



{"id":11058,"date":"2020-07-13T22:30:31","date_gmt":"2020-07-13T20:30:31","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=11058"},"modified":"2020-07-20T15:14:39","modified_gmt":"2020-07-20T13:14:39","slug":"sante-83","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=11058","title":{"rendered":"Quand l&rsquo;accouchement terrorise"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e9pression, pens\u00e9es obsessionnelles, crises d\u2019angoisse, cauchemars\u200a: l\u2019appr\u00e9hension de l\u2019accouchement se transforme chez certaines femmes en une peur irrationnelle et en une v\u00e9ritable souffrance. Ces peurs sont appel\u00e9es\u00a0tocophobie, du grec\u00a0<em>tokos<\/em>, qui signifie \u00abnaissance\u00bb. Cette pathologie toucherait entre 14% et 22% des futures mamans, selon une \u00e9tude publi\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration nordique des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019obst\u00e9trique et de gyn\u00e9cologie.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s son constat, les cas de tocophobie sont en nette augmentation depuis les ann\u00e9es 2000. Cette hausse s\u2019explique notamment par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019internet et des r\u00e9seaux sociaux, avec l\u2019effet anxiog\u00e8ne qu\u2019ils peuvent avoir sur certaines femmes. Toujours selon l\u2019\u00e9tude, cette augmentation est \u00e9galement due \u00e0 une meilleure attention accord\u00e9e \u00e0 la sant\u00e9 de la future m\u00e8re au cours de la p\u00e9riode p\u00e9rinatale depuis quelques ann\u00e9es, permettant ainsi de d\u00e9tecter plus facilement les cas de tocophobie.<\/p>\n<p>Si cette pathologie est difficilement chiffrable en raison du peu d\u2019\u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es et du manque de consensus autour des crit\u00e8res sur lesquels s\u2019appuyer pour la classifier, le monde m\u00e9dical s\u2019accorde pour distinguer deux types de tocophobie, dont les sympt\u00f4mes sont similaires. La primaire, qui touche les femmes dont c\u2019est la premi\u00e8re grossesse, et la secondaire, dont souffrent les femmes ayant d\u00e9j\u00e0 eu des enfants.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9cits catastrophe et r\u00e9seaux sociaux<\/strong><\/p>\n<p>\u00abPlus le terme de mon accouchement approchait, plus mes crises d\u2019angoisse et mes cauchemars s\u2019intensifiaient\u00bb, se rappelle Flora*. Cette Lausannoise de 33 ans a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e de tocophobie primaire au sixi\u00e8me mois de grossesse.<\/p>\n<p>Sa plus grande peur\u200a? Celle de mourir \u00e0 la suite d\u2019une h\u00e9morragie. L\u2019angoisse des complications et la peur de mourir de Flora ont principalement \u00e9t\u00e9 nourries par des r\u00e9cits rapport\u00e9s par des proches\u200a: \u00abJe n\u2019y avais jamais pens\u00e9 auparavant, mais il a suffi que j\u2019entende parler de quelques cas d\u2019accouchements tr\u00e8s difficiles pour que ma peur se d\u00e9clenche\u00bb, admet la jeune femme.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019accouchement a \u00e9t\u00e9 pendant longtemps associ\u00e9 \u00e0 un risque mortel \u00e9lev\u00e9 pour la m\u00e8re et l\u2019enfant, note la Dre Lamyae Benzakour, m\u00e9decin adjointe au Service de psychiatrie de liaison et d\u2019intervention de crises des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG). Malgr\u00e9 la diminution drastique de ce risque gr\u00e2ce aux progr\u00e8s de la m\u00e9decine dans des pays industrialis\u00e9s comme le n\u00f4tre, l\u2019accouchement reste per\u00e7u comme une mise en danger potentielle dans l\u2019inconscient collectif.