



{"id":11239,"date":"2020-09-11T22:23:04","date_gmt":"2020-09-11T20:23:04","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=11239"},"modified":"2020-09-09T09:27:24","modified_gmt":"2020-09-09T07:27:24","slug":"economie-68","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=11239","title":{"rendered":"Les chercheurs, des entrepreneurs comme les autres?"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/entreprises\/2020\/05\/11\/monde-dapres-seratil-meme\" rel=\"noopener noreferrer\">PME Magazine<\/a>.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Est-ce suffisant d\u2019avoir d\u00e9velopp\u00e9 une technologie de pointe pour r\u00e9ussir dans les affaires? Il y a peu, l&rsquo;histoire de Lake Diamond s\u2019\u00e9crivait encore comme un conte de f\u00e9es moderne. Gr\u00e2ce \u00e0 une technologie novatrice d\u00e9velopp\u00e9e par des recherches men\u00e9es \u00e0 l\u2019EPFL, la start-up pouvait produire des diamants de synth\u00e8se ultra purs, susceptibles de s\u00e9duire un march\u00e9 estim\u00e9 \u00e0 plus de 20 milliards de francs. Sa lev\u00e9e de fonds r\u00e9alis\u00e9e d\u00e9but 2019 via une \u00e9mission de jetons num\u00e9riques (ICO), devait lui permettre d\u2019investir une vari\u00e9t\u00e9 de secteurs industriels allant de l\u2019horlogerie \u00e0 l\u2019imagerie c\u00e9r\u00e9brale.<\/p>\n<p>Mais le chiffre d\u2019affaires annuel d\u2019environ 500&rsquo;000 francs est rest\u00e9 inf\u00e9rieur aux pr\u00e9visions, tout comme les commandes, sans compter des difficult\u00e9s de production.\u00a0\u00abL\u2019erreur a \u00e9t\u00e9 de vouloir d\u00e9velopper d\u2019autres activit\u00e9s en plus de la microm\u00e9canique, \u00e0 savoir des lasers et de l\u2019\u00e9lectronique de puissance\u00bb, a indiqu\u00e9 le CEO Pascal Gallo au journal Le Temps. Autant de facteurs qui ont eu raison de la start-up yverdonnoise, mise en liquidation il y a quelques mois. Cet exemple illustre les challenges qui accompagnent la transformation d&rsquo;un projet de recherche en une entreprise viable.<\/p>\n<p><strong>Technique versus ex\u00e9cution<\/strong><\/p>\n<p>\u00abEn Europe, les doctorants ou les postdocs qui se lancent dans l\u2019entrepreneuriat tiennent plus du directeur de la technologie que du CEO, explique Patrick Aebischer, ancien pr\u00e9sident de l\u2019EPFL aujourd\u2019hui actif au sein du fonds d\u2019investissement NanoDimension. Il y a bien s\u00fbr des exceptions, des gens qui savent effectuer cette transition, mais cela reste rare. Aux Etats-Unis en revanche, on va pr\u00e9f\u00e9rer prendre pour CEO quelqu\u2019un qui dispose d\u00e9j\u00e0 de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une entr\u00e9e en bourse ou d\u2019une fusion et acquisition. Il est essentiel de structurer l\u2019entreprise de mani\u00e8re id\u00e9ale pour attirer les investisseurs. Et les gens qui \u2018managent l\u2019id\u00e9e\u2019, autrement dit qui g\u00e8rent l\u2019entreprise, sont tous aussi importants que l\u2019id\u00e9e initiale.\u00bb<\/p>\n<p>Patrick Aebischer sait de quoi il parle. L\u2019homme est lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019origine de trois start-ups: CytoTherapeutics, Modex Therapeutics et Amazentis, respectivement fond\u00e9es en 1989, 1996 et 2007. \u00ab\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, alors jeune professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Brown aux Etats-Unis, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 approch\u00e9 par Mark Levine, une figure du venture capital \u00e0 Boston.\u00bb L\u2019investisseur lui propose alors de s\u2019associer pour lancer ce qui deviendra CytoTherapeutics, une biotech sp\u00e9cialis\u00e9e dans la m\u00e9decine r\u00e9g\u00e9n\u00e9rative entr\u00e9e en bourse en 1992. \u00abJ\u2019ai beaucoup appris avec lui, par osmose. Mais je n\u2019ai jamais pris de fonctions ex\u00e9cutives parce que c\u2019est un m\u00e9tier en soi, qui est particuli\u00e8rement chronophage.