



{"id":10917,"date":"2020-06-03T23:24:11","date_gmt":"2020-06-03T21:24:11","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=10917"},"modified":"2020-06-04T08:51:15","modified_gmt":"2020-06-04T06:51:15","slug":"economie-58","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=10917","title":{"rendered":"L\u2019espoir fragile des relocalisations"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/entreprises\/2020\/05\/11\/monde-dapres-seratil-meme\" rel=\"noopener noreferrer\">PME Magazine<\/a>.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Ce sont des coups de fils pour le moins inattendus que Philippe Meier a re\u00e7us \u00e0 la mi-mars. Le CEO de la soci\u00e9t\u00e9 vaudoise ETSM, sp\u00e9cialis\u00e9e en m\u00e9canique de pr\u00e9cision, a \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 par deux grands groupes industriels suisses. La raison? L\u2019arr\u00eat de leur cha\u00eene de production \u00e0 cause de la crise sanitaire li\u00e9e au Covid-19. En effet, de nombreux sous-traitants asiatiques n\u2019\u00e9taient plus en mesure de livrer leurs produits dans les temps. \u00abOn nous a demand\u00e9 des travaux comme le d\u00e9colletage sur des pi\u00e8ces m\u00e9caniques, le tout \u00e0 livrer en l\u2019espace de quelques jours\u00bb, pr\u00e9cise Philippe Meier. En peu de temps, la soci\u00e9t\u00e9 a cr\u00e9\u00e9 deux \u00e9quipes qui ont pu fournir les pi\u00e8ces demand\u00e9es.<\/p>\n<p>Un tel sc\u00e9nario aurait \u00e9t\u00e9 presque impensable avant la crise sanitaire. \u00abCes dix derni\u00e8res ann\u00e9es, nos clients ont d\u00e9localis\u00e9 beaucoup d\u2019\u00e9tapes de production \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment vers les pays asiatiques. Toujours avec le m\u00eame argument: la r\u00e9duction des co\u00fbts\u00bb, souligne le directeur d\u2019ETSM. De fait, ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, la Chine s\u2019est impos\u00e9e comme un fournisseur de composants dans de nombreux domaines comme l\u2019automobile, les t\u00e9l\u00e9phones portables ou les \u00e9quipements m\u00e9dicaux. Selon la Conf\u00e9rence des Nations Unies pour le commerce et le d\u00e9veloppement (CNUCED), sa part dans le commerce mondial de produits interm\u00e9diaires manufactur\u00e9s est pass\u00e9e de 4% en 2002 \u00e0 20% aujourd\u2019hui. En Suisse, une entreprise sur six a effectu\u00e9 des d\u00e9localisations entre 2012 et 2015, selon une \u00e9tude de la Haute \u00c9cole de Lucerne.<\/p>\n<p><strong>Diminuer la d\u00e9pendance<\/strong><\/p>\n<p>La pand\u00e9mie du Covid-19 a d\u00e9voil\u00e9 de mani\u00e8re frappante l\u2019ampleur de cette d\u00e9pendance envers le g\u00e9ant asiatique. Ainsi, de grands groupes comme Volkswagen ont ferm\u00e9 leurs sites de production en Europe pendant plusieurs semaines, en raison notamment du manque de pi\u00e8ces en provenance de la Chine. Confront\u00e9s \u00e0 ces perturbations, de nombreux politiciens europ\u00e9ens ont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 vouloir rapatrier certaines \u00e9tapes de production pour diminuer cette d\u00e9pendance. Des \u00e9conomistes de renom, comme Pascal Lamy, l\u2019ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC), abondent dans le m\u00eame sens. Dans le quotidien <em>Le Monde<\/em> du 9 avril dernier, il affirme qu\u2019il y aura une reconfiguration des cha\u00eenes de valeur apr\u00e8s la crise et qu\u2019\u00abau lieu d\u2019avoir une usine en Chine, une entreprise multinationale en aura, par exemple, trois, dont une en Chine et deux ailleurs\u00bb.<\/p>\n<p>Un tel sc\u00e9nario est-il r\u00e9aliste en Suisse? Selon Philippe Cordonier, responsable de Swissmem en Suisse romande,\u00a0l\u2019industrie\u00a0des machines, des \u00e9quipements \u00e9lectriques et des m\u00e9taux\u00a0regroupe\u00a0des centaines de PME qui sont impliqu\u00e9es dans de longues cha\u00eenes de production. \u00abNous avons constat\u00e9 que de plus en plus d\u2019entreprises sont dans une r\u00e9flexion autour du rapatriement de certaines \u00e9tapes de leurs cha\u00eenes de valeur.\u00a0La constance dans la qualit\u00e9 et la capacit\u00e9 de livrer dans les d\u00e9lais pr\u00e9vus sont devenus des crit\u00e8res cl\u00e9,\u00a0d\u2019autant plus en temps de crise.\u00bb<\/p>\n<p>En effet, r\u00e9cemment, quelques relocalisations vers la Suisse ont eu lieu, illustr\u00e9es par exemple par Ovomaltine qui a rapatri\u00e9 une partie de sa production au cours des trois derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, pour que ces exemples d\u00e9clenchent une dynamique forte, il faudrait un vrai changement de mentalit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des managers estime Suzanne de Treville, professeure \u00e0 la HEC de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne: \u00abIls pensent la d\u00e9localisation comme un outil par d\u00e9faut, sans se pencher sur les probl\u00e8mes qui peuvent surgir \u00e0 cause de la complexit\u00e9 de la cha\u00eene de production.\u00bb Pour mieux illustrer ces probl\u00e8mes potentiels, elle a d\u00e9velopp\u00e9 un outil en ligne qui permet de calculer les co\u00fbts cach\u00e9s d\u2019une d\u00e9localisation. Tr\u00e8s souvent, les entreprises commandent trop ou pas assez \u00e0 leurs fournisseurs bas\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ce qui engendre des co\u00fbts suppl\u00e9mentaires. Selon elle, il est essentiel pour une entreprise de pouvoir adapter la production et les processus selon la demande gr\u00e2ce \u00e0 une fabrication locale ou r\u00e9gionale \u2013 des atouts qui permettent \u00e9galement une meilleure r\u00e9sistance face aux crises.