\u00bb<\/p>\n<p>Selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique, le nombre de d\u00e9c\u00e8s maternels enregistr\u00e9s en Suisse entre 2007 et 2016 est de 41, soit cinq d\u00e9c\u00e8s pour 100\u2009000 naissances. Cependant, la mortalit\u00e9 maternelle reste \u00e9lev\u00e9e dans le monde, particuli\u00e8rement dans les r\u00e9gions \u00e0 revenus faibles, dans lesquelles on d\u00e9nombre 239 d\u00e9c\u00e8s pour 100\u2009000 naissances, selon l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS). Malgr\u00e9 ces chiffres, Flora se rend sur des forums et les r\u00e9seaux sociaux \u2013 \u00ab\u200aune \u00e9norme erreur\u200a\u00bb, comme elle l\u2019avoue, car cela n\u2019a fait que nourrir son anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Internet serait-il donc le grand coupable de l\u2019augmentation des cas de tocophobie\u200a? \u00abIl est vrai que les femmes ont d\u00e9sormais acc\u00e8s \u00e0 une masse d\u2019informations potentiellement anxiog\u00e8nes bien plus importante qu\u2019auparavant, observe la Pre Antje Horsch, psychologue et consultante en recherche au D\u00e9partement femme-m\u00e8re-enfant du CHUV. Cela peut cr\u00e9er des angoisses chez des personnalit\u00e9s fragiles. N\u00e9anmoins, il faut en relativiser l\u2019impact, car ces m\u00eames r\u00e9seaux sociaux permettent aussi de raconter son histoire et de se rassurer.\u00bb\u00a0Un constat que partage Lamyae Benkazour, pour qui l\u2019augmentation de la tocophobie serait \u00e9galement li\u00e9e au fait que l\u2019on est aujourd\u2019hui plus attentif \u00e0 la sant\u00e9 de la femme durant la p\u00e9riode p\u00e9rinatale et que ces craintes sont donc davantage rep\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00abNous sommes \u00e0 l\u2019\u00e9coute de nos patientes. Si l\u2019une d\u2019entre elles demande une c\u00e9sarienne d\u00e8s la premi\u00e8re consultation, nous allons investiguer afin de savoir si nous sommes face \u00e0 une tocophobie\u200a\u00bb, confirme le Prof. David Baud, chef du Service d\u2019obst\u00e9trique du D\u00e9partement femme-m\u00e8re-enfant du CHUV.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11060\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Largeur_130720.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Largeur_130720.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Largeur_130720-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Largeur_130720-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Lib\u00e9rer la parole<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque Aline est tomb\u00e9e enceinte de son deuxi\u00e8me enfant, la c\u00e9sarienne \u00e9tait pour elle la seule option envisageable. Souffrant d\u2019une tocophobie secondaire, cette Vaudoise de 34 ans a v\u00e9cu un premier accouchement par voie basse extr\u00eamement traumatisant en 2013. \u00ab\u200aJ\u2019ai cru que j\u2019allais y rester. \u00c0 partir de l\u00e0, donner la vie signifiait perdre la mienne\u200a\u00bb, confie-t-elle.<\/p>\n<p>D\u00e9pression, cauchemars, mutisme\u200a: les cinq premiers mois de cette deuxi\u00e8me grossesse ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s douloureux \u00e0 vivre pour elle et son conjoint. \u00abJe me suis compl\u00e8tement coup\u00e9e de mon b\u00e9b\u00e9, je n\u2019arrivais \u00e0 parler ni de la grossesse en cours ni de mon premier accouchement. Je me sentais si mal que j\u2019avais aussi des difficult\u00e9s \u00e0 m\u2019occuper de ma fille\u00bb, explique Aline. Pourquoi d\u00e9cider de retomber enceinte apr\u00e8s un \u00e9v\u00e9nement aussi difficile\u200a? \u00abIl \u00e9tait impensable que ma fille soit enfant unique. En revanche, nous avons attendu quatre ans au lieu des deux ann\u00e9es initialement pr\u00e9vues avant de nous lancer\u00bb, confie-t-elle. \u00c0 la suite d\u2019un accouchement traumatisant, certaines femmes d\u00e9cident en effet de retarder la naissance du prochain enfant, voire m\u00eame de ne plus donner la vie, en multipliant les m\u00e9thodes contraceptives pour \u00e9viter tout risque. Dans d\u2019autres cas, des solutions plus extr\u00eames sont envisag\u00e9es. \u00abIl arrive qu\u2019elles d\u00e9cident de ne plus avoir de rapports sexuels, voire m\u00eame de se faire st\u00e9riliser\u00bb, note Antje Horsch.