



{"id":1149,"date":"2002-08-29T00:00:00","date_gmt":"2002-08-28T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1149"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1149","title":{"rendered":"A propos de \u00abAbout a boy\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Comme \u00abLe Journal de Bridget Jones\u00bb brossait le portrait d\u2019une trentenaire c\u00e9libataire enrob\u00e9e et insatisfaite, \u00abAbout a boy\u00bb fignole celui d\u2019un single indolent, \u00e9go\u00efste et grand consommateur de biens culturels (essentiellement, les jeux t\u00e9l\u00e9 et les films d\u2019horreur), \u00e0 l\u2019approche d\u2019une quarantaine qu\u2019il assume moyennement. <\/p>\n<p>Pour d\u00e9fendre sa position de c\u00e9libataire heureux de le rester, Will pr\u00e9tend \u00eatre une \u00eele, de pr\u00e9f\u00e9rence Ibiza: on peut le visiter mais personne ne s\u2019installe. Ses journ\u00e9es oisives sont d\u00e9coup\u00e9es en unit\u00e9s de trente minutes, un tempo qui correspond \u00e0 son temp\u00e9rament de surfeur, vite curieux et vite ennuy\u00e9.<\/p>\n<p>Ce fils \u00e0 papa (il vit des royalties d\u2019un tube plan\u00e9taire compos\u00e9 par son p\u00e8re) qui s\u2019invente un fils imaginaire pour draguer des m\u00e8res c\u00e9libataires &#8211; plus faciles \u00e0 larguer -, ce goujat cool qui juge ses contemporains \u00e0 la qualit\u00e9 de leur mat\u00e9riel audiovisuel, ce Peter Pan mondain et superficiel apprendra pourtant \u00e0 devenir adulte au contact de Marcus, un petit gar\u00e7on de douze ans qui souffre de son \u00e9tat d\u2019enfant, et qui doit veiller sur sa m\u00e8re, Fiona, une vieille hippie v\u00e9g\u00e9tarienne submerg\u00e9e par le mal de vivre.<\/p>\n<p>On imagine sans peine l\u2019usage que la presse magazine pourrait faire du personnage incarn\u00e9 par Hugh Grant et imagin\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain Nick Hornby. On voit d\u00e9j\u00e0 les titres que le comportement de Will pourrait inspirer: \u00abPeut-on rester oisif toute sa vie?\u00bb; \u00abQuand devient-on adulte?\u00bb; \u00abPourriez-vous tomber amoureuse de Will?\u00bb; \u00abTester votre Q.A (quotient d\u2019adoption)\u00bb etc. Le film vaut mieux que cela, ne serait-ce que par la parfaite ad\u00e9quation entre Hugh Grant et son personnage de flirteur immature, dont les pens\u00e9es intimes, r\u00e9v\u00e9l\u00e9es en voix off, constituent un des ressorts comiques du film.<\/p>\n<p>Quand on dit Hugh Grant, on pense coiffure bouffante et belle m\u00e8che indisciplin\u00e9, laqu\u00e9e sur des yeux bleus froiss\u00e9s par 41 ans de sourires. Et bien, on oublie! Pour \u00eatre cr\u00e9dible en gentil m\u00e9chant gar\u00e7on, Hugh Grant a coup\u00e9 ses cheveux. Une r\u00e9volution capillaire qui annonce une r\u00e9volution intime? Il ne faut rien exag\u00e9rer. <\/p>\n<p>\u00abCe n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que je me coupe les cheveux, mais \u00e0 chaque fois je ressemblais \u00e0 une lesbienne. L\u00e0, il me semble que c\u2019est assez r\u00e9ussi\u00bb, d\u00e9clarait le com\u00e9dien anglais \u00e0 l\u2019hebdomadaire \u00abConstruire\u00bb. Sa nouvelle coiffure, qui lui illumine le front, est d\u2019ailleurs pr\u00e9texte \u00e0 une sc\u00e8ne auto-ironique d\u2019une savoureuse futilit\u00e9 dans \u00abAbout a boy\u00bb, o\u00f9 il fait croire qu\u2019il est tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 tondre le gazon alors qu\u2019il se fait effiler les cheveux au rasoir \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Donc, Hugh Grant est formidable. Il joue Will comme une sorte d\u2019Oscar Wilde de sitcom, avec un humour permanent sur lui-m\u00eame. Face \u00e0 lui, il y a Nicholas Hoult, irr\u00e9sistible avec sa mine de gamin hallucin\u00e9 et triste, sa coupe de cheveux \u00abchampignon de Paris\u00bb et