



{"id":1078,"date":"2002-05-27T00:00:00","date_gmt":"2002-05-26T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1078"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"traduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1078","title":{"rendered":"Catherine M. exporte sa vie sexuelle"},"content":{"rendered":"<p>Catherine Millet a la migraine. Pas juste des maux de t\u00eates, mais des douleurs \u00e0 hurler. \u00abJe pourrais \u00e9crire un livre sur les migraines, raconte-t-elle en croisant les jambes. Je pense que le plaisir sexuel est comparable \u00e0 ces douleurs-l\u00e0. Il s\u2019agit de la m\u00eame descente en soi. Je voulais faire un livre r\u00e9aliste sur la sexualit\u00e9, donc parler aussi du corps dans ses moments de d\u00e9plaisir. La migraine en est un, je ne vous cache rien\u00bb.<\/p>\n<p>Rien, non. Celle que Le Monde a surnomm\u00e9 \u00abla putain de l\u2019art contemporain\u00bb a racont\u00e9, d\u2019abord en fran\u00e7ais, ses exploits sexuels \u00e0 plusieurs, car elle aime l\u2019anonymat des corps qui transpirent. Son r\u00e9cit sans dentelle de la b\u00eate de sexe qu\u2019elle fut, coinc\u00e9e entre la Porte Dauphine et le Bois de Boulogne il y a pr\u00e8s de 40 ans, a eu un tel succ\u00e8s (300 000 exemplaires vendus) qu\u2019il se traduit maintenant dans 26 langues.<\/p>\n<p>Donc, l\u2019\u00e9crivain &#8211; qui est aussi la directrice de la revue Art Press &#8211; fait cette ann\u00e9e du tourisme intensif pour promouvoir ses traductions. Apr\u00e8s la catalane, la cor\u00e9enne, l\u2019italienne, l\u2019allemande, voici que sort en juin la version anglaise de \u00abLa vie sexuelle de Catherine M.\u00bb chez un petit \u00e9diteur courageux. <\/p>\n<p>Pourquoi avoir attendu? \u00abLe fran\u00e7ais est la langue du sexe, celle qui a le vocabulaire le plus riche et le plus nuanc\u00e9 en la mati\u00e8re. En anglais, le mot \u00absex\u00bb ne peut pas \u00eatre employ\u00e9 aussi ais\u00e9ment, il a des connotations beaucoup plus fortes. Les mots gentiment obsc\u00e8nes en fran\u00e7ais deviennent m\u00e9chamment obsc\u00e8nes en anglais\u00bb. Il lui fallut donc sans cesse expliquer, pr\u00e9ciser les postures, r\u00e9soudre les malentendus et \u00e9viter les contresens. Et toujours ces migraines&#8230;<\/p>\n<p>Les critiques de la presse anglaise sont encore rares, mais partag\u00e9es. L\u2019Observer: \u00abEn usant d\u2019une provocante pr\u00e9cision et d\u2019une honn\u00eatet\u00e9 embarrassante, Catherine Millet s\u2019expose elle-m\u00eame avec toute la rigueur d\u2019un mod\u00e8le qui pose pour un photographe. Elle a la m\u00e9moire du d\u00e9tail. C\u2019est une personne visuelle et cette capacit\u00e9 l\u2019aide \u00e0 communiquer ses images avec succ\u00e8s. Sa prose \u2013 jamais stupide, jamais fleurie \u2013 est aussi implacable que celle de Henry Miller\u00bb.<\/p>\n<p>La presse sp\u00e9cialis\u00e9e (en \u00e9rotisme) la f\u00e9licite de son courage. Un chroniqueur de l\u2019Independent qualifie de \u00abso french\u00bb cette course effr\u00e9n\u00e9e derri\u00e8re le plaisir. Mais le Sunday Times n\u2019y croit pas: \u00abPeut-on faire confiance \u00e0 un r\u00e9cit qui se lit comme une pure fantaisie? On peut admettre que les autobiographies sexuelles soient mati\u00e8re \u00e0 mensonge. Mais une vie aussi d\u00e9rang\u00e9e n\u2019est pas seulement suspecte, elle est vaguement embarrassante et m\u00eame, allons-y, immorale\u00bb.<\/p>\n<p>Surtout, l\u2019int\u00e9r\u00eat des journaux porte sur l\u2019immense controverse que le livre a suscit\u00e9 \u00e0 sa sortir en France l\u2019an dernier, mettant aux prises l\u2019auteure avec le sociologue Jean Baudrillard ou l\u2019\u00e9crivain Jean-Jacques Pauvert, auteur de \u00abHistoire d\u2019O\u00bb. Avec une quasi certitude: Millet ne bouleversera pas Londres.<\/p>\n<p>D\u2019abord parce qu\u2019elle n\u2019est pas pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e en Angleterre par sa r\u00e9putation respectable d\u2019intellectuelle de l\u2019art. Ensuite parce que, une fois reconnu dans son pays, un \u00e9crivain \u00e9tranger, m\u00eame \u00e9rotique, ne sera plus jamais violent\u00e9, ni \u00e0 Londres, ni ailleurs. Cela s\u2019appelle le respect des cultures.<\/p>\n<p>Tout au plus, comme le dit l\u2019\u00e9diteur anglais: \u00able livre renforcera les st\u00e9r\u00e9otypes des Anglais qui consid\u00e8rent la France comme une nation de chauds lapins\u00bb. D\u2019autant que les m\u00eames Anglais viennent de d\u00e9couvrir, sans grand enthousiasme, le film \u00abBaise-moi\u00bb de Virginie Despentes.<\/p>\n<p>Pour convaincre le public, Catherine Millet sait appeler en renfort ses r\u00e9f\u00e9rences artistiques. A Londres, elle a dit : \u00abJ\u2019ai voulu laisser mon corps envahir l\u2019espace. En temps que critique d\u2019art, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9e par les tableaux o\u00f9 le corps dicte sa loi \u00e0 l\u2019espace. Prenez les n\u00e9o-primitifs russes, ils d\u00e9finissent parfois jusqu\u2019au format du tableau. La conqu\u00eate de la libert\u00e9 sexuelle \u00e9tait pour ma g\u00e9n\u00e9ration \u00e9galement une conqu\u00eate de l\u2019espace, le droit de partir en voyage avec des hommes, de quitter la famille\u2026\u00bb.<\/p>\n<p>Un discours ch\u00e2ti\u00e9 contrastant avec l\u2019\u00e9criture brute de l\u2019auteure. Dans la salle, les lecteurs s\u2019inclinent, vaguement admiratifs. Une dame questionne: \u00abQuel fut le processus de l\u2019\u00e9criture sur le souvenir?\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abOh, un effet paradoxal, tous les auteurs d\u2019autobiographies vous le diront. Quand je fais revenir les situations \u00e9voqu\u00e9es dans le livre, elles me reviennent telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites\u00bb.<\/p>\n<p>Catherine Millet a toujours r\u00eav\u00e9 de reconnaissance intellectuelle. \u00abEtre la meilleure sexuellement \u00e9tait un substitut\u00bb, avoue-t-elle. La notori\u00e9t\u00e9 de la revue Art Press n\u2019a visiblement pas suffit \u00e0 ses ambitions. Il lui a fallu expliquer sa vie sexuelle en 26 langues et dans tous les d\u00e9tails pour, enfin, cesser de partouzer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son succ\u00e8s rel\u00e8ve-t-il de l\u2019exception fran\u00e7aise? A Londres o\u00f9 elle est venue d\u00e9fendre en personne son r\u00e9cit \u00e9rotique, Catherine Millet a provoqu\u00e9 l\u2019admiration. 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