



{"id":1133,"date":"2002-08-08T00:00:00","date_gmt":"2002-08-07T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1133"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1133","title":{"rendered":"\u00abY tu mama tambien\u00bb, le sexe qui cache la mort"},"content":{"rendered":"<p>Aux premiers jours des vacances scolaires, Tenoch et Julio laissent partir leurs petites amies pour l\u2019Italie en leur faisant promettre qu\u2019elles ne les tromperont pas.<\/p>\n<p>Leurs adieux, tr\u00e8s physiques, sont film\u00e9s avec un enthousiasme rare au cin\u00e9ma. A la fois dr\u00f4les et r\u00e9alistes, peu \u00e9rotiques mais proches des premi\u00e8res fois vigoureuses et pr\u00e9cipit\u00e9es, leurs galipettes donnent tout de suite le ton: \u00abY tu mama tambien\u00bb sera une com\u00e9die d\u00e9complex\u00e9e, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e par le ton et l\u2019esth\u00e9tique de la gaudriole puritaine d\u2019un \u00abAmerican Pie\u00bb, par exemple.<\/p>\n<p>Ici, le sexe occupe une place centrale, \u00e0 la fois r\u00e9v\u00e9lateur des comportements et in\u00e9puisable source de vie et de libert\u00e9. <\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste mexicain Alfonso Cuaron sait que la sexualit\u00e9 est un langage, \u00e0 la fois intime et social, et qu\u2019il suffit de montrer ses deux h\u00e9ros en pleine action pour les identifier illico dans leur rapport aux autres, mais aussi dans la connaissance qu\u2019ils ont d\u2019eux-m\u00eames. <\/p>\n<p>Mieux, le r\u00e9alisateur construit les deux personnages masculins de \u00abY tu mama tambien\u00bb et leur \u00e9volution vers la maturit\u00e9 \u00e0 partir de leur rapport au sexe: dis-moi comment tu baises et je te dirais qui tu es.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du film, quand on les voit travailler leurs copines avec fr\u00e9n\u00e9sie et distraction, on comprend le statut de Tenoch, fils de riche, et Julio, son ami d\u2019enfance, deux adolescents r\u00e9gis par leurs hormones, h\u00e9donistes et vantards, que rien n\u2019int\u00e9resse dans la vie sinon le sexe, le leur de pr\u00e9f\u00e9rence, justifiant pleinement le qualificatif de \u00abbranleurs\u00bb qui leur colle \u00e0 la peau.<\/p>\n<p>Et quand \u00e0 la fin du film, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019au bout de leur logique adolescente et machiste, consommant avec une telle aisance ce qu\u2019ils pouvaient redouter le plus, ils se regardent interloqu\u00e9s, on comprend aussi le chemin parcouru. <\/p>\n<p>Mais ce chemin, ils ne vont pas le parcourir seuls. Avant de sillonner les routes mexicaines \u00e0 bord de leur voiture pourrie, ils auront rencontr\u00e9 Luisa (Maribel Verdu), belle femme mari\u00e9e de 28 ans, qu\u2019ils embarquent dans leur aventure pensant trouver gr\u00e2ce \u00e0 elle le moyen de devenir des hommes plus rapidement.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui pousse Luisa, \u00e9pouse d\u2019\u00e9crivain, \u00e0 suivre ces deux glandeurs? Qu\u2019attend-elle de ces deux gamins qui se prennent pour des \u00e9talons? Que veut-elle oublier pour quitter aussi brusquement sa vie de bourgeoise? Le film r\u00e9soudra cette \u00e9nigme tout \u00e0 la fin, \u00e9clairant d\u2019un soleil noir ce road movie que l\u2019on croyait \u00eatre un r\u00e9cit d\u2019initiation sexuelle et qui, par sa gravit\u00e9, se r\u00e9v\u00e9lera un roman d\u2019apprentissage de vie. <\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, tout le film de Alfonso Cuaron est contruit sur le principe de l\u2019arbre qui cache la for\u00eat, c\u2019est-\u00e0-dire du sexe qui cache la mort. <\/p>\n<p>Avec une l\u00e9geret\u00e9 qui confine parfois au cynisme, Alfonso Cuaron filme, l\u2019air de rien, \u00e0 travers les vitres sales d\u2019une voiture, des sc\u00e8nes terribles de la vie quotidienne mexicaines &#8211; arrestations de paysans d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs terres, omnipr\u00e9sence de l\u2019arm\u00e9e, sc\u00e8nes de famine ordinaire etc. &#8211; tandis que Tenoch et Julio parlent de cul en pouffant de rire, encourag\u00e9s par une Luisa qui sait trop bien ce qui se passe \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et qui, faussement libertine, tente de faire reculer l\u2019\u00e9ch\u00e9ance qui les attend tous. <\/p>\n<p>Si \u00abY tu mama tambien\u00bb se distingue des autres productions adolescentes pour adolescents, c\u2019est aussi par l\u2019usage de sa voix off, tr\u00e8s litt\u00e9raire, interventionniste, et particuli\u00e8rement intriguante. Qui parle? On ne le sait pas. En tout cas pas l\u2019un des protagonistes puisque cette voix conna\u00eet le pass\u00e9 et l\u2019avenir de chacun, et m\u00eame le destin des personnages secondaires crois\u00e9s sur la route.<\/p>\n<p>Quand elle prend la parole, le silence se fait dans le plan. C\u2019est \u00e0 la fois la voix de l\u2019auteur, de l\u2019histoire et de Dieu. Elle met \u00e0 distance ce que l\u2019on voit, tout en rapprochant des \u00e9l\u00e9ments que l\u2019on pensait \u00e9trangers. Elle est la conscience de ce film qui combine road movie et portrait en pointill\u00e9 d\u2019un Mexique contemporain, qui aurait trouv\u00e9 en Alfonso Cuaron la truculence d\u2019un conteur et le scepticisme d\u2019un philosophe. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abEt&#8230;ta m\u00e8re aussi\u00bb (\u00abY tu mama tambien\u00bb), d\u2019Alfonso Cuaron (Mexique 2001), avec Diego Luna, Gael Garcia Bernal et Marbel Verdu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En quoi ce film mexicain se distingue-t-il d\u2019un banal divertissement pour adolescents? Par la vitalit\u00e9 de ses sc\u00e8nes sexuelles et l\u2019usage litt\u00e9raire de sa voix off. Dis-moi comment tu baises&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1133","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1133","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1133"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1133\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1133"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1133"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1133"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}