son bonnet de fl\u00fbtiste p\u00e9ruvien qui lui donne des airs de bouc \u00e9missaire dans South Park. Il sait qu\u2019il est la ris\u00e9e de ses petits camarades avec cette coiffe multicolore mais il la porte quand m\u00eame parce qu\u2019il veut faire plaisir \u00e0 sa maman qu\u2019il adore (\u00e9mouvante Toni Collette) et qui, elle aussi, porte de dr\u00f4les de chapeaux. <\/p>\n<p>Cette solidarit\u00e9 dans l\u2019extravagance, cette reconnaissance du m\u00eame par le ridicule, n\u2019est pas seulement un d\u00e9tail pour faire rire, c\u2019est aussi une belle mani\u00e8re de cr\u00e9dibiliser la relation de cette m\u00e8re qui pleure d\u00e8s le matin et de son enfant qui passe son temps \u00e0 la consoler. Pour un peu, on croirait \u00e0 leur consanguinit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est ici qu\u2019il faut reconna\u00eetre aux fr\u00e8res Weitz une d\u00e9licatesse et un go\u00fbt des autres qui ne manquera pas de surprendre quand on sait que ce sont les m\u00eames qui ont r\u00e9alis\u00e9 \u00abAmerican Pie\u00bb. Dans \u00abAbout a boy\u00bb, com\u00e9die de m\u0153urs autant que d\u2019initiation, les frangins savent alterner sc\u00e8nes comiques et s\u00e9quences tendres, sans jamais tomber dans la mi\u00e8vrerie ou la caricature. Mieux, ils r\u00e9ussissent dans le cadre d\u2019un sc\u00e9nario qui r\u00e9serve de vraies surprises \u00e0 d\u00e9velopper un discours g\u00e9n\u00e9reux sur quelques th\u00e8mes contemporains: la responsabilit\u00e9 familiale, la peur du vide, la solitude mat\u00e9rielle, l\u2019adoption, le besoin d\u2019\u00eatre plusieurs pour \u00eatre plus forts: \u00abun couple, ce n\u2019est pas assez; il lui faut du renfort\u00bb, dit le petit Marcus.<\/p>\n<p>Tous les personnages de \u00abAbout a boy\u00bb remportent une victoire sur eux-m\u00eames. Mais cette victoire n\u2019est pas le fruit d\u2019une m\u00e9tamorphose spectaculaire. Pour y arriver, ils ne changent ni de nature, ni de look. Marcus reste ce petit gar\u00e7on plus m\u00fbr que son \u00e2ge; il conserve son immonde coiffure, le bonnet qui va avec et ses habits en laine non d\u00e9grossie. Tout comme sa m\u00e8re qui veut bien faire la concession d\u2019un MacDo ethnologique mais qui persiste dans ses go\u00fbts v\u00e9g\u00e9tariens et ses d\u00e9pressions existentielles. <\/p>\n<p>Will non plus ne change pas; il ne se met pas tout \u00e0 coup \u00e0 travailler et \u00e0 ne plus mentir, persiste dans sa coupe de cheveux sculpt\u00e9e au gel et s\u2019amuse toujours autant \u00e0 regarder \u00abQui veut gagner des millions?\u00bb. La diff\u00e9rence? Il se voulait \u00eele, il est devenu archipel, voil\u00e0 tout. Il n\u2019y a aucune aspiration \u00e0 la normalit\u00e9 dans \u00abAbout a boy\u00bb, chacun s\u2019arrange pour \u00eatre un peu plus heureux et trouver sa place au sein d\u2019une famille improvis\u00e9e qui vous la donne en retour. C\u2019est simple et \u00e7a fait du bien.<\/p>\n<p>Beau mariage entre le divertissement tout public am\u00e9ricain et l\u2019esprit d\u00e9sinvolte anglais (plus la loufoquerie australienne amen\u00e9e par Toni Collette), \u00abAbout a boy\u00bb est une com\u00e9die adorable. Elle valait bien qu\u2019Hugh Grant sacrifie sa m\u00e8che pour elle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abAbout a boy\u00bb est une bonne surprise. Les fr\u00e8res Weitz, auteurs de l\u2019horrible \u00abAmerican Pie\u00bb, ont r\u00e9ussi une com\u00e9die de moeurs aimable et d\u00e9licatement d\u00e9jant\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1149","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1149"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1149\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1149"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1149"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}