



{"id":11460,"date":"2020-12-08T22:38:57","date_gmt":"2020-12-08T21:38:57","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=11460"},"modified":"2022-01-26T16:05:18","modified_gmt":"2022-01-26T15:05:18","slug":"durabilite-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=11460","title":{"rendered":"Les h\u00f4pitaux face \u00e0 leur impact carbone"},"content":{"rendered":"<p>Face \u00e0 l\u2019urgence climatique, les secteurs traditionnellement polluants comme l\u2019aviation ou l\u2019automobile s\u2019int\u00e9ressent d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9cologie. Les h\u00f4pitaux s\u2019inscrivent aussi dans cette tendance. Ils tentent de diminuer leur impact carbone, qui repr\u00e9sente 4,4% des \u00e9missions mondiales, soit en termes absolus davantage que les \u00e9missions du Br\u00e9sil, selon une \u00e9tude de l\u2019ONG Health Care without Harm. En Suisse, le syst\u00e8me de sant\u00e9 est en effet le 4e plus gros consommateur de ressources environnementales, apr\u00e8s l\u2019alimentation, la mobilit\u00e9 et le logement, selon l\u2019\u00e9tude \u00abGreen Hospital\u00bb, men\u00e9e en 2017 sous l\u2019impulsion du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS).<\/p>\n<p>\u00abLes h\u00f4pitaux peuvent avoir un impact tr\u00e8s important, mais ne semblent pas en avoir pleinement pris conscience, appuie le Prof. Renaud Du Pasquier, chef du Service de neurologie au CHUV. Les infirmiers et les m\u00e9decins sont en premi\u00e8re ligne pour constater directement les effets croissants du r\u00e9chauffement climatique sur la sant\u00e9. Ils ont ainsi un devoir d\u2019exemplarit\u00e9.\u00bb En Suisse, les H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG) ont \u00e9t\u00e9 en 2009 le premier \u00e9tablissement europ\u00e9en \u00e0 r\u00e9aliser un \u00e9cobilan. Depuis, ils appliquent de nombreuses mesures de d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p>\u00c0 Berne, l\u2019h\u00f4pital cantonal r\u00e9nove aujourd\u2019hui ses b\u00e2timents en ad\u00e9quation avec les nouvelles exigences de construction. Le CHUV travaille aussi \u00e0 la diminution de son impact carbone et a d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9 plusieurs mesures en ce sens. En 2019, il a notamment remplac\u00e9 la vaisselle jetable de ses restaurants du personnel par des contenants r\u00e9utilisables. La mesure doit permettre d\u2019\u00e9conomiser 4,4 tonnes de d\u00e9chets par ann\u00e9e, alors qu\u2019en 2018 100\u2019000 barquettes et couverts en plastique ainsi que 80\u2019000 bols en polystyr\u00e8ne avaient \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s pour les plats \u00e0 emporter.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but\u200a: avec ses 12\u2019000\u00a0collaborateurs, le CHUV consomme autant qu\u2019une petite ville. Quelque 11 tonnes de linge et 5\u2019500 v\u00eatements sont utilis\u00e9s chaque jour, et l\u2019h\u00f4pital produit plus de 4\u2019100 tonnes de d\u00e9chets par ann\u00e9e. Les d\u00e9chets m\u00e9nagers comme le papier et le plastique de bureau peuvent \u00eatre recycl\u00e9s, mais ce n\u2019est pas le cas des d\u00e9chets m\u00e9dicaux. En Suisse, presque 16\u2019000 tonnes de d\u00e9chets m\u00e9dicaux (comme des pansements, seringues ou m\u00e9dicaments) sont trait\u00e9es sur le territoire national et 115 tonnes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Selon les donn\u00e9es de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019environnement (OFEV), environ 99,5% de ces d\u00e9chets m\u00e9dicaux sont incin\u00e9r\u00e9s. De nouvelles solutions apparaissent, comme la st\u00e9rilisation du mat\u00e9riel m\u00e9dical \u00e0 ultra-haute temp\u00e9rature, qui vise \u00e0 rendre les d\u00e9chets inertes en leur \u00f4tant tout r\u00e9sidu potentiellement pathog\u00e8ne. Si ces techniques co\u00fbteuses sont encore en cours d\u2019\u00e9valuation, elles commencent \u00e0 trouver leur place dans les h\u00f4pitaux.