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10920\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_030620.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_030620.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_030620-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Largeur_030620-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Les \u00e9carts de co\u00fbt se tassent<\/strong><\/p>\n<p>Et quid de la diff\u00e9rence des co\u00fbts de production, l\u2019argument principal pour justifier les d\u00e9localisations? Selon la chercheuse, elle\u00a0est largement \u00e9limin\u00e9e quand on inclut les frais suppl\u00e9mentaires impliqu\u00e9s par une cha\u00eene longue et complexe. Et, une fois la production relocalis\u00e9e, d&rsquo;autres possibilit\u00e9s\u00a0d&rsquo;innovation se pr\u00e9sentent, telle que\u00a0l\u2019individualisation\u00a0de\u00a0l\u2019offre. Elle cite l\u2019exemple d\u2019un produit dont le prix d\u00e9pend des souhaits du client et de l\u2019urgence \u2013 un produit livr\u00e9 apr\u00e8s quelques jours co\u00fbtera plus cher que lorsqu\u2019il est livr\u00e9 apr\u00e8s quelques semaines: \u00abC\u2019est comme dans un avion: les personnes qui voyagent en premi\u00e8re classe payent une grande partie du vol des personnes qui voyagent en classe \u00e9conomique\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Douglas Spieser, directeur \u00e0 Del\u00e9mont de Delmet, soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019usinage de m\u00e9taux, l\u2019argument de d\u00e9localisations qui feraient baisser les co\u00fbts peut m\u00eame \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme obsol\u00e8te: \u00abIl y a 10 ans encore, dans des pays comme la Chine ou Ta\u00efwan, le co\u00fbt de production dans notre secteur \u00e9tait inf\u00e9rieur de 40% \u2013 incluant aussi le fret \u2013 par rapport au co\u00fbt en Suisse. Aujourd\u2019hui, cette diff\u00e9rence se situe entre 8 et 15% seulement.\u00bb Il explique que ce sont surtout l\u2019automatisation, l\u2019optimisation des processus et le bon niveau de formation des salari\u00e9s suisses \u2013 leur permettant de ma\u00eetriser plusieurs t\u00e2ches et ainsi de savoir s\u2019adapter \u00e0 de nouvelles situations rapidement \u2013 qui ont contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire cet \u00e9cart. Son entreprise a \u00e9galement obtenu un mandat d\u2019urgence en mars de la part d\u2019un groupe industriel suisse actif dans le rail et qui avait eu des probl\u00e8mes de livraisons avec son sous-traitant habituel.<\/p>\n<p>Ces effets vont-ils perdurer apr\u00e8s la pand\u00e9mie du Covid-19? Il reste difficile de faire des pronostics, car les entreprises sont actuellement dans une optique de gestion de crise \u00e0 court terme, comme l\u2019explique Pierre Maudet, conseiller d&rsquo;Etat charg\u00e9 du D\u00e9partement du d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e0 Gen\u00e8ve: \u00abPour l&rsquo;heure, aucune volont\u00e9 ni m\u00eame intention de relocalisation suite \u00e0 la crise engendr\u00e9e par le coronavirus n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 la connaissance de mon d\u00e9partement. Il s&rsquo;agira toutefois de refaire un point concernant ce ph\u00e9nom\u00e8ne une fois que la situation se sera stabilis\u00e9e et que les acteurs \u00e9conomiques pourront \u00e0 nouveau se projeter dans un avenir \u00e0 plus long terme.\u00bb<\/p>\n<p>Philippe Meier d\u2019ETSM, quant \u00e0 lui, a bon espoir qu\u2019un des mandats obtenus r\u00e9cemment se transformera en une collaboration de longue dur\u00e9e. \u00abL\u2019un des deux clients qui nous a contact\u00e9s\u00a0mi-mars nous a demand\u00e9 de r\u00e9aliser\u00a0des pi\u00e8ces complexes selon des plans et un processus revus en urgence aux normes europ\u00e9ennes, signe que\u00a0ces pi\u00e8ces ne devraient pas se faire en Asie \u00e0 l\u2019avenir.\u00bb Il esp\u00e8re aussi que les managers dans les multinationales se souviendront, une fois la crise pass\u00e9e, que ce sont les acteurs locaux qui ont su r\u00e9pondre pr\u00e9sent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux difficult\u00e9s d\u2019approvisionnement provoqu\u00e9es par la crise sanitaire, des entreprises suisses ont rapatri\u00e9 des \u00e9tapes de production. Mais l\u2019effet pourrait \u00eatre de courte dur\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":20177,"featured_media":10920,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-10917","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10917","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20177"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10917"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10917\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10923,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10917\/revisions\/10923"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10920"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10917"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10917"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10917"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}