\u00bb<\/p>\n<p>Le profil du dirigeant doit en premier lieu \u00e9voluer en fonction de la taille et du d\u00e9veloppement de l\u2019entreprise, avance Beno\u00eet Dubuis, pr\u00e9sident de la fondation Inartis. \u00abAu d\u00e9but, il faut quelqu&rsquo;un qui ma\u00eetrise la technique, ensuite soit capable de f\u00e9d\u00e9rer les diff\u00e9rentes ressources non dilutives pour r\u00e9aliser une preuve de concept, et enfin une figure capable de lever suffisamment d&rsquo;argent pour assurer la croissance de la soci\u00e9t\u00e9.\u00bb L\u2019expert souligne qu&rsquo;il ne faut pas sous-estimer l&rsquo;aspect \u00e9motionnel et humain. \u00abPour un fondateur, il peut \u00eatre tr\u00e8s douloureux de se voir imposer un nouveau CEO par des investisseurs. Fonctionner sous la forme d\u2019une \u2018\u00e9quipe de direction\u2019 plut\u00f4t qu&rsquo;utiliser les titres habituels permet d&rsquo;\u00e9viter ce genre de probl\u00e8mes.\u00bb<\/p>\n<p>La question s\u2019est aussi pos\u00e9e pour Antoine M\u00fcller aux d\u00e9buts d\u2019Alpes Lasers, PME qu\u2019il a cofond\u00e9 et dirige depuis 1998. Bas\u00e9e \u00e0 Saint-Blaise (NE), cette entreprise emploie aujourd\u2019hui 30 employ\u00e9s et r\u00e9alise un chiffre d\u2019affaires annuel de 6 \u00e0 8 millions de francs. Elle d\u00e9marre son activit\u00e9 en s\u2019illustrant comme pionni\u00e8re de la technologie laser \u00e0 cascade quantique avec un projet pour la Commission pour l&rsquo;innovation et la technologie, (aujourd\u2019hui rebaptis\u00e9e Innosuisse) et des contrats avec quelques clients issus du monde universitaire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00c0 l\u2019\u00e9poque, mes deux associ\u00e9s nourrissaient de grandes ambitions, se rappelle Antoine M\u00fcller. Nous avons envisag\u00e9 que quelqu\u2019un reprenne l\u2019entreprise pour d\u00e9marcher les investisseurs afin que je puisse me concentrer sur le d\u00e9veloppement.\u00bb\u00a0La rocade strat\u00e9gique ne se fera pas. \u00abNous avons un regard de chercheur et nous visions un march\u00e9 qui n\u2019allait se cr\u00e9er que dix ans plus tard, ce qu\u2019aucun\u00a0entrepreneur exp\u00e9riment\u00e9 ne trouverait coh\u00e9rent!\u00bb Mais disposer de la ma\u00eetrise du sujet comporte aussi son lot d\u2019avantages. \u00abCela permet d\u2019aller plus vite, d\u2019\u00eatre plus convaincant, ajoute-t-il. Avoir une vision transversale permet aussi de diriger les clients vers des solutions qui nous facilitent la t\u00e2che, et d\u2019insister aupr\u00e8s des personnes en charge de la technologie pour qu\u2019ils fassent le maximum.\u00bb<\/p>\n<p>Cette vision technologique diff\u00e9rencie les entrepreneurs issus du domaine acad\u00e9mique des autres. \u00abAu moment de se lancer, il y a trois \u00e9tapes essentielles: pister la d\u00e9sirabilit\u00e9 du produit, tester sa faisabilit\u00e9 et v\u00e9rifier l&rsquo;hypoth\u00e8se de croissance, dit Cyril Del\u00e9aval, coach en d\u00e9veloppement d\u2019entreprise au sein de l\u2019association Genilem. Les ing\u00e9nieurs que nous accueillons ont souvent tendance \u00e0 commencer par la deuxi\u00e8me \u00e9tape. \u00c0 l\u2019inverse, les personnes issues de multinationales parlent imm\u00e9diatement de \u2018segment client\u2019, de \u2018persona\u2019 et de \u2018pitch de ventes\u2019 lorsqu\u2019elles nous pr\u00e9sentent leur projet.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11240\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Largeur_150920.jpg\" alt=\"\" width=\"469\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Largeur_150920.jpg 469w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Largeur_150920-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Largeur_150920-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 469px) 100vw, 469px\" \/><\/p>\n<p><strong>Client\u00e8le cible<\/strong><\/p>\n<p>Trouver le meilleur \u00abproduct-market fit\u00bb pour une id\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e au pr\u00e9alable, c\u2019est aussi le d\u00e9fi qui s\u2019est pos\u00e9 \u00e0 Gr\u00e9goire Gentile et Tom Lachkar, les cofondateurs de Caulys. Respectivement dipl\u00f4m\u00e9s en g\u00e9nie m\u00e9canique et en bio-ing\u00e9nierie \u00e0 l\u2019EPFL, ils d\u00e9veloppent un syst\u00e8me de ferme verticale d&rsquo;int\u00e9rieur, permettant de contr\u00f4ler pr\u00e9cis\u00e9ment les param\u00e8tres de croissance des plantes. \u00abJ\u2019ai con\u00e7u le premier prototype \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un cours au sein du Laboratoire d\u2019automatique de l\u2019EPFL, explique Gr\u00e9goire Gentile. Par la suite, nous avons eu la chance de pouvoir r\u00e9aliser notre th\u00e8se de master sur ce projet, sans quoi le d\u00e9veloppement aurait \u00e9t\u00e9 fortement compromis.