



{"id":1051,"date":"2002-04-23T00:00:00","date_gmt":"2002-04-22T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1051"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"parutions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1051","title":{"rendered":"Des intellectuels dans le si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<p>Il y a des \u00e9v\u00e9nements qui nous poursuivent sans que l&rsquo;on sache pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi. Sinon qu&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 marquants dans l&rsquo;histoire du monde, ils ont forc\u00e9ment d\u00e9teint sur notre vie \u00e0 nous, pauvres p\u00e9kins&#8230; <\/p>\n<p>Parmi ces \u00e9v\u00e9nements r\u00e9currents figure le sort des intellectuels allemands ou centre-europ\u00e9ens, souvent juifs mais pas seulement, confront\u00e9s \u00e0 la mont\u00e9e du nazisme dans les ann\u00e9es 1930. Une des figures qui m&rsquo;a particuli\u00e8rement s\u00e9duit est celle de Helen Hessel (lire les notes <a href= \"#notes\" class=std>ci-dessous<\/a>), entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire pour ses amours tumultueuses et triangulaires avec Franz Hessel, son mari, et Henri-Pierre Roch\u00e9, son amant ami de son mari, qui raconta leurs aventures dans Jules et Jim un roman adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Fran\u00e7ois Truffaut. Jeanne Moreau la campait en amoureuse inoubliable chantant: <\/p>\n<ul><i>Elle avait des bagues \u00e0 chaque doigt, <\/p>\n<p>Des tas de bracelets autour des poignets <\/p>\n<p>Et puis elle chantait avec une voix <\/p>\n<p>Qui sit\u00f4t m\u2019enj\u00f4la.<\/i><\/ul>\n<p>C&rsquo;est un article du dossier du <a href=www.magazine-litt\u00e9raire.com target=_blank class=std>Magazine litt\u00e9raire<\/a> d&rsquo;avril consacr\u00e9 au philosophe Walter Benjamin qui vient de me replonger dans ces ann\u00e9es \u00e0 la fois troubles et passionnantes.<\/p>\n<p>Benjamin fut un ami proche de Franz Hessel. Tous deux travaill\u00e8rent ensemble. On leur doit notamment une traduction de Proust en allemand. En 1938, alors que Franz Hessel, affichant sa jud\u00e9it\u00e9, s&rsquo;ent\u00eate \u00e0 demeurer \u00e0 Berlin, sa femme va le rejoindre et le convainc de l&rsquo;accompagner en France quelques jours \u00e0 peine avant la sinistre Nuit de cristal. <\/p>\n<p>Le couple finit par se fixer \u00e0 Sanary-sur-Mer, dans ce Midi o\u00f9 nombre d&rsquo;artistes et d&rsquo;\u00e9crivains avaient trouv\u00e9 refuge. Lors de la d\u00e9claration de guerre, Hessel et Benjamin, sujets allemands, sont intern\u00e9s dans des camps. Walter Benjamin tente de passer en Espagne gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide du Comit\u00e9 am\u00e9ricain de secours anim\u00e9 par Varian Fry. Mais, refoul\u00e9 faute de visa, le philosophe se suicide. <\/p>\n<p>On commence \u00e0 bien conna\u00eetre les activit\u00e9s de ce comit\u00e9 am\u00e9ricain \u00e0 Marseille, comit\u00e9 qui sauva de la d\u00e9portation et peut-\u00eatre de la mort des dizaines d&rsquo;intellectuels et d&rsquo;artistes dont Claude L\u00e9vi-Strauss, Andr\u00e9 Breton, Marc Chagall ou Victor Brauner pour ne citer que quelques noms. Coup sur coup, deux ouvrages \u00abLa Liste noire\u00bb de Varian Fry (Plon, 1999) et \u00abMarseille ann\u00e9e 40\u00bb de Mary Jane Gold (Ph\u00e9bus, 2001) ont racont\u00e9 cette entreprise unique de sauvetage de la pens\u00e9e europ\u00e9enne par une poign\u00e9e de jeunes id\u00e9alistes. <\/p>\n<p>Proche d&rsquo;eux, Helen Hessel fut m\u00eal\u00e9e au sauvetage de deux personnalit\u00e9s de la gauche r\u00e9volutionnaire, <a href=http:\/\/www.victorserge.net target=_blank class=std>Victor Serge<\/a> et Fritz Lamm dont le hasard veut que chacun ait fait l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00e9tude cet hiver. Sous l&rsquo;impulsion de Jil