



{"id":1067,"date":"2002-05-13T00:00:00","date_gmt":"2002-05-12T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1067"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"patrons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1067","title":{"rendered":"Splendeur et d\u00e9cadence des Messier, Barnevik, M\u00fchlemann"},"content":{"rendered":"<p>La presse financi\u00e8re adore passer la pommade aux grands patrons. Mais son discours peut changer tr\u00e8s vite&#8230;<\/p>\n<p>Au temps de leur splendeur, quand leurs actions faisaient de la haute voltige, Jean-Marie \u00abVivendi\u00bb Messier, Percy \u00abABB\u00bb Barnevik ou Lukas \u00abCredit Suisse\u00bb M\u00fchlemann ont tous les trois \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits comme des surdou\u00e9s, qui d\u00e9cident vite et bien, et surtout, ont su rester simples.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2001, le Financial Times s&rsquo;extasie. Messier est le patron \u00able plus dynamique au monde dans le secteur des m\u00e9dias\u00bb. Pour le mensuel am\u00e9ricain Fortune, il est une \u00abcorporate rock star\u00bb. D&rsquo;origine modeste, l&rsquo;homme fait un parcours fulgurant: \u00e9narque \u00e0 26 ans, puis conseiller d&rsquo;Edouard Balladur et patron de la Compagnie G\u00e9n\u00e9rale des Eaux (CGE) \u00e0 38 ans. <\/p>\n<p>Il passe alors pour un esprit brillant. Il r\u00e9ussit la mue d&rsquo;un conglom\u00e9rat fourvoy\u00e9 dans l&rsquo;immobilier vers les m\u00e9tiers prometteurs de la communication. Il rach\u00e8te l&rsquo;\u00e9diteur Havas en 1998, la CGE devient Vivendi, puis il acquiert les studios Universal et Canal Plus. Messier est le \u00abfrenchie\u00bb qui se paye Wall Street et Hollywood. L&rsquo;action bondit \u00e0 pr\u00e8s de 100 dollars. <\/p>\n<p>Il appara\u00eet aujourd&rsquo;hui que les titres Vivendi ont perdu les deux tiers de leur valeur depuis la fusion avec Universal. Le groupe affiche une perte op\u00e9rationnelle de 13 milliards d&rsquo;euros pour 2001. La dette s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 19 milliards d&rsquo;euros. <\/p>\n<p>C&rsquo;est au moment de l&rsquo;annonce des r\u00e9sultats que le vent tourne. Messier avait froiss\u00e9 les \u00e9lites fran\u00e7aises avec sa provocation: \u00abl&rsquo;exception culturelle franco-fran\u00e7aise est morte\u00bb. Si les Am\u00e9ricains avaient bien aim\u00e9 la formule sur le moment, le plongeon du titre Vivendi les rend critique. Messier devient gaffeur, mauvais communicateur, <\/p>\n<p>Somm\u00e9 par les administrateurs de faire rendre un peu d&rsquo;argent \u00e0 Canal Plus, Messier d\u00e9barque l&rsquo;ic\u00f4ne Pierre Lescure et le remplace par le num\u00e9ro trois de TF1 Xavier Couture. Une d\u00e9cision qui ruine son image en France tandis que la chute des march\u00e9s le rend ind\u00e9sirable aux Etats-Unis. C&rsquo;est de justesse qu&rsquo;il sauve sa t\u00eate \u00e0 la fin avril lors de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du groupe. Le patron a d\u00fb promettre de r\u00e9investir son bonus de 3,4 millions d&rsquo;euros en actions Vivendi. Et de ne pas s&rsquo;attribuer de stock-options tant que le titre ne remonte pas. Tu parles d\u2019une rock star&#8230;<\/p>\n<p>Business Week sugg\u00e8re que si Messier n&rsquo;a pas encore perdu son poste, c&rsquo;est uniquement parce qu&rsquo;on ne trouve personne pour le remplacer.<\/p>\n<p>Le cas Barnevik, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, est aussi embl\u00e9matique. Pour The Economist, le dirigeant d\u2019ABB est alors le meilleur de tous les patrons europ\u00e9ens. Le seul qui puisse \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Jack Welch, le boss mythique de General Electric. Le Su\u00e9dois a transcend\u00e9 la fusion entre Asea et l&rsquo;helv\u00e9tique Brown Boveri. Il a cr\u00e9e la \u00abmultinationale multiculturelle\u00bb. L&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;entreprise globale. <\/p>\n<p>Ce capitaine d\u2019industrie ne dort jamais. Il est continuellement en d\u00e9placement. Il a rencontr\u00e9 personnellement des milliers d&#8217;employ\u00e9s pour leur faire part de sa vision du groupe. Il est un patron social qui s&rsquo;excuse lorsqu&rsquo;il marche sur les pieds de la femme de m\u00e9nage. Les actionnaires sont aux anges. Les titres leur ont rapport\u00e9 en moyenne un rendement annuel spectaculaire de 23% durant tout le r\u00e8gne de Barnevik.