<\/p>\n<p><strong>Une neutralit\u00e9 carbone difficile<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLa pratique m\u00e9dicale se heurte aux soucis d\u2019hygi\u00e9nisme actuels, ce qui aboutit \u00e0 du gaspillage d\u2019outils jetables, explique le Prof. Christophe B\u00fcla, chef du Service de g\u00e9riatrie au CHUV. Cette mentalit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le les paradoxes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui veut minimiser son impact \u00e9cologique, mais qui n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 faire des concessions sur la sant\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Au niveau alimentaire, le CHUV produit 2,2 millions de repas par ann\u00e9e, dont la moiti\u00e9 est destin\u00e9e aux patients et le reste aux collaborateurs. Chaque jour, pr\u00e8s des deux tiers des d\u00e9chets alimentaires viennent des patients. \u00abLe repas est une prescription m\u00e9dicale qui doit \u00eatre apport\u00e9e au patient et dont nous ne pouvons changer la composition nutritionnelle, explique Pierre-Yves M\u00fcller, directeur du d\u00e9partement de la logistique hospitali\u00e8re au CHUV. Mais une fois servi au lit du patient, le plateau pr\u00e9sente un risque de contamination.<br \/>\nNous sommes donc oblig\u00e9s de jeter syst\u00e9matiquement ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9 afin d\u2019\u00e9carter tout risque sanitaire.\u00bb Il y a vingt ans, les aliments non consomm\u00e9s des patients \u00e9taient donn\u00e9s aux cochons d\u2019une ferme voisine, raconte le Prof. B\u00fcla. \u00abCes pratiques ont \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9es pour donner la primaut\u00e9 \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne, m\u00eame si elles constituaient une bonne m\u00e9thode de recyclage.\u00bb<\/p>\n<p>Dans les laboratoires, le plastique est aussi omnipr\u00e9sent. \u00abMalheureusement, aujourd\u2019hui nous n\u2019avons pas d\u2019alternatives viables et s\u00e9curis\u00e9es, explique le Prof. Du Pasquier. Par exemple, revenir au verre augmenterait les risques de blessures et de contamination.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLes unit\u00e9s de soins aigus sont particuli\u00e8rement concern\u00e9es par les questions d\u2019\u00e9cologie, puisqu\u2019elles n\u00e9cessitent \u00e9norm\u00e9ment de mat\u00e9riel, de personnel, et des outils complexes qui consomment beaucoup d\u2019\u00e9nergie \u00e0 l\u2019instar des IRM, des scanners ou des appareils de radioth\u00e9rapie\u00bb, explique Pierre-Yves M\u00fcller. \u00abC\u2019est pourquoi il est n\u00e9cessaire de sensibiliser les membres du personnel de sant\u00e9 afin qu\u2019ils privil\u00e9gient les alternatives de traitement les moins polluantes\u00bb, recommande \u00c9ric Albrecht, m\u00e9decin adjoint du Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV. Des m\u00e9dicaments aux effets similaires peuvent notamment \u00eatre plus ou moins polluants, comme dans le cas des gaz anesth\u00e9siants (voir l\u2019encadr\u00e9).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11461\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/largeur_08122020.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/largeur_08122020.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/largeur_08122020-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/largeur_08122020-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Labellisation verte<\/strong><\/p>\n<p>Des labels \u00e9mergent pour saluer les efforts entrepris par les h\u00f4pitaux pour limiter leur impact carbone. En France, par exemple, la certification \u00ab\u200ahaute qualit\u00e9 environnementale\u200a\u00bb, attribu\u00e9e par l\u2019association \u00e9ponyme et valid\u00e9e par le Minist\u00e8re de la sant\u00e9, \u00e9value les h\u00f4pitaux volontaires sur leurs performances d\u2019\u00e9co-construction, d\u2019\u00e9cogestion, de confort ainsi que sur la qualit\u00e9 de l\u2019air et de l\u2019eau.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019instauration d\u2019un label europ\u00e9en contr\u00f4l\u00e9 permettrait de valoriser les efforts pris en mati\u00e8re de r\u00e9duction d\u2019impact carbone en \u00e9vitant les suspicions de greenwashing (i.e.\u200a: utiliser l\u2019\u00e9cologie dans le seul but d\u2019am\u00e9liorer son image), ajoute Pierre-Yves M\u00fcller. Par contre, l\u2019activit\u00e9 hospitali\u00e8re telle qu\u2019on la conna\u00eet aujourd\u2019hui ne peut pas \u00eatre neutre au niveau carbone. On peut n\u00e9anmoins rationaliser au maximum les consommations et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des solutions plus \u00e9cologiques d\u00e8s qu\u2019un renouvellement de mat\u00e9riel est n\u00e9cessaire ou qu\u2019un nouveau b\u00e2timent est construit. Le nouvel h\u00f4pital des enfants pr\u00e9vu pour 2022 est d\u2019ailleurs con\u00e7u en ad\u00e9quation avec les normes \u00e9coresponsables du label Minergie.