



{"id":1142,"date":"2002-08-20T00:00:00","date_gmt":"2002-08-19T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1142"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"sexe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1142","title":{"rendered":"Autoportrait de Catherine Breillat avec pied dans le pl\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p>Catherine Breillat n\u2019est pas n\u00e9e avec \u00abRomance\u00bb (1999), m\u00eame si le film, rendu tr\u00e8s attractif par la participation g\u00e9n\u00e9reuse du hardeur Rocco Siffredi, l\u2019a fait conna\u00eetre dans le monde entier.<\/p>\n<p>Avant \u00abRomance\u00bb, avant ce th\u00e9or\u00e8me sur le d\u00e9sir f\u00e9minin qui a failli \u00eatre class\u00e9 X, la r\u00e9alisatrice avait d\u00e9j\u00e0 un pass\u00e9 tr\u00e8s compos\u00e9 et houleux.<\/p>\n<p>A la fois sc\u00e9nariste (notamment de \u00abPolice\u00bb de Maurice Pialat mais aussi de \u00abBilitis\u00bb), romanci\u00e8re (dix romans \u00e0 ce jour, dont le premier, \u00abUn homme facile\u00bb, publi\u00e9 en 1968 alors qu\u2019elle n\u2019avait que vingt ans) et cin\u00e9aste, Catherine Breillat n\u2019a pourtant jamais fil\u00e9 qu\u2019une seule m\u00e9taphore: le sexe comme voie royale de la connaissance de soi et, par ricochet, comme r\u00e9v\u00e9lateur des m\u00e9canismes d\u2019oppression.<\/p>\n<p>D\u00e8s son premier film, \u00abUne vraie jeune fille\u00bb (1976), adapt\u00e9 de son roman et tourn\u00e9 en \u00e9quipe r\u00e9duite (quatre techniciens issus du porno), Catherine Breillat tourne \u00abavec l\u2019id\u00e9e d\u2019aller plus loin que ce que le public peut supporter\u00bb. Le film, interdit au moins de 18 ans, est un \u00e9chec. On l\u2019accuse de pornographie alors qu\u2019elle ex\u00e8cre la pornographie \u00abqui avilit et nous rend coupables\u00bb. Le malentendu deviendra chronique.<\/p>\n<p>Dans \u00ab36 Fillette\u00bb (1987), \u0153uvre vigoureuse et impudente qui raconte la relation ambigu\u00eb entre une adolescente provocante et un dragueur quadrag\u00e9naire, la r\u00e9alisatrice en d\u00e9coud avec le mythe du Prince charmant.<\/p>\n<p>Son film suivant, \u00abSale comme un ange\u00bb (1990), avec Claude Brasseur et Lio, prend pr\u00e9texte du polar classique pour montrer l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019aimer et la violence que cette impuissance engendre. \u00abD\u2019un noir d\u2019encre, le film va choquer, d\u00e9ranger, provoquer\u00bb, \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 Michel Pascal dans \u00abLe Point\u00bb. Moins pourtant que \u00abParfait amour!\u00bb (1996), autopsie d\u2019une passion sexuelle entre une bourgeoise m\u00fbre et un jeune voyou.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne finale qui montre l\u2019amant en train de sodomiser sa ma\u00eetresse avec le manche d\u2019une pelle \u00e0 balayette a eu raison du public pourtant avis\u00e9 du festival de Cannes, qui l\u2019a hu\u00e9. \u00abParfait amour!\u00bb n\u2019en reste pas moins l\u2019un des films les plus honn\u00eates sur ce qui peut pousser un \u00eatre \u00e0 en liquider un autre.<\/p>\n<p>Comme Marguerite Duras, dont elle voulait r\u00e9cemment adapter \u00abLa maladie de la mort\u00bb avant que les droits ne lui soient refus\u00e9s, Catherine Breillat d\u00e9cline \u00e0 l\u2019infini quelques motifs, toujours les m\u00eames, qui hantent son petit th\u00e9\u00e2tre personnel: l\u2019\u00e9veil sexuel des adolescentes; la guerre que se m\u00e8nent les hommes et les femmes; la peur des hommes devant la jouissance f\u00e9minine qui fonde, selon elle, \u00e0 la fois la pornographie et le fanatisme religieux; l\u2019imposture que repr\u00e9sente la sentimentalit\u00e9; la beaut\u00e9 qui doit \u00eatre une victoire sur la douleur; et l\u2019\u00e9tude des tyrannies, celle du metteur en sc\u00e8ne par exemple, \u00abqui ne sait rien faire et qui le fait faire aux autres\u00bb. <\/p>\n<p>Toutes ces pistes sont pr\u00e9sentes dans son dernier film, de loin le plus dr\u00f4le de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00abSex is comedy\u00bb est une sorte de \u00abmaking of\u00bb fictif de son long m\u00e9trage pr\u00e9c\u00e9dent, \u00abA ma s\u0153ur\u00bb, tourn\u00e9 en 2000 avec la m\u00eame Roxane Mesquida dans le r\u00f4le de l\u2019adolescente, et les m\u00eames plages d\u2019Atlantique comme d\u00e9cor. Anne Parillaud, magnifique, joue le r\u00f4le de Jeanne, une metteuse en sc\u00e8ne qui ressemble comme deux gouttes d\u2019eau \u00e0 Catherine Breillat, tandis que Gr\u00e9goire Colin remplace avantageusement l\u2019acteur italien niaiseux de la version initiale.