



{"id":1104,"date":"2002-06-30T00:00:00","date_gmt":"2002-06-29T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1104"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"futbol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1104","title":{"rendered":"La cinqui\u00e8me \u00e9toile"},"content":{"rendered":"<p>La veille, Turcs et Cor\u00e9ens du Sud avaient prouv\u00e9, lors d\u2019une all\u00e9chante \u00abpetite finale\u00bb pour la troisi\u00e8me place du tournoi, que le nouvel ordre mondial issu des terrains asiatiques n\u2019\u00e9tait pas seulement le fruit d\u2019une imagination trop fertile.<\/p>\n<p>Presque transparent depuis un mois, le buteur turc Hakan S\u00fck\u00fcr \u00e9tait devenu l\u2019homme le plus rapide de l\u2019histoire de la Coupe du Monde: onze secondes apr\u00e8s le coup d\u2019envoi, la phalange du Bosphore menait d\u00e9j\u00e0 par 1-0.<\/p>\n<p>Au final, les Turcs s\u2019\u00e9taient impos\u00e9s (3 \u00e0 2) face \u00e0 des Diables Rouges de Cor\u00e9e toujours aussi survolt\u00e9s, comme si les six matches pr\u00e9c\u00e9dents n\u2019avaient pas laiss\u00e9 de traces dans des organismes que la vox populi aime savoir \u00ablessiv\u00e9s\u00bb.<\/p>\n<p>En rentrant au pays, l\u2019\u00e9quipe turque aura droit aux honneurs nationaux, sainte all\u00e9gresse d\u2019Anatolie et loukoums royaux de circonstance. La Cor\u00e9e du Sud, elle, c\u00e9l\u00e8bre ses h\u00e9ros depuis un mois sans discontinuer, tout en trouvant depuis trois jours le temps de pleurer, de mani\u00e8re tout aussi excessive, ses marins morts au cours d\u2019un combat naval violent et furtif face \u00e0 l\u2019ennemi du nord. La Coupe du Monde est termin\u00e9e: S\u00e9oul peut \u00e0 nouveau songer \u00e0 la question de Pyongyang. Il n\u2019y aura pas de but en or. <\/p>\n<p>Et au Br\u00e9sil, la d\u00e9b\u00e2cle imminente du cruzeiro sur les march\u00e9s financiers attendra encore un peu. Car, on allait oublier de commencer par cela, la Sele\u00e7ao a remport\u00e9 dimanche sa cinqui\u00e8me Coupe, une cinqui\u00e8me \u00e9toile sur le maillot pour une \u00e9quipe qui a failli\u2026 ne pas se qualifier pour le Mondial. <\/p>\n<p>Revenons donc, si vous le voulez bien, \u00e0 l\u2019essentiel. La premi\u00e8re mi-temps ressembla \u00e0 un match de football entre le Br\u00e9sil et l\u2019Allemagne. Puissance et application c\u00f4t\u00e9 germain, improvisation un rien timor\u00e9e c\u00f4t\u00e9 sud-am\u00e9ricain. Comme \u00e0 son habitude, la grosse Mannschaft profitait de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 physique suppos\u00e9e de l\u2019opposant pour avancer m\u00e9thodiquement, progresser sur le terrain par \u00e9tapes, sans rien c\u00e9der derri\u00e8re.<\/p>\n<p>La domination dura bien trente minutes, mais s\u2019av\u00e9ra, comme souvent, st\u00e9rile. Qu\u2019avaient cr\u00e9\u00e9 les Allemands jusque-l\u00e0? Pas grand chose, mais cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 leur propos. Comment dire? Il s\u2019agit moins, pour l\u2019\u00e9quipe de l\u2019entra\u00eeneur Rudi V\u00f6ller, autrefois appel\u00e9 \u00able renard des surfaces\u00bb, de gagner une partie que d\u2019attendre que l\u2019autre la perde.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, on approchait de la pause que les Allemands commen\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 les passes en retrait au gardien Oliver Kahn, l\u2019homme de tous les superlatifs, de toutes les comparaisons imag\u00e9es &#8211; \u00abKing Kong\u00bb, \u00abKing Kahn\u00bb, et autres articles de m\u00e9nagerie.<\/p>\n<p>Le portier du Bayern de M\u00fcnich l\u2019avait dit avant la finale, ce n\u2019\u00e9tait pas ces danseuses de Br\u00e9siliens qui allaient lui faire peur. Ronaldo? Ronaldinho? Rivaldo? \u00abIl faudrait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019ils approchent de la cage\u00bb, avait dit l\u2019homme invincible, fort de son bilan &#8211; un but encaiss\u00e9 en six parties.<\/p>\n<p>Son arrogance avait \u00e9t\u00e9 ass\u00e9n\u00e9e avec une telle morgue, voix de stentor, que dans la salle de presse, les journalistes s\u2019\u00e9taient tus. M\u00eame Helmut Kohl, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de ses col\u00e8res hom\u00e9riques, n\u2019avait jamais su imposer pareil respect. Au pays, on se disait qu\u2019avec un tel gaillard pour tenir la baraque, on avait de bonnes chances de s\u2019emparer du troph\u00e9e. On savait, bien s\u00fbr, que l\u2019\u00e9quipe ne \u00abproduisait pas de jeu\u00bb, mais peu importe: un gardien allemand allait remporter la Coupe du Monde \u00e0 lui tout seul.<\/p>\n<p>On jouait depuis 44 minutes, toujours en premi\u00e8re mi-temps, quand le rebord sup\u00e9rieur de la cage de King Kong trembla s\u00e9v\u00e8rement. Kleberson venait de tirer sur la transversale, les Br\u00e9siliens se r\u00e9veillaient enfin.<\/p>\n<p>En dessous, le primate solitaire n\u2019avait pas boug\u00e9, comme un gorille dans la brume. Il grogna \u00e0 peine. Mais il en fallait beaucoup plus pour d\u00e9concentrer le grand singe en (son) nid vert. Deux minutes plus tard, sans ciller, il arr\u00eatait de la jambe droite une tentative \u00e0 bout portant du \u00abFenomeno\u00bb. On avait annonc\u00e9 une finale Kahn-Ronaldo, on la tenait. A la mi-temps, le gardien allemand menait aux points. <\/p>\n<p>D\u00e9but de la seconde p\u00e9riode, inversion de tendance. Probablement sermonn\u00e9e dans les vestiaires par Rudi V\u00f6ller (sale moment \u00e0 passer, tout le monde en conviendra), la Mannschaft se remettait rapidement en ordre de marche. T\u00eate \u00e0 bout portant sauv\u00e9e sur la ligne par les Br\u00e9siliens (46\u00e8me), puissant coup-franc de Neuville d\u00e9tourn\u00e9 sur le poteau par le portier auriverde Marcos (49\u00e8me), on avait subitement arr\u00eat\u00e9 de mastiquer ses Bratw\u00fcrst sur les Marktplatz d\u2019Aix-la-Chapelle \u00e0 Francfort-sur-l\u2019Oder. La quatri\u00e8me \u00e9toile sur le maillot redevenait une possibilit\u00e9 allemande. <\/p>\n<p>A la 62\u00e8me minute, le d\u00e9fenseur Edmilson gratifia 72&rsquo;000 spectateurs dans les tribunes de Yokohama, et trois milliards d\u2019humains devant leur lucarne \u00e9trange, d\u2019un strip-tease qui permit de v\u00e9rifier qu\u2019il est d\u00e9sormais plus difficile d\u2019enfiler un nouveau maillot double-couche (nouveaut\u00e9 de cette Coupe du Monde) que de d\u00e9chirer celui de l\u2019adversaire. Un d\u00e9fenseur allemand avait pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9chir\u00e9 le sien. Un temps interdit par ces consid\u00e9rations textiles, on rata presque les trois secondes les plus importantes du tournoi: la premi\u00e8re, et magistrale, bourde de King Kong.<\/p>\n<p>Tir tendu de Rivaldo aux alentours des 20 m\u00e8tres, trajectoire rectiligne, tr\u00e8s \u00ablisible\u00bb, Kahn allait s\u2019emparer de ce ballon-l\u00e0. Il s\u2019en empara, sauf que l\u2019objet, vicieuse sph\u00e8re en mouvement, ressortit des bras de l\u2019homme invincible. \u00d4 rien, trois fois rien: mais suffisamment pour que Ronaldo, en embuscade, ach\u00e8ve les espoirs de la Mannschaft (67\u00e8). <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe allemande ne se remit jamais de cet \u00e9pisode. Elle n\u2019avait pas encaiss\u00e9 un but, bien plus que cela: elle venait de perdre la foi en son gorille providentiel. En face, Ronaldo avait commis un pur acte de braconnage, pourtant r\u00e9prouv\u00e9 par loi. Un second allait suivre. Douze minutes plus tard, au terme d\u2019une sublime combinaison \u00e0 trois, Ronaldo trompait encore Oliver Kahn d\u2019une reprise savante au ras du poteau. King Kong s\u2019\u00e9tait envol\u00e9, remplac\u00e9 par une grande carcasse pantelante. On sentait presque, malgr\u00e9 la distance, son fant\u00f4me se perdre dans le ciel de Yokohama. <\/p>\n<p>Quand le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du politburo du football mondial remit la Coupe du Monde au capitaine Cafu, on ne pensait qu\u2019\u00e0 \u00e7a: \u00e0 l\u2019exil int\u00e9rieur de King Kong, \u00e0 la fin de son mythe. M\u00eame Collina, l\u2019arbitre chauve qui fait peur aux joueurs, n\u2019arrivait pas \u00e0 le consoler. On ne console par un grand singe bless\u00e9. D\u00e9chu, incapable de pleurer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9b\u00e2cle imminente du cruzeiro sur les march\u00e9s financiers attendra encore un peu. 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