<\/p>\n<p>Victime de sympt\u00f4mes de stress post-traumatique importants, Aline doit son salut \u00e0 une \u00e9quipe de professionnels pluridisciplinaire. D\u00e8s le cinqui\u00e8me mois, elle s\u2019oriente en effet vers une p\u00e9dopsychiatre, une sage-femme de l\u2019association Profa (sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions relatives \u00e0 l\u2019intimit\u00e9) et une hypnoth\u00e9rapeute, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle elle a pu pr\u00e9parer et visualiser chaque \u00e9tape de son accouchement (voir encadr\u00e9).<\/p>\n<p>Elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 prise en charge par un gyn\u00e9cologue du CHUV qui a su l\u2019\u00e9couter et la rassurer. Une chance que ne partagent pas toutes les patientes\u200a:<strong>\u00a0<\/strong>\u00ab\u200aLes contr\u00f4les chez mon gyn\u00e9cologue \u00e9taient exp\u00e9ditifs. Je me sentais d\u00e9munie car il n\u2019y avait aucune place pour la discussion\u200a\u00bb, confie Flora. De nombreuses femmes en proie \u00e0 la tocophobie choisissent de se murer dans le silence.<\/p>\n<p>Par manque d\u2019\u00e9coute de l\u2019entourage et des professionnels du secteur m\u00e9dical, mais aussi par autocensure. \u00abLa soci\u00e9t\u00e9 a fait de la grossesse et de l\u2019accouchement des \u00e9v\u00e9nements merveilleux. Celle qui ose dire qu\u2019elle les vit tr\u00e8s mal peut rapidement \u00eatre stigmatis\u00e9e\u00bb, analyse Antje Horsch.<\/p>\n<p>La solution\u200a? \u00c9radiquer le sentiment de honte en lib\u00e9rant la parole. \u00abPlus on multiplie les espaces d\u2019\u00e9change et de discussion, par le biais des m\u00e9dias et des associations par exemple, plus les femmes se sentiront l\u00e9gitimes de parler des troubles dont elles souffrent\u00bb, ajoute Lamyae Benzakour.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le CHUV propose \u00e0 ses patientes une nouvelle consultation depuis ce printemps. \u00abIl s\u2019agit d\u2019entretiens personnalis\u00e9s d\u2019environ une heure avec des sages-femmes, au cours desquels les futures m\u00e8res peuvent parler de leurs craintes, s\u2019informer et poser toutes leurs questions\u00bb, explique David Baud, l\u2019un des instigateurs du projet. Une \u00e9tape obligatoire gr\u00e2ce \u00e0 laquelle des cas de tocophobie potentiels peuvent \u00eatre d\u00e9tect\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette consultation accueille \u00e9galement les femmes dont l\u2019accouchement a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu comme un \u00e9v\u00e9nement traumatisant. Ces entretiens men\u00e9s avec la sage-femme pr\u00e9sente en salle de travail ce jour-l\u00e0 consistent en une reprise des \u00e9tapes du protocole et d\u2019une discussion avec la patiente. L\u2019occasion de d\u00e9celer des sympt\u00f4mes de stress post-traumatique \u00e9ventuels et de proposer une prise en charge adapt\u00e9e permettant de pr\u00e9venir, entre autres, de possibles troubles de l\u2019attachement.<\/p>\n<p>*Pr\u00e9nom d\u2019emprunt<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans In Vivo magazine (no 20).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nombre de femmes qui ont peur de l\u2019accouchement est en croissance. En cause, les r\u00e9seaux sociaux et leurs r\u00e9cits catastrophe, entre autres. Le personnel m\u00e9dical s\u2019est saisi du sujet et propose plusieurs traitements.<\/p>\n","protected":false},"author":20243,"featured_media":11060,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-11058","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11058","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20243"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11058"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11058\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11087,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11058\/revisions\/11087"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11060"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11058"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11058"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11058"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}