<\/p>\n<p>C\u2019est un film sur le tournage d\u2019un film, un peu comme \u00abLa Nuit am\u00e9ricaine\u00bb de Truffaut, sauf que le film existe d\u00e9j\u00e0 en partie et que seules les sc\u00e8nes sexuelles int\u00e9ressent Catherine Breillat &#8211; ce qui nous vaut quelques moments fort amusants sur la fabrication et les coulisses des sc\u00e8nes sexuelles!<\/p>\n<p>On le sait, la cin\u00e9aste de \u00abRomance\u00bb aime travailler au corps ses com\u00e9diens pour qu\u2019ils sortent des limites d\u2019eux-m\u00eames et de l\u2019image qu\u2019ils se font de l\u2019impudeur. <\/p>\n<p>\u00abC\u2019est quand on ne veut pas \u00eatre obsc\u00e8ne qu\u2019on le devient\u00bb, fait-elle dire \u00e0 Anne Parillaud. Pour obtenir cette v\u00e9rit\u00e9, elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 entretenir avec les acteurs &#8211; moins avec les actrices &#8211; des rapports extr\u00eames, faits d\u2019humiliations, de peurs, de menaces, de mises en joug, de s\u00e9duction, de drague, d\u2019admiration et de reconnaissance.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette guerre des tranch\u00e9es se joue pourtant quelque chose comme une d\u00e9claration d\u2019amour \u00e9perdue aux com\u00e9diens, \u00abmati\u00e8re premi\u00e8re du film, puisque le cin\u00e9ma c\u2019est l\u2019incarnation!\u00bb<\/p>\n<p>Catherine Breillat a la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre une teigne qui abuse de son pouvoir, une m\u00e9galomane narcissique qui empoissonne son environnement, une obstin\u00e9e obsessionnelle qui impose et dispose, qui se contredit et qui le revendique comme une libert\u00e9, une bavarde qu\u2019on ne peut jamais arr\u00eater, une femme qui souffre, qui aime le cin\u00e9ma plus qu\u2019elle m\u00eame, qui se cache le visage devant les sc\u00e8nes crues qu\u2019elle appelle pourtant de ses v\u0153ux, une pythie visionnaire, une gamine qui veut toujours avoir raison, un clown m\u00e9chant, une casse-couille qui prend plaisir \u00e0 d\u00e9fier la virilit\u00e9 des hommes &#8211; ici par l\u2019usage grotesque et tendre d\u2019une immense proth\u00e8se port\u00e9e par l\u2019acteur: un beau personnage de cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Elle est effectivement tout cela puisque c\u2019est ainsi qu\u2019elle appara\u00eet sous les traits d\u2019Anne Parillaud.<\/p>\n<p>En t\u00e9moignant si pr\u00e9cis\u00e9ment de sa mani\u00e8re de travailler et en mettant dans la bouche de son actrice son propre discours, Catherine Breillat brosse son autoportrait. Elle le fait avec une absence de complaisance qui l\u2019honore. Et avec cet humour tr\u00e8s particulier, assez vrill\u00e9, \u00e0 l\u2019image de ce d\u00e9tail piquant, pur jeu de mot visuel, le pied dans le pl\u00e2tre d\u2019Anne Parillaud: oui, Catherine Breillat est une v\u00e9ritable casse-pieds.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle n\u2019a jamais fil\u00e9 qu\u2019une seule m\u00e9taphore: le sexe comme voie royale de la connaissance de soi et, par ricochet, comme r\u00e9v\u00e9lateur des m\u00e9canismes d\u2019oppression. Son nouveau film, tr\u00e8s dr\u00f4le, est sur les \u00e9crans.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1142","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1142","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1142"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1142\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}