Ray.<\/p>\n<p>R\u00e9alisateur de publicit\u00e9s pendant seize ans, et auteur en 1985 de \u00abBliss\u00bb, curieuse visite dans l\u2019imagination d\u2019un businessman atteint d\u2019une crise cardiaque, Lawrence Ray a construit son film \u00e0 l\u2019image du lantana, nom donn\u00e9 \u00e0 un arbuste exotique qui, sous des feuilles plut\u00f4t ordinaires, cache des ramifications touffues et \u00e9pineuses.<\/p>\n<p>La m\u00e9taphore vaut pour les dix personnages du film (quatre couples et deux c\u00e9libataires), des quadrag\u00e9naires p\u00e9tris de solitude et de frustrations, dont les vies caboss\u00e9es vont se croiser le temps d\u2019une enqu\u00eate polici\u00e8re. Deux d\u2019entre eux m\u00e8nent la danse: L\u00e9on, un inspecteur d\u00e9sabus\u00e9 qui trompe sa femme et en \u00e9prouve de la culpabilit\u00e9; Val\u00e9rie, une psychanalyste qui ne se remet pas de la perte de sa fillette assassin\u00e9e, et qui dispara\u00eetra un soir d\u2019\u00e9t\u00e9, transformant chacun de ses patients en coupables potentiels.<\/p>\n<p>On s\u2019\u00e9tonne que \u00abLantana\u00bb ait pu concourir au dernier festival du film policier de Cognac \u2013 o\u00f9 il a gagn\u00e9 le grand Prix \u2013 puisqu\u2019il faut attendre l\u2019entracte pour que ce beau r\u00e9cit polyphonique puisse justifier son statut de polar. Et encore! Le suspense de \u00abLantana\u00bb est plus existentiel que policier; il joue davantage sur nos pr\u00e9jug\u00e9s en mati\u00e8re de thriller que sur les faits objectifs montr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran \u2013 mais on n\u2019en dira pas plus pour ne pas \u00e9venter le myst\u00e8re d\u2019une intrigue parfaitement \u00e9crite.<\/p>\n<p>Autant qu\u2019un thriller, \u00abLantana\u00bb est une \u00e9tude psychologique d\u2019un grand raffinement, une exploration riche des relations entre hommes et femmes, une r\u00e9flexion sans moralisme sur le couple, ce qui le soude ou l\u2019\u00e9loigne, et sur ce qui fonde sa n\u00e9cessit\u00e9, pass\u00e9 le temps de la passion et du d\u00e9sir. Lawrence Ray ne se d\u00e9file pas devant cette question. Le personnage de la psychanalyste et un couple de jeunes latinos d\u00e9tiennent le secret de la dur\u00e9e de l\u2019amour et du d\u00e9sir. Lequel est-ce? Quand je vous disais que le suspens \u00e9tait aussi existentiel que policier!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plut\u00f4t que d\u2019aller voir \u00abL\u2019Adversaire\u00bb inspir\u00e9 de l\u2019affaire Romand, prenez un billet pour \u00abLantana\u00bb. Un suspens lancinant doubl\u00e9 d\u2019une r\u00e9flexion adulte sur le couple et ses petits arrangements.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1158","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1158","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1158"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1158\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1158"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1158"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1158"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}