\u00bb \/<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>L\u2019atmosph\u00e8re sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>La pollution s\u2019invite au bloc op\u00e9ratoire. Les gaz utilis\u00e9s pour les anesth\u00e9sies g\u00e9n\u00e9rales se r\u00e9v\u00e8lent extr\u00eamement polluants, d\u00e9truisant la couche d\u2019ozone et augmentant l\u2019effet de serre. Aujourd\u2019hui, ces gaz sont \u00e9vacu\u00e9s tels quels des blocs op\u00e9ratoires \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du b\u00e2timent. Ainsi, une heure d\u2019anesth\u00e9sie avec du desflurane, le gaz le plus polluant du march\u00e9, produit autant de CO2 qu\u2019un trajet de 400 km en voiture, selon une \u00e9tude publi\u00e9e en 2017 dans la revue scientifique m\u00e9dicale The Lancet.<\/p>\n<p>\u00abEnviron 3 millions de tonnes de dioxyde de carbone sont \u00e9mis annuellement dans l\u2019atmosph\u00e8re \u00e0 cause des gaz anesth\u00e9siques, soit pr\u00e8s de 3% des \u00e9missions globales, explique \u00c9ric Albrecht, m\u00e9decin adjoint du Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV. Je pense qu\u2019il faudrait favoriser les anesth\u00e9sies locor\u00e9gionales, qui d\u00e9sensibilisent seulement une zone du corps et qui ne n\u00e9cessitent pas de gaz, mais surtout informer et rassurer les patients quant \u00e0 ces anesth\u00e9sies, moins dangereuses et tout aussi efficaces que celles g\u00e9n\u00e9rales.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Cinq exemples de mesures pour r\u00e9duire l\u2019impact carbone d\u2019un h\u00f4pital<\/strong><\/p>\n<p><strong>Am\u00e9liorer la gestion des d\u00e9chets<\/strong>: Les d\u00e9chets m\u00e9nagers et alimentaires doivent \u00eatre recycl\u00e9s autant que possible. Les h\u00f4pitaux essaient \u00e9galement de trouver de nouvelles solutions pour traiter les d\u00e9chets m\u00e9dicaux aujourd\u2019hui incin\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Privil\u00e9gier une m\u00e9decine moins polluante<\/strong>: Dans sa pratique quotidienne, le corps hospitalier peut favoriser les m\u00e9dicaments et les anesth\u00e9siants les moins polluants.<\/p>\n<p><strong>Repenser les transports<\/strong>:\u00a0Les h\u00f4pitaux r\u00e9unissant un grand nombre de collaborateurs, les inciter \u00e0 d\u00e9laisser leur voiture en faveur des transports publics ou du v\u00e9lo peut entra\u00eener une forte r\u00e9duction de leur impact carbone.<\/p>\n<p><strong>Diminuer la facture \u00e9nerg\u00e9tique<\/strong>:\u00a0Choisir des ampoules LED, installer des panneaux solaires, r\u00e9nover les infrastructures, les h\u00f4pitaux peuvent privil\u00e9gier des solutions \u00e9cologiques en r\u00e9duisant leur facture \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong>Consommer local<\/strong>: Les h\u00f4pitaux peuvent choisir de s\u2019approvisionner localement pour la confection des plateaux-repas, r\u00e9duisant ainsi la pollution li\u00e9e au transport de marchandises.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 21).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gestion des d\u00e9chets et \u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie: les h\u00f4pitaux s\u2019engagent dans le d\u00e9veloppement durable, mais se heurtent \u00e0 la primaut\u00e9 de l\u2019hygi\u00e8ne.<\/p>\n","protected":false},"author":20256,"featured_media":11461,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303,1306,1299],"class_list":["post-11460","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","tag-environnement","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20256"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11460"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11460\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11464,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11460\/revisions\/11464"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11461"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}