Silberstein, les \u00e9ditions Laffont ont r\u00e9uni en un copieux volume de leur collection Bouquins les \u00abM\u00e9moires d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire\u00bb de Victor Serge flanqu\u00e9s de l&rsquo;essentiel de ses \u00e9crits politiques. <\/p>\n<p>Dans sa \u00abLettre \u00e0 mon ami Fritz\u00bb, Jean-Claude Girardin raconte la vie de Lamm. Si Victor Serge est c\u00e9l\u00e8bre aussi bien comme analyste politique que comme romancier, Fritz Lamm est lui un militant peu connu en dehors de l&rsquo;Allemagne. Mais connus ou inconnus, ils repr\u00e9sentent des figures marquantes, embl\u00e9matiques m\u00eame, tant elles sont typ\u00e9es, de la gauche r\u00e9volutionnaire non communiste de l&rsquo;entre-deux-guerres. <\/p>\n<p>Les \u00abM\u00e9moires\u00bb de Victor Serge sont aujourd&rsquo;hui le plus court et le plus s\u00fbr chemin \u00e0 la connaissance et \u00e0 la compr\u00e9hension de l&rsquo;impact exerc\u00e9 par la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre sur la conscience europ\u00e9enne. Victor Serge en ayant \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois un protagoniste de premier plan et un observateur attentif et m\u00eame distant en raison de son inclination pour l&rsquo;anarchie est parmi les mieux plac\u00e9s pour parler d&rsquo;octobre et de sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence. Si l&rsquo;on veut comprendre pourquoi les bolcheviques (staliniens et trotskistes confondus) sont si nombreux dans la course \u00e0 la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise, il faut commencer par lire Victor Serge. Comme il est de surcro\u00eet un excellent \u00e9crivain, il sait faire vibrer le lecteur depuis ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s de jeunesse avec la justice fran\u00e7aise qui, convaincue de tenir en lui le mentor de la bande \u00e0 Bonnot, l&rsquo;exp\u00e9dia en prison jusqu&rsquo;\u00e0 son arriv\u00e9e au Mexique en 1941. <\/p>\n<p>Editeur de Victor Serge, l&rsquo;\u00e9crivain Jil Silberstein entendit pour la premi\u00e8re fois parler de lui par une de ses clientes alors qu&rsquo;il tenait la petite librairie sise aux Escaliers-du-March\u00e9 \u00e0 Lausanne. C&rsquo;\u00e9tait au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es plus t\u00f4t, au m\u00eame endroit ou, selon le cas, juste au-dessus, au bar \u00e0 caf\u00e9 Le Barbare, un \u00e9tudiant fran\u00e7ais tout de rondeur et de volubilit\u00e9 entretenait \u00e0 mi-voix ses proches (dont j&rsquo;\u00e9tais) de sa d\u00e9couverte de l&rsquo;Allemagne o\u00f9 le r\u00e9seau Jeune R\u00e9sistance l&rsquo;avait envoy\u00e9 en raison de son refus de participer \u00e0 la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. Des Fran\u00e7ais qui quinze ans apr\u00e8s les avanies de la guerre de 39-45 se r\u00e9fugient en Allemagne pour ne pas faire la guerre en Alg\u00e9rie, ce n&rsquo;\u00e9tait pas banal! Cet insoumis s&rsquo;appelait Jean-Claude Girardin. <\/p>\n<p>Quarante ans plus tard, il r\u00e8gle une dette en \u00e9crivant cette \u00abLettre \u00e0 mon ami Fritz\u00bb, l&rsquo;ami Fritz \u00e9tant allemand, juif, homosexuel, socialiste, syndicaliste, pacifiste, ami de la nature. C&rsquo;est lui qui, en 1960, accueillit le jeune Girardin et ses camarades \u00e0 Stuttgart et organisa leur s\u00e9jour. N\u00e9 en 1911, Fritz Lamm s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9 dans l&rsquo;Allemagne de Weimar, puis, d\u00e8s 1933, forgea sa conscience politique dans le combat contre les nazis. <\/p>\n<p>R\u00e9fugi\u00e9 en France en 1939, il est intern\u00e9 dans un de ces camps de concentration du sud-ouest emplis de r\u00e9publicains espagnols chass\u00e9s de chez eux par la victoire de Franco et de Juifs d&rsquo;Europe centrale fuyant le nazisme. Dans \u00abLa lie de la terre\u00bb, Arthur Koestler a fait le r\u00e9cit