\u00bb<\/p>\n<p>Les deux associ\u00e9s mettent notamment au point une solution de capsules int\u00e9grant directement les graines et nutriments (dans un substrat), vendue sous forme d\u2019abonnements compl\u00e9mentaire aux \u00e9l\u00e9ments modulable de leur serre. Mais le potentiel aupr\u00e8s des particuliers, vis\u00e9s dans un premier temps, se montre trop incertain \u00e0 court-terme. Face \u00e0 ce constat, ils d\u00e9cident de se concentrer sur le march\u00e9 des restaurateurs. \u00abNous avons tout de suite senti une traction de la part de ce segment, compl\u00e8te Tom Lachkar. Cela a aussi l&rsquo;avantage de montrer aux clients d&rsquo;un restaurant qui observent un chef venir couper des herbes fra\u00eeches l&rsquo;exp\u00e9rience offerte par notre produit.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Id\u00e9es d\u00e9riv\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>Parfois c\u2019est un projet d\u00e9riv\u00e9 de la recherche initiale qui trouve son march\u00e9. C\u2019est l\u2019exp\u00e9rience faite par Jean-Charles Fosse, cofondateur de ThinkEE en 2017. Avec son associ\u00e9 Johann Bigler, l\u2019ing\u00e9nieur dipl\u00f4m\u00e9 a mis au point une technologie qui permet de centraliser l\u2019analyse et le stockage de donn\u00e9es issues d\u2019objets connect\u00e9s. Au d\u00e9part, l\u2019entreprise met l\u2019accent sur une solution permettant de mieux contr\u00f4ler ses d\u00e9penses \u00e9nerg\u00e9tiques. \u00abNotre id\u00e9e de base \u00e9tait bonne, soutient le chercheur. Mais il manquait le bon contexte pour la vendre.\u00bb Il y a une ann\u00e9e, la spin-off de l\u2019EPFL qui compte actuellement cinq collaborateurs, est alors contact\u00e9e par Eldora, entreprise sp\u00e9cialis\u00e9 dans la restauration collective. Le groupe est int\u00e9ress\u00e9 par une solution informatis\u00e9e de gestion des normes d&rsquo;hygi\u00e8ne alimentaire HACCP.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que na\u00eet le logiciel EEat. Pour Jean-Charles Fosse: \u00abLa technologie qui l\u2019anime est la m\u00eame que celle d\u00e9velopp\u00e9e durant nos \u00e9tudes. Ce qui fait toute la diff\u00e9rence c\u2019est le fait d\u2019avoir un marketing sp\u00e9cifique, qui puisse mettre les bons mots pour d\u00e9marcher les clients.\u00bb La solution, combin\u00e9e \u00e0 des capteurs connect\u00e9s, a depuis \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par plus de 250 clients.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une d\u00e9couverte scientifique ou un projet de recherche peuvent donner naissance \u00e0 d\u2019immenses succ\u00e8s commerciaux. Mais parfois aussi \u00e0 des fiascos. Comment r\u00e9ussir la transition entre laboratoire de recherche et cr\u00e9ation d\u2019une entreprise viable? Exemples et t\u00e9moignages.<\/p>\n","protected":false},"author":20154,"featured_media":11240,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-11239","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11239","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20154"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11239"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11239\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11242,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11239\/revisions\/11242"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11240"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11239"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11239"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11239"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}