



{"id":1112,"date":"2002-07-10T00:00:00","date_gmt":"2002-07-09T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1112"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1112","title":{"rendered":"\u00abMarie-Jo et ses deux  amours\u00bb, comme un tableau de ma\u00eetre"},"content":{"rendered":"<p>Il y a les cin\u00e9astes qui imaginent leurs films comme des romans; ils construisent les sc\u00e8nes comme des phrases, jonglent avec la conjugaison, valorisent la subjectivit\u00e9 du point de vue et se d\u00e9lectent des longues incises. Le temps est leur champ d\u2019exploration. Le cin\u00e9aste canadien Atom Egoyan est de ceux-ci. <\/p>\n<p>Il y a les cin\u00e9astes qui con\u00e7oivent leur art comme les chor\u00e9graphes leurs ballets, faisant du corps de l\u2019acteur leur mat\u00e9riau de base. Le mouvement les passionne comme l\u2019espace les inspire. C\u2019est le cas de Patrice Ch\u00e9reau. <\/p>\n<p>Il y a encore les cin\u00e9astes qui construisent leur oeuvre comme une somme d\u2019essais philosophiques visuels, o\u00f9 se joue non seulement le destin d\u2019un homme mais aussi celui de l\u2019esp\u00e8ce. Cin\u00e9ma de la pens\u00e9e plut\u00f4t que des sentiments. Stanley Kubrick reste le meilleur de tous. <\/p>\n<p>Et puis il y a les cin\u00e9astes qui aspirent \u00e0 saisir la chaleur tremblante et pleine de grillons d\u2019une apr\u00e8s-midi de canicule, le vert sombre et brillant d\u2019une montagne apr\u00e8s l\u2019orage, le grain duveteux d\u2019une peau apr\u00e8s les caresses. Robert Gu\u00e9diguian avec \u00abMarie-Jo et ses deux amours\u00bb appartient \u00e0 cette famille de cin\u00e9astes-peintres qui, de Renoir \u00e0 Guiguet, de Brisseau \u00e0 Godard &#8211; oui, Godard, auteur de splendides \u00abmarines\u00bb l\u00e9maniques! &#8211; savent r\u00e9v\u00e9ler l\u2019\u00e2me qui anime chaque parcelle de la nature. <\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste marseillais n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi attentif au cadre et \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 la vibration de la mati\u00e8re et \u00e0 la pr\u00e9sence des corps, que dans son dernier film, injustement oubli\u00e9 du palmar\u00e8s cannois. Les premiers plans de \u00abMarie-Jo et ses deux amours\u00bb s\u2019ouvre sur la silhouette mincelette d\u2019Ariane Ascaride surplombant l\u2019immensit\u00e9 de la mer. <\/p>\n<p>On pense \u00e0 \u00abLa chute d\u2019Icare\u00bb de Brueghel, comme plus tard on pensera \u00e0 Bonnard, Valloton, C\u00e9zanne, Carravage ou Matisse. Dans son d\u00e9sir de ne retenir que l\u2019essentiel, Gu\u00e9diguian a organis\u00e9 son r\u00e9cit autour de deux motifs qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de la peinture: le paysage (Marseille film\u00e9 comme un th\u00e9\u00e2tre antique) et le nu (corps simples de quadrag\u00e9naires magnifi\u00e9s par les clair-obscurs de Renato Berta). <\/p>\n<p>Et comme les grands ma\u00eetres de la peinture profane habit\u00e9s par le go\u00fbt du sacr\u00e9, Gu\u00e9diguian r\u00e9ussit \u00e0 transfigurer le trio bourgeois et vaudevillesque du mari, de l\u2019amant et de la femme, en une trinit\u00e9 nouvelle, empreinte d\u2019une religiosit\u00e9 populaire, o\u00f9 les rapports de force et d\u2019argent auraient \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par les flux de d\u00e9sir et de don.<\/p>\n<p>Marie-Jo la sainte p\u00e9cheresse, Daniel le mari-ma\u00e7on et Marco l\u2019amant-marin incarnent l\u2019ultime avatar d\u2019une utopie de gauche, celle du partage des sentiments plut\u00f4t que du partage des richesses. H\u00e9las, il ne s\u2019agit que d\u2019une utopie! Malgr\u00e9 leur bonne volont\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019amour des uns pour les autres, malgr\u00e9 leur obstination \u00e0 y croire et \u00e0 se jeter \u00e0 l\u2019eau encore et toujours, leur histoire est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec: le d\u00e9sir ne se partage pas, d\u2019o\u00f9 le chagrin sans consolation qui habite ce m\u00e9lodrame \u00e0 la r\u00e9solution impossible, sauf \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter perp\u00e9tuellement le m\u00eame cycle. <\/p>\n<p>Robert Gu\u00e9diguian n\u2019a pas seulement l\u2019oeil d\u2019un peintre sensible aux sc\u00e8nes quotidiennes, il a aussi l\u2019oreille de la rue. Il fait des sons le m\u00eame usage que les images: exprimer l\u2019indicible. Ses choix musicaux le portent vers la vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, le jazz chant\u00e9 et les morceaux classiques connus de tous. C\u2019est ainsi que dans la bande originale de \u00abMarie-Jo et ses deux amours\u00bb, France Gall c\u00f4toie Schubert, Serge Lama Vivaldi, et Amstrong Corelli. <\/p>\n<p>Gu\u00e9diguian croit au sentiment qu\u2019inspire la musique; il le croit avec une telle na\u00efvet\u00e9 esth\u00e9tique qu\u2019il accompagne sa sc\u00e8ne finale, muette mais terriblement lyrique, du Requiem de Mozart! Qui oserait \u00eatre aussi litt\u00e9ral? C\u2019est pourtant ce parti pris sans orgueil qui donne toute son intensit\u00e9 \u00e9motionnelle \u00e0 ce beau film tranquille mais fatal, solaire et m\u00e9lancolique, heureux mais sans gaiet\u00e9. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00ab<a href=http:\/\/www.diaphana.fr\/mariejo\/index.html target=_blank class=std>Marie-Jo et ses deux amours<\/a>\u00bb, de Robert Gu\u00e9diguian, avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et G\u00e9rard Meylan<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8211;<br \/>\nLa nouvelle chroniqueuse cin\u00e9ma de Largeur.com travaille dans un grand quotidien francophone. Originaire de Qu\u00e9bec, \u00e9tablie depuis quatre ans \u00e0 Bruxelles, Marie Rossini\u00e8re, 33 ans, a suivi l&rsquo;\u00e9cole de cin\u00e9ma la Femis de Paris, tout en continuant son m\u00e9tier de costumi\u00e8re de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nouvelle chroniqueuse cin\u00e9ma de Largeur.com a aim\u00e9 le dernier film de Robert Gu\u00e9diguian, injustement oubli\u00e9 du palmar\u00e8s cannois. 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