terrifiant de la vie dans ces camps. Apr\u00e8s diverses p\u00e9rip\u00e9ties, Lamm parvient \u00e0 partir pour Cuba o\u00f9 il passera la guerre. Il ne rentrera en Allemagne qu&rsquo;en 1948 pour y reprendre aussit\u00f4t ses multiples activit\u00e9s politiques jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1977 en occupant notamment un poste important au syndicat des m\u00e9tallos. <\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la \u00abLettre\u00bb de Girardin tient au double portrait qu&rsquo;il trace: celui de Fritz et le sien. Lamm, militant atypique d&rsquo;une certaine mani\u00e8re parce qu&rsquo;on ne saurait le r\u00e9duire \u00e0 une \u00e9tiquette, est surtout repr\u00e9sentatif de l&rsquo;honn\u00eate homme du XXe si\u00e8cle, du citoyen responsable qui agit dans tous les domaines de sa vie quotidienne selon une morale r\u00e9fl\u00e9chie, librement consentie, et d\u00e9fendue contre toute agression. Mais si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re au milieu dans lequel il a v\u00e9cu et combattu il n&rsquo;en va pas de m\u00eame comme en t\u00e9moigne ce <a href= http:\/\/www.arena.revolte.net\/apo\/texte\/a10rabehl.html target=_blank class=std>d\u00e9bat <\/a> p\u00each\u00e9 au hasard de l&rsquo;Internet. Girardin se pose lui en jeune homme en qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, des valeurs citoyennes dirait-on aujourd&rsquo;hui, et payant cette qu\u00eate au prix fort: l&rsquo;exil, la solitude. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><a name=\"notes\">Au sujet de quelques personnes cit\u00e9es: <\/p>\n<p>Helen et Franz Hessel, sont tous deux des \u00e9crivains d&rsquo;origine allemande, elle de famille protestante, lui d&rsquo;origine juive, mais ne revendiquant sa jud\u00e9it\u00e9 qu&rsquo;au moment o\u00f9 les pers\u00e9cutions nazies prirent de l&rsquo;ampleur. Le couple Hessel est tr\u00e8s li\u00e9 (par l&rsquo;amiti\u00e9 et le travail) au philosophe juif allemand Walter Benjamin, qui se suicide en 1940 pour \u00e9chapper aux nazis. Un autre ami du couple, Henri-Pierre Roch\u00e9, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais qu&rsquo;ils ont rencontr\u00e9 \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 1920 et qui raconta leurs aventures dans un roman. <\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Truffaut (1932-1984) a r\u00e9alis\u00e9 le film \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb avec Jeanne Moreau en 1961. Film annonciateur par sa libert\u00e9 de ton et de moeurs de l&rsquo;explosion libertaire de mai 1968. <\/p>\n<p>Varian Fry (1908-1967) est un diplomate am\u00e9ricain (agent secret sur les bords) qui organisa \u00e0 Marseille un r\u00e9seau clandestin pour faire passer en Am\u00e9rique les intellectuels et artistes europ\u00e9ens menac\u00e9s par les nazis. Mary Jane Gold, Am\u00e9ricaine jeune et riche, fut surprise en France par la guerre, d\u00e9cida d&rsquo;y rester et aida le r\u00e9seau de V. Fry<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nA lire: <\/p>\n<p>Victor Serge: \u00abM\u00e9moires d&rsquo;un r\u00e9volutionnaire et autres \u00e9crits politiques\u00bb. Choix de Jil Silberstein, appareil critique de Jean Ri\u00e8re. R. Laffont, coll. Bouquins, 1000 page, 30,3\u20ac <\/p>\n<p>Jean-Claude Girardin: \u00abLettre \u00e0 mon ami Fritz et autres r\u00e9cits d&rsquo;apr\u00e8s-guerre\u00bb. Ed. Exils, 135 pages, 17\u20ac<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques mots \u00e0 propos de Walter Benjamin, Franz Hessel, Victor Serge, Varian Fry et Jean-Claude Girardin.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1051","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1051","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1051"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1051\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}