



{"id":1153,"date":"2002-09-04T00:00:00","date_gmt":"2002-09-03T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1153"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1153","title":{"rendered":"L\u2019impossible Arm\u00e9nie d\u2019Atom Egoyan"},"content":{"rendered":"<p>Le Festival de Cannes pr\u00e9sentait cette ann\u00e9e deux films historiques r\u00e9alis\u00e9s par des cin\u00e9astes confirm\u00e9s, tous deux intimement attach\u00e9s aux \u00e9v\u00e9nements qu\u2019ils ont mis en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>D\u2019une part, Roman Polanski et le ghetto de Varsovie avec \u00abLe Pianiste\u00bb (Palme d\u2019or et sortie le 25 septembre). De l\u2019autre, Atom Egoyan et le g\u00e9nocide arm\u00e9nien avec \u00abArarat\u00bb (aucune r\u00e9compense et sortie le 11 septembre).<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de leur point commun \u2013 mettre en lumi\u00e8re une page tragique et unique de l\u2019histoire du XXe si\u00e8cle \u2013 , \u00abLe Pianiste\u00bb et \u00abArarat\u00bb traduisent deux conceptions radicalement diff\u00e9rentes du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>A l\u2019approche frontale, lin\u00e9aire et classique (raconter et montrer) de Roman Polanski, Atom Egoyan r\u00e9pond par une d\u00e9marche plus intellectuelle, incluant dans sa d\u00e9monstration l\u2019impossibilit\u00e9 de rendre compte d\u2019un \u00e9v\u00e9nement aussi indicible qu\u2019un g\u00e9nocide. L\u2019argument est connu. Il fonde la r\u00e9sistance du cin\u00e9ma d\u2019art et d\u2019essai contre la culture hollywoodienne qui estime pouvoir tout repr\u00e9senter, soit par le spectacle h\u00e9ro\u00efque du fait militaire, soit par le divertissement p\u00e9dagogique. <\/p>\n<p>Atom Egoyan n\u2019est pas Spielberg. Il ne croit pas \u00e0 la vertu r\u00e9paratrice et cathartique du cin\u00e9ma. Mais Polanski non plus qui, in fine, se r\u00e9v\u00e8le plus moderne, plus percutant et plus humble dans son travail que Atom Egoyan, lequel, sous des pr\u00e9cautions rh\u00e9toriques et des sophistications esth\u00e9tiques inutiles, cache une r\u00e9elle incapacit\u00e9 \u00e0 devenir le conteur d\u2019un \u00e9v\u00e9nement terrible, le premier g\u00e9nocide du XXe si\u00e8cle, encore aujourd\u2019hui ni\u00e9 par la Turquie. Car aux spectateurs qui ne conna\u00eetraient rien des massacres de 1915, le film n\u2019apporte aucune lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Atom Egoyan ne s\u2019int\u00e9resse pas aux faits historiques, seulement \u00e0 leurs cons\u00e9quences traumatiques sur la diaspora arm\u00e9nienne, en qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 et de racines. .  <\/p>\n<p>On sait le r\u00e9alisateur d\u2019\u00abExotica\u00bb incapable de raconter une histoire lin\u00e9aire. Tout chez lui proc\u00e8de par fragments, ricochets, r\u00e9verb\u00e9rations. C\u2019est aussi le cas d\u2019\u00abArarat\u00bb, film de la d\u00e9construction plut\u00f4t que de la reconstitution.<\/p>\n<p>Pour raconter cette trag\u00e9die dont il est issu, Atom Egoyan m\u00eale donc mise en abyme, film dans le film, juxtaposition de plusieurs temporalit\u00e9s et destins crois\u00e9s d\u2019une dizaine de personnages, dont un ayant r\u00e9ellement exist\u00e9, le peintre rescap\u00e9 Arshile Gorky.  A l\u2019\u00e9vidence, Atom Egoyan en a fait son double, s\u2019identifiant \u00e0 sa mani\u00e8re fraternelle de transmettre la m\u00e9moire pour que celle-ci devienne une muse inspiratrice plut\u00f4t qu\u2019un fardeau honteux et accablant. <\/p>\n<p>A l\u2019inverse, Atom Egoyan rejette l\u2019autre figure artistique du film, fictive celle-ci, le cin\u00e9aste arm\u00e9nien d\u2019envergure internationale, Edouard Saroyan (Charles Aznavour peu convaincant dans ce r\u00f4le de g\u00e9nie du cin\u00e9ma) qui entend montrer ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9 en 1915 dans une grande fresque \u00e9pique et sentimentale, pompeuse et pittoresque, \u00e0 l\u2019exact oppos\u00e9 de l\u2019ambition d\u2019Atom Egoyan.. <\/p>\n<p>Seulement voil\u00e0: les sc\u00e8nes de reconstitution sens\u00e9es \u00eatre film\u00e9es par Edouard Saroyan finissent par contaminer \u00abArarat\u00bb tout entier, \u00e0 vampiriser sa construction polyphonique, \u00e0 le plomber jusqu\u2019au ridicule. D\u2019o\u00f9 cette impression curieuse d\u2019assister au suicide, lent et scrupuleux, du film que l\u2019on est en train de voir.<\/p>\n<p>Etrangl\u00e9 par sa double contrainte, \u00abArarat\u00bb \u00e9choue dans sa fonction historico-p\u00e9dagogique tout comme dans sa dynamique autobiographique et intime. Il offre en revanche quelques s\u00e9quences sublimes, notamment celles avec le douanier (Christopher Plummer), \u00eatre d\u2019ordre et de refus, qui comprend au terme d\u2019un interrogatoire serr\u00e9 que la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas une affaire de contr\u00f4le, mais de foi et de confiance en l\u2019autre.<\/p>\n<p>C\u2019est le plus beau personnage de ce carrousel des destins, le plus proche aussi de l\u2019univers d\u2019Atom Egoyan.<\/p>\n<p>Si  \u00abArarat\u00bb est un film rat\u00e9, ce n\u2019est donc ni par d\u00e9ficit d\u2019intelligence ni par manque de talent, mais par la peur phobique d\u2019Atom Egoyan de sombrer dans l\u2019acad\u00e9misme. \u00abArarat\u00bb passe plus de temps \u00e0 montrer ce qu\u2019il ne faut pas faire qu\u2019\u00e0 le faire, ce qui en d\u00e9finitive donne l\u2019impression d\u2019une oeuvre pour rien. La grande fresque sur le g\u00e9nocide arm\u00e9nien est encore \u00e0 venir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En th\u00e9orisant jusqu\u2019\u00e0 plus soif l\u2019impossibilit\u00e9 de la repr\u00e9sentation historique, le r\u00e9alisateur canado-arm\u00e9nien passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son sujet. \u00abArarat\u00bb, un \u00e9chec int\u00e9ressant.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1153","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1153","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1153"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1153\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1153"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1153"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1153"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}