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 que cet ami du peuple et des petites gens s&rsquo;est octroy\u00e9 une retraite de 88 millions de dollars en quittant la direction du groupe en 1996. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on apprend au d\u00e9but de cette ann\u00e9e. L&rsquo;opinion est d&rsquo;autant plus choqu\u00e9e que Percy Barnevik a toujours assorti son travail de restructurateur d&rsquo;une mission morale.<\/p>\n<p>Circonstance aggravante, le titre ABB a d\u00e9gringol\u00e9 de presque 60% ces dix derniers mois. Ceux qui encensaient Percy Barnevik dans les ann\u00e9es 90 remettent maintenant en question son h\u00e9ritage industriel. <\/p>\n<p>Sous sa direction, ABB a multipli\u00e9 les acquisitions de soci\u00e9t\u00e9s. Barnevik \u00e9tait connu pour se d\u00e9cider vite. Il appara\u00eet qu&rsquo;il d\u00e9cidait aussi souvent n&rsquo;importe quoi. Et qu&rsquo;il ne s&rsquo;est jamais occup\u00e9 de coordonner les unit\u00e9s. A son d\u00e9part, la division automation s&rsquo;est retrouv\u00e9e avec 576 diff\u00e9rents syst\u00e8mes informatiques, rapporte Fortune.<\/p>\n<p>Les successeurs de Percy Barnevik luttent maintenant pour inverser la vapeur. Le groupe a perdu un milliard de francs en 2001. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois de son histoire qu&rsquo;ABB affiche des chiffres rouges. Bravo capitaine.<\/p>\n<p>Lukas \u00abCredit Suisse\u00bb M\u00fchlemann est \u00e9tiquet\u00e9 jeune prodige d\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re, au sein de la firme de consulting McKinsey. C&rsquo;est un fonceur. Un virtuose de piano qui parle toutes les langues. Et malgr\u00e9 tous ses talents, il est rest\u00e9 \u00abmodeste et accessible\u00bb, dit le d\u00e9funt Journal de Gen\u00e8ve en 1996. <\/p>\n<p>M\u00fchlemann s&rsquo;est fait un nom \u00e0 la t\u00eate de Swiss Re. Sous ses ordres, la soci\u00e9t\u00e9 se concentre sur la r\u00e9assurance et vend ses activit\u00e9s d&rsquo;assurances directes. Parmi lesquelles Elvia, reprise par le g\u00e9ant allemand Allianz. Pour la maison-m\u00e8re, les ventes sont une tr\u00e8s bonne affaire. Les r\u00e9sultats bondissent. Les actions prennent l&rsquo;ascenseur. En 1997, il passe au Credit Suisse avec la r\u00e9putation de faire flamber les titres boursiers.<\/p>\n<p>Tant que les performances financi\u00e8res du Credit Suisse progressent, les investisseurs ne se soucient gu\u00e8re des contr\u00f4les internes. Pourtant, des fonds Abacha aux 500\u2019000 francs d&rsquo;amende \u00e9cop\u00e9s \u00e0 Tokyo pour avoir aid\u00e9 des clients \u00e0 dissimuler leurs dettes, le management de la banque s&rsquo;est montr\u00e9 passablement distrait. <\/p>\n<p>En juillet 2001, M\u00fchlemann licencie Allen Wheat, le directeur de la filiale Credit Suisse First Boston. Les anglo-saxons n&rsquo;appr\u00e9cient pas. La City et Wall Street lui reprochent son manque de style.<\/p>\n<p>Mais les cours s&rsquo;\u00e9rodent et le groupe affiche pour 2001 un b\u00e9n\u00e9fice net en recul de 73%, \u00e0 1,6 milliard de francs. Le cumul des charges M\u00fchlemann &#8211; directeur g\u00e9n\u00e9ral et pr\u00e9sident du conseil d&rsquo;administration &#8211; devient subitement un probl\u00e8me.<\/p>\n<p>On lui reproche aussi d&rsquo;avoir si\u00e9g\u00e9 au conseil d&rsquo;administration \u00e0 la Banco General de Negocios, un \u00e9tablissement argentin au comportement douteux. Et on s&rsquo;interroge sur son r\u00f4le dans la d\u00e9b\u00e2cle Swissair, au poste d&rsquo;administrateur. Le surdou\u00e9 n&rsquo;a rien vu venir.<\/p>\n<p>Comment faut-il juger les grands patrons? M\u00e9fiez-vous de la presse financi\u00e8re&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La presse financi\u00e8re encense volontiers les dirigeants quand leur action pulv\u00e9rise les records en bourse. Pour mieux les enfoncer quand le titre plonge. La preuve avec Messier, Barnevik et M\u00fchlemann.<\/p>\n","protected":false},"author":20,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-1067","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1067","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1067"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1067\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1067"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1067"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1067"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}