



{"id":10942,"date":"2020-06-09T23:30:37","date_gmt":"2020-06-09T21:30:37","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=10942"},"modified":"2020-06-09T16:59:15","modified_gmt":"2020-06-09T14:59:15","slug":"societe-52","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=10942","title":{"rendered":"\u00abProx\u00e9mie\u00bb et les autres mots de juin"},"content":{"rendered":"<p><strong>Prox\u00e9mie<\/strong><\/p>\n<p>La prox\u00e9mie ou prox\u00e9mique est la discipline qui \u00e9tudie notre fa\u00e7on d\u2019occuper l\u2019espace en pr\u00e9sence d\u2019autrui. Cr\u00e9\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 par l\u2019anthropologue am\u00e9ricain Edward T. Hall, elle met en \u00e9vidence quatre cat\u00e9gories de distances interindividuelles: la distance intime (moins de 40 cm), la distance personnelle (de 45 \u00e0 125 cm), la distance sociale (de 120 \u00e0 360 cm) et la distance publique (au-del\u00e0 de 360 cm). Ces distances diff\u00e8rent selon les personnes et les cultures.<\/p>\n<p>L\u2019appellation \u00abdistance sociale\u00bb, utilis\u00e9e aujourd\u2019hui dans le registre des gestes barri\u00e8res, est mieux comprise replac\u00e9e dans son contexte d\u2019origine. Or, celui-ci est largement ignor\u00e9 d\u2019o\u00f9 les nombreuses critiques adress\u00e9es \u00e0 ce choix lexical. Pourquoi ne pas lui avoir pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00abdistance physique\u00bb ou \u00abdistance de s\u00e9curit\u00e9\u00bb, s\u2019interroge-t-on? L\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise d\u00e9plore le recours \u00e0 un anglicisme.<\/p>\n<p>Narguant ces embrouilles linguistiques, des unit\u00e9s de mesure davantage ancr\u00e9es dans le quotidien apparaissent. Ainsi, dans le Yukon au Canada, on parle de caribou, en Valais (en Suisse) de vache d\u2019H\u00e9rens, \u00e0 la Martinique de cinq ananas, afin de mieux visualiser la distance \u00e0 ne pas franchir. Quant aux personnes en qu\u00eate d\u2019exactitude, elles peuvent se fier \u00e0 \u00ab<a href=\"https:\/\/www.businesswire.com\/news\/home\/20200519005189\/en\/New-Smart-Wearable-Promotes-Employee-Safety-Business\">Nodle<\/a>\u00bb, un appareil qui vibre lorsque deux personnes se trouvent \u00e0 moins de deux m\u00e8tres l\u2019une de l\u2019autre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10946\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_090620.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_090620.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_090620-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_090620-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Hudsult <\/strong><\/p>\n<p>Alors que \u00abhygge\u00bb vient d\u2019entrer dans le dictionnaire du Petit Larousse, voici qu\u2019\u00e9merge dans l\u2019espace francophone un autre mot danois: le \u00abhudsult\u00bb. Cons\u00e9cutif \u00e0 la distanciation sociale et au manque de contacts physiques qu\u2019elle implique, ce terme d\u00e9signe une aspiration tr\u00e8s ressentie actuellement: la faim de peau.<\/p>\n<p>L\u2019abstinence de toucher d\u00e9clenche un manque. En anglais, on parle de \u00abskin hunger\u00bb, en allemand de \u00abHauthunger\u00bb, mais ce concept est tout particuli\u00e8rement pr\u00e9sent dans la culture danoise, notamment au printemps, apr\u00e8s un long hiver. Quand les fibres nerveuses qui relient notre peau \u00e0 notre cerveau ne sont plus sollicit\u00e9es, une souffrance s\u2019installe. Les grands-parents, \u00e9loign\u00e9s de leurs petits-enfants, les personnes seules, les couples s\u00e9par\u00e9s l\u2019ont \u00e9prouv\u00e9 durant l\u2019imposition de cette chastet\u00e9 sociale. Se donner la main, se prendre dans les bras, s\u2019\u00e9treindre, se faire des c\u00e2lins, des bisous, sont autant d\u2019actes aux vertus psychiques attest\u00e9es. Lors du toucher, trois hormones sont lib\u00e9r\u00e9es dans l\u2019organisme: l\u2019endorphine, l\u2019ocytocine et la dopamine qui respectivement r\u00e9duisent le stress, inhibent la peur et font place \u00e0 la d\u00e9tente et au bien-\u00eatre.<\/p>\n<p>La m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute peau qui n\u2019est pas la n\u00f4tre malm\u00e8nera-t-elle longuement ou d\u00e9finitivement les \u00eatres fonci\u00e8rement tactiles que sont les humains? Dans un monde de plus en plus virtuel, d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9, \u00absans contacts\u00bb, devront-ils se satisfaire des retours haptiques des jeux vid\u00e9o pour conjurer leur \u00abhudsult\u00bb?<\/p>\n<p><strong>Chronotopie<\/strong><\/p>\n<p>Comment permettre \u00e0 son appartement d\u2019accueillir simultan\u00e9ment ou successivement une salle de classe, un \u00abhome office\u00bb, un local de fitness, un espace multim\u00e9dia, un atelier de bricolage, un studio de musique, un lieu pour m\u00e9diter, sans oublier une cuisine, des lits, une douche et des toilettes? Si la recherche d\u2019une solution \u00e0 ce genre d\u2019\u00e9quation a occup\u00e9 votre esprit durant le confinement, c\u2019est que vous vous \u00eates adonn\u00e9s \u00e0 de la chronotopie. Le designer belge Ramy Fischler en est persuad\u00e9, \u00abl\u2019avenir est \u00e0 la chronotopie, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 de transformer un lieu en fonction du moment et de son usage\u00bb (Le Point, 14 mai 2020).<\/p>\n<p>Analyser l\u2019impact de la crise sur nos int\u00e9rieurs permet de constater l\u2019importance du r\u00f4le jou\u00e9 par les outils technologiques. Ils ont aboli les fronti\u00e8res entre l\u2019espace priv\u00e9, social et professionnel et continueront \u00e0 le faire bien au-del\u00e0 de la pand\u00e9mie. Ainsi, le t\u00e9l\u00e9travail a aujourd\u2019hui la cote, avec ses avantages et inconv\u00e9nients. Pour r\u00e9duire ces derniers, architectes et designers sont en qu\u00eate d\u2019un \u00abflex home office\u00bb id\u00e9al. Un n\u00e9ologisme qui d\u00e9signe un nouveau territoire, appel\u00e9 de ses v\u0153ux par la philosophe fran\u00e7aise Cynthia Fleury.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le langage r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u00e9poque. Notre chroniqueuse s\u2019interroge ce mois-ci sur l\u2019usage des termes \u00abprox\u00e9mie\u00bb, \u00abhudsult\u00bb et \u00abchronotopie\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":10946,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-10942","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10942","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10942"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10942\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10947,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10942\/revisions\/10947"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10946"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10